LES FUQARÂ " ISOLES " : REFLEXIONS ET CONSEILS

LES FUQARÂ " ISOLES " : REFLEXIONS ET CONSEILS

Messagepar Mohammed Abdessalam » Mar Jan 18, 2011 4:52 am

بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم
ﭐللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ وَ سَلِّمْ

es-Salâm alaykum wa rahmatu-Llah


Suite à diverses demandes à ce sujet (publiques et privées) j'ouvre ce fil de discussion qui est dédié à ceux et celles qui subissent des difficultés dans leur Voie du fait de leur situation d'isolement.

Si l'on convient d'appeler "fuqarâ" ceux et celles qui sont dans une tarîqah, je propose de faire un bref survol des principales situations qui peuvent être recouvertes par l'appellation "fuqarâ isolés".

On pourra ensuite aborder les situations plus en détails, in châ Allah, en comprenant mieux ainsi les différents contextes de chacun et de chacune.

*


Différentes situations d'isolement


J'en vois déjà quelques unes

1. - faqir rattaché dans un pays différent du sien et qui rentre vivre chez lui
2. - faqir rattaché chez lui par quelqu'un de passage
3. - faqir vivant loin d'une zawyah existant dans son pays de séjour
4. - faqîr rattaché à un Cheikh depuis décédé.

*


Remarques générales sur la suhbah (compagnonnage initiatique) et l' "isolement".


J'ai pensé qu'il pourrait être bon de rappeler que notre Maître par excellence à tous en cette Voie d'excellence est le Prophète -qu'Allah prie sur lui et le salue-, avant tout.
Or combien peu ont été les Compagnons à pouvoir profiter de l'enseignement direct de leur Maître en, comparaison de ceux qui en profitent encore aujourd'hui alors qu'ils ne l'ont pas connu directement et n'ont jamais été en rapport initiatique avec lui que ... par la seule transmission de la barakah !

On voit donc à quel point cette transmission, en elle-même, est importante, ainsi que les modalités selon lesquelles elle l'a été, notamment les intentions (de celui qui transmet comme de celui qui reçoit) qui ont présidé à cette transmission.
(Chacun peut ainsi s'interroger sur cette question)

C'est en effet cette barakah qui constitue l'élément vital essentiel qui peut permettre le développement des possibilités de connaissance qui peuvent se développer dans celui qui en est dépositaire et à partir du centre de son être.

On voit bien que cette condition nécessaire d'une transmission de l'influence spirituelle est, avant tout développement, d'ordre tout intérieur, même si elle est évidemment conditionnée, pour le rite même de son transfert, à la présence corporelle de son transmetteur.

Sous ce rapport on peut donc dire que l'isolement, s'il existait, était bien plus réel avant que cette transmission n'ait lieu qu'après, puisque celui qui est ainsi rattaché au Prophète par une chaîne de transmission ininterrompue et toujours actuelle, si ce n'est "active" ou "activable". On reviendra sur cet aspect, in châ Allah

*


On peut retenir de ce qui précède que c'est la transmission de l'influence spirituelle qui, essentiellement, réalise le rattachement de celui qui la reçoit, par la chaîne de transmission (silsilah), aux Maîtres qui en font partie , au Prophète (sall-Allah alayhi wa sallam), à Seyydinâ Jibrîl (alayhi assalam) et à Allah (subhâna-Hu wa ta'âlâ).

Ce rattachement est réel, même si la barakah est alors à l'état de germe (cf René Guénon - Aperçus sur l'initiation).

On peut donc comprendre que ce lien, dont la nature est exceptionnelle et digne de la plus haute considération et du plus profond respect, est, par essence, pourrait-on dire, le plus important qui puisse exister pour un être ; et le caractère virtuel et germinatif de la barakah lors de sa transmission ne change rien à cela.

Comme on le sait, c'est le travail initiatique tout entier qui va, toujours, être le processus grâce auquel pourront se développer les possibilités de connaissance et de progression spirituelle effectives qui sont, éventuellement, celles de celui qui en est le dépositaire.

*


A ce stade et pour tout ce qui va suivre, in châ Allah : il m'apparaît nécessaire de préciser que la perspective que j'expose ici se base principalement sur les données traditionnelles exposées publiquement dans son oeuvre par René Guénon - Cheikh Abd el-Wahed en la matière, elles-mêmes tout à fait cohérentes avec l'enseignement actuel qui peut être donné dans la Voie de nos jours, dans un cadre parfaitement régulier sous tous rapports, notamment dans la tarîqah Mohammediyya.

Il ne sera jamais question, in châ Allah, de nier que l'ensemble de tous les moyens (y compris la présence du Maître avec tout ce qu'elle implique), qui ont pour unique rôle de permettre à ce qui est en germe de se développer effectivement, sont inutiles et sans importance.

