LA "CIVILISATION" chez René Guénon

en rapport avec les fondements de la Voie et l'initiation islamique

LA "CIVILISATION" chez René Guénon

Messagepar Fida » Mar Mars 08, 2011 11:57 am

As salam alaykoum wa rah'matou Llahi wa barakâtouh !

Après avoir donné ce qu'on peut appeler une définition du mot civilisation, (voir ici) Abdel Wahid Yahia, développe, dans ce qui est, à mes yeux, l'un des passages les plus importants de son oeuvre, ce qu'il entend par civilisation, et, notamment le fait que ce mot est une invention très récente dans l'histoire de l'humanité :

    « La civilisation occidentale moderne apparaît dans l’histoire comme une véritable anomalie : parmi toutes celles qui nous sont connues plus ou moins complètement, cette civilisation est la seule qui se soit développée dans un sens purement matériel, et ce développement monstrueux, dont le début coïncide avec ce qu’on est convenu d’appeler la Renaissance, a été accompagné, comme il devait l’être fatalement, d’une régression intellectuelle correspondante. […] Cette régression en est arrivé à un tel point que les Occidentaux d’aujourd’hui ne savent plus ce que peut-être l’intellectualité pure, qu’ils ne soupçonnent même pas que rien de tel puisse exister ; de là leur dédain, non seulement pour les civilisations orientales, mais même pour le moyen-âge européen, dont l’esprit ne leur échappe guère moins complètement. Comment faire comprendre l’intérêt d’une connaissance toute spéculative à des gens pour qui l’intelligence n’est qu’un moyen d’agir sur la matière, et de la plier à des fins pratiques, et pour qui la science, dans le sens restreint où ils l’entendent, vaut surtout dans la mesure où elle est susceptible d’aboutir à des applications industrielles ? [ …]Mais ce qu’il y a peut-être de plus extraordinaire, c’est la prétention de faire de cette civilisation anormale, le type même de toute civilisation, de la regarder comme « la civilisation » par excellence, voire même comme la seule qui mérite ce nom.[…] Il est curieux de constater combien certaines idées arrivent promptement à se répandre et à s’imposer, pour peu évidemment, qu’elles répondent aux tendances générales d’un milieu et d’une époque ; c’est le cas de ces idées de « civilisation » et de « progrès », que tant de gens croient universelles et nécessaires, alors qu’elles sont en réalité d’invention toute récente[…]Ainsi le mot civilisation n’a pas plus d’un siècle et demi d’existence. Il n’a fini par entrer dans le dictionnaire de l’Académie qu’en 1835[…] »

Orient et Occident, Chapître premier - Civilisation et progrès

2/« La vérité, c’est qu’il y a des civilisations multiples, se déployant dans des sens forts différents, et que celle de l’Occident moderne présente des caractères qui en font une exception assez singulière. On ne devrait jamais parler de supériorité ou d’infériorité d’une façon absolue, sans préciser sous quel rapport on envisage les choses que l’on veut comparer, en admettant même qu’elles soient effectivement comparables. Il n’y a pas de civilisation qui soit supérieure aux autres sous tous les rapports, parce qu’il n’est pas possible à l’homme d’appliquer également, et à la fois, son activité dans toutes les directions, et parce qu’il y a des développements qui apparaissent comme véritablement incompatibles. Seulement, il est permis de penser qu’il y a une certaine hiérarchie à observer, et que les choses de l’ordre intellectuel, par exemple, valent plus que celles de l’ordre matériel ; s’il en est ainsi, une civilisation qui se montre inférieure sous le premier rapport, tout en étant incontestablement supérieure sous le second, se trouvera encore désavantagée dans l’ensemble, quelles que puissent être les apparences extérieures ; et tel est le cas de la civilisation occidentale, si on la compare aux civilisations orientales. »

Orient et Occident, Avant-Propos, Pages 8-9
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Messagepar Fida » Lun Mars 14, 2011 10:41 pm

As salam alaykoum wa rah'matou Llahi wa barakâtouh !

