GENERALITES SUR LES CONDITIONS DE L'INITIATION (RAPPELS)

GENERALITES SUR LES CONDITIONS DE L'INITIATION (RAPPELS)

Messagepar Mohammed Abdessalam » Sam Mars 05, 2011 4:35 pm

بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم
ﭐللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلِّمْ

السلام عليكم و رحمة الله و بركاته


Il semble bon de rappeler que le cadre présent ne permettant pas d'envisager des aspects personnels, nous réservons les considérations à venir, in châ Allah, uniquement aux généralités, laissant à chacun le soin d'éventuellement faire la démarche nécessaire qui consiste à s'enquérir auprès de telle ou telle tarîqah particulière des points qui lui seraient propres et de tout ce qui concerne les aspects d'ordre privé.
*


René Guénon a consacré un chapitre entier (et même davantage, si l'on considère l'ensemble de son livre et de sa production) aux conditions de l'initiation (le 4°) dans ses Aperçus sur l'Initiation, qu'il termine ainsi :
Nous pouvons résumer tout ce qui précède en disant que l'initiation implique trois conditions qui se présentent en mode successif, et qu'on pourrait faire correspondre respectivement aux trois termes de « potentialité », de « virtualité » et d' « actualité » : 1) la « qualification », constituée par certaines possibilités inhérentes à la nature propre de l'individu, et qui sont la materia prima sur laquelle le travail initiatique devra s'effectuer ; 2) la transmission, par le moyen du rattachement à une organisation traditionnelle, d'une influence spirituelle donnant à l'être l' « illumination » qui lui permettra d'ordonner et de développer ces possibilités qu'il porte en lui ; 3) le travail intérieur par lequel, avec le secours d' « adjuvants » ou de « supports » extérieurs s'il y a lieu et surtout dans les premiers stades, ce développement sera réalisé graduellement, faisant passer l'être, d'échelon en échelon, à travers les différents degrés de la hiérarchie initiatique, pour le conduire au but final de la « Délivrance » ou de l’ « Identité Suprême ».


Je reproduis ici, à titre d'illustration de ces notions résumées, ce qui correspond à chacune d'elles dans le corps du texte.

" 1) la « qualification » " (« potentialité ») :
la première de ses conditions est une certaine aptitude ou disposition naturelle, sans laquelle tout effort demeurerait vain, car l'individu ne peut évidemment développer que les possibilités qu'il porte en lui dès l'origine ; cette aptitude, qui fait ce que certains appellent l’ « initiable », constitue proprement la « qualification » requise par toutes les traditions initiatiques


"2) la transmission, par le moyen du rattachement à une organisation traditionnelle, d'une influence spirituelle " (« virtualité ») :
Il est des ignorants qui s'imaginent qu'on « s'initie » soi-même, ce qui est en quelque sorte une contradiction dans les termes ; oubliant, s'ils l'ont jamais su, que le mot initium signifie « entrée » ou « commencement », ils confondent le fait même de l'initiation, entendue au sens strictement étymologique, avec le travail à accomplir ultérieurement pour que cette initiation, de virtuelle qu'elle a été tout d'abord, devienne plus ou moins pleinement effective. L'initiation, ainsi comprise, est ce que toutes les traditions s'accordent à désigner comme la « seconde naissance » ; comment un être pourrait-il bien agir par lui-même avant d'être né (2) ? (...) Nous ne sommes pas à l'époque primordiale où tous les hommes possédaient normalement et spontanément un état qui est aujourd'hui attaché à un haut degré d'initiation (3) ; et d'ailleurs, à vrai dire, le mot même d'initiation, dans une telle époque, ne pouvait avoir aucun sens. Nous sommes dans le Kali-Yuga, c'est-à-dire dans un temps où la connaissance spirituelle est devenue cachée, et où quelques-uns seulement peuvent encore l'atteindre, pourvu qu'ils se placent dans les conditions voulues pour l'obtenir ; or, une de ces conditions est précisément celle dont nous parlons, comme une autre condition est un effort dont les hommes des premiers âges n'avaient non plus nul besoin, puisque le développement spirituel s'accomplissait en eux tout aussi naturellement que le développement corporel.
Il s'agit donc d'une condition dont la nécessité s'impose en conformité avec les lois qui régissent notre monde actuel (...)