Il ne sera, non plus, jamais question, in châ Allah, de dénier la possibilité que tel Maître ou telle technique ou méthode initiatique, permette à un initié de recevoir une aide ou comme un "transfert de science" qui le fasse progresser dans la Voie ; ce sont des choses connues, au moins dans le passé et la littérature classique.

Il est question de considérer que, dans les conditions actuelles, la progression initiatique effective (sulûk) est la conséquence d'un travail qui doit être effectué par l'être lui-même, que rien ni personne ne peut remplacer.

Cette perspective, cycliquement adaptée, replace de manière explicite l'être au centre même de l'activité initiatique et insiste sur l'importance de celle-ci, considérant l'ensemble des outils initiatiques comme des moyens secondaires ; elle implique, de la part de celui qui la suit, une attitude toujours active excluant la passivité propre à l'attitude de celui qui attend tout du Maître ou des conditions extérieures et qui peut être fort ébranlé lorsque rien de tout cela ne se présente à lui.

Dans cette optique, le Maître lui-même, fut-il réalisé totalement, n'est pas présenté comme celui-par-qui-tout-devient-possible et dont-on-attend-tout ; et c'est en cela que l'on peut dire et considérer que le disciple, sous cet autre rapport, est toujours seul sur la Voie !...

On pourra consulter, à propos de ces dernières notions, la traduction d'el-Khitâb de Cheikh Zakî ed-Dîn sous le titre " Propos sur le Soufisme ", sur Le Porteur de Savoir.
"Par le Temps ! * Le genre humain est, certes, en perdition * Sauf ceux qui croient, accomplissent les bonnes œuvres, se recommandent la vérité et se recommandent la patience."
السلام عليكم و رحمة الله و بركاته
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Messagepar Mohammed Abdessalam » Ven Jan 21, 2011 6:57 pm

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Après ces quelques remarques générales sur l'isolement, qui montrent que l'on peut se considérer être isolé ou pas, ou plus ou moins, suivant l'intention et la perspective que l'on adopte, et avant d'envisager des aspects plus "applicatifs", voici quelques remarques sur la suhbah, in châ Allah.

La perspective "idéale" d'une compagnie constante ou presque quotidienne aux côtés d'un Maître spirituel réalisé est certainement celle qui flotte comme une "image d'Epinal islamique" dans l'esprit de bien des fuqarâ ou de ce ceux et de celles qui recherchent sérieusement et avec réalisme une initiation.

Comme on l'a vu plus haut, cette situation n'est vécue, en réalité, que dans bien peu de cas et, quand elle l'est, par bien peu de gens ! Combien peu ont été les Compagnons à pouvoir profiter de l'enseignement direct de leur Maître -qu'Allah prie sur lui et le salue - en comparaison de ceux qui en profitent encore aujourd'hui alors qu'ils ne l'ont pas connu directement et n'ont jamais été en rapport initiatique avec lui que ... par la seule transmission de la barakah dont il est la source terrestre !

Conformément à l'enseignement des Maîtres à ce sujet, on constate en pratique, et de plus en plus, que la compagnie directe des Maîtres se raréfie de nos jours, alors qu'un certain aspect quantitatif semble se développer en contre partie. Les temps sont ainsi, visiblement, et les choses ne sont pas pour s'améliorer avant ... un certain temps. w'Allah a'lam.

*


Par ailleurs, et je m'adresse ici à ceux et celles qui savent ce qu'est la compagnie d'un Maître réalisé, cette compagnie n'est pas nécessairement bénéfique à toute personne qui est en mesure de la pratiquer ou qui la pratique effectivement, contrairement à ce qu'on pourrait penser quand on en est soi-même privé et que l'on pense que c'est la solution nécessaire et la garantie à tous ses problèmes ...

Le bénéfice de la compagnie d'un Maître est en effet conditionné par l'existence d'un ensemble de dispositions qui ne sont pas nécessairement présentes chez n'importe quel disciple, même s'il se trouve en situation de compagnie soutenue de son Cheikh :

* Combien de personnes côtoient quotidiennement un Maître sans le reconnaître ?!
* Combien de disciples, ayant reconnu un Maître comme tel, s'opposent à lui en leur intérieur, alors qu'ils vivent en sa compagnie ?!
* Combien de disciples prétendent vouloir soigner leurs défauts mais les dissimulent à celui qui est censé les soigner et qu'ils voient plusieurs fois par semaine ?!
* Combien de fuqarâ n'acceptent pas les prescriptions de leur Cheikh ou les négligent ?!
* Aucun disciple n'a-t-il pris pleinement conscience de la réalité de son Cheikh ... après son décès, alors qu'il a vécu à ses côtés des années durant ?!

De quelles dispositions s'agit-il donc ?

