HADITH DU " TRESOR CACHE "

Versets coraniques, ahâdîth et paroles de Maîtres en rapport avec la Voie

HADITH DU " TRESOR CACHE "

Messagepar Adam » Mar Juin 14, 2011 6:43 pm

بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم
ﭐللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلِّمْ
السلام عليكم و رحمة الله و بركاته


Hadith Qudsi:

Kuntu kanzan makhfiyan lam u’raf fa’ahbabtu an u’raf
fa-khalaqtu-l-khalq khalqan wa-ta’arraftu ilayhim fabî ‘arafûni


J’étais un trésor caché ; je n’étais pas connu ; or j’ai aimé à être connu alors je créai une création aux créatures desquelles je me fis connaitre, en sorte que par Moi ils m’ont connu


As-salam alaykum wa rahmatu-Llah wa barakatu-H
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Re: PAROLES PROPHETIQUES FONDAMENTALES du Taçawwuf (général)

Messagepar Adam » Mer Juin 15, 2011 8:27 am

بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم
ﭐللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلِّمْ
السلام عليكم و رحمة الله و بركاته



Il est nécessaire, avant tout, de nous remémorer les actes de la cosmogonie éternelle conçue par Ibn’Arabi. Un Etre Divin esseulé dans son essence inconditionnée, dont nous ne connaissons qu’une chose : précisément la tristesse de cette solitude primordiale, qui le fait aspirer à se révéler à des êtres qui le manifestent à lui-même pour autant qu’il se manifeste à eux. C’est cette révélation que nous percevons ; c’est elle qu’il nous faut méditer pour connaitre qui nous sommes. Le leitmotiv énonce non pas la fulguration d’une omnipotence autarcique, mais une nostalgie foncière : « J’étais un Trésor Caché, j’ai aimé à être connu. C’est pourquoi j’ai produit les créatures afin de me connaitre en elles. » Cette phrase est représentée comme la tristesse des Noms divins s’angoissant dans l’inconnaissance, parce que personne ne les nomme, et c’est cette tristesse que vient détendre cette Spiration d’Amour ( tanaffos) qui est Compatissance ( rahma ) et existentiation (îjâd) , et qui dans le monde du Mystère est Compassion de l’Etre divin avec et pour soi-même, c'est-à-dire pour ses propres Noms. Ou encore, origine et principe sont une détermination de l’amour, lequel comporte mouvement d’ardent désir ( harakat shawqîya) chez celui qui est épris. A cet ardent désir, le Soupir Divin apporte sa détente. ( 1)
[…] La Tristesse n’est pas le « privilège » de l’être créaturel ; elle est dans l’Etre créateur lui-même, elle est le motif même qui fait de l’Etre primordial, devançant toutes nos déductions, un Etre créateur ; elle est le secret de sa créativité. Et sa création ne surgit pas du néant, d’un autre que Lui, un non-Lui, mais de son être foncier, des puissances et virtualités latentes dans son être non-relevé. Aussi bien, le mot tanaffos implique-t-il aussi le sens de briller, apparaitre à la façon de l’aurore. La création est essentiellement révélation de l’Etre divin à lui-même d’abord, luminescence opérée en lui-même ; elle est une théophanie ( tajallî ilâhi). […]
La Spiration divine exhalte ce que notre shaikh désigne comme Nafas-ar-Rahmân ou Nafas Rahmani , le Soupir de Compatissance existentiatrice ; ce soupir donne naissance à toute la masse « subtile » d’une existentiation primordiale désignée sous le nom de Nuée ( ‘ama). D’où le sens de ce Hadith : « Où était ton Seigneur avant de crée sa création (visible) ? – Il était dans une Nuée ; il n’y avait pas d’espace, ni au-dessus ni au-dessous ». (2)
Cette Nuée exhalée par lui-même et dans laquelle est primordialement l’Etre Divin, c’est elle qui à la fois reçoit toutes les formes et donne leur forme aux êtres ; elle est active et passive, réceptrice et essentiatrice ( mohaqqiq) ; par elle s’opère la différenciation à l’intérieur de la réalité primordiale de l’être ( haqiqat al-wujud) qui est l’Etre divin en soi ( Haqq fî dhâtihi). Comme telle, elle est l’Imagination absolue, inconditionnée ( khayal motlaq). L’opération théophanique initiale par laquelle l’Etre Divin se révèle, « se montre à lui-même », en se différenciant dans son être caché, c'est-à-dire en se manifestant à soi-même les virtualités de ses Noms avec leur correlata, les héccéités éternelles des êtres, leurs prototypes latents en son essence (a’yân thâbita), - cette opération est conçue comme étant Imagination active créatrice, Imagination théophanique. […]

