LE CHEIKH EST-IL INDISPENSABLE DANS LA VOIE ? IBN ABBAD

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Messagepar maurice_le_baot » Mar Mars 12, 2013 11:14 am

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بسم الله الرحمن الرحيم الحمد لله والصلاة والسلام على سيدنا محمد رسول الله وآله وصحبه ومن والاه


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Nous commençons ici la publication d’extraits significatifs d’une lettre du Cheikh Ibn Abbad ar-Rundi à Abou Ishâq ash-Shâtibî. Cette traduction, fruit d’un travail collectif, a été réalisée depuis la traduction anglaise des Rasa’ïl aç-çughrâ proposée par J.Renard et a été révisée sur le texte arabe édité par P.Nwyia. Nous espérons proposer à l’avenir, in châ Allah, une version complète de cette lettre (traduite directement de l’arabe) si souvent citée mais malheureusement jamais traduite intégralement en langue française. Comme à l'habitude toute contribution est la bienvenue.

Dans son article initulé "Ibn ‘Abbâd, modèle de la Shâdhiliyya", Kenneth Honerkamp précise que cet épitre fût rédigée à "l’époque où Ibn ‘Abbâd assumait la charge de prédicateur et d’imam à la Qarawîyîn de Fès". En ce temps, "une dispute naquit en Andalousie dans les cercles de fuqahâ’ à ce sujet : « Peut-on s'engager dans la Voie en s’aidant des ouvrages de soufisme, ou bien l’aide d’un cheikh est-elle indispensable ?» Abû Ishâq al-Shâtibî (m. 790/1388), l’auteur des Muwâfaqât, traita de cette question avec Ibn ‘Abbâd et Abû al-‘Abbâs al-Qubbâb (m. 778/ 1376), leur demandant leur point de vue. La polémique entre les fuqahâ’, en effet, était devenue presque violente, les uns et les autres se frappant avec leurs chaussures dans les mosquées d’Andalousie".

M.L.B.

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Une réponse à la question de savoir si une personne peut suivre la Voie initiatique à l’aide des livres sur ce sujet, ou s’il lui faut nécessairement un Cheikh. Elle inclut une présentation de la Voie qui mène à Dieu.

[…]

A mon avis, on ne peut guère nier, de manière générale, la nécessité du cheikh pour le cheminement dans la Voie initiatique ; c’est [en effet] une des choses considérées comme nécessaires (lâzim) dans la pratique courante.

Mais, le cheikh auquel on a recours dans le cheminement initiatique est de deux sortes : le cheikh d’instruction et d’éducation (sheikh ta'lîm wa tarbiyah), et le cheikh d’instruction qui n’éduque pas (sheikh ta'lîm bilâ tarbiyah).

Ainsi, le cheikh d’éducation(sheikhu-t-tarbiyah) n’est pas nécessaire à tout initié progressant dans la Voie (sâlik), mais celui qui est d’une mentalité passive et d’une âme réfractaire en a besoin. Quant à celui qui est doué d’un esprit profond et d’une âme docile, en vérité, cela ne lui est pas indispensable (lâzim). Par contre le cheikh d’instruction (sheikhu-t-ta'lîm) s’impose (lâzim) à tout initié (sâlik).

(A suivre in châ Allah!)
وصَلَى ﭐللهُ عَلى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلَّمْ
والسلام عليكم و رحمة الله و بركاته

مصطفى منصور
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Re: LE CHEIKH EST-IL INDISPENSABLE DANS LA VOIE ? IBN ABBAD

Messagepar Mohammed Abdessalam » Lun Mars 18, 2013 3:30 pm

بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم
ﭐللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلِّمْ
السلام عليكم و رحمة الله و بركاته


Sidi Maurice

Merci pour ce travail qui est bien prometteur, in châ Allah.

A titre documentaire et pour permettre dès à présent une mise en perspective de la suite, in châ Allah, voici un texte, trouvé sur le site Saveur Soufies à propos d'un livre d'Ibn Khaldûn (http://www.saveurs-soufies.com/index.ph ... Itemid=196), qui est loin d'être inintéressant.

Le Shifa al sâ’il li-tahdhîb al masâ’il (la réponse satisfaisante à celui qui cherche à élucider les questions) est un traité écrit par Ibn Khaldun.

Ibn Khaldun est né à Tunis en (732/1332) et décédé en (808/1406) au Caire. Il a occupé différents postes politiques sous divers dirigeants au Maroc et en Tunisie. En Espagne il a été ambassadeur pour le Roi de Grenade à la cour de Pierre Le Cruel de Castille. Il passe les dernières années de sa vie Egypte où il fut plusieurs fois Premier Juge Malikite. C’est durant cette période qu’il a rencontré Tamerlan.

Sur le plan scolastique sa contribution principale va à la philosophie historique et à la sociologie. Il innove en examinant les facteurs psychologiques, économiques environnementaux et sociaux qui contribuent à l’avancement de la civilisation et font les courants historiques.