Suite du thème important de "civilisation" tel que le perçoit Abdel Wahid Yahia (René Guénon) :

    « Le mot de civilisation, […] s’est répandu au XIXè siècle., sous l’influence d’idées nouvelles. Les découvertes scientifiques, le développement de l’industrie, du commerce, de la prospérité et du bien-être, avaient crée une sorte d’enthousiasme, et même de prophéthisme.[…] les Occidentaux, à partir de la Renaissance, ont pris l’habitude de se considérer exclusivement comme les héritiers et les continuateurs de l’antiquité gréco-romaine, et de méconnaître ou d’ignorer systématiquement tout le reste. […] C’est une bizarre erreur, et qui dénote un horizon mental singulièrement borné, que celle qui consiste à prendre ainsi la partie pour le tout ; […] L’évolutionnisme, en dépit de multiples divergences plus ou moins importantes est devenu un véritable dogme officiel […] D’un autre côté, certains, ne pouvant faire autrement que de constater des hauts et des bas dans ce qu’ils connaissent de l’histoire de l’humanité, en sont venus à parler d’un rythme du progrès ; il serait peut-être plus simple et plus logique, dans ces conditions, de ne plus parler de progrès du tout, mais comme il faut à tout prix sauver le dogme moderne, on suppose que le progrès existe quand même comme résultante finale de tous les progrès partiels et de toutes les régressions. […]il demeure entendu qu'on doit admettre le progrès et l’évolution, sans quoi on ne saurait probablement avoir droit à la qualité de « civilisé ». […] Quoi qu’il en soit, ce que les Occidentaux appellent civilisation, les autres l’appelleraient plutôt barbarie, parce qu’il y manque précisément l’essentiel , c’est-à-dire un principe d’ordre supérieur ; de quel droit les Occidentaux prétendraient-ils imposer à tous leur propre appréciation ? Ils ne devraient pas oublier d’ailleurs, qu’ils ne sont qu’une minorité dans l’ensemble de l’humanité terrestre ; [..] Si encore ils ne faisaient que se complaire dans l’affirmation de supériorité qu’ils s’attribuent, cette illusion ne ferait de tort qu’à eux-mêmes ; mais ce qui est le plus terrible, c’est leur fureur de prosélytisme : chez eux, l’esprit de conquête se déguise sous des prétextes « moralistes », et c’est au nom de la liberté qu’ils veulent contraindre le monde entier à les imiter ! Le plus étonnant, c’est que dans leur infatuation, ils s’imaginent de bonne foi, qu’ils ont du prestige auprès des autres peuples ; parce qu’on les redoute, comme on redoute une force brutale ; ils croient qu’on les admire ; l’homme qui est menacé d’être frappé par une avalanche est-il pour cela frappé de respect et d’admiration ? La seule impression que les inventions mécaniques, par exemple, produisent sur la généralité des Orientaux, c’est une impression de profonde répulsion ; tout cela leur paraît assurément plus gênant qu’avantageux, et, s’ils se trouvent obligés d’accepter certaines nécessités de l’époque actuelle, c’est avec l’espoir de s’en débarrasser un jour ou l’autre.[…] cela ne les intéresse pas […] sans prêcher la « liberté », ils laissent les autres penser ce qu’ils veulent, et même ce qu’on pense d’eux leur est fort indifférent. Tout ce qu’ils demandent au fond, c’est qu’on les laisse tranquilles ; mais c’est ce que refusent d’admettre les Occidentaux, qui sont allés les trouver chez eux, il ne faut pas l’oublier, et qui s’y sont comportés de telle façon, que les hommes les plus paisibles peuvent à bon droit en être exaspérés."

Orient et Occident, Chapître premier - Civilisation et progrès
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Messagepar Fida » Mar Mars 15, 2011 11:41 pm

As salam alaykoum wa rah'matou Llahi wa barakâtouh !