Corrélativement, s’il n’y avait en nous cette même puissance qui est non pas l’imagination au sens profane (la « fantaisie »), mais cette puissance d’Imagination active ( qowwat al-khayâl) qui est Imaginatrice, rien ne se montrerait de ce que nous nous montrons à nous-mêmes. […]
A l’acte initial du Créateur imaginant le monde, répond la créature imaginant son monde, son Dieu, ses symboles. Ou plutôt ce sont les phases, les récurrences d’un même processus éternel : Imagination s’accomplissant dans une Imagination ( takhayyol fî takhayyol), Imagination récurrente de même que – et parce que - la Création est elle-même récurrente. La même Imagination théophanique du Créateur qui a révélé les mondes, renouvelle d’instant en instant la Création dans l’être humain qu’il a révélé comme son Image parfaite, et qui, dans le miroir qu’est cette Image, se montre à soi même celui dont il est l’Image.

(1) Cf Ibn ‘Arabi, Kitâb al-Fotûhât al-Makkîya, éd. Du Caire, 1329 h., vol. II, p . 310 ( abrév.=Fot.
(2) Ibid

HENRY CORBIN ; L’Imagination Créatrice dans le soufisme d’Ibn ‘Arabi, chapitre I, p. 199-203 ; Ed° Entre Lacs


Le commentaire d’Ibn’Arabi du hadith du « Trésor Caché » ne m’est accessible qu’à travers cette étude de Corbin qui, malgré les quelques réserves relatives aux conclusions globales que tire l’auteur des enseignements du cheikh al-akbar, qui n’ont pas l’ampleur de celles de Guénon, amène néanmoins à une réflexion profonde sur la notion de création ; laissant à chacun la possibilité de situer ce point de vue à la place qui lui revient dans la métaphysique traditionnelle.

As-salam alaykum wa rahmatu-Llah wa barakatu-Hu
Dernière édition par Mohammed Abdessalam le Jeu Juin 16, 2011 5:25 am, édité 1 fois au total.
Raison: correction de relever par révéler
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Re: PAROLES PROPHETIQUES FONDAMENTALES du Taçawwuf (général)

Messagepar maurice_le_baot » Mer Juin 15, 2011 1:21 pm

Bismi-llah wa-l-hamdu-li-Llah wa-ç-çalâtu wa-s-Salâm 'ala seyyidinâ Mohammed wa 'alâ Ali-hi

Alaykum es-Salâm, Sidî Adam,

Voici un extrait d'un intéressant texte de Maurice Gloton qui suggère quelques rapprochements métaphysiques autour du hadith du "Trésor caché" entre l'enseignement du Cheikh Muhy al-Dîn et de Guénon - radi'Allahu 'an-humâ!

Le "Wujûd" comporte des "degrés" innombrables. Le premier est celui de l'Essence absolue ou le Mystère du Mystère qui transcende toute relation, toute manifestation et toute détermination et qui demeure inaccessible, inconnaissable et indicible. On ne parle de l'Essence qu'en termes négatifs et en tant que telle, elle ne se révèle pas.

Ibn `Arabî distinguera, dans la Possibilité infinie de l'Essence, l'Unité absolue indivisible et indifférenciée que René Guénon dénommera "la Non-dualité". Cette Unité contient en Elle, d'une manière synthétique tous les Noms divins sans qu'on puisse pourtant en distinguer un seul en Elle. Dieu Lui-même y fait allusion dans le hadîth saint suivant :

"J'étais un Trésor (caché) ; Je n'étais pas connu. Or, J'ai aimé être connu. Je créai les créatures et Je les fis connaître par Moi. Alors elles Me connurent."
Ce Processus primordial sera décrit par Ibn `Arabî par l'expression : "La Surabondance sanctissime" (al-Fayd al-aqdas).