Ses deux principaux ouvrages sont la Muqaddimah traité monumental sur la philosophie historique ainsi que la sociologie et le Kitab al I’bar traité d’histoire mondiale (des civilisations anciennes perses, romaines etc. jusqu’à ses contemporains). Il a révolutionné la science de l’histoire et jeté les bases de la sociologie et est considéré comme l’un des plus grands penseurs de la civilisation musulmane.

On ne sait pas s’il était affilié à un courant Soufi, mais il ne fait pas partie des opposants au Tassawwuf bien qu’il ait condamné des ouvrages d’Ibn Arabi.

Circonstances de l’écriture du livre

Autour des années 773-775/1372-1374 une querelle agite les muridîn, à Grenade en Andalousie : pour s’engager dans une voie aussi exigeante et hasardeuse que la voie soufie, est-il indispensable de se mettre sous la conduite d’un maître spirituel (Cheikh) ?, Ou peut-on se diriger soi-même et, pour cela, se contenter d’utiliser individuellement les livres, d’ailleurs nombreux qui traitent de ces matières ?

Pour trancher la question, on demande à deux savants de Fez, Al Qabbâb (Abul Abbâs Ahmad Ibn Qâsim)et Ibn Abbâd al Rundi de trancher la question sur la base d’un manuscrit qui consigne fidèlement la dispute et les arguments échangés. Ibn Khaldûn qui séjourne à ce moment à Fez, fournit une réponse à la controverse qui va bien au delà de la question posée, car non seulement il répond sur la question du Cheikh mais fait un véritable petit traité sur la nature et l’évolution du soufisme.

Le traité comporte 5 parties dont la quatrième traite de la question de la nécessité du cheikh pour s’engager dans la Voie.

Partie I : définition exacte de la voie des Soufis

Obligations divines concernant le musulman divisées en obligations concernant les membres et obligations concernant les cœurs.

Les soufis sont ceux qui accordent plus d’intérêt aux obligations des cœurs sans oublier les obligations des membres.

Les premiers à s’être appelés Soufis furent l’élite des Sunnites (khawâss al Sunna) observateurs fidèles de l’action des cœurs, imitateurs des anciens tant dans leurs actions intérieures qu’extérieures. Le nom se propage autour de l’an 200 de l’Hégire.

Etymologie du mot soufi : il ne vient ni de souf (laine, pour les vêtements de laine que portaient certains soufis à certains moments par austérité et ascèse) ni de suffa (banc, dans les Gens du Banc) ni de safâ (pureté).

En résumé : Le Tassawwuf est l’observance vigilante (ri’âya) du comportement bienséant vis-à-vis de Dieu, dans les œuvres intérieures et extérieures, par l’exacte fidélité à ces ordonnances, en mettant au premier plan l’intérêt pour les actes des cœurs, dont on surveille étroitement les mouvements cachés, dans l’ardent désir d’obtenir par là le salut.

Partie II : développement sur les divers combats spirituels
Trois combats : combat de la piété, combat de la rectitude et combat du retrait du voile.

Partie III : Glissement que les modernes font subir au terme tassawwuf
Principalement restriction du tassawwuf au dernier combat.

Partie V : où l’on tranche entre les deux positions
Ici Ibn Khaldun reprend l’énoncé de la dispute divisé en 8 questions et commente les arguments et justifications échangées (il critique même parfois comme faibles les arguments avancés par celui qui soutient la nécessité du maître) ; ses commentaires se font à la lumière des quatre parties précédentes qui sont un débroussaillement afin d’aborder correctement la controverse.

Partie IV: la question du Maître spirituel

Trois types de démarches auxquelles s’appliquent le terme de tassawwuf :

• le combat de la piété (mujâhadat at taqwâ) : combat pour la recherche du salut sans plus.

• le combat de la rectitude (mujâhadat al istiqâma): quête du bonheur et des degrés les plus élevés de la demeure ultime.

• Le combat du retrait du voile (mujâhadat al kashf wal ittila ) : recherche de la connaissance des choses divines par la levée du voile et la contemplation dès la vie d’ici-bas.

Le terme de tassawwuf ne s’est ensuite plus appliqué qu’aux deux dernières démarches.


Le besoin du Maître diffère selon ces trois combats spirituels :

Premier cas : combat de la piété.

