SENTENCES FONDAMENTALES de Maîtres de la Voie (général)

Versets coraniques, ahâdîth et paroles de Maîtres en rapport avec la Voie

SENTENCES FONDAMENTALES de Maîtres de la Voie (général)

Messagepar Mohammed Abdessalam » Mar Mai 03, 2011 3:01 pm

بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم
ﭐللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلِّمْ
السلام عليكم و رحمة الله و بركاته


Ce sujet est destiné à regrouper des paroles fondamentales de Maîtres du Taçawwuf
"Par le Temps ! * Le genre humain est, certes, en perdition * Sauf ceux qui croient, accomplissent les bonnes œuvres, se recommandent la vérité et se recommandent la patience."
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Re: SENTENCES FONDAMENTALES de Maîtres de la Voie

Messagepar Mohammed Abdessalam » Mar Jan 10, 2012 7:26 am

بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم
ﭐللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلِّمْ
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J'inaugure ce sujet avec des citations extraites du livre "Enseignement spirituel" - Traités, lettres, oraisons et sentences - Traduit de l'arabe et présentés par Roger Deladrière - Islam/Sindbad.

*


Extrait de « Lettre à l’un de ses frères spirituels »

« Dieu – que Sa louange soit magnifiée ! » ne laisse pas la terre dépourvue de Ses Saints, ni dénuée de ceux qu’Il aime, car c’est grâce à eux qu’Il protège ceux qu’Il maintient en vie, et c’est grâce à eux qu’Il conserve ceux à qui Il donne l’existence. »


Extrait de « Fragment d’une lettre à Abû-l-Abbâs Dînawarî »

« Celui que l’être divin s’est réservé pour qu’il Lui consacre exclusivement toutes ses pensées, et qu’Il traite avec affection, celui-là donc sera pour Lui un ami privilégié, qu’Il honorera et avec qui Il entretiendra des relations intimes. Il le fera hériter des dons merveilleux des Prophètes. Il le rapprochera toujours davantage de Lui. Il établira avec lui des entretiens secrets, et Il le choisira comme confident et comme favori. Il l’élèvera jusqu’au but suprême, en le faisant parvenir enfin au niveau le plus sublime. De cette plus haute cime, il pourra alors, par Lui, dominer les stations du « Droit Chemin » (al-ruchd ; Coran, II, 256) et de « la Bonne Voie » (al-huda ; Coran ; II, 120), les degrés atteints par les justes et les hommes pieux, et les demeures des élus et des saints. Tout cela sera harmonieusement ordonné et intégré en lui, grâce à la « stabilisation définitive » de son être » (tamkin). Par les instructions divines, il sera informé et aura la science, et pas la vertu du pouvoir divin et par l’assistance qu’Il lui communique, il aura l’autorité sur tout cela. »


Extrait de « Lettre à Abû Ya’qûb Yûsuf Ibn al-Hussayn Râzî

« Pour ces êtres d’élection [ceux qui bénéficient de Son affection], le premier pas qu’ils posent sur les chemins bien tracés qui mènent à Lui, qui est leur seul destination, consiste à se détourner, pour Lui, de tout ce qui n’est pas Lui. Grâce à Lui, ils devancent quiconque voudrait lutter de vitesse avec eux, et ils s’élèvent vers Lui seul bien au-dessus des aspirations les plus hautes »


Extrait de « De la Foi / îmân »

« La foi implique la croyance (tasdîq), la conviction (îqân) et le savoir (haqîqat al-‘ilm), en ce qui concerne ce qui échappe à la constatation de visu (‘iyân). Si, en effet, celui qui m’informe de quelque chose qui m’est caché, est véridique à mes yeux, aucune certitude ni aucun doute ne me traverseront. Il me faudra nécessairement le croire, à partir du moment où la chose dont il m’informe est devenue connaissance qui s’est établie en moi. Et la vérité en sera d’autant plus assurée que ma croyance en celui qui est véridique entraînera infailliblement que ce dont il m’informe sera pour moi comme si je le voyais de mes yeux. Telle est la force de la croyance sincère, et telle est la force de la conviction qu’implique le mot de foi. L’on rapporte que l’Envoyé de Dieu dit à un homme : « Adore Dieu comme si tu Le voyais, car si tu ne Le vois pas, Lui te voit !" Il a ainsi recommandé deux attitudes, dont l’une est plus ferme que l’autre : en effet, l’attitude, qui consiste de ma part à faire comme je voyais la « chose » (chay’ ; au sens très général d’ « être », pouvant même s’employer pour Dieu) grâce au savoir que j’en ai et à la véritable croyance en elle, est plus ferme que celle qui découle du fait que cette « chose » me voit, bien que le fait de savoir qu’elle me voit soit une connaissance véritable impliquant l’assentiment. La première de ces deux réalités spirituelles (ma’nâ) a plus de valeur et elle est plus forte, et la vertu éminente consiste à les réunir en donnant la priorité à la première sur la seconde. »
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Re: SENTENCES FONDAMENTALES de Maîtres de la Voie (général)

Messagepar Yahya » Mar Jan 10, 2012 9:36 pm

بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم
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Vanité de ce bas monde

par l'Imam al Ghazali (qu'Allah lui fasse miséricorde).
traduit par Murilo Cardoso de Castro

" Sache que la première sorcellerie de ce bas monde consiste en ceci : il se montre à toi de manière que tu t’imagines qu’il te demeure et qu’il est stable ; or il n’en est pas ainsi car il te fuit sans cesse, mais en se mouvant par degrés et imperceptiblement. Il ressemble à l’ombre qui paraît immobile alors que tu la regardes, bien qu’elle soit en mouvement continuel. De même, il est bien connu que ta vie passe sans cesse et diminue graduellement à tout instant : c’est ce bas monde qui te fuit et te dit adieu sans que tu t’en rendes compte.

Autre sorcellerie : ce bas monde se montre ton ami afin que tu t’éprennes de lui. Il te fait croire qu’il se met d’accord avec toi et avec nul autre ; et, tout à coup, il te quitte en faveur de ton ennemi. Il ressemble à une femme malfaisante et troublante qui séduit les hommes pour les rendre amoureux d’elle, les amène chez elle et les met à mort. Au cours de ses révélations, Jésus (as) vit ce monde sous la forme d’une vieille femme ; il lui demanda combien d’époux elle avait eus ; elle répondit qu’ils étaient innombrables. «Sont-ils morts ou te répudièrent-ils ? — Je les ai tués tous. — Il est surprenant que ces sots, ayant vu ce que tu as fait aux autres, te désirent et n’aient pas compris ! »

"Sache que quand les gens prennent un plaisir en ce monde, malgré le déshonneur et la douleur qu’ils subiront ensuite, cela ressemble à un homme qui mange trop d’un mets agréable, gras et savoureux, au point de ruiner son estomac ; alors mauvaise odeur et incongruité viennent de son estomac, de son haleine et de son excrément ; il s’en trouve confus et repentant, car le plaisir a passé mais la honte demeure. Plus la nourriture est savoureuse, plus son excrément devient puant et dégoûtant ; de même, plus le plaisir de ce monde est intense, plus il est finalement honteux ; et ceci même se manifeste au moment où l’âme nous quitte ; en effet, celui qui possède des biens en abondance — jardin, verger, servantes, esclaves, or ou argent — souffre plus que celui qui possède peu, au moment de l’agonie, puisqu’il doit se séparer de ces biens ; de plus, cette douleur et cette punition ne cessent pas après la mort, tout au contraire ! Elles s’accroissent car cet amour des richesses est un attribut du cœur ; or le cœur subsiste et ne meurt pas. "
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Re: SENTENCES FONDAMENTALES de Maîtres de la Voie (général)

Messagepar Yahya » Mar Jan 10, 2012 10:44 pm

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Hikam paroles de sagesse [Broché]

par Ibn' Atâ-Illâh-Iskandarî


Traduites de l'arabe par El Hâj ' Abd-ar-Rahmâne Buret avec la collaboration et une introduction par Titus Burckhardt

"Ibn 'Atâ-Illâh Al-Iskandarî, qui est né vers le milieu du 7 e/XIII e siècle et qui mourut en l'an 709/1309 au Caire, fut non seulement le disciple et successeur du maître Abû-l-'Abbâs al-Mursî, lui-même disciple du fondateur de l'ordre, Abû-l-Hassan Shâdhilî; il fut aussi le premier maître de cette chaîne à laisser un ouvrage doctrinal écrit, et nous pouvons présumer que ses Hikam résument et fixent l'enseignement oral de ses prédécesseurs. "