Suite du thème "civilisation" tel qu'il est abordé par Abdel Wahid Yahia (René Guénon) :

    « Les Occidentaux reprochent souvent aux civilisations orientales, entre autres choses, leur caractère de fixité et de stabilité, qui leur apparaît comme la négation du progrès, et qui l’est bien en effet, nous le leur accordons volontiers ; mais pour voir là un défaut, il faut croire au progrès. […] Il n’en est pas moins vrai qu’il y a bien réellement, sous le rapport que nous envisageons ici comme beaucoup d’autres, une certaine opposition, entre l’Orient et l’Occident, du moins dans l’état actuel des choses : il y a divergence, mais qu’on ne l’oublie pas, cette divergence est unilatérale et non symétrique […] c’est la civilisation occidentale seule qui, en marchant dans le sens qu’elle a suivi au cours des derniers siècles, s’est éloignée des civilisations orientales au point que, entre celle-là et celles-ci, il semble n’y avoir pour ainsi dire plus aucun élément commun, aucun terme de comparaison, aucun terrain d’entente et de conciliation.
    L’Occidental, mais spécialement l’Occidental moderne (c’est toujours de celui-là que nous voulons parler), apparaît comme essentiellement changeant et inconstant, comme voué au changement sans arrêt et à l’agitation incessante, et n’aspirant d’ailleurs point à en sortir ; son état est, en somme, celui d’un être qui ne peut parvenir à trouver son équilibre, mais qui ne le pouvant pas, refuse d’admettre que la chose soit possible en elle-même, ou simplement souhaitable, et va jusqu’à tirer vanité de son impuissance. Ce changement où il est enfermé et dans lequel il se complait, dont il n’exige point qu’il le mène à un but quelconque, parce qu’il en est arrivé à l’aimer pour lui-même, c’est là, au fond, ce qu’il appelle « progrès », comme s’il suffisait de marcher dans n’importe quelle direction pour avancer sûrement . […] Le besoin d’activité extérieure porté à un tel degré, le goût de l’effort pour l’effort, indépendamment des résultats que l’on peut en obtenir, ce n’est point naturel à l’homme, du moins à l’homme normal, suivant l’idée qu’on s’en est fait partout et toujours ; »

Orient et Occident, La superstition de la vie – Chapître III

"La «mode» elle-même, invention essentiellement moderne, n'est d'ailleurs pas, dans sa vraie signification, une chose entièrement dénuée d'importance: elle représente le changement incessant et sans but, en contraste avec la stabilité et l'ordre qui règnent dans les civilisations traditionnelles."

Le règne de la quantité et les signes des temps, Chapitre XXXVII - La duperie des prophéties
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Messagepar Fida » Jeu Mars 17, 2011 10:03 am

As salam alaykoum wa rah'matou Llahi wa barakâtouh !

Suite

    « Les Occidentaux, malgré la haute opinion qu’ils ont d’eux-mêmes, sentent bien que leur domination sur le reste du monde est loin d’être assurée d’une manière définitive, qu’elle peut-être à la merci d’évènements qu’il leur est impossible de prévoir et à plus forte raison d’empêcher. Seulement, ce qu’ils ne veulent pas voir, c’est que la cause principale des dangers qui les menacent réside dans le caractère même de la civilisation européenne : tout ce qui ne s’appuie que sur le matériel, comme c’est le cas, ne saurait avoir qu’une réussite passagère ; le changement, qui est la loi de ce domaine essentiellement instable, peut avoir les pires conséquences à tous égards, et cela avec une rapidité d’autant plus foudroyante que la vitesse acquise est plus grande ; l’excès même du progrès matériel risque fort d’aboutir à quelque cataclysme. Que l’on songe à l’incessant perfectionnement des moyens de destruction, au rôle de plus en plus considérable qu’ils jouent dans les guerres modernes, aux perspectives peu rassurantes que certaines inventions ouvrent pour l’avenir, et l’on ne sera guère tenté de nier une telle possibilité ; du reste, les machines qui sont expressément destinées à tuer ne sont pas les seules dangereuses. Au point où les choses en sont arrivées dès maintenant, il n’est pas besoin de beaucoup d’imagination pour se représenter l’Occident finissant par se détruire lui-même, soit dans une guerre gigantesque, dont la dernière ne donne encore qu’une faible idée, soit par les effets imprévus de quelque produit qui, manipulé maladroitement, serait capable de faire sauter, non plus une usine ou une ville, mais tout un continent. Certes, il est encore permis d’espérer que l’Europe et même l’Amérique s’arrêteront dans cette voie et se ressaisiront avant d’en être venues à de telles extrémités ; de moindres catastrophes peuvent leur être d’utiles avertissements et, par la crainte qu’elles susciteront, provoquer l’arrêt de cette course vertigineuse qui ne peut mener qu’à un abîme. Cela est possible, surtout s’il s’y joint quelques déceptions sentimentales un peu trop fortes, propres à détruire dans la masse l’illusion du « progrès moral » ; le développement excessif du sentimentalisme pourrait donc contribuer aussi à ce résultat salutaire, et il le faut bien, si l’Occident, livré à lui-même, ne doit trouver que dans sa propre mentalité les moyens d’une réaction qui deviendra nécessaire tôt ou tard.[…] Quoiqu’il en soit des prévisions peut-être lointaines, les Occidentaux d’aujourd’hui en sont encore à se persuader que le progrès, ou ce qu’ils appellent ainsi, peut et doit être continu et indéfini ; s’illusionnent plus que jamais sur leur propre compte, ils se sont donné à eux-mêmes, la mission de faire pénétrer ce progrès partout, en l’imposant au besoin par la force aux peuples qui ont le tort, impardonnable à leurs yeux, de ne pas l’accepter avec empressement. Cette fureur de propagande, à laquelle nous avons déjà fait allusion, est fort dangereuse pour tout le monde, mais surtout pour les Occidentaux eux-mêmes, […] »