(2) Rappelons ici l'adage scolastique élémentaire : « pour agir, il faut être ».
(3) C'est ce qu'indique, dans la tradition hindoue, le mot Hamsa, donné comme le nom de la caste unique qui existait à l'origine, et désignant proprement un état qui est ativarna, c'est-à-dire au delà de la distinction des castes actuelles.

On peut remarquer ici que la rattachement est envisagé par René Guénon en mode impersonnel, puisqu'il ne s'agit pas pour lui d'un rattachement à un Maître.

" 3) le travail intérieur" (« actualité » ) :
Il nous reste en effet à préciser le rôle du rattachement à une organisation traditionnelle, qui ne saurait, bien entendu, dispenser en aucune façon du travail intérieur que chacun ne peut accomplir que par soi-même, mais qui est requis, comme condition préalable, pour que ce travail même puisse effective¬ment porter ses fruits. Il doit être bien compris, dès maintenant, que ceux qui ont été constitués les dépositaires de la connaissance initiatique ne peuvent la communiquer d'une façon plus ou moins comparable à celle dont un professeur, dans l'enseignement profane, communique à ses élèves des formules livresques qu'ils n'auront qu'à emmagasiner dans leur mémoire ; il s'agit ici de quelque chose qui, dans son essence même, est proprement « incommunicable », puisque ce sont des états à réaliser intérieurement. Ce qui peut s'enseigner, ce sont seule¬ment des méthodes préparatoires à l'obtention de ces états ; ce qui peut être fourni du dehors à cet égard, c'est en somme une aide, un appui qui facilite grandement le travail à accomplir, et aussi un contrôle qui écarte les obstacles et les dangers qui peuvent se présenter ; tout cela est fort loin d'être négligeable, et celui qui en serait privé risquerait fort d'aboutir à un échec, mais encore cela ne justifierait-il pas entièrement ce que nous avons dit quand nous avons parlé d'une condition nécessaire. Aussi bien n'est-ce pas là ce que nous avions en vue, du moins d'une façon immédiate ; tout cela n'intervient que secondairement, et en quelque sorte à titre de conséquences, après l'initiation entendue dans son sens le plus strict, tel que nous l'avons indiqué plus haut, et lorsqu'il s'agit de développer effectivement la virtualité qu'elle constitue ; mais encore faut-il, avant tout, que cette virtualité préexiste. C'est donc autrement que doit être entendue la transmission initiatique proprement dite, et nous ne saurions mieux la caractériser qu'en disant qu'elle est essentiellement la transmission d'une influence spirituelle ; nous aurons à y revenir plus amplement, mais, pour le moment, nous nous bornerons à déterminer plus exactement le rôle que joue cette influence, entre l'aptitude naturelle préalablement inhérente à l'individu et le travail de réalisation qu'il accomplira par la suite.


On peut noter ici comment Guénon, sans totalement dissocier l'enseignement du travail initiatique, veille à montrer d'emblée lors même de la présentation des conditions de l'initiation, l'éminence du travail initiatique actif par rapport à tous les autres aspects, qu'il considère ainsi comme proprement secondaires ; il pratique de la même manière dans son chapitre sur l'enseignement initiatique.

Cette manière de présenter les choses est particulièrement importante car elle a de nombreuses conséquences sur la méthode initiatique et la manière d'envisager l'initiation dans les temps présents.

Notons aussi qu'elle est parfaitement cohérente avec l'enseignement de certains Chuyûkh contemporains de la Voie, notamment celui de Cheikh Zaki ed-Dîn Ibrâhîm -qu'Allah soit Satisfait de lui- (cf. "Propos général sur le Soufisme" notes 6, 9, 12 et 15).

*


Concernant cette présentation, on peut remarquer la correspondance, terme à terme, entre les trois conditions données par René Guénon et la division des sujets concernant l'initiation sur ce forum :

1) la « qualification »..........« potentialité ».........."Avant l'initiation"
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
2) la transmission..............« virtualité »............."L'initiation en elle-même"
3) le travail intérieur..........« actualité ».............."Après l'initiation"


En réalité, et dans l'optique de mieux cerner le domaine qui correspond peut-être à votre demande ici, cher frère, on peut ainsi mieux voir que si celle-ci concerne les conditions d'admissibilité, il s'agit en réalité uniquement de la première ligne de ce tableau, à savoir ce qui est relatif à la qualification du postulant et à son appréciation,
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
puisque les 2° et 3° conditions concernent respectivement la transmission de l'influence spirituelle et la réalisation spirituelle proprement dite.

