« De la voie par laquelle l’homme connaît les défauts de son âme » – Imam Ghazâlî

بسم الله الرحمن الرحيم الحمد لله والصلاة والسلام على سيدنا محمد رسول الله وآله وصحبه ومن والاه

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 Si l’on s’accorde parfois à dire que les conditions de la Voie spirituelle ont peu évolué depuis l’époque des grands Maîtres, tels que l’Imâm Ghazâlî, nous pensons qu’il faut dans ce cas, afin d’être tout à fait cohérent, prendre en compte l’intégralité de leur enseignement sur ces questions. A ce propos, le texte qui suit semble être à l’origine d’une part importante des enseignements à visée « substitutive » véhiculés par les Maitres, depuis le 11ème siècle jusqu’à nos jours et que l’on retrouve chez plusieurs Maîtres contemporains, sous une forme similaire, complétés par deux « méthodes » supplémentaires.

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Extrait de l’Ihya ‘ulûm ed-Dîn, livre XXII 1

De la voie par laquelle l’homme connaît les défauts de son âme

Sache que, lorsque Allah, Exalté et Magnifié soit-il, veut du bien à quelqu’un, il lui ouvre les yeux sur les défauts de son âme (nafs) [ …] S’il connaît les défauts, il lui est possible de les soigner. Mais la plupart des gens ignorent leurs propres défauts. Ils voient la paille dans l’oeil de leur frère et ne voient pas la poutre dans leur oeil, à eux.Pour celui qui veut connaître ses défauts, il existe quatre méthodes :
1. La première consiste à se confier à un cheikh clairvoyant (baçîr) connaissant les défauts de l’âme et capable de scruter jusqu’aux plus secrètes des infirmités, à l’investir juge de son âme (yahkimu-hu fi nafsi-hi) et suivre ses indications dans cette lutte [intérieure] (mujahâdithi). C’est le cas du disciple avec son cheikh et de l’élève avec son professeur (ustâdh). Ce dernier, tout comme le cheikh, fait connaître à l’élève les défauts dont il est affligé, ainsi que la méthode à suivre pour les traiter. Mais ceci existe rarement à notre époque.
2. La deuxième méthode consiste à demander à un ami-sincère (çadîqan), clairvoyant (baçîr) et attaché à la religion (mutadayyin), puis à l’investir surveillant de son âme (fayançibu-hu raqîban ‘alâ nafsi-hi) , pour qu’il remarque ses états (ahwâlu-hu) et ses actes (af’âlu-hu) afin qu’il l’avertisse de tout ce qui est détestable dans ses comportements (akhlâq), ses actes et ses défauts, cachés et apparents. C’est ainsi que faisaient les hommes intelligents, de même que les notables parmi les chefs religieux [ …] Cependant, cela s’avère aussi être rare. En effet, peu nombreux sont, parmi les amis, ceux qui n’usent pas de flatterie, qui font connaître les défauts, ou qui ne sont pas jaloux, de sorte qu’ils ne font rien de plus que leur strict devoir […]Ainsi donc, le désir des hommes soucieux de religion consistait à se faire informer de leurs défauts par autrui. Quant à nous, et les gens qui sont comme nous, nous en sommes arrivés au point que les personnes que nous détestons le plus sont celles qui nous donnent des conseils et qui nous font connaître nos défauts. Peu s’en faut que cela ne soit révélateur de la faiblesse de notre foi.
[…]

3. La troisième méthode consiste à acquérir la connaissance de nos défauts en tirant profit de [ce qui en est révélé par] la langue des ennemis, car l’oeil de leur courroux révèle nos méchancetés et il se peut que l’homme ait davantage intérêt à écouter un ennemi haineux, qui lui signale ses défauts, plutôt qu’un flatteur, qui lui fait des compliments et des éloges et lui cache ses défauts. Mais la nature est ainsi faite qu’elle considère l’ennemi comme un menteur et attribue ses paroles à la jalousie. Toutefois, l’homme clairvoyant ne manque pas de bénéficier des paroles de ses ennemis, car c’est nécessairement que ses défauts sont exprimés par leurs propos.

4. La quatrième méthode consiste à fréquenter les autres humains, puis à se demander compte, à soi-même, de tout ce que l’on aura remarqué de blâmable chez eux, et à se l’attribuer.

En effet, tout croyant est le miroir de son semblable: il considère que les défauts des autres sont ses propres défauts et il sait que les tempéraments sont, tous, proches les uns des autres dans la poursuite de leur passion. Ce par quoi l’un de ses pairs se caractérise, un autre n’en est pas exempt dans sa racine, ou pour une part plus ou moins importante. Qu’il examine donc son âme et qu’il la purifie de tout ce qu’il réprouve chez les autres. Cela pourrait te suffire comme méthode d’éducation. Si tous les humains abandonnaient ce qu’ils détestent chez les autres, ils pourraient se passer d’éducateur.

Voila donc autant de solutions (hîl) pour ceux qui ne disposent pas d’un cheikh avisé et intelligent, clairvoyant dans le domaine des défauts de l’âme, bienveillant et bon conseiller en matière de religion, bref, un cheikh qui, ayant achevé sa propre formation, est occupé à former les serviteurs de Allah et à les conseiller. Quant à celui qui a découvert un tel cheikh, il a trouvé son médecin. Qu’il s’attache donc à lui, car c’est lui qui le délivrera de ses maladies spirituelles et le sauvera de la perdition dont il est menacé.»

Imam Ghazâlî

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En résumé :

1. Se confier à un cheikh clairvoyant, connaissant les défauts les défauts de l’âme […]mais ceci existe rarement à notre époque.

2. Demander à un ami-sincère, clairvoyant et attaché à la religion puis l’investir surveillant de son âme  [ …] cependant, cela s’avère aussi être rare.

3.Tirer profit de ce qui est révélé des défauts par la langue des ennemis.

4. Fréquenter les autres humains, puis se demander compte, à soi-même, de tout ce que l’on aura remarqué de blâmable chez eux, et se l’attribuer […] cela pourrait suffire comme méthode d’éducation.

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  1. Le texte présenté se base sur les traductions disponibles respectivement aux éditions du Cerf et chez Al-Burâq sous les titres de « Maladies de l’âme et maîtrise du cœur » et « L’éducation de l’âme » ainsi que sur deux éditions arabe récentes. []

par le 22 août 2013, mis à jour le 18 mai 2015

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