Orient et Occident, Terreurs chimériques et dangers réels - Chapître IV
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Messagepar Fida » Sam Mars 19, 2011 2:21 pm

As salam alaykoum wa rah'matou Llahi wa barakâtouh !

Suite :

« Même si les Orientaux se trouvent contraints d’accepter dans une certaine mesure le progrès matériel, cela ne constituera jamais pour eux un changement profond, parce que, comme nous l’avons déjà dit, ils ne s’y intéresseront pas ; ils le subiront simplement comme une nécessité, et ils n’y trouveront qu’un motif supplémentaire de ressentiment contre ceux qui les auront obligés à s’y soumettre ; loin de renoncer à ce qui est pour eux toute leur raison d’être, ils se renfermeront en eux-mêmes plus strictement que jamais, et ils se feront encore plus distants et inaccessibles.
D’ailleurs, la civilisation occidentale étant de beaucoup la plus jeune de toutes, les règles de la plus élémentaire politesse, si elles étaient de mise dans les relations des peuples ou de races comme dans celles des individus, devraient suffire pour lui montrer que c’est à elle, et non aux autres qui sont ses aînées, qu’il appartient de faire les premiers pas. Certes, c’est bien l’Occident qui est allé trouver les Orientaux, mais avec des intentions toutes contraires : non pour s’instruire auprès d’eux, comme il sied aux jeunes gens qui se rencontrent avec des vieillards, mais pour s’efforcer, tantôt brutalement, tantôt insidieusement, de les convertir à sa propre manière de voir, pour leur prêcher toutes sortes de choses dont ils n’ont que faire, ou dont ils ne veulent pas entendre parler. Les Orientaux, qui tous apprécient fort la politesse, sont choqués de ce prosélytisme intempestif comme d’une grossièreté ; venant s’exercer dans leur propre pays, il constitue même, ce qui est encore plus grave à leurs yeux, un manquement aux lois de l’hospitalité ; »

Orient et Occident, Tentatives infructueusesDeuxième partie, Chapitre premier

« Ce qu’on appelle la Renaissance fût en réalité, comme nous l’avons déjà dit en d’autres occasions la mort de beaucoup de choses ; Sous prétexte de revenir à la civilisation gréco-romaine, on n’en prit que ce qu’elle avait de plus extérieur, parce que cela seul avait pu s’exprimer clairement dans des textes écrits ; et cette restitution incomplète ne pouvait d’ailleurs avoir qu’un caractère fort artificiel, puisqu’il s’agissait de formes qui, depuis des siècles, avaient cessé de vivre de leur vie véritable. [ …] Il n’y eut plus désormais que […] la limitation de la connaissance à l’ordre le plus inférieur, l’étude empirique et analytique des faits qui ne sont rattachés à aucun principe, la dispersion dans une multitude de détails insignifiants, l’accumulation d’hypothèses sans fondement, qui se détruisent incessamment les unes des autres, et de vues fragmentaires qui ne peuvent conduire à rien, sauf à ces applications pratiques qui constituent la seule supériorité effective de la civilisation moderne ; supériorité peu enviable d’ailleurs, et qui, en se développant jusqu’à étouffer toute autre préoccupation, a donné à cette civilisation le caractère purement matériel qui en fait une véritable monstruosité. »