*


Et Allah est plus Savant
"Par le Temps ! * Le genre humain est, certes, en perdition * Sauf ceux qui croient, accomplissent les bonnes œuvres, se recommandent la vérité et se recommandent la patience."
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Re: GENERALITES SUR LES CONDITIONS DE L'INITIATION (RAPPELS)

Messagepar Mohammed Abdessalam » Lun Mars 14, 2011 12:17 am

bismillah
es-Salâm alaykum

J'ai déplacé ici cette question
FIDA a écrit:Quelles sont ces "capacités requises", qui font d'une personne un "disciple capable" ?
posée suite à ce message de Maurice le Baot :
Nous continuons notre travail de recension en reproduisant une parole du Cheikh Baha al-Dîn Naqshaband (fondateur de la voie Naqshabandiyya, mort en 1389) :

« Nous n’acceptons pas tout le monde […] et ce n’est qu’avec difficulté que nous acceptons quelqu’un de nouveau. Les conditions de l’acceptation, telle qu’elles devraient être fermement imposées, sont difficiles à remplir. Ou bien un disciple capable se présente et il n’y a pas de Maître compétent, ou bien le Maître est là mais il n’y a pas de disciple possédant les capacités requises ».

(cité in Djélâl Salik « La voie Naqshabandi » Dervy - 2005)
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Re: GENERALITES SUR LES CONDITIONS DE L'INITIATION (RAPPELS)

Messagepar Fida » Lun Mars 14, 2011 9:13 am

Mohammed Abdessalam a écrit:bismillah
es-Salâm alaykum

J'ai déplacé ici cette question
FIDA a écrit:Quelles sont ces "capacités requises", qui font d'une personne un "disciple capable" ?


Je pose ici une autre question, dans le but d'éclairer ma 1ère demande :

-Abdel Wahid Yahia (René Guénon) n'écrit-il pas, qu'il y a des capacités inhérentes à chaque individu, nécessaires à l'initiation ?
Fida
 
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GENERALITES SUR LES CONDITIONS DE L'INITIATION (RAPPELS) - 4

Messagepar Mohammed Abdessalam » Lun Mars 14, 2011 4:12 pm

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السلام عليكم و رحمة الله و بركاته

Une remarque avant d'aller plus loin dans l'abord ou le rappel de ces questions : il m'apparaît bon de remarquer que les conditions de l'initiation et la qualification pourraient peut-être être abordées selon deux "points de vue", à savoir
- le point de vue qui concerne le postulant en lui-même ("capacités requises" = qualification) et
- le point de vue de l'organisation qui envisage de le rattacher (conditions),
même si l'on comprend bien que ces deux points de vue ne peuvent, en réalité, pas être totalement dissociés.
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Re: GENERALITES SUR LES CONDITIONS DE L'INITIATION (RAPPELS)

Messagepar maurice_le_baot » Lun Mars 14, 2011 5:43 pm

FIDA a écrit:Quelles sont ces "capacités requises", qui font d'une personne un "disciple capable" ?

Je pose ici une autre question, dans le but d'éclairer ma 1ère demande :

-Abdel Wahid Yahia (René Guénon) n'écrit-il pas, qu'il y a des capacités inhérentes à chaque individu, nécessaires à l'initiation ?


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Wa 'alaykum es-Salâm wa rahmatu-Llah wa barakatu-Hu ma maghfiratu-Hu


Voici un ensemble de citations issues du chapitre consacré aux « Qualifications initiatiques » des « Aperçus sur l’Initiation » de René Guénon qui me paraissent susceptibles d’être appliquées à l’initiation islamique et de répondre, dans une certaines mesure, à vos questions, in châ Allah ! :

Qualifications initiatiques et individualité [Les intertitres sont de mon fait]

    « Ces qualifications [initiatiques] sont exclusivement du domaine de l'individualité ; en effet, s'il n'y avait à envisager que la personnalité ou le « Soi », il n'y aurait aucune différence à faire à cet égard entre les êtres, et tous seraient également qualifiés, sans qu'il y ait lieu de faire la moindre exception ; mais la question se présente tout autrement par le fait que l'individualité doit nécessairement être prise comme moyen et comme support de la réalisation initiatique ; il faut par conséquent qu'elle possède les aptitudes requises pour jouer ce rôle, et tel n'est pas toujours le cas. L'individualité n'est ici, si l'on veut, que l’instrument de l'être véritable ; mais, si cet instrument présente certains défauts, il peut être plus ou moins complètement inutilisable, ou même l'être tout à fait pour ce dont il s'agit. »

    « Maintenant, il faut bien comprendre que l'individualité doit être prise ici telle qu'elle est en fait, avec tous ses éléments constitutifs, et qu'il peut y avoir des qualifications concernant chacun de ces éléments, y compris l'élément corporel lui-même, qui ne doit aucunement être traité, à ce point de vue, comme quelque chose d'indifférent ou de négligeable."