Chapitre 1

- C'est signe que l'on compte sur ses propres oeuvres que d'espérer moins (de la Miséricorde divine) lors d'un faux-pas.
- Ton désir de dépouillement (tajrîd), lorsque Dieu te maintient dans l'activité, provient d'un appétit caché. Désirer t'adonner à l'activité quand Dieu te maintient dans le dépouillement, c'est t'abaisser et abandonner un haut dessein.
- Les aspirations spirituelles antécédentes ne percent pas les murailles du destin.
- Décharge-toi (en ce qui concerne ta subsistance) de la direction de tes actes ; ce dont s'occupe pour toi un Autre, ne t'en occupe pas.
- L'effort que tu déploies pour obtenir ce qui t'es garanti, et ta négligence à t'acquitter de ce qui t'est demandé montrent l'obscurcissement de ta clairvoyance.
- Que le délai mis à t'accorder ce que tu as demandé par des prières insistantes ne cause pas ton désespoir ; l'exaucement de tes prières t'es garanti pour les choses qu'Il a choisi de t'accorder, et non pas pour celles que tu as choisies pour toi-même ; et elles te seront accordées au moment où Il le veut, et non pas au moment que tu souhaites.
- Que ne te fasse pas douter de la promesse divine le fait qu'elle ne s'accomplit pas, même si le terme en est arrivé, afin que ce doute ne soit pas la cause d'une brèche dans ta clairvoyance et d'une extinction de la Lumière sise dans le repli secret de ton coeur.
- Si Dieu t'ouvre un accès à la connaissance, muni de cette faveur, ne t'inquiète pas de la diminution de tes bonnes oeuvres. En effet Dieu ne t'a fait cette ouverture que parce qu'Il veut se faire connaître de toi. Ne sais-tu pas que cette voie vers la Connaissance est un don qu'Il t'accorde ; quant à tes oeuvres, ce sont des présents que tu Lui fais. quel rapport y a-t-il entre tes présents et le don qu'Il t'accorde ?
- Les oeuvres se différencient selon la diversité des états qui se présentent.
- Les oeuvres sont des silhouettes dressées dont l'âme est la pureté d'intention.
- Enfouis ton existence sous le sol d'une vie obscure ; le germe issu d'une graine non enfouie ne parvient pas à produire des fruits.
- Rien n'est plus profitable au coeur que l'isolement ; par lui, il entre dans l'arène de la méditation.
- Comment un coeur pourrait-il être illuminé tant que les formes des choses existantes se reflètent dans son miroir ?
- où comment pourrait-il entreprendre son voyage vers Dieu, s'il est entravé par la concupiscence ?
- ou comment désirerait-il ardemment entrer dans la présence de Dieu sans s'être purifier de la souillure de son insouciance ?
- ou comment espérerait-il comprendre la subtilité des mystères avant de s'être repenti de ses moindres fautes ?
- L'univers tout entier est ténèbres ; seule l'éclaire l'appariation en lui de Dieu Réalité.
- Qui regarde l'univers et ne voit Dieu Réalité ni en lui, ni près de lui, ni avant lui, ni après lui, est dépourvu de toute lumière : le soleil de la Connaissance est voilé pour lui par des nuages (que sont à ses yeux) les traces (de l'acte créateur).
- Une des preuves de la Puissance victorieuse du Très-Haut est le fait qu'Il se voile à toi par ce qui n'a pas d'être en dehors de Lui.
- Comment pourrait-on concevoir que quelque chose Le voile alors que c'est Lui qui manifeste toute chose ?
- Comment pourrait-on concevoir que quelque chose Le voile alors qu'Il se manifeste par toute chose ?
- Comment pourrait-on concevoir que quelque chose Le voile alors qu'Il se manifeste en toute chose ?
- Comment pourrait-on concevoir que quelque chose Le voile alors qu'Il se manifeste à toute chose ?
- Comment pourrait-on concevoir que quelque chose Le voile alors qu'Il est le Manifeste (az-zâhir) avant l'existence de toute chose ?
- Comment pourrait-on concevoir que quelque chose Le voile alors qu'Il est plus manifeste que toute chose ?
- Comment pourrait-on concevoir que quelque chose Le voile alors qu'Il est l'Unique, et qu'avec Lui n'existe nulle chose ?
- Comment pourrait-on concevoir que quelque chose Le voile alors qu'Il est plus proche de toi que toute chose ?
- Comment pourrait-on concevoir que quelque chose Le voile alors que, sans Lui, ne serait manifesté l'existence d'aucune chose ?
- O merveille : comment peut apparaître l'Etre dans le néant ?
- Ou encore, comment peut subsister le transitoire à côté de Celui qui a pour attribut l'Eternité (al-qidam, l'antériorité absolue) ?


Chapitre 2


- Parfait ignorant est celui qui veut qu'à l'instar présent advienne autre chose que ce que Dieu y manifeste.
- Remettre les bonnes oeuvres au temps du loisir, c'est une faute qui vient de la mollesse de l'âme.
- Ne demande pas à Dieu qu'Il te sorte d'une situation pour t'employer dans une autre ! S'Il le voulait, Il t'y aurait employé sans te faire quitter la première.
- Chaque fois que l'aspiration spirituelle de celui qui suit la voix s'arrête aux révélations qui lui sont faites, les voix de la réalité essentielle l'appellent et lui disent : "Ce que tu cherchent est au-delà". Chaque fois que la beauté apparente des choses créées s'offre à ses regards, leur réalité essentielle lui crie :"Nous ne sommes que séductions, ne sois donc pas impie !" (Qur'an II, 102).
- Adresser une demande à Dieu, c'est douter de Lui ; si tu Le cherches, c'est qu'Il est absent pour toi ; chercher un autre que Lui, c'est insolence à Son égard, et si tu adresses à autre que Lui une demande, c'est la preuve que tu es éloigné de Lui.
- A chaque souffle que tu émets, Il réalise en toi un de Ses décrets.
- N'attends pas d'être débarrassé de tes tracas, car cela t'empêche d'être attentif à Lui dans la situation qu'Il t'a assignée.
- Ne t'étonne pas de l'assaut des tracas tant que tu résides en cette demeures (terrestre) ; celle-ci ne peut procurer que ce qui convient à sa nature et répond à sa qualité.
- Il n'y aura pas d'obstacle à l'obtention de ce que tu recherches en Dieu ; mais difficilement tu obtiendras ce que tu recherches pour toi-même.
- C'est signe annonciateur du succès dans les dernières étapes que de s'en remettre à Dieu dès les premières.
- Si tes débuts sont lumineux, la fin le sera également.
- Ce qui est caché dans le tréfonds du coeur apparaît dans les manifestations extérieures.
- Qu'il y a loin de celui qui Le prend pour preuve, à celui qui cherche à le prouver ! Celui qui le prend pour preuve, connaît la réalité conformément à son rang : il déduit toute chose de son origine. Ne cherche à Le prouver que celui qui n'est pas parvenu jusqu'à Lui : quand donc est-Il disparu qu'il soit nécessaire de Le prouver ? Quand s'est-il éloigné pour que ce soient les traces de Son action qui nous fassent parvenir jusqu'à Lui ?
- "Que celui qui est dans l'aisance donne selon son aisance" (Qur'an LXV, 7) : tels sont ceux qui sont arrivés jusqu'à Lui. "Et que celui dont les ressources sont mesurées (donne selon ses moyens)" : tels sont ceux qui voyagent vers Lui.
- Ceux qui voyagent vers Lui sont guidés par les lumières de leur orientation (tawajjuh). Ceux qui sont arrivés à Lui possèdent les lumières de la contemplation immédiate (muwâjaha). Les premiers appartiennent aux Lumières, tandis que les seconds possèdent les lumières, car ils appartiennent à Dieu et à nul autre. "Dis : Dieu; et laisse-les s'amuser au milieu de leurs occupations futiles" (Qur'an VI, 91).


Chapitre 3


- Observer les défauts cachés en toi vaut mieux pour toi que scruter les mystères qui te sont voilés.
- Dieu Réalité ne t'est pas voilé. C'est toi qui es couvert d'un voile qui empêche ton regard de L'atteindre. En effet, si quelque chose pouvait Le voiler, ce voile Le couvrirait. Or, s'il était possible que quelque chose Le couvrît, son Etre serait limité comme par une enceinte. Or, qui cerne vainc. "Et c'est Lui l'Invincible qui domine Ses serviteurs" (Qur'an VI, 18).
- Arrache-toi aux attributs de ta nature humaine (bashariyyah), qui s'opposent à ta qualité de serviteur parfait (ubûdiyyah), afin que tu puisses répondre à l'appel de Dieu Réalité et être proche de Sa présence.
- La source de toute désobéissance, de toute négligence, de toute concupiscence, c'est le fait de n'être pas satisfait de soi-même.
- Mieux vaut pour compagnon un ignorant mécontent de soi plutôt qu'un savant satisfait de lui-même. Que peut être la science d'un savant satisfait de lui-même, et quelle ignorance est celle de l'ignorant qui est mécontent de lui-même ?
- Le rayonnement du cœur intelligence (baçîra) te fera constater Sa proximité de toi : l'oeil de cette intelligence te fera constater ta non-existence ('adam) en face de Son Etre et l'essence même de cette intelligence te rendra témoin de Son Etre. Tu ne verras alors ni ta propre existence, ni ta non-existence.
- Dieu était et aucune chose avec Lui ; et Il est maintenant tel qu'Il a toujours été (hadîth).


Chapitre 4


- Que l'élan de ton aspiration n'aille pas d'autres que Lui : l'espoir ne se met qu'en l'être généreux (al karîm).
- N'expose pas à autre que Lui un besoin qu'Il t'a envoyé. comment un autre que Lui pourrait-il enlever ce que Lui t'a imposé ? Celui qui ne peut se délivrer lui-même (d'un tourment), comment pourrait-il en soulager autrui ?"
- Si tu ne présumes pas de la bonté de Dieu pour la seule raison que la bonté est un de Ses attributs, reconnais-la dans la façon dont Il te traite ! T'a-t-il accoutumé à autre chose qu'à Ses bienfaits ? T'a-t-il accordé autre chose que Ses grâces ?
- Ne voyage pas d'un monde créé à l'autre, car tu serais semblable à l'âne du moulin : il marche et rejoint le point d'où il est parti. Mais voyage, et quitte les mondes créés pour leur Créateur. "Certes, c'est auprès de ton Seigneur qu'est le point d'arrivée" (Qur'an LIII, 43).
- Pense à ces paroles du Prophète : "Quiconque quitte son pays en vue de Dieu et de Son prophète parviendra jusqu'à eux.
- Qui le quitte visant un avantage de ce bas monde, l'obtiendra. Qui le quitte désirant une femme, l'épousera. Son exil atteindra le but qu'il s'est proposé en émigrant."
- Comprends bien ces paroles du Prophète : "Son exil atteindra le but qu'il s'est proposer en émigrant". Réfléchis à cela, si tu es intelligent et doué de compréhension !
- Ne prends pas pour compagnon celui dont l'état ne te stimule pas, et dont les paroles ne te montrent pas la voie vers Dieu !
- Il se peut que tu sois mauvais et que la fréquentation d'un homme plus mauvais que toi t'amène à te complaire à la pensée des bonnes actions que tu as accomplies.
- Il n'est pas mince le mérite d'une bonne oeuvre émanant d'un coeur ayant renoncé (aux biens de ce monde).
- Il n'est pas considérable le mérite d'une bonne oeuvre émanant d'un coeur désirant ardemment (ces biens).
- La beauté des actions provient de la beauté des états d'âme (hâl), et la beauté des états d'âme vient de la confirmation dans les stations (maqâmât) où descendent (sur les coeurs les faveurs divines).
- N'abandonne pas le rappel (dhikr) pour la raison que pendant que ta langue mentionne Dieu ton coeur n'est pas présent. En effet, plus grave serait l'absence complète de la mention de Dieu que sa mention sans participation du coeur.