* Qui peut reconnaître son Cheikh s'il n'a pas en lui une affinité sincère avec lui ?
* Qui peut tirer bénéfice de la compagnie de son Cheikh, s'il ne prend pas appui sur cette confiance pour abandonner au moins une partie de sa discrimination personnelle ?
* Quel disciple peut se soigner s'il n'est pas humble devant ses propres défauts ?
* Quel faqîr peut prétendre progresser dans la Voie s'il ne fait pas oeuvre d'acceptation (taslîm) et de droiture (istiqâmah) dans l'exécution des pratiques rituelles qu'il reçoit ?!
* Quel disciple peut bénéficier pleinement de l'étendue spirituelle de son Cheikh s'il en est voilé par la considération du voile de son humanité (hijâb el-bachariyah) ?

Entre celui qui vit près de son Cheikh mais qui est dépourvu des fameuses qualités et celui qui les possède mais qui n'est presque jamais en présence de celui qui le tient par la main dans la tarîqah : lequel est le plus "isolé" et lequel l'est le moins ?

(à suivre, in châ Allah ...)
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Messagepar Mohammed Abdessalam » Ven Jan 28, 2011 7:06 pm

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On pourrait longtemps parler sur la suhbah, des conditions qui la rendent profitable et de ses avantages.

Mais on pourrait aussi rappeler ce qu'un Maître dit à son disciple dont il constatait les familiarités qu'il lui manifestait à force d'être à son contact et de s'imaginer qu'il bénéficiait, avec le temps, d'une certaine "complicité" : " eç-çuhbah ça'îbah ! " (la compagnie est une chose difficile !)

Les disciples sont nombreux qui croient pouvoir se permettre des écarts de ce genre au simple prétexte qu'il voient leur Cheikh ne pas les contrarier publiquement et accepter leurs écarts alors qu'ils le côtoient fréquemment.
Et bien des disciples qui ne sont pas en compagnie courante avec leur Maître pourraient ainsi considérer que leur "isolement" est en réalité une miséricorde qui leur permet de respecter une certaine phase de préparation et de maturation.

Ne dit-on pas que la compagnie fréquente du Maître n'est profitable qu'au disciple qui est capable de conserver une vénération réelle envers lui : est-il plus facile d'entretenir une vénération réelle et profonde de la Ka'bah quand on la voit une fois dans sa vie ou une fois tous les quatre ou cinq ans, ou quand on habite à la Mekke depuis son enfance ?

*


Une question se pose encore, qui n'est pas étrangère au sujet qui nous occupe : est-il plus grave de suivre une attitude de désobéissance qui ne fait pas suite à une prescription directe et individualisée ou de désobéir à quelqu'un qui vous a prescrit quelque chose et à qui on avait fait allégeance au préalable ?

*


Ces quelques généralités étaient à mon avis nécessaires pour rappeler qu'en ce domaine le plus important à considérer en priorité est toujours ce qui est d'ordre intérieur, dans la suhbah (compagnie) comme dans la 'uzlah (isolement).

Il y aurait encore bien des choses à dire sur la question des avantages et des bénéfices qu'il peut y avoir pour un murîd à être en compagnie d'autres que son Cheikh ou en général. Ces considérations sont complexes et présentent des variations plus ou moins importantes suivant les méthodes spirituelles de telle ou telle tarîqah ou de tel ou tel Cheikh, à telle ou telle époque, dans tel ou tel pays, etc ...
Il me semble donc préférable de rester encore dans les généralités pour envisager maintenant les problèmes liés aux fuqarâ "isolés".

Dans cette perspective, je fais ici appel aux témoignages (compatibles avec les règles de ce forum) de ceux et de celles qui se sentent concernés par ces problèmes, afin de mieux les définir, in châ Allah.
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Re: LES FUQARÂ " ISOLES " : REFLEXIONS ET CONSEILS

Messagepar Mohammed Abdessalam » Dim Jan 29, 2012 6:24 pm

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آلسلام عليكم و رحمة الله و بركاته


Voici, à ce jour, le bilan des questions qui ont suscité directement le présent sujet.

Comment faire lorsqu'on ne peut fréquenter quotidiennement sa zawiyyah?


*
J'ai des difficultés à me concentrer dans mes awrad. La présence d'un Maître est-elle indispensable pour ce problème ?


*

Nos Maîtres étant loin de nous on se sent souvent perdu, désespéré à supporter seul nos propres interrogations.


*

En résumé et au total :

* Régularité du travail de tarîqah et fréquentation de son Cheikh - Isolement géographique d’avec le Maître
* Être seul face à son ego
* Absence d’aide extérieure en cas de difficulté / sollicitation à la désobéissance - Désespoir
* Difficultés (voire impossibilité) d’une débutante à se concentrer
* Nécessité d’un Maître pour ces questions

Et également :
Si certains Maîtres préconisent s'éteindre dans la personnalité de son Cheikh, comment peut-il se sentir isolé de lui quelle que soit son éloignement, sachant que celui-ci peut lui en voyer ses flux spirituels ?


Remonté la dernière fois par Mohammed Abdessalam le Dim Jan 29, 2012 6:24 pm.
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