    « Les éléments multiples de l'individualité, quelle que soit d'ailleurs la façon dont on voudra les classer, ne sont point ainsi isolés les uns des autres, mais forment un ensemble dans lequel il ne saurait y avoir d’hétérogénéité radicale et irréductible ; et tous, le corps aussi bien que les autres, sont, au même titre, des manifestations ou des expressions de l'être dans les diverses modalités du domaine individuel. Entre ces modalités, il y a des correspondances telles que ce qui se passe dans l'une a normalement sa répercussion dans les autres ; il en résulte que, d'une part, l'état du corps peut influer d'une façon favorable ou défavorable sur les autres modalités, et que, d'autre part, l'inverse n'étant pas moins vrai (et même l'étant davantage encore, car la modalité corporelle est celle dont les possibilités sont les plus restreintes), il peut fournir des signes traduisant sensiblement l’état même de celles-ci ; il est clair que ces deux considérations complémentaires ont l'une et l'autre leur importance sous le rapport des qualifications initiatiques ».

Qualification essentielle et qualifications secondaires

    « Il va de soi que la qualification essentielle, celle qui domine toutes les autres, est une question d' « horizon intellectuel » plus ou moins étendu ; mais il peut arriver que les possibilités d'ordre intellectuel, tout en existant virtuellement dans une individualité, soient, du fait des éléments inférieurs de celle-ci (éléments d'ordre psychique et d'ordre corporel tout à la fois), empêchées de se développer, soit temporairement, soit même définitivement. C'est là la première raison de ce qu'on pourrait appeler les qualifications secondaires… »

Importance des qualifications initiatiques

    « Il peut se faire qu[e les différentes qualifications initiatiques] n'aient pas toujours une égale importance : ainsi, il peut y avoir des obstacles s'opposant à toute initiation, même simplement virtuelle, ou seulement à une initiation effective, ou encore au passage à des degrés plus ou moins élevés, ou enfin uniquement à l'exercice de certaines fonctions dans une organisation initiatique (car on peut être apte à recevoir une influence spirituelle sans être pour cela nécessairement apte à la transmettre) ; et il faut ajouter aussi qu'il y a des empêchements spéciaux qui peuvent ne concerner que certaines formes d'initiation. Sur ce dernier point, il suffit en somme de rappeler que la diversité des modes d'initiation […] à l'intérieur d'une même forme traditionnelle, a précisément pour but de répondre à celle des aptitudes individuelles ; elle n'aurait évidemment aucune raison d'être si un mode unique pouvait convenir également à tous ceux qui sont, d'une façon générale, qualifiés pour recevoir l'initiation. Puisqu'il n'en est pas ainsi, chaque organisation initiatique devra avoir sa « technique » particulière, et elle ne pourra naturellement admettre que ceux qui seront capables de s'y conformer et d'en retirer un bénéfice effectif, ce qui suppose, quant aux qualifications, l'application de tout un ensemble de règles spéciales, valables seulement pour l'organisation considérée, et n'excluant aucunement, pour ceux qui seront écartés par là, la possibilité de trouver ailleurs une initiation équivalente, pourvu qu'ils possèdent les qualifications générales qui sont strictement indispensables dans tous les cas. »