Chapitre 4


- L'un des signes de la mort du coeur, c'est l'absence de tristesse après avoir négligé l'accomplissement d'un devoir, et l'absence de regret après avoir commis une faute.
- Ne t'exagère pas l'énormité d'un péché au point que cela te fasse douter de la miséricorde de Dieu à ton égard. En effet, qui connaît le Seigneur considérera son péché comme petit en face de la générosité de Dieu.
- Il n'est pas de faute légère en face de la justice de Dieu ; il n'en est pas de grande en face de Sa grâce.
- Nulle bonne oeuvre n'a plus d'espoir d'être agréée de Dieu que celle que tu oublies et dont tu fais peu de cas.
- Dieu ne t'envoie l'inspiration (wârid) qu'afin qu par celle-ci tu t'avances vers Lui.
- Il t'envoie cette inspiration pour t'affranchir de la main des altérités et te libérer de l'esclavage des choses créées.
- Il t'envoie l'inspiration pour te sortir de la prison de ton être vers le libre espace de la contemplation de Dieu.
- Les Lumières sont les montures des coeurs et des consciences intimes (asrâr).
- La Lumière est l'armée du coeur, de même que l'obscurité est l'armée de l'âme passionnelle. Lorsque Dieu veut faire triompher Son serviteur, Il envoie à son secours l'armée des Lumières et détourne de lui le torrent des ténèbres et des tracas.
- La Lumière permet le dévoilement ; à la vue intérieur (baçîra) appartient le jugement, et au coeur la décision d'avancer ou de reculer.
- Ne te réjouis pas d'une bonne oeuvre pour la raison qu'elle émane de toi ; mais réjouis-toi de ta bonne action pour la raison qu'elle résulte de la faveur que Dieu t'as accordé. "Dis : De la faveur de Dieu, de Sa grâce, que de tout cela se réjouissent (les hommes) : cela vaut mieux que ce qu'ils amassent" (Qur'an X, 59).
- Au gens de la Voie (sâ'ir), et à ceux qui sont parvenus au But (wâçil), Dieu a voilé la vue de leurs propres bonnes actions et de leurs états spirituels (hâl) : à ceux de la Voie parce qu'ils ne sont pas certains d'avoir avec une parfaite sincérité envers Dieu ; à ceux qui sont parvenus au But, parce qu'Il a détourné leur regards de ces oeuvres en leur accordant la faveur de Le contempler.


Chapitre 6


- L'avilissement de l'âme est un arbre qui a pour semence la cupidité.
- Rien de tel pour t'entraîner que la conjecture.
- Tue s libre à l'égard de ce dont tu désespères, tu es l'esclave de ce que tu désires.
- Qui ne progresse pas vers Dieu en considération de la faveur des bienfaits qu'Il lui accorde est traîné vers Lui par la chaîne des épreuves.
- Qui ne rend pas grâces à Dieu pour Ses bienfaits s'expose à en être privé ; qui Lui en est reconnaissant les entrave à son profit.
- S'il continue à t'accorder Ses bienfaits pendant que tu persistes à mal agir avec Lui, crains qu'il n'y ait là un retrait graduel de Ses faveurs : "Nous leur retirerons graduellement nos faveurs de telle façon qu'ils ne s'en apercevront pas". (Qur'an LXVIII, 44).
- Si ayant violé les règles d respect (envers Dieu), l'aspirant voit le châtiment tarder à venir, c'est ignorance de sa part de dire : "Si j'avais violé les règles de respect, les faveurs divines se seraient interrompues et, nécessairement, j'aurais été puni par l'éloignement de Dieu". Il est possible que ces faveurs lui soient retirées d'une manière dont il n'a pas conscience, et ne fût-ce qu'en le privant de tout surcroît.
- Ainsi tu seras dans la station (maqâm) de l'éloignement sans que tu t'en aperçoives, et ne fût-ce qu'en te complaisant à la satisfaction de tes désirs.
- Si tu vois un serviteur de Dieu maintenu par Celui-ci dans l'accomplissement régulier des exercices spirituels (awrâd) et favorisé d'une aide divine prolongée, ne mésestime pas les dons que Dieu lui a accordé pour la raison que tu ne vois en lui ni la marque des gnostiques (al-'ârifîn), ni la splendeur de ceux qui aiment Dieu (al-muhibbîn). S'il n'avait pas d'inspiration (wârid), il ne persisterait pas à pratiquer les exercices spirituels (wird).
- Certains, Dieu Réalité les a installés dans Son service ; à d'autres, Il a particulièrement attribué la fonction qui consiste à L'aimer. "Les uns et les autres, Nous les aidons des dons de ton Seigneur ; les dons de ton Seigneur ne sont pas limités". (Qur'an XVII, 21).


Chapitre 7


- Il est rare que les inspirations divines (wârid) se produisent autrement qu'à l'improviste ; et cela afin d'empêcher les adorateurs de prétendre qu'elles sont la conséquence nécessaire de leur préparation spirituelle (isti'dâd).
- Si tu vois quelqu'un répondre à toutes les questions qu'on lui pose, exprimant toutes ses expériences, mentionnant tout ce qu'il a appris, conclus de là qu'il existe chez lui une certaine dose d'ignorance.
- Si Dieu a assigné la demeure dernière comme lieu où seront récompensés Ses serviteurs croyant, c'est parce que cette demeure (terrestre) n'est pas assez vaste pour contenir ce qu'Il veut leur donner; Il a en effet pour eux une telle considération qu'Il refuse de les récompenser dans une demeure éphémère.
- Trouver promptement le fruit de son action est la preuve que cette action sera agréée.
- Si tu veux connaître ton rang auprès de Dieu, vois la station où Il te maintient.
- Lorsque Dieu t'accorde le pouvoir de Lui obéir et de ne penser qu'à Lui, en oubliant cette obéissance, sache qu'Il t'a alors comblé de Ses grâces apparentes et cachées.


Chapitre 8


- Ce que tu peux demander de mieux, c'est ce qu'Il demande de toi.
- S'attrister d'avoir omis obéir à un commandement divin sans se lever pour réparer cette omission, c'est signe d'aveuglement.
- Le "connaissant" (ârif), ce n'est pas celui qui, parlant par allusion, trouve que Dieu Réalité est plus près de lui que ses allusions ; mais le connaissant est celui qui n'a plus d'allusion à cause de son anéantissement dans l'Etre et de son absorption dans la contemplation de Dieu.
- Le véritable espoir est accompagné d'action : sinon il ne s'agit que d'un souhait.
- Le "connaissant" (ârif) demande à Dieu d'être sincère dans son service, et d'observer les droits de la Seigneurie.
- Il t'a favorisé de l'épanouissement de ton coeur pour te délivrer de l'état de resserrement ; puis Il t'a donné le resserrement afin de ne pas t'abandonner dans l'état d'épanouissement ; enfin Il t'a fait sortir de ces deux états afin que tu n'appartiennes à rien en dehors de Lui.
- Dans l'épanouissement du coeur, les connaissants éprouvent une crainte plus grande que dans le resserrement.
- Rares sont ceux qui, dans l'épanouissement, observent les règles du respect (adab).
- Dans l'épanouissement du coeur, l'âme passionnelle (nafs) prend sa part en éprouvant de la joie ; dans le resserrement, elle n'a aucune part.
- Souvent Son don est privation ; souvent Sa privation est un don.
- Toutes les fois qu'Il t'ouvre la porte de la compréhension à l'occasion d'une privation, il t'apparaît que cette privation est au fait un don.
- le dehors des choses créées est illusion séduisante : leur intérieur est un avertissement.
- L'âme passionnelle (nafs) regarde l'extérieur séduisant ; le coeur regarde le dedans, plein d'enseignement.
- Si tu veux obtenir un honneur perdurable, ne recherche pas une puissance éphémère.
- La véritable "bilocation" (tayy) consiste à plier l'espace de ce bas-monde si bien que tu voies la vie future plus proche de toi que toi-même.
- Don reçu des créatures est privation : privation imposée par Dieu est un bienfait.


Chapitre 9


- Dieu est bien trop magnanime pour récompenser Son serviteur à terme, quand celui-ci Le sert comptant.
- Qu'il te suffise comme récompense de Sa part qu'il jugé digne de Lui obéir.
- A ceux qui pratiquent les bonnes oeuvres suffisent comme récompense les ouvertures (futûhât) qu'Il accorde à leurs coeurs lorsqu'ils Lui obéissent, et les faveurs (wârid) dont Il les comble en les faisant jouir de Son intimité confiante (mu'anasa).
- Qui sert Dieu dans l'espoir d'une récompense, ou dans la pensée que ses actes d'obéissance écarteront de lui le châtiment venant de Dieu, ne rend pas justice à Ses qualités.
- Quand Il te donne, Il te témoigne Sa bonté ; quand Il te prive, Il te témoigne Sa puissance contraignante (qahr). Dans tout cela, Il se fait connaître toi, et vient à toi avec Sa bienveillance.
- Si la privation te fait souffrir, c'est parce que tu ne vois pas Dieu en elle.
- Il se peut que Dieu t'ouvre la porte de l'obéissance sans t'avoir ouvert celle de Son agrément, mais il se peut également qu'Il détermine un péché de ta part, et que celui-ci soit la cause de ton arrivée à Lui.
- Un acte de désobéissance qui inspire l'humilité et le sentiment d'avoir besoin (de Dieu) est préférable à un acte d'obéissance qui engendre l'outrecuidance et d'orgueil.
- Deux grâces sont attachées nécessairement à toutes choses créée : la grâce de l'existentiation et la grâce de l'entretien.
- Il t'a donné d'abord la grâce de l'existence, puis celle de Son assistance ininterrompue.
- Ton indigence T'est essentiellement inhérente, et les épreuves qui te frappent (en se monde) ne font que te rappeler ce qui t'en échappait, car l'indigence essentielle n'est pas abolie par les contingences (heureuses).
- Le meilleur de tes instants est celui où tu es conscient de ton besoin (de Dieu) et tu es ramené à la réalité de ton humble condition.
- Quand Il t'inspire de l'éloignement pour les créatures sache qu'Il veut t'ouvrir la porte de son intimité confiante.
- Quand Dieu délie ta langue en t'inspirant de le prier sache qu'Il veut t'exaucer.
- Au connaissant (ârif) jamais n'échappe le sentiment de son besoin extrême (de Dieu) ; jamais il ne s'attache à un autre que Dieu.
- Dieu a éclairé les choses extérieures par les lumières de ses créatures, et Il a éclairé les consciences intimes (sarâ'ir) par les lumières de Ses propres qualités. C'est pourquoi la lumière des choses apparentes décline et disparaît et que ne décline pas la lumière des coeurs et des consciences intimes ; ainsi qu'on l'a dit :
« Le soleil du jour disparaît la nuit Le soleil des coeurs jamais définis »