La crise du monde moderne - Chapitre premier, L’âge sombre

« Il y a un mot qui fut mis en honneur à la Renaissance, et qui résumait par avance tout le programme de la civilisation moderne : ce mot est celui d’ «humanisme». Il s’agissait en effet de tout réduire à des proportions purement humaines, de faire abstraction de tout principe supérieur, et pourrait-on dire symboliquement, de se détourner du ciel pour conquérir la terre ; les Grecs, dont on prétendait suivre l’exemple, n’avaient jamais été aussi loin en ce sens, même au temps de leur plus grande décadence intellectuelle, et du moins les préoccupations utilitaires n’étaient elles jamais passées chez eux au premier plan, ainsi que cela devait bientôt se produire chez les modernes. L’ «humanisme» c’était déjà une première forme de ce qui est devenu le «laïcisime» contemporain, et, en voulant tout ramener à la mesure de l’homme, pris pour une fin en lui-même, on a fini par descendre, d’étape en étape, au niveau de ce qu’il y a en celui-ci de plus inférieur, et par ne plus guère chercher que la satisfaction des besoins inhérents au côté matériel de sa nature, recherche bien illusoire, du reste, car elle crée, toujours plus de besoins artiificiels qu’elle n’en peut satisfaire. »

La crise du monde moderne - Chapitre premier, L’âge sombre

« […]l’ésotérisme appelle l’exotérisme comme son complément nécessaire. Lorsque cet ésotérisme est méconnu, la civilisation […] ne tarde pas à perdre tout caractère traditionnel, car les éléments de cet ordre qui y subsistent encore, sont comparables à un corps que l’esprit aurait abandonné […] c’est là très exactement ce qui est arrivé au monde occidental moderne. »

Les états multiples de l’être, Avant-ProposPage 5


"Tout cela a abouti à ce qu’on est convenu d’appeler, dans le jargon actuel, la fabrication « en série » dont le but n’est que de produire la plus grande quantité d’objets possible […] destinés à l’usage d’hommes que l’on suppose tous semblables […]Ces hommes réduits à de simples « unités » numériques, on veut les loger […]dans des « ruches » dont les compartiments seront tous tracés sur le même modèle et meublés avec des objets fabriqués « en série » de façon à faire disparaître du milieu où ils vivront toute différence qualitative ; il suffit d’examiner les projets de certains architectes contemporains (qui qualifient eux-mêmes ces demeures de « machines à habiter ») pour voir que nous n’exagérons rien ; que sont devenus […] les règles rituelles présidant à l’établissement des cités et des édifices dans les civilisations normales ? […] il faudrait être aveugle pour ne pas se rendre compte de l’abîme qui sépare de celles-ci la civilisation moderne […] ce que l’immense majorité des hommes actuels célèbrent comme un « progrès », c’est là précisemment ce qui nous apparaît tout au contraire comme une profonde déchéance […] qui entraîne l’humanité vers les « bas fonds » où règne la quantité pure."