Au degré suivant, et aux confins de la manifestation universelle, Ibn `Arabî distingue l'Unicité divine ou l'Unité plurale, qu'il appellera : "la Surabondance sainte" (al-Fayd al- muqaddas) en laquelle l'Essence absolue est envisagée comme le Principe de la Manifestation des possibilités divines. Elle comporte une infinité de propriétés et de réalités qui sont resserrées dans le Point métaphysique qui la symbolise. René Guénon parlera de ce principe comme de l'Etre pur, Principe de la Manifestation universelle.

Nous pouvons remarquer que les deux points de vue, celui de l'universalisme des doctrines traditionnelles de tous les temps que Guénon a su si bien exprimer dans toute son oeuvre immense, et celui d'Ibn `Arabî, coïncident mais, bien entendu, sous des modes d'expressions très différents.


Dans sa traduction de la prière sur le Prophète, parfois intitulée "al-faydiyyah", Michel Vâlsan notait, à propos de l'expression "Fâtihah du Trésor Inviolable" qui est ici une désignation ésotérique du Prophète:

La Fâtihah « celle qui ouvre » le Coran est un des symboles du Prophète. Le nom du Trésor se rapporte au hadîth qudsî, « J’étais un Trésor caché ; Je n’étais point connu. Or J’aimai à être connu ; alors Je produisis une Création aux êtres de laquelle Je me rendis connu, en sorte que par Moi ils M’ont connu » – « kuntu kanzan makhfiyan lam u’raf fa’ahbabtu an u’raf fa-khalaqtu-l-khalq khalqan wa-ta’arraftu ilayhim fabî ‘arafûnî ».
‘Abd al-Ghanî an-Nabulusî observe que le mot fabî, qui se traduit « en sorte que par Moi », a pour valeur numérale 92 comme le nom de Muhammad (fâ’+bâ’+yâ’=80+2+10). Ceci signifie que le Prophète constitue dans son aspect profond la manifestation de Divinité. (Note 10)


Plus loin, à propos du passage suivant,
"l'Effluve Sanctissime de l'Essence [fayd el-Aqdâs] par lequel sont déterminées les substances primordiales avec leurs qualifications et sur l'Effluve Sacrée [fayd al-muqqadas] des Attributs par lequel sont produites les êtres avec leurs nécessités"
qui est une autre désignation du Prophète, Michel Vâlsan note:
"L'Effluve Sanctissime de l'Essence" se rapporte au passage de la possibilité pure des êtres à leur détermination primordiale, et "l'Effluve Sacré des Attributs" se rapporte à leur manifestation effective".


Tout ceci se rapporte de manière plus générale à la conception cosmogonique islamique et plus particulièrement à la "manifestation du Prophète". Il serait intéressant de donner à ce propos quelques extraits de l'Epitre intitulée le "Cadeau" sur la manifestation du Prophète du sheikh Mohammed Ibn Fazlallah El-Hindi traduite par Abd el-Hâdî dans la Gnose (1910, pp. 270-275 n° 12, Décembre). Je me contenterais pour l'instant de reproduire la note suivante relative à notre hadith:

Voici une tradition qui formule toute la cosmogonie : "Dieu dit: J'étais un trésor caché;- j'aimais à connaître, - et Je créai le monde". Que cette tradition soit authentique ou non, peu importe, car la synthèse est belle. Le "trésor caché" se rapporte à l'"Inassignable". La création, "l'expansion" ou l'"assignation" est la découverte de ce trésor. Le lien entre l'"Assigné" et l'"Inassigné" se trouve dans la seconde partie. Le mot arabe qui indique l'élément connaissance peut se lire de différentes façons toutes exactes d'ailleurs. Les différentes lectures-interprétations se rapportent aux différents degrés des assignations. Dieu créa finalement "autre que lLui", selon l'exotérisme, afin d'être connu par un autre que Lui-même, c'est à dire extérieurement.