Chapitre 10


- Qu'allège la souffrance que te causent Ses épreuves le fait de savoir que c'est Lui qui t'éprouve ! Car Celui qui t'a confronté avec Ses décrets est le même qui t'a habitué à constater qu'Il choisit pour toi le mieux.
- Croire que sa bonté peut-être séparée de Ses décrets, c'est avoir une vision bien limitée.
- Il n'est pas à craindre pour toi que les Voies se confondent ; ce qu'il y a à craindre pour toi, c'est que les passions ne triomphent de toi.
- Gloire à Celui qui a caché le mystère de la sainteté (khuçûçiyya) sous l'extérieur de la nature humaine (bashariyya) et qui a manifesté Sa magnificence seigneuriale (rubûbiyya) en faisant apparaître l'état de servitude (ubûdiyya).
- Ne récré mine pas pas lorsque Dieu tarde à t'accrocher ce que tu Lui as demandé ; récrimine plutôt contre ton manque d'égards envers Lui.
- Lorsque Dieu te met à même d'obéir à Son commandement dans ton comportement extérieur, et de t'abandonner intérieurement à Sa volonté contraignante, Il t'accorde la plus grande des faveurs.
- Les élus ne parviennent pas tous à la délivrance.


Chapitre 11


- Ne méprise le wird (les exercices spirituels) que l'homme à l'ignorance crasse. L'influx divin (wârid) existera encore dans notre vie future, tandis que le wird cessera avec notre vie en ce bas monde. Ce qui demande le plus notre attention, c'est ce qui ne peut être remplacé. Le wird c'est Lui qui le demande de toi, et l'influx divin c'est toi qui le Lui demandes. Quelle différence entre ce qu'Il demande de toi et ce que tu Lui demandes !
- L'arrivée des secours (divins) est en proportion de la prédisposition. Les Lumières divines affluent suivant la pureté du for intérieur (sirr).
- L'étourdi songe, le matin, à ce qu'il fera (dans la journée) ; l'homme raisonnable pense à ce que Dieu fera de lui.
- Les dévots ainsi que les ascètes ne s'effarouchent de toute chose que parce que, en toute chose, ils sont loin de Dieu ; s'ils L'avaient vu en toute chose, ils ne s'effaroucheraient de rien.
- Il t'a ordonné qu'en cette demeure tu médites sur Ses créations : dans l'autre demeure, Il dévoilera pour toi la perfection de Son essence.
- Sachant que tu ne saurais supporter d'être totalement séparé de Lui, Il t'a fait contempler Ses manifestations.
- Sachant qu'existe en toi une tendance à la lassitude, Dieu a varié les formes des pratiques pieuses ; connaissant ton impétuosité, Il a assigné pour elle des heures fixes, de telle façon que se soit la perfection dans l'accomplissement de la prière rituelle qui te préoccupe et non le fait de prier comme tel. Tout pratiquant n'est pas un orant.
- La prière rituelle (çalâh) purifie les coeurs : elle ouvre la porte des mystères.
- La prière rituelle est (en principe) un entretien confidentiel (munâjâh) avec Dieu, une source de pureté : en elle s'ouvrent les espaces des consciences intérieures et apparaissent les lumières du jour qui se lève.
- Connaissant l'existence de ta faiblesse, Il a réduit le nombre des prières rituelles ; et sachant le besoin que tu as de Sa grâce, Il en a multiplié les fruits.
- Toutes les fois que tu demandes (à Dieu) une récompense pour une bonne oeuvre, Il te réclame la sincérité dans son accomplissement ; qu'il suffise à l'auteur non sincère d'une telle oeuvre qu'elle le protège du châtiment.
- Ne demande pas de récompense pour ton acte, car tu n'en est pas l'auteur ; il doit te suffir comme récompense : il doit te suffire comme récompense qu'Il l'agrée.
- Lorsqu'Il veut manifester Sa faveur envers toi, Il crée en toi une (bonne oeuvre) et te l'attribue.
- Infini sera le nombre de tes actes blâmables, s'Il t'abandonne à toi-même. Tes actes louables ne cesseront pas tant qu'il manifestera en toi Sa générosité.


Chapitre 12


- Accroche-toi aux attributs de Sa seigneurie, et sois conscient de tes attributs de servitude.
- Dieu t'interdit de prétendre de posséder telles qualités (que tu n'as pas, mais) qui peuvent appartenir à d'autres créatures ; te permettrait-Il de prétendre posséder Ses attributs à Lui, qui est le Seigneur des mondes ?
- Comment tes pouvoirs usuels seraient-ils dépassés, alors que tu n'as rien changé à tes usages ?
- Ce qui importe, ce n'est pas l'existence de la quête, seul importe qu'il te soit donné d'y observer le respect parfait (envers Dieu).
- Aucune demande n'est plus forte que la conscience de ton urgent besoin de Dieu ; et rien ne te procurera les faveurs divines plus rapidement que l'humilité et le sentiment de ton indigence (à l'égard de Dieu).
- Aucune demande n'est plus forte que la conscience de ton urgent besoin de Dieu ; et rien ne te procurera les faveurs divines plus rapidement que l'humilité et le sentiment de ton indigence (à l'égard de Dieu).


Chapitre 13


- S'Il n'avait la bienveillance de cacher tes fautes, nulle de tes actions ne serait digne d'être agréée.
- Toi, lorsque tu Lui obéis, tu as plus besoin de Son indulgence que lorsque tu Lui désobéis.
- La protection divine est de deux sortes : protection de l'homme contre la désobéissance, et protection de l'homme dans la désobéissance. Les gens du commun demandent à Dieu de cacher leur désobéissance par crainte de voir tomber leur rang aux yeux des créatures. Les gens de l'élite demandent à Dieu de les préserver de la désobéissance par crainte de perdre l'estime du Roi Réalité.
- Quiconque t'honore n'honore en toi que la bienveillance de Celui qui t'a protégé. Ta reconnaissance est due à ce Protecteur et non pas à celui qui t'honore et te loue.
- N'est ton véritable compagnon que celui qui te fréquente tout en connaissant tes défauts. Seul est ainsi ton Maître généreux. Le meilleur des compagnons est celui qui te recherche sans attendre de toi un profit.
- N'est ton véritable compagnon que celui qui te fréquente tout en connaissant tes défauts. Seul est ainsi ton Maître généreux. Le meilleur des compagnons est celui qui te recherche sans attendre de toi un profit.
- Ce n'est pas l'existence d'un être existant à côté de Dieu qui te Le voile, car il n'existe rien à côté de Lui ; mais c'est l'imagination de l'existence d'un être à côté de Lui.
- N'était Son apparition dans les choses créées, aucune d'elles ne serait visible.
Si Ses qualités apparaissaient, les choses qu'Il crée s'évanouiraient
- Dieu a manifesté tout chose parce qu'Il est l'Intérieur (al-bâtin), et Il embrasse l'existence de toute chose parce qu'Il est l'Extérieur (az-zâhir).
- Dieu t'a permis de regarder ce qui est dans les choses mais non de t'arrêter à ces choses mêmes. "Dis : Regarder ce qui est dans les cieux et sur la terre !" (Qur'an X, 101). Par les mots : "dans les cieux", Il a ouvert pour toi la porte de la compréhension. Il n'a pas dit : "Regardez les cieux", ce qui t'aurait conduit à constater l'existence des corps célestes.
- Les choses existent parce qu'elles sont par Lui affermies ; mais elles s'effacent par l'unité de Son essence.


Chapitre 14


- Les gens te loueront des qualités qu'ils supposent en toi ; mais toi, blâme-toi des défauts que tu sais posséder.
- Le croyant, lorsqu'on le loue, est confus devant Dieu d'être loué pour une qualité qu'il constate ne pas posséder.
- Il n'y a pire ignorant que celui qui abandonne la certitude qu'il a de ses défauts pour admettre l'existence des qualités que les gens lui supposent.
- Il n'y a pire ignorant que celui qui abandonne la certitude qu'il a de ses défauts pour admettre l'existence des qualités que les gens lui supposent.
- Les renonçant (zâhidun) lorsqu'ils sont loués ont le coeur serré parce qu'ils constatent que cet éloge émane des créatures. Les connaissants (ârifun) lorsqu'ils sont loués se réjouissent parce qu'ils voient que cet éloge leur vient du Roi Réalité.
- Si toutes les fois que tu reçois, ton coeur s'épanouit, et que, lorsque tu essuies un refus, il se serre, vois-y la preuve de ton immaturité et de ton manque de sincérité dans ton service envers Dieu.


Chapitre 15


- S'il t'arrive de commettre un péché, que cela ne te fasse pas désespérer de parvenir à la droiture dans ton comportement envers Dieu : il est possible que ce péché soit le dernier que t'ait imposer la destinée.
- Si tu veux que s'ouvre devant toi la porte de l'espoir, vois les bontés dont Il te comble ;
Si tu veux que s'ouvre devant toi la porte de la crainte, vois ce que tu Lui dois !
- Il est possible que tires plus de profit de la nuit du resserrement que de l'arrivée du jour de l'épanouissement. "Vous ne savez pas lequel d'eux est pour vous un profit plus rapide" (Qur'an IV, 12).
- Les "orients" (matâli') des Lumières, ce sont les coeurs et le for intime des consciences.
- Une lumière est déposée dans les coeurs, qui est alimentée par la lumière émanant des Trésors des Mystères.
- Il existe une Lumière par laquelle Il te dévoile les traces de Son action ; et une Lumière par laquelle Il te dévoile Ses qualités.
- Parfois les coeurs s'arrêtent (à la jouissance) des Lumières, de même que les âmes passionnelles sont obnubilées par l'opacité des choses extérieures.
- Dieu a caché les Lumières du tréfonds des coeurs sourd le voile épais des apparences afin de préserver leur splendeur de se commettre par leur apparition, et pour qu'elles ne soient pas vulgarisées.