Le règne de la quantité et les signes des temps, Chapitre VIII - Métiers anciens et industrie moderne
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Messagepar Fida » Mar Mars 22, 2011 12:10 am

« pourquoi les sciences proprement expérimentales ont-elles reçu, dans la civilisation moderne, un développement qu’elles n’ont jamais eu dans d’autres civilisations ? C’est que ces sciences sont celles […] qui donnent lieu aux applications pratiques les plus immédiates ; leur développement, […] correspond donc bien aux tendances spéc
ifiquement modernes, alors que, par contre, les époques précédentes n’avaient pu y trouver un motif d’intérêt suffisant pour s’y attacher ainsi au point de négliger les connaissances d’ordre supérieur. Il faut bien comprendre qu’il ne s’agit point, dans notre pensée, de déclarer illégitime en elle-même une connaissance quelconque, même inférieure, ce qui est illégitime, c’est seulement l’abus qui se produit lorsque des choses de ce genre absorbent toute l’activité humaine, ainsi que nous le voyons actuellement. »

La crise du monde moderne - Chapitre III , Connaissance et action
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Messagepar Fida » Mar Mars 22, 2011 12:24 am

« si le grand public admet de bonne foi ces prétextes de « civilisation » , il en est certains pour qui ce n’est qu’une simple hypocrisie « moraliste », un masque de l’esprit de conquête et des intérêts économiques ; mais quelle singulière époque que celle où tant d’hommes se laissent persuader qu’on fait le bonheur d’un peuple en l’asservissant, en lui enlevant ce qu’il a de plus précieux, c’est-à-dire sa propre civilisation, en l’obligeant à adopter des murs et des institutions qui sont faits pour une autre race, et en l’astreignant aux travaux les plus pénibles pour lui faire acquérir des choses qui lui sont de la plus parfaite inutilité ! Car c’est ainsi : l’Occident moderne ne peut tolérer que des hommes préfèrent travailler moins et se contentent de peu pour vivre ; comme la quantité seule compte, et comme ce qui ne tombe pas sous les sens est d’ailleurs tenu pour inexistant , il est admis que celui qui ne s’agite pas et ne produit pas matériellement ne peut-être qu’un « paresseux » ; sans même parler à cet égard des appréciations portées couramment sur les peuples orientaux, il n’y a qu’à voir comment sont jugés les ordres contemplatifs, et cela jusque dans les milieux soi-disant religieux. Dans un tel monde, il n’y a plus aucune place pour l’intelligence, ni pour tout ce qui est purement intérieur, car ce sont là des choses qui ne se voient ni ne se touchent, qui ne comptent ni ne pèsent ; il n’y a de place que pour l’action extérieure sous toutes ses formes, y compris les plus dépourvues de toute signification.

La crise du monde moderne - Chapitre VII , Une civilisation matérielle
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Messagepar Fida » Dim Mars 27, 2011 10:06 pm

As salam alaykoum wa rah'matou Llahi wa barakâtouh !

« […]la fonction de l’autorité spirituelle est la seule qui se rapporte à un domaine supra-individuel ; dès lors que cette autorité est méconnue, il est logique que l’individualisme apparaisse aussitôt, au moins comme tendance, sinon comme affirmation bien définie, puisque toutes les autres fonctions sociales, à commencer par la fonction « gouvernementale », qui est celle du pouvoir temporel, sont d’ordre purement humain, et que l’individualisme est précisément la réduction de la civilisation tout entière aux seuls éléments humains.[…] l’on pourrait constater, d’une façon très générale, que l’apparition de doctrines « naturalistes » ou antimétaphysiques se produit lorsque l’élément qui représente le pouvoir temporel prend, dans une civilisation, la prédominance sur celui qui représente l’autorité spirituelle. »

Autorité spirituelle et pouvoir temporelChapitre VI, La révolte des Kshatriyas
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Messagepar Fida » Dim Mars 27, 2011 10:08 pm

« […]le point le plus intéressant pour nous présentement est celui-ci : la formation des « nationalités » est essentiellement un des épisodes de la lutte du temporel contre le spirituel ; […] Il est une sorte d’unification politique, donc tout extérieure, qui implique la méconnaissance, sinon la négation, des principes spirituels qui seuls peuvent faire l’unité véritable et profonde d’une civilisation, et les « nationalités » en sont un exemple. […] l’esprit est unité, la matière est multiplicité et division, et plus on s’éloigne de la spiritualité, plus les antagonismes s’accentuent et s’amplifient.»