Déterminations des qualifications initiatiques et dégénérescence cyclique
    « Là où il existe une organisation sociale traditionnelle, même dans l'ordre extérieur, chacun, étant à la place qui convient à sa propre nature individuelle, doit par là même pouvoir trouver aussi plus facilement, s'il est qualifié, le mode d'initiation qui correspond à ses possibilités […] Au contraire, là où rien n'est plus organisé suivant des règles traditionnelles et normales, ce qui est le cas du monde occidental moderne, il en résulte une confusion qui s'étend à tous les domaines, et qui entraîne inévitablement des complications et des difficultés multiples quant à la détermination précise des qualifications initiatiques, puisque la place de l'individu dans la société n'a plus alors qu'un rapport très lointain avec sa nature, et que même, bien souvent, ce sont uniquement les côtés les plus extérieurs et les moins importants de celle-ci qui sont pris en considération, c'est-à-dire ceux qui n'ont réellement aucune valeur, même secondaire, au point de vue initiatique. Une autre cause de difficultés qui s'ajoute encore à celle-là, et qui en est d'ailleurs solidaire dans une certaine mesure, c'est l'oubli des sciences traditionnelles : les données de certaines d'entre elles pouvant fournir le moyen de reconnaître la véritable nature d'un individu, lorsqu'elles viennent à faire défaut, il n'est jamais possible, par d'autres moyens quelconques, d'y suppléer entièrement et avec une parfaite exactitude ; quoi qu'on fasse à cet égard, il y aura toujours une part plus ou moins grande d' « empirisme » qui pourra donner lieu à bien des erreurs. C'est là, du reste, une des principales raisons de la dégénérescence de certaines organisations initiatiques : l'admission d'éléments non qualifiés, que ce soit par ignorance pure et simple des règles qui devraient les éliminer, ou par impossibilité de les appliquer sûrement, est en effet un des facteurs qui contribuent le plus à cette dégénérescence, et peut même, si elle se généralise, amener finalement la ruine complète d'une telle organisation. »

Qualifications secondaires, rites et « dérythmie »

    L’ « accomplissement actif des rites […] exige, en dehors de la qualification proprement intellectuelle, certaines qualifications secondaires, variables en partie suivant le caractère spécial que revêtent ces rites dans telle ou telle forme initiatique, mais parmi lesquelles l'absence de certains défauts corporels joue toujours un rôle important, soit en tant que ces défauts font directement obstacle à l'accomplissement des rites, soit en tant qu'ils sont le signe extérieur de défauts correspondants dans les éléments subtils de l'être ».

    « Il peut aussi sembler étrange, à ceux qui s'en tiennent aux apparences, que certaines infirmités peu graves au point de vue extérieur aient été toujours et partout considérées comme un empêchement à l'initiation ; un cas typique de ce genre est celui du bégaiement. En réalité, il suffit de réfléchir tant soit peu pour se rendre compte que, dans ce cas, on trouve précisément à la fois l'une et l'autre des deux raisons que nous avons mentionnées ; et en effet, tout d'abord, il y a le fait que la « technique » rituelle comporte presque toujours la prononciation de certaines formules verbales, prononciation qui doit naturellement être avant tout correcte pour être valable, ce que le bégaiement ne permet pas à ceux qui en sont affligés. D'autre part, il y a dans une semblable infirmité le signe manifeste d’une certaine « dérythmie » de l'être, s'il est permis d'employer ce mot ; et d'ailleurs les deux choses sont ici étroitement liées ; car l'emploi même des formules auxquelles nous venons de faire allusion n'est proprement qu'une des applications de la « science du rythme » à la méthode initiatique, de sorte que l'incapacité à les prononcer correctement dépend en définitive de la « dérythmie » interne de l'être.
    Cette « dérythmie » n'est elle-même qu'un cas particulier de désharmonie ou de déséquilibre dans la constitution de l'individu ; et l'on peut dire, d'une façon générale, que toutes les anomalies corporelles qui sont des marques d'un déséquilibre plus ou moins accentué, si elles ne sont pas forcément toujours des empêchements absolus (car il y a évidemment là bien des degrés à observer), sont tout au moins des indices défavorables chez un candidat à l'initiation. Il peut d'ailleurs se faire que de telles anomalies, qui ne sont pas proprement des infirmités, ne soient pas de nature à s'opposer à l'accomplissement du travail rituélique, mais que cependant, si elles atteignent un degré de gravité indiquant un déséquilibre profond et irrémédiable, elles suffisent à elles seules à disqualifier le candidat, conformément à ce que nous avons déjà expliqué plus haut. Telles sont, par exemple, des dissymétries notables du visage ou des membres ; mais, bien entendu, s'il ne s'agissait que de très légères dissymétries, elles ne pourraient même pas être considérées véritablement comme une anomalie, car, en fait, il n'y a sans doute personne qui présente en tout point une exacte symétrie corporelle. Ceci peut d'ailleurs s'interpréter comme signifiant que, dans l'état actuel de l'humanité tout au moins, aucun individu n'est parfaitement équilibré sous tous les rapports ; et, effectivement, la réalisation du parfait équilibre de l'individualité, impliquant la complète neutralisation de toutes les tendances opposées qui agissent en elle, donc la fixation en son centre même, seul point où ces oppositions cessent de se manifester, équivaut par là même, purement et simplement, à la restauration de l' « état primordial ». On voit donc qu'il ne faut rien exagérer, et que, s'il y a des individus qui sont qualifiés pour l'initiation, ils le sont malgré un certain état de déséquilibre relatif qui est inévitable, mais que précisément l'initiation pourra et devra atténuer si elle produit un résultat effectif, et même faire disparaître si elle arrive à être poussée jusqu'au degré qui correspond à la perfection des possibilités individuelles."