Chapitre 16


- Gloire à Celui qui ne guide (certains aspirants) vers Ses amis (awliyâ) que parce que ceux-ci sont les guides vers Lui ; et qui ne fait parvenir jusqu'à eux que celui qu'Il veut faire arriver jusqu'à Lui.
- Il se peut que Dieu te montre les mystères de Son Royaume céleste (malakût) et qu'Il ne permette pas de voir les secrets des hommes.
- Quiconque percevrait les secrets des hommes sans que son âme se soit conformée à la Miséricorde divine, cette perception serait pour lui une tentation (fitna) et pourrait lui attirer de graves sommages.
- La part de plaisir que prend l'âme passionnelle (nafs) dans la désobéissance est extérieur, apparente ; le plaisir qu'elle trouve dans les actes d'obéissance est intérieur, caché. Or, soigner d'un mal caché est une cure difficile.
- Il est possible que l'ostentation pénètre là même où personne ne te voit.
- Si tu aspires à ce que l'on connaisse les faveurs particulières (que tu as reçues de Dieu), c'est la preuve que tu Le sers sans sincérité.
- Soustrais toi aux regards des créatures pour rechercher le regard de Dieu Réalité. Détourne ta vue lorsqu'elles viennent à toi en Le voyant venir à toi.
- Qui connaît Dieu Réalité, Le voit en toute chose. Qui est anéanti en Lui, est absent de toute chose. Qui l'aime ne Lui préfère rien.
- Ne te voile Dieu Réalité que Son extrême proximité de toi.
- C'est seulement l'éblouissement causé par Son apparition qui Le voile à tes yeux ; s'Il se dérobe aux regards, c'est à cause de l'intensité de Sa lumière.


Chapitre 17


- Ne considère pas ta prière comme devant être la cause du don qu'Il te fera, car alors diminuerait ta compréhension à Son égard. Que ta prière ait pour but de manifester ta qualité de serviteur et d'observer les devoirs dus à la Seigneurie !
- Comment ta prière qui est postérieure serait-elle la cause d'un don décidé antérieurement ?
- La décision prise dans l'antériorité absolue (azal) pourrait-elle être assujettie à des causes ?
- Il t'accorde Sa sollicitude, non par suite d'un geste provenant de toi... Où étais-tu lorsque Sa sollicitude t'a fait face et que Sa bienveillance t'a enveloppé ? Dans Son antériorité absolue (azal) il n'existe ni actes sincères ni états spirituels ; il n'existe que pure Générosité et Grâce ineffable.
- Dieu sait que les hommes, ses serviteurs, aspirent à voir se manifester le mystère de Sa sollicitude : aussi leur a-t-Il dit : "Il accorde en particulier Sa grâce à qui Il veut" (Qur'an II, 99). Mais, sachant que, s'Il laissait les hommes avec cela, ils négligeraient les bonnes oeuvres en se fiant au destin établi dans l'antériorité absolue, Il a ajouté : "La miséricorde de Dieu est proche des bienfaisants" (Qur'an VII, 54).
- Sur Sa volonté se fonde toute chose : et Sa volonté ne se fonde sur rien.


Chapitre 18


- Des adorateurs ont pu être amenés par l'observance du respect (adab) à abandonner toute demande, se basant sur ce que leur lot est prédestiné, et aussi d'être occupés par Son invocation (dhikr) pour demander !
- On ne remémore que celui qui peut être sujet à oubli ; on ne rappelle à l'ordre que celui qui est capable de négligence.
- Chaque arrivée du dénuement est une fête pour l'aspirant.
- Il est possible que tu trouves dans le dénuement un accroissement (de pureté et de lumière) que tu ne trouverais pas dans le jeûne et les prières.
- Le dénuement est le tapis des grâces.
- Si tu veux que te soient octroyées les grâces, réalise en toi l'état de besoin et de dénuement : "les aumônes sont seulement pour les besogneux" (Qur'an IX, 60).
- Réalise quelles sont tes qualités, Il te secourra des Siennes ; sois conscient de ton humble condition, Il t'aidera de Sa Puissance ; sois conscient de ton impuissance, Il te secourra de Son Pouvoir (qudra) ; sois conscient de ta faiblesse, Il t'assistera de Sa Force (hawl) et de Sa Vigueur (quwwa).


Chapitre 19


- Il se peut que soit favorisé du don des prodiges quelqu'un dont la conduite n'est pas parfaite.
- C'est signe que Dieu Réalité t'a placé dans tel état, s'Il t'y maintient longtemps et que tu en retires des avantages spirituels.
- Qui parle assis sur le tapis de ses bonnes actions est contraint de se taire lorsqu'il faute ; mais qui parle assis sur le tapis des bienfaits de Dieu envers lui ne se tait pas lorsqu'il a fauté.
- L'illumination des sages précède leur parole ; toutes les fois que se produit l'illumination arrive l'expression.
- Toute parole proférée porte l'habit du coeur d'où elle émane.
- Celui qui a été autorisé à parler charme par ses paroles les oreilles des créatures, et ses allusions subtiles leur deviennent sensibles.
- Il se peut que tu exposes les Réalités et que leurs lumières soient éclipsées si tu n'as pas reçu l'autorisation de les manifester.
- Leur expression est l'effet, soit d'un débordement de l'extase, soit du dessein de guider un aspirant. Le premier cas est celui des gens qui marchent sur la voie (sâlikûn), le second celui des Maîtres affermis, qui ont réalisé la Vérité
- Leurs paroles sont un aliment pour les coeurs des auditeurs qui en ont besoin ; ne te concernent que celles que tu peux assimiler.
- Il se peut que parle d'une station (maqâm) quelqu'un qui l'a entrevue. Il se peut qu'en parle qui y est parvenu. Ne sait distinguer l'un de l'autre que celui qui possède l'intelligence du coeur (çahib al-baçîra).
- Il ne convient pas à qui marche dans la voie (sâlik) qu'il parle des grâces qui lui sont prodiguées (wâridat) ; cela diminuerait leur influence sur son coeur et s'opposerait à ce qu'il soit sincère avec son Seigneur au moment où il est favorisé.
- Ne tends pas la main pour recevoir (les dons) des créatures, à moins que tu ne vois que celui qui donne par leurs mains, c'est ton Seigneur; S'il en est ainsi, reçois ce qui est conforme aux règles de la loi.
- Il se peut que le connaissant s'abstienne d'exposer son besoin à son Seigneur par acceptation de la Volonté divine. Comment alors ne s'abstiendrait-il pas de l'exposer aux créatures ?


Chapitre 20


- Si tu hésites entre deux choses, choisis la plus déplaisante à ton âme passionnelle, et suis-là ; en effet ne lui déplaît que ce qui est juste.
- C'est signe que l'on suit son caprice que de s'empresser d'accomplir des actes pieux surérogatoires et d'éprouver de l'ennui à exécuter les actes obligatoires.
- Dieu a fixé des heures pour les actes d'obéissance afin que tu n'en sois pas privé par la tentation de les remettre à plus tard ; mais pour chacun, Il a largement mesuré le délai, afin qu'il te reste la possibilité du libre choix.
- Il connaît le peu d'empressement des hommes (ibâd) à Le servir ; aussi leur a-t-Il imposé des actes d'obéissance et les a-t-Il ainsi amenés à Lui, enchaînés dans les fers des obligations. "Ton Seigneur s'étonne que des gens soient menés au paradis par des chaînes" (Hadîth).
- Il t'oblige à Le servir par certains actes. Mai en fait, Il ne t'oblige qu'à entrer dans Son paradis.
- Qui s'étonne que Dieu puisse le délivrer de sa passion et le sortir de son état de négligence entacherait de faiblesse la Puissance divine, car "Dieu est sur tout chose puissant" (Qur'an XVIII, 44).
- Il peut arriver que Dieu te plonge dans les ténèbres. Par là, Il te fait connaître l'importance des grâces lumineuses dont Il t'a favorisé antérieurement.
- Qui ne reconnaît pas l'importance des bienfaits au moment où la comprendra lorsqu'il en sera privé.
- Que l'arrivée des grâces ne te stupéfie pas au point de négliger ta dette de reconnaissance envers Lui. Cette négligence abaisserait ton rang.
- Si la douceur de la passion s'empare du coeur, la guérison devient très difficile.
- Ne peut chasser du coeur l'appétit sensuel qu'une crainte harcelante ou un désire qui ne s'apaise jamais.
- De même qu'Il n'aime pas l'oeuvre partagée, ainsi n'aime-t-il pas le coeur qui associe autre chose à Dieu. L'oeuvre intéressé n'est acceptée par Lui, et du coeur associateur Il ne s'approche pas.


Chapitre 21


- Des lumières ont été autorisés à parvenir jusqu'au coeur ; d'autres lumières ont été autorisées à la pénétrer.
- Souvent les lumières sont arrivées à toi, mais trouvant ton coeur plein des images des créatures, elles sont retournées là d'où elles venaient.
- Vide ton coeur de tout ce qui n'est pas Dieu, il s'emplira de connaissance et de mystères.
- N'attribue pas à Dieu le retard apporté dans l'octroi de Ses dons ; mais reconnais le retard apporté par toi-même à te tourner vers Lui.
- Certains devoirs prescrits à temps fixe peuvent être remplis plus tard ; les devoirs de chaque moment, cependant, ne peuvent être différés. Chaque moment qui survient comporte pour toi un nouveau devoir envers Dieu et une occupation urgente ; or, comment pourrais-tu, à tel moment, remplir le devoir d'un autre moment, alors que tu ne satisfaits même pas au droit divin à l'heure ?
- Le temps écoulé de ta vie ne peut être remplacé et celui dont tu as bénéficié (en l'employant en actes pires) n'a pas de prix.
- Tu n'aimes pas une chose sans en être l'esclave, or Lui ne veut pas que tu sois l'esclave d'un autre que Lui.
- Ni ton obéissance ne lui est profitable, ni ta désobéissance ne Lui porte préjudice. Il t'ordonne tel acte et t'interdit tel autre uniquement dans ton intérêt.
- Ni n'augmente Sa gloire le fait que quelqu'un vient à Lui ; ni ne la diminue le fait que quelqu'un se détourne de Lui.