On pourra aussi se reporter pour un éclairage plus général sur ces différentes questions au premier chapitre des Fuçûç al-Hikam d'Ibn Arabi disponible en français dans la traduction de T.Burckardt (Albin Michel) ou de C.-A. Gilis (Al-Bouraq).
وصَلَى ﭐللهُ عَلى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلَّمْ
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Re: HADITH DU " TRESOR CACHE "

Messagepar Mohammed Abdessalam » Ven Juin 17, 2011 1:04 pm

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Extrait du chapitre " De la Sagesse Divine (al-hikmah al-ilâhiyyah) dans le Verbe adamique de "La Sagesse des Prophètes" -Fuçûç al-hikam - Muhhyi-d-dîn Ibn Arabî - Traduction Titus Burckhardt - Editions Albin Michel

" De la Sagesse Divine (al-hikmah al-ilâhiyyah) dans le Verbe adamique


Dieu (al-haqq) voulut voir les essences (a'yân) * de Ses Noms très parfaits (al-asmâ al-husnâ), que le nombre ne saurait épuiser, - et su tu veux, tu peux également dire : Dieu voulut voir Sa propre essence ('ayn) ** - en un objet (kawn) global qui, étant doué de l'existence (al-wujûd) ***, résume tout l'ordre divin (al-amr)****, afin de manifester par là Son mystère (sirr) à Lui-même *****.

    * Nous traduisons ici a'yân par "essences", puisqu'il s'agit des essences des Noms par opposition avec leurs formes verbales ou idéelles. L'objet de la "vision" divine réside dans les possibilités essentielles qui correspondent aux " Noms très parfaits ", à savoir, les "aspects" universels et permanents de l'Être. Quand on parle de l'Essence une et seule de tous les Noms ou Qualités divines, on emploie le terme adh-dhât.

    ** Le mot al-'ayn (singulier de a'yân), comporte les significations de "détermination essentielle", "essence personnelle", "archétype, "oeil ", "source". Cette phrase signifie donc que Dieu voulut Se voir Lui-même avec cette restriction que Sa "vision" ne se rapporte pas à Son Essence absolue (adh-dhât), qui transcende toute détermination, même principielle, mais à Sa détermination immédiate ('aynah), Son "aspect personnel", qui est précisément caractérisé par les Qualités parfaites dont les Noms sont l'expression.

    *** Ou de l'Être, le terme al-wujûd ayant les deux sens. - Quelques manuscrits présentent la variante : " ... étant doué de faces (al-wujûh) ...", c'est-à-dire de multiples "plans de réflexion" différenciant l'irradiation (al-tajalli) divine.

    **** L'Ordre divin est symbolisé par la parole " sois ! " (kun) ; il s'identifie donc au principe de l'Existence.

    ***** Allusion à la parole divine (hadîth qudsî) révélée par la bouche du Prophète : " J'étais un trésor caché ; J'ai voulu être connu (ou : connaître) et J'ai créé le monde."


On est loin, semble-t-il, de la très anthropomorphique et sentimentale "tristesse de la solitude primordiale" évoquée par notre orientaliste chrétien "chiisant" de Corbin, qui me laisse aussi perplexe que dubitatif, je dois bien le dire ...

et Allah est Plus Savant
"Par le Temps ! * Le genre humain est, certes, en perdition * Sauf ceux qui croient, accomplissent les bonnes œuvres, se recommandent la vérité et se recommandent la patience."
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Re: HADITH DU " TRESOR CACHE "

Messagepar Alî » Dim Juin 19, 2011 5:01 am

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Dans un article inédit reconstitué par Muhammad Vâlsan et publié dans Science Sacrée sous le titre "Fusûs al-Hikam : la Sagesse des Prophètes ?" , nous trouvons la traduction de ce passage par M.Valsan :

« L’Etre Vrai (al-Haqq) voulut, sous le rapport de Ses Noms Excellents qui sont innombrables, voir les entités de ces Noms et si l’on veut, on peut dire tout court (pour éviter d’imaginer une pluralité réelle, alors qu’il ne s’agit que d’une multiplicité de « relation » de Sa Réalité unique) Il voulut voir (toujours sous le même rapport des Noms innombrables) Son Entité (synthétique) dans un être totalisateur qui renferme toute chose, et ceci du fait que Dieu est qualifié par la Grande Générosité en raison de laquelle Il manifeste Son Mystère à cet être (dans lequel Il se complaira intégralement) »


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