Défauts physiques et « courants subtils »

    Nous devons encore faire remarquer qu'il est certains défauts qui, sans être tels qu'ils s'opposent à une initiation virtuelle, peuvent l'empêcher de devenir effective […] un des cas les plus généraux, dans cet ordre, sera notamment celui des défauts qui, comme certaines déviations de la colonne vertébrale, nuisent à la circulation normale des courants subtils dans l'organisme ; il est à peine besoin, en effet, de rappeler le rôle important que jouent ces courants dans la plupart des processus de réalisation, à partir de leur début même, et tant que les possibilités individuelles ne sont pas dépassées.
»
وصَلَى ﭐللهُ عَلى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلَّمْ
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Re: GENERALITES SUR LES CONDITIONS DE L'INITIATION (RAPPELS)

Messagepar maurice_le_baot » Mar Mars 29, 2011 2:06 am

Mohammed Abdessalam a écrit:
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السلام عليكم و رحمة الله و بركاته

Une remarque avant d'aller plus loin dans l'abord ou le rappel de ces questions : il m'apparaît bon de remarquer que les conditions de l'initiation et la qualification pourraient peut-être être abordées selon deux "points de vue", à savoir
- le point de vue qui concerne le postulant en lui-même ("capacités requises" = qualification) et
- le point de vue de l'organisation qui envisage de le rattacher (conditions),
même si l'on comprend bien que ces deux points de vue ne peuvent, en réalité, pas être totalement dissociés.


بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم
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Wa 'alaykum es-Salâm wa rahmatu-Llah wa barakatu-Hu ma maghfiratu-Hu

A titre d'illustration de ce que vous rappelez opportunément, voici ce que dit Guénon sur la nécessité pour le postulant d'être "accepté" par une organisation initiatique en conformité avec les règles qui la régissent:
    "Nous dirons qu'il faut que l'individu n'ait pas seulement l'intention d'être initié, mais qu'il soit « accepté » par une organisation traditionnelle régulière, ayant qualité pour lui conférer l'initiation, c'est-à-dire pour lui transmettre l'influence spirituelle sans le secours de laquelle il lui serait impossible, en dépit de tous ses efforts, d'arriver jamais à s'affranchir des limitations et des entraves du monde profane. Il peut se faire que, en raison de son défaut de « qualification », son intention ne rencontre aucune réponse, si sincère qu'elle puisse être d'ail¬leurs, car là n'est pas la question, et en tout ceci il ne s'agit aucunement de « morale », mais uniquement de règles « techniques » se référant à des lois positives » (nous répétons ce mot faute d'en trouver un autre plus adéquat) et qui s'imposent avec une nécessité aussi inéluctable que, dans un autre ordre, les conditions physiques et mentales indispensables à l'exercice de certaines professions." (Aperçus sur l'initiation Chap. V de la régularité initiatique)


Ceci est d'ailleurs conforme au passage suivant déjà cité ci-dessus mais qui suffisamment remarquable pour être repris ici:
    "Chaque organisation initiatique devra avoir sa « technique » particulière, et elle ne pourra naturellement admettre que ceux qui seront capables de s'y conformer et d'en retirer un bénéfice effectif, ce qui suppose, quant aux qualifications, l'application de tout un ensemble de règles spéciales, valables seulement pour l'organisation considérée, et n'excluant aucunement, pour ceux qui seront écartés par là, la possibilité de trouver ailleurs une initiation équivalente, pourvu qu'ils possèdent les qualifications générales qui sont strictement indispensables dans tous les cas.


Remonté la dernière fois par Mohammed Abdessalam le Mar Mars 29, 2011 2:06 am.
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