Chapitre 22


- Pour toi, arriver à Dieu, c'est arriver à Le connaître ; sinon, Dieu est trop élevé pour que quoi que ce soit se joigne à Lui, ou pour que Lui se joigne à quoi que ce soit.
- pour toi, être près de Lui, c'est que tu vois Sa proximité ; sinon, quel rapport y a-t-il entre toi et l'existence de Sa proximité ?
- Dans l'état de "dévoilement" (tajallî) les réalités spirituelles se manifestent indistinctement ; leur élucidation ne se fait qu'après l'état de concentration : "Lorsque Nous te dictons le Livre, suis-en le texte. Il Nous appartient, dans la suite, d'en éclairer le sens". (Qur'an XXI, 18).
- Quand arrive à toi les inspirations divines (wâridât), elles détruisent tes habitudes.
"Certes, lorsque les rois pénètrent dans une bourgade, ils la saccagent". (Qur'an XXVII, 17-18).
- L'inspiration (wârid) vient de la Présence invincible. Aussi, tout ce qui s'y oppose, elle le fracasse : "Mais nous laçons le fracasse : la Vérité contre l'erreur ; elle la frappe à la tête, et la voici anéantie". (Qur'an XXI, 18).
- Comment Dieu-Réalité serait-Il voilé par une chose alors qu'en cette chose qui Le voilerait Il est apparent, existant, présent.
- Ne désespère pas de voir agréer une acte dans lequel tu n'éprouves pas Sa présence. Il se peut qu'Il agrée un acte alors que tu n'en atteins pas promptement le fruit.
- Ne considère pas comme valable une inspiration (wârid) dont tu ignores le fruit ; ce que l'on désire du nuage, ce n'est pas la pluie, mais seulement les fruits qui résulteront de celle-ci.
- Ne recherche pas la persistance des inspirations après qu'elles ont étendu sur toi leurs lumières et placé en toi leurs mystères. Dieu doit te tenir lieu de toute chose, et rien ne peut pour toi remplacer Dieu.
- Ton désir de voir persister quelque chose d'autre que Lui, est la preuve que tu ne L'as pas trouvé. Ta tristesse d'avoir perdu quelque chose en dehors de Lui est la preuve que tu n'es pas arrivé à Lui.


Chapitre 23


- Le bonheur, quelle que soit la variété de ses aspects, n'existe vraiment qu'en la présence de Dieu et Sa proximité. La souffrance, quelle que soit la variété de ses aspects, n'existe que par le voile qui Le cache.
La cause de la souffrance est donc l'existence du voile ; et la perfection du bonheur est la contemplation de Sa face généreuse.
- Les coeurs ne sont accablés d'inquiétudes et de tristesses que parce qu'ils sont empêchés de Le voir.
- C'est par une parfaite bienveillance envers toi qu'Il te donne ce qui te suffit et te prive de ce qui te rendrait impie.
- Que peu de chose te rendent joyeux, pour que peu t'attristent.
- Si tu ne veux pas être destitué, ne te charge pas d'une fonction qui ne dure pas.
- Si les débuts (des charges mondaines) te séduisent, leur fin t'y fera renoncer. Si leur aspect extérieur t'attire, leur réalité interne te repoussera.
- Il n'a fait de ce bas monde un lieu de tracas, une mine où abondent les ennuis, que pour t'inciter à y renoncer.
- Il savait que tu n'accepterais pas un conseil nu, aussi t'a-t-il goûter des amertumes qui te faciliteront le renoncement.
- La "science utile" est celle dont les rayons se répandent dans la poitrine et qui lève le voile du coeur.
- La meilleure des sciences et celle qu'accompagne la crainte de Dieu.
- La science, si l'accompagne la crainte de Dieu, est à ton bénéfice ; sinon, à ton détriment.
- Toutes les fois que tu souffres de ce que les gens ne s'empressent pas vers toi, ou de ce qu'ils te décochent leurs blâmes, reviens à la connaissance que Dieu a de toi.
- Si ne te suffit pas cette connaissance, le fait de ne pas t'en contenter est un malheur plus grand pour toi que l'existence de la malveillance des créatures.
- Il ne t'a tourmenté par l'intermédiaire des hommes qu'afin que tu ne te reposes pas tranquillement sur eux. Il a voulu que les tracas t'éloignent de toute chose afin que rien ne te distraie de Lui.
- Si tu sais que Satan ne te néglige pas, ne néglige pas, toi, Celui dans la main duquel est la "mèche de ton occiput".
- Il a fait de Satan ton ennemi afin que celui-ci te traque jusqu'à ce que tu te réfugies auprès de Dieu ; et Il a mis en mouvement ton âme passionnelle afin que sans cesse tu te tournes vers Lui.


Chapitre 24


- Qui prétend être humble est en réalité orgueilleux. En effet ne peut s'abaisser que l'homme en rang élevé ; or, si tu prétends avoir un rang élevé, c'est que tu es orgueilleux.
- Ce n'est pas humilité véritable que se considérer, après s'être humilié, comme au-dessus du rang (choisi par soi-disant humilité). L'humilité véritable est celle de celui qui, s'étant humilié, se sent mériter un rang encore inférieur.
- La vraie humilité naît de la contemplation de Sa grandeur et de la révélation de Ses qualités.
- Ne te débarrassera de ta qualité que la contemplation de Sa Qualité.
- Le croyant absorbé par la louange qu'il adresse au Très-Haut, est détourné de se louer lui-même. Occupé de ses devoirs envers Dieu, il ne peut se souvenir de ses propres mérites.
- N'est pas amoureux véritable celui qui espère de l'aimé une compensation et recherche en lui un profit. T'aime qui se donne à toi, et non celui pour qui tu te dépenses.
- Si n'existait l'arène où l'on combat les passions, ne se réaliserait pas la marche des "voyageurs" (sâlikûn), car il n'y a pas entre Lui et toi de distance telle qu'il te faille voyager pour la franchir, ni d'obstacle à aplanir pour pouvoir arriver jusqu'à Lui.
- Il t'a placé dans le monde intermédiaire, entre le monde terrestre (mulk) et le monde angélique (malakût), afin de t'enseigner l'élévation de ton rang parmi Ses créatures et afin que tu saches que tu es une perle enveloppé par les coquilles de Sa création.
- L'Univers peut te contenir seulement en ce qui concerne ta corporéité, mais il ne le peut au regard de ta nature spirituelle.
- Celui qui est dans l'Univers et auquel n'a pas été ouvertes les arènes des mystères est emprisonné
- Tu appartiens aux choses créées tant que tu ne vois pas la Créateur. Lorsque tu Le vois, ce sont les choses créées qui t'appartiennent.
- La qualité d'élu (khuçuçiyya) n'anéantit pas la faiblesse humaine (bashariyya). Mais cette qualité peut être comparé au lever du soleil qui donne la lumière du jour. L'astre apparaît à l'horizon et n'en fait pas partie.
- Parfois le soleil de Ses attributs se lève sur la nuit de ton existence, parfois Il te retire cette faveur et te rend à ta limitation. Le jour ne provient pas de toi et ne t'appartient pas, mais il arrive sur toi.
- Par Ses oeuvres, Il prouve l'existence de Ses noms ; par l'existence de Ses noms, Il atteste l'existence de Ses qualités ; et par l'existence de Ses qualités, Il prouve la réalité de Son essence, car il est inconcevable qu'une qualité existe par elle-même.
- Aux "ravis" (majdhûbûn), Il dévoile d'abord la perfection de Son essence, puis Il les renvoie à la contemplation de Ses qualités, puis Il les ramène à l'attachement de Ses noms et enfin à la contemplation de Ses oeuvres. Les "voyageurs" (sâlikûn) se trouvent dans une situation inverse, car l'étape finale des "voyageurs" et la première des "ravis" ; et l'étape première des "voyageurs" est la dernière des "ravis", mais en un sens différents. Il arrive ainsi qu'ils se rencontrent en route, les uns en montant et les autres en descendant.
- La puissance des lumières qui illuminent les coeurs et leurs consciences intimes n'est connue que dans l'invisible monde angélique, de même que n'apparaissent les lumières des astres célestes qu'en ce monde visible.
- Goûter les fruits des actes d'obéissance dans l'immédiat annonce à leurs auteurs la récompense future.
- Comment demanderais-tu une rétribution pour un acte qu'Il t'a accordé de faire, ou comment demanderais-tu une récompense pour la sincérité avec laquelle, par Sa faveur, tu l'as accompli ?
- Pour certains, les lumières (de leur coeur) précèdent les invocations (adkhâr) ; pour d'autres, les invocations précèdent ces lumières. Tel invoque (Dieu) afin que son coeur soit illuminé, tel autre L'invoque parce que son coeur est illuminé.
- Le souvenir (dhikr) de Dieu ne se manifeste extérieurement (sous forme d'invocation) que par suite d'une vision et d'une compréhension intérieures.
- Il t'a rendu témoin (de Sa réalité) avant de demander ton témoignage. Ainsi, les choses extérieures proclament Sa divinité, tandis que les coeurs et les consciences intimes réalisent Son unité.
- Il t'a accordé trois faveurs insignes (karamât) :
- - en t'accordant de L'invoquer (ou de le mentionner), car, sans Sa grâce, tu ne serais pas digne de pratiquer Son invocation (ou mention) ;
- - en te gratifiant de la faveur d'être mentionné par lui, confirmant ainsi Sa relation avec toi ;
- - en te faisant l'honneur d'être mentionné auprès de Lui, ce par quoi Il a achevé Sa munificence envers toi.
- Que de vies de longues durée ont été pauvre en grâces, et que de vies de courte durée ont été riches en grâces !
- Celui dont la vie est bénie en peu de temps des faveurs divines telles qu'elles dépassent toute expression et échappent à toute allusion.
- C'est être complètement abandonné (de Dieu) que, débarrassé d'occupations, ne pas s'avancer vers Lui, ou, les obstacles ayant diminué, ne pas voyager vers Lui.
- La méditation (fikra), c'est le voyage du coeur dans les arènes des choses créées.
- La méditation est le flambeau du coeur ; lorsqu'elle disparaît, rien ne l'éclaire.
- Il y a deux sortes de méditation, l'une provenant d'assentiment et de foi, l'autre de contemplation et de vision. La première est celle de ceux qui réfléchissent ; la seconde, celle de ceux qui contemplent et discernent
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Re: SENTENCES FONDAMENTALES de Maîtres de la Voie (général)

Messagepar Yahya » Lun Jan 23, 2012 3:33 pm

بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم
ﭐللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلِّمْ
السلام عليكم و رحمة الله و بركاته




Cheikh Darqâwî, Lettres sur la Voie spirituelle

traduit de l’arabe et annoté par M. Chabry et publié aux éditions La Caravane.