Autorité spirituelle et pouvoir temporelChapitre VII, Les usurpations de la royauté et leurs conséquences

« [...]la civilisation hindoue est tout entière basée sur une tradition qui se rattache à des principes d’ordre purement métaphysique. Bien entendu, les vrais Hindous […] se gardent bien d’entrer en contact avec un tel milieu, d’autant plus qu’ils ne sauraient pardonner au théosophisme la dénaturation des doctrines orientales ; aussi témoignent-ils un profond mépris à ceux de leurs compatriotes, bien rares d’ailleurs, qui se sont affiliés à cette Société, et qui, par contre, comme ceux qui consentent à entrer dans la Maçonnerie, sont forts bien vu du gouvernement britannique, dont ils obtiennent parfois d’avantageuses situations. »

Le Théosophisme, histoire d’une pseudo-religion, Chapitre XXIX, Rôle politique de la Société ThéosophiqueAs salam alaykoum wa rah'matou Llahi wa barakâtouh !
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Re: LA "CIVILISATION" CHEZ RENE GUENON - 10

Messagepar Fida » Mar Avr 26, 2011 7:44 pm

As salam alaykoum wa rah'matou Llahi wa barakâtouh !

Bismillah i rahman i rahim

« […]la tradition est perdue pour l’ensemble de l’humanité, car elle n’est conservée que dans certains centres rigoureusement fermés, et la masse des hommes n’y participe plus d’une façon consciente et effective, contrairement à ce qui avait lieu dans l’état originel ; telle est précisément la condition de l’époque actuelle, dont le début remonte d’ailleurs bien au-delà de ce qui est accessible à l’histoire ordinaire […] La perte de la tradition peut donc, suivant les cas, être entendue dans ce sens général , ou bien être rapportée à l’obscuration du centre spirituel qui régissait plus ou moins invisiblement les destinées d’un peuple particulier ou d’une civilisation déterminée ; »

Le roi du monde, Chapitre VLe symbolisme du Graal
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Re: LA "CIVILISATION" CHEZ RENE GUENON - 11

Messagepar Fida » Mar Avr 26, 2011 7:57 pm

« Nous avons, pour notre part, la certitude qu’il y eu autre chose que cela en Occident, dans l’antiquité et au moyen-âge, qu’il y a eu, à l’usage d’une élite, des doctrines purement métaphysiques et que nous pouvons dire complètes, y compris cette réalisation qui pour la plupart des modernes, est sans doute à peine concevable ; si l’Occident en a aussi perdu totalement le souvenir, c’est qu’il a rompu avec ses propres traditions, et c’est pourquoi la civilisation moderne, est une civilisation anormale et déviée. »
La métaphysique orientale
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Re: LA "CIVILISATION" CHEZ RENE GUENON - 12

Messagepar Fida » Mer Avr 27, 2011 9:50 pm

As salam alaykoum wa rah'matou Llahi wa barakâtouh !


« […] nous pensons qu’il ne peut y avoir de véritable entente entre les peuples, surtout ceux qui appartiennent à des civilisations différentes, que celle qui se fonderait sur des principes au sens propre de ce mot. Sans cette base strictement doctrinale, rien de solide ne pourra être édifié ; toutes les combinaisons politiques et économiques seront toujours impuissantes à cet égard, non moins que les considérations sentimentales, tandis que, si l’accord sur les principes est réalisé, l’entente dans tous les autres domaines devra en résulter nécessairement. »

Un projet de Joseph de Maistre pour l’union des peuplesPage 4
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Re: LA "CIVILISATION" CHEZ RENE GUENON

Messagepar Mohammed Abdessalam » Sam Mai 07, 2011 2:51 pm

بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم
ﭐللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلِّمْ
السلام عليكم و رحمة الله و بركاته


Fermeture de ce sujet en vue d'en faire une synthèse à éditer sur le Porteur de Savoir.

Les personnes intéressées par ce travail sont priées de se faire connaître en MP, in châ Allah.


Le sujet suivant vient d'être ouvert : "EXOTERISME ET ESOTERISME" CHEZ RENE GUENON
"Par le Temps ! * Le genre humain est, certes, en perdition * Sauf ceux qui croient, accomplissent les bonnes œuvres, se recommandent la vérité et se recommandent la patience."
السلام عليكم و رحمة الله و بركاته
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