[i]Le shaykh al-‘Arabî al-Darqawî, de son nom complet al-‘Arabî Ibn Ahmad al-Sharîf al-Darqawî, est un représentant de la noblesse hasanî, un continuateur et un rénovateur de l’ordre shâdhilite. Installé dans la région des Banû Zarwâl, au cœur du Rif marocain où se trouve aujourd’hui sa tombe, il vécut pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle et mourut en 1239 de l’hégire (1823) à l’âge d’environ quatre-vingt ans. Il eut de nombreux disciples directs ou indirects, et il s’agissait parfois même de populations entières. Parmi les maîtres qu’il a formé, on retiendra notamment le shaykh al-Bûzîdî, Muhammad Hassan Zâfir al-Madanî, et Muhammad al-Fâsî. Refusant de s’occuper de politique, le shaykh al-Darqâwî fut emprisonné pendant une année par le Sultan Moulay Sliman. Lorsque ce dernier, se rendant compte de son erreur, voulut le faire libérer, le shaykh s’y refusa, affirmant qu’il ne sortirait de sa prison que lorsque le Sultan sortirait de la sienne, ce qui se produisit effectivement puisque le Sultan mourut peu après.

C’est son maître (ustâdh) qui lui ordonna de noter par écrit les inspirations spirituelles qui lui venaient, afin « qu’elles ne disparaissent pas », selon ses propres dires. Le shaykh al-‘Arabî al-Darqâwî explique lui-même qu’il a ensuite voulut regrouper une partie de ses enseignements afin que les gens qu’il aime en profitent de son vivant et après sa mort. Le recueil des lettres (rasâ’il) du shaykh Darqâwî contient environ 300 lettres. Il fut donc constitué par lui-même, copié par ses disciples et imprimé à maintes reprises à Fès, en écriture lithographiée. [/i




Nous avons dit ceci à l’un de nos frères : " Tu irais à ta perte si, voyant apparaître la forme de ton ego, tu n’abandonnais pas sa maison et n’effaçais pas ses traces immédiatement. Or, cela consiste à lui faire endurer ce qui lui pèse jusqu’à finir par le tuer. En effet, le tuer permet au cœur de vivre, comme l’a dit l’un des Maîtres : "Le cœur ne saurait vivre tant que l’ego est en vie." Un autre a dit :

L’amour est une jeune mariée : sa dot, c’est l’ego,

Et le cœur ne peut vivre tant que vit l’ego.



Etc. "



Un autre frère nous a dit avoir frappé un juif, par vanité, injustice et despotisme. Nous lui avons alors lancé : " Ne frappe ni juif ni chrétien ni personne d’autre ; et si tu dois absolument frapper quelqu’un — c’est en fait inévitable —, alors frappe ton ego et applique-toi à le faire jusqu’à ce que tu le tues. Et ne le laisse surtout pas en vie ! "

Voilà comment j’aime que soient nos frères ! Car les vices abondent chez le discipledont l’ego est vivant. Le disciple dont l’ego est mort est à l’abri des vices (‘uyûb) et contemple les mystères (ghuyûb) : il est maître de l’ensemble des gens, qu’ils le veuillent ou non, et c’est Dieu qui le gratifie.

Nous vous recommandons instamment de toujours être propre, dans un état d’indigence, et de vous contenter de ce que vous avez. Mais en réalité, n’est réellement indigent que celui qui a tué son ego et connu son Seigneur. Sans cela, on ne saurait parler d’indigence. Se concentrer sur Dieu permet de Le rejoindre, mais se concentrer sur autre chose que Dieu amène à autre chose que Lui — que Dieu nous en préserve ! Car il ne peut y avoir quoi que ce soit en même temps que Lui : " Dieu était et il n’y avait rien avec Lui. " " Il est maintenant tel qu’Il était. "

Salut !



Je vous recommande instamment de toujours suivre la tradition muhammadienne, de vous souvenir de votre Seigneur dans l’adversité comme dans l’aisance, et de prier de même sur votre Prophète. Si vous suivez ce conseil, vous serez véritablement les serviteurs de Dieu. Or, celui qui est vraiment le serviteur de Dieu, et non celui de ses passions, est le Saint de Dieu.

Et faites très attention à ce que rien ne vous distraie de votre Seigneur, car en réalité il n’y a rien d’autre que Dieu : " Dieu était et il n’y avait rien avec lui. " " Il est maintenant tel qu’Il était. " Et sachez que vouloir à tout prix quelque chose est une preuve d’ignorance. Lorsque l’on a compris, rien d’autre que Dieu n’est nécessaire, comme l’attestent le Coran Immense et la tradition du Prophète. A l’un de ses disciples qui lui disait : " Ô Maître, la nourriture ! ", voici la réponse que fit Sahl al-Tustarî : " Allâh ! " Le disciple resta silencieux pendant un bon moment, puis dit : " La nourriture est indispensable ! " Sahl répondit alors : " Dieu est indispensable. "

Par Dieu, les gens et nous-mêmes, nous n’avons en réalité aucun besoin hormis Dieu ! Si nous sommes " pour " Lui, Il sera " pour " nous, comme Il fut " pour " d’autres que nous qui furent " pour " Lui.

Je vous recommande aussi de toujours maintenir les liens qui vous unissent et de vous prodiguer mutuellement des conseils spirituels (mudhâkaras), tout au long de votre cheminement et toute votre vie durant, comme l’ont fait vos prédécesseurs.

Attention à ne pas vouloir provoquer l’illumination spirituelle (fath) avant l’heure, comme certains d’entre vous et d’autres que vous l’ont fait. Celui qui agit ainsi perd la grâce, le bien, le secret, la bénédiction et le bienfait du cheminement sur la Voie, car celui qui veut cueillir le fruit avant qu’il ne soit mûr finit par le perdre.

Il est indispensable que vous mainteniez les liens qui vous unissent, que vous ayez une immense considération les uns pour les autres, que vous vous honoriez les uns les autres, en couronnant cela par la pudeur (spirituelle). Soyez fidèles aux engagements que vous avez pris envers de Dieu. Aimez-vous et ayez de l’affection les uns pour les autres, comme l’a demandé le Prophète. Et faites attention à ne pas vous montrer grossiers, à ne pas trahir, tromper ou vous écarter de la Voie droite, etc. Que Dieu vous assiste en tout cela !

Et sachez que l’effort consciencieux (i‘tinâ’) est une grande chose : vous et moi n’avons cette conscience que par la grâce de Dieu. Un homme, un vrai, ne peut être ni faible ni paresseux ; il ne se lasse pas, mais au contraire combat son âme et lui impose ce qui lui déplait et lui pèse jusqu’à l’éteindre, et " l’extinction, c’est l’effacement, l’anéantissement, le départ de toi-même et la disparition ", comme l’a dit le Shaykh Abû l-Mawâhib al-Tûnusî dans ses Qawânîn.



Salut !



Ô disciple, l’Esprit et l’âme sont une seule et même chose, de nature lumineuse, issue de l’essence même de la lumière. Seule la qualification au moyen de deux attributs, qui sont la pureté et l’impureté, fait qu’elle se différencie, c’est-à-dire devient duelle : la pureté (safâ’) est son principe tandis que l’impureté n’est qu’une possibilité contingente. Si tu demandes, ô disciple : " Comment cela se produit-il ? ", voici ma réponse : tant que l’Esprit conserve sa pureté, son excellence, son éclat, sa beauté, sa noblesse, sa hauteur et sa grandeur, seul le nom d’Esprit lui convient. Mais quand il perd cet état de pureté, d’excellence, d’éclat, de noblesse, de hauteur et de grandeur, qu’il s’assombrit du fait d’avoir quitté sa patrie et de demeurer en compagnie d’autres que ses bien-aimés, alors le nom qui lui correspond est celui d’âme. En fonction de son état, on l’appelle l’âme qui ordonne le mal, l’âme qui blâme ou d’autres expressions qui correspondent à ses degrés inférieurs, de même qu’elle a d’autres noms pour ses degrés élevés, et ils sont extrêmement nombreux. On a dit qu’elle avait autant de défauts que Dieu a de qualités.

Mon frère, si tu veux revenir à cette patrie dont tu viens — c’est-à-dire le monde de la pureté — et laisser cette patrie qui n’est pas la tienne — c’est-à-dire le monde de l’impureté —, alors agis ! Si tu me demandes comment, je te répondrai qu’il faut se dépouiller du monde de l’impureté de même que l’on enlève la peau du mouton : oublie-le et n’y pense même pas. Ta luminosité se renforcera alors — s’il plaît à Dieu —, c’est-à-dire que les sens spirituels viendront à toi avec leurs armées immenses, fortes et puissantes, et te ramèneront rapidement vers ta patrie. Mais fais véritablement l’expérience, car c’est en expérimentant que l’on connaît les réalités spirituelles.

Certes, Dieu est seul à savoir ce qu’est réellement l’Esprit, compte tenu des innombrables secrets qu’il recèle, conformément à ce qu’Il a dit à son Prophète lorsque les juifs l’interrogèrent sur sa réalité essentielle. Le Prophète ne la connaissait pas, ou plutôt il ne pouvait l’exprimer (‘ajaza ‘anhâ). Les juifs s’étaient d’ailleurs dit, lorsqu’ils avaient voulu l’interroger, que s’il répondait, il n’était pas un vrai Prophète, tandis qu’il en était bien un s’il s’abstenait de répondre : c’est ce qu’il fit puisqu’il ne leur répondit que lorsque Dieu lui eût enseigné ce qu’il fallait dire.

La caractéristique première du serviteur est certainement l’impuissance (‘ajz). Or, la servitude (‘ubûdiyya) est la noblesse même. C’est pourquoi Dieu a loué Son Prophète pour cette qualité lorsqu’il a dit dans Son Livre : Gloire à Celui qui a fait voyager Son serviteur. Il n’a pas dit " Son Prophète " ni " Son Envoyé " ni autre chose. En réalité, Il a choisi pour lui le nom de " serviteur " parce que c’est dans la servitude que réside la noblesse.

On a dit que l’âme avait un secret qui ne s’était manifesté qu’avec Pharaon, lequel dit : " je suis votre Seigneur le plus élevé ! "



Salut !


La situation du disciple à l’extérieur est sans nul doute conforme à son état intérieur. Ibn ‘Atâ’ Allâh l’a bien dit dans ses Paroles de sagesse: " Ce qu’on recèle en son for intérieur se manifeste dans les apparences extérieures. " Or nous voyons, ô disciple, que tu inclines tantôt vers les gens de l’extérieur, tantôt vers les gens de l’intérieur, que tantôt tu t’orientes dans les deux directions, tantôt tu te détournes des deux, que tu es tantôt enthousiaste, tantôt paresseux et lassé, que tantôt tu acceptes la vérité, tantôt tu la refuses, etc. Nous te voyons parler comme les soufis alors même que les passions se jouent de toi. Tout cela perdure. Ton état m’attriste et c’est pourquoi je veux être sincère avec toi : le meilleur conseil que je puisse te donner, c’est de te repentir devant ton Seigneur de ces passions qui se jouent de toi, et de ne suivre personne d’autre que celui qui t’appelle à ton Seigneur sans faire de mélange. Te rattacher aux uns et aux autres n’est d’aucun intérêt car Il a dit : Les gens qui vivent sur terre, pour la plupart d’entre eux, ne feront que t’écarter du chemin de Dieu si tu leur obéis.

Nous ne serons en sécurité — toi, moi ou qui que ce soit — que si nous suivons les adeptes de la tradition muhammadienne, c’est-à-dire cette jamâ‘a dont le Prophète a dit : " La main de Dieu est avec la jamâ‘a. " En effet, elle respecte sans nul doute le pacte qu’elle a passé avec Dieu, et quand bien même elle serait constituée de peu d’individus, elle forme une multitude en réalité. Elle peut même se réduire à une seule personne, si celle-ci s’enracine fortement dans la tradition de l’Envoyé de Dieu extérieurement et intérieurement. Mais un rassemblement d’individus, aussi nombreux soient-ils, ne saurait être une jamâ‘a si ses membres ne suivent pas la tradition de l’Envoyé de Dieu. De même, un homme à lui seul peut constituer une communauté religieuse (umma) si son cœur s’apparente à celui du Prophète de Dieu, notre Suzerain Abraham, car Dieu a dit dans son Livre : En vérité, Abraham était une communauté dévouée à Dieu…



Salut !


Ô disciple, tu ne peux insister à la fois sur l’extérieur et l’intérieur. L’intérieur ne peut se développer que par " restriction " de l’extérieur et inversement. Les sciences infuses ne sauraient venir à toi si tu te préoccupes de sciences écrites, ou autrement dit, l’intérieur ne saurait t’habiter tant que tu t’occupes d’extérieur, car ton effort ne peut porter sur deux directions à la fois. Si ton effort porte sur l’extérieur, l’intérieur est exclu, et réciproquement. Ainsi, selon l’objet de ton effort, tu pencheras inévitablement vers l’une de ces deux directions à l’exclusion de l’autre car Il a dit : Quand bien même vous le souhaiteriez ardemment, vous ne sauriez être équitables avec les femmes ; alors n’ayez pas un penchant exclusif pour l’une d’elle ! Nous ne voulons certes pas dire que l’une des deux directions est inutile, mais ce que nous affirmons en revanche, c’est que conjoindre le ravissement et le cheminement méthodique, la réalité spirituelle et la Loi, l’ivresse et la lucidité, ou l’union et la distinction ne peut être que l’apanage des plus grands Saints. Quant aux autres, si cheminement méthodique il y a, le ravissement est exclu, et réciproquement ; si Loi il y a, la réalité spirituelle est exclue, et réciproquement ; si distinction il y a, l’union est exclue, et réciproquement ; si ivresse il y a, la lucidité est exclue, et réciproquement. Il se peut même qu’il n’y ait ni cheminement ni ravissement, et de tels cas existent bien : ces gens font partie de l’espèce des ânes ou s’en rapprochent en tous cas.



Salut !


" Enfin, mes frères, je vous recommande vivement - et "la religion, c'est le conseil sincère"(1) - de ne pas délaisser le souvenir (dhikr)(2) de votre Seigneur, ainsi qu'Il vous l'a ordonné, "debout, assis et couchés sur vos flancs" (Coran, IV, 104) et en tout état, car nous n'avons besoin que de cela, nous, vous et tout homme, quel qu'il soit.



Ecoutez ce que je vais vous dire et ne l'oubliez pas, ne le prenez pas à la légère et ne le négligez pas: au cours des environ cinquante-cinq ans passés j'ai dit à maints frères: chaque homme d'entre les hommes a de multiples besoins, mais en réalité ils n'ont tous besoin que d'un seule chose, à savoir de se souvenir de Dieu vraiment; s'ils ont acquis cela, aucune chose ne leur manquera, qu'ils la possèdent ou qu'ils ne la possèdent pas.



Bien du temps après avoir dit cela, j'ai lu dans le commentaire de l'imâm Abul-Qâsim al-Qushairi sur les plus beaux noms de Dieu qu'un disciple dit à son maître: "Ô maître, et la nourriture?" Le maître répondit: Dieu!" Le disciple insista: "Il nous faut absolument de la nourriture", sur quoi le maître répliqua: "Il nous faut absolument Dieu". Plus tard encore, j'ai trouvé ceci dans les Hikamde Ibn 'Atâï-Llâh: "Que peut-il trouver, celui qui ne T'a pas trouvé? Et que manque-t-il à celui qui T'a trouvé? Quiconque se satisfait d'une chose en échange de Toi, périt, et quiconque désire autre chose à Ta place, se perd".



(1) Hadith.

(2) On se rappellera que l'expression dhikr, que nous traduisons ici par souvenir, comporte les significations de mention, d'invocation, d'anamnèse au sens platonicien du terme.



Sans faute, sans faute, maintenez-vous fermement dans le souvenir de votre Seigneur, comme Il vous l'a ordonné et cramponnez-vous à votre religion de toutes vos forces; Dieu ouvrira les yeux de votre intelligence et illuminera votre conscience intime. Et gare à vous que vous pensiez que l'homme qui se souvient de Dieu vraiment puisse ne pas s’en contenter: ne croyez pas cela, car c'est impossible.

Sachez (que Dieu vous soit miséricordieux) que je m'attendais à ce qu'un faqir parmi mes amis me demande: d'où tiens-tu cette parole: "Chaque homme d'entre les hommes a de multiples besoins, mais en réalité, ils n'ont tous besoin que d'une seule chose, à savoir de se souvenir de Dieu vraiment; s'ils ont acquis cela, aucune chose ne leur manquera, qu'ils la possèdent ou qu'ils ne la possèdent pas". Mais personne ne m'a posé cette question. Or, si l'on m'avait demandé, j'aurais répondu ceci: dans ma jeunesse, environ dix ans après la maturité (1), je perçai d'un seul coup à la présence de mon Seigneur, et voici que je n'étais plus moi, comme je l'avais été auparavant, car Dieu remplaça mon impuissance par Sa puissance, ma faiblesse par Sa force, ma pauvreté par Sa richesse, mon ignorance par Sa connaissance, mon abaissement par Sa gloire, c'est-à-dire, Il recouvrit ma qualité de la Sienne, de sorte que j'étais Lui, et non plus moi, selon la parole divine (2) rapportée par le Prophète (que Dieu le bénisse et lui donne la paix): "Mon serviteur ne cesse pas de s'approcher de Moi par des dévotions volontaires jusqu'à ce que Je l'aime; et lorsque Je l'aime, Je suis lui" (3). Parmi d'autres choses qui me furent données, ma science s'approfondit tellement que si l'on me posait mille fois mille questions (4), je saurais y répondre justement, car je suis devenu comme un luminaire dont la clarté ne diminuerait guère si l'on allumait de lui tous les luminaires existants. Et Dieu est garant de ce que nous disons; Dieu est garant de ce que nous disons; Dieu est garant de ce que nous disons."



(1) Que l'on compte à partir de la puberté et qui entraîne la responsabilité morale et l'obligation d'accomplir les rites prescrits à tout musulman.

(2) Hadith qudsî.

(3) Une version plus généralement connue est celle-ci: « Mon serviteur ne cesse pas de s'approcher de Moi par des dévotions volontaires jusqu'à ce que Je l'aime et lorsque Je l'aime, Je suis l'ouïe avec laquelle il entend, l'œil avec lequel il voit et la main avec laquelle il saisit et s'il Me demande quelque chose, Je la lui donnerai certainement. »

(4) Il s'agit évidemment de questions concernant les réalités spirituelles.
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Re: SENTENCES FONDAMENTALES de Maîtres de la Voie (général)

Messagepar Mohammed Abdessalam » Dim Mai 11, 2014 12:49 pm

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Ce sujet est destiné à regrouper des paroles fondamentales de Maîtres du Taçawwuf


N'hésitez-pas à participer à ce travail utile, in châ Allah, ne serait-ce que par des propositions.

N'existe-t-il personne qui soit capable de cela parmi nos lecteurs ?
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