Ici il suffit de connaître les préceptes et les décrets de Dieu (d’ailleurs ce combat s’impose à tout croyant comme devoir d’obligation personnelle).
Connaissance puisée dans les livres ou inculquée par un enseignant.
Cependant on peut acquérir une plus grande perfection dans ce combat en suivant les enseignements d’un maître-enseignant (sheikh mu’allim).
En effet cet enseignement se fonde sur les sens. Donc il est plus efficace de suivre quelqu'un qui maîtrise déjà ce que l’on cherche à apprendre.
D’ailleurs le Prophète (paix et salut sur lui) à appris la façon de prier en suivant ce que Gabriel faisait selon un hadith du Sahih de Bukhârî.
Et lui même quand les tribus venaient le voir, pour connaître les prescriptions de la loi, ils les envoyaient vers les Compagnons les plus insignes pour qu’ils voient de leurs yeux la démarche à suivre.
Un autre exemple est le pèlerinage où l’on désigne des personnes qui en ont l’expérience afin qu’elles enseignent ses rites aux pèlerins. Et l’ont voit des juristes connaissant par cœur la Loi quant aux actes à accomplir pour le pèlerinage, mettre plus de confiance dans ce que disent les guides que dans tout ce qu’ils ont pu mémoriser.
En conclusion, ici le Maître n’est pas nécessaire mais en suivre un, permet de suivre le chemin plus facilement et plus parfaitement.

Deuxième cas : combat de la rectitude.

Ce combat qui consiste en l’adoption des mœurs prescrites par le Coran et pratiquées par le Prophète; il a besoin dans une certaine mesure d’un Maître-enseignant (sheikh al mu’allim).

En effet il est fortement recommandé d’avoir recours à un Cheikh et de régler sa conduite sur le Cheikh qui lui même connaît les défaillances possibles sur ce chemin, sans que cela constitue une nécessité car cette démarche et tirée du Coran et de la Sunna, et elle utilise une terminologie d’usage courant. Si donc on demeure fermement attaché à la Sunna on peut être à l’abri des dangers qui jalonnent cette voie.

Troisième cas : combat du retrait du voile.

Ce combat qui se propose la saisie surnaturelle du monde spirituel et du Royaume des Cieux et de la Terre à besoin nécessairement d’un Maître-enseignant-éducateur (sheikh al mu’allim al murrabî) que l’on désigne sous le nom de Cheikh. Et sans ce Cheikh il est en général impossible d’atteindre l’objectif.

1ere raison
Même si ce combat a pour origine le Coran et la Sunna, il est basé sur des applications récentes et un style de vie monastique qui est le fruit d’une innovation (pas nécessairement mauvaise).

Cette voie en est une pour ceux qui ont des exigences spirituelles particulières qui les poussent à obtenir le germe du bonheur suprême avant la mort. Tandis que la Sharî’a, commune à l’usage de l’ensemble des croyants, est suivie pour obtenir le salut et le bonheur après la mort.

Elle a donc toutes les caractéristiques d’une Sharî’a particulière possédant ses statuts propres et son code de bienséances, où l’on n’imite personne d’autre que ceux qui l’ont posée comme règle de conduite.

Or ces gens, les adeptes du 3ème combat, s’accordent tous pour dire que le maître spirituel y est nécessaire. Ils mettent en garde contre les dangers qu’il y a à parcourir seul le chemin.

Ils obligent l’itinérant mystique à remettre sa vie entre les mains de son Cheikh, qui a déjà parcouru le chemin et qui est parvenu au but recherché (la contemplation). Il connaît les obstacles du parcours, les points exposants aux défaillances, les endroits périlleux, les embûches dressées par les ennemis, tout cela en se basant sur son expérience personnelle.

Le novice doit donc être entre les mains de son Cheikh comme le mort entre les mains de celui qui le lave ou comme l’aveugle marchant sur le bord de la mer tenant la main de celui qui le conduit.

Comment donc pourrions-nous nous écarter d’une condition prescrite par les milieux soufis eux-mêmes à qui voudrait suivre un chemin dont nous n’avons entendus parler que par eux et dont nous ne connaissons le statut par rapport à la Loi que par eux ?

2eme raison
Le choix de ce type de chemin expose le murîd (aspirant à Dieu) à deux qualités : l’une dépendant de ses propres efforts et qui consiste à se débarrasser des caractères blâmables et à se purifier en adoptant d’autres vertueux, l’autre qui échappe à l’action du disciple ; ce sont les états spirituels qui surviennent avant, pendant et après le retrait du voile.

Or ces états spirituels, qui sont le fruit des qualités acquises que sont les œuvres, dépendent les uns des autres et sont liés en une chaîne ininterrompue jusqu’à la contemplation. Donc si l’un d’eux et corrompu (corruption signifie l’apparition du contraire de l’état spirituel), cela entraîne la corruption des états suivants et les dégâts s’amplifient et deviennent irréparables. Il n’y a pas de moyen de se débarrasser de ces états négatifs par la volonté.
Par contre sous la conduite d’un Cheikh qui connaît déjà le chemin, qui sait ce qui est sain et ce qui est malsain dans les états spirituels, qui sait d’où leur vient ce qu’ils ont de bon et ce qu’ils ont de mauvais, qui sait ce qui favorise la progression spirituelle et ce qui l’interrompt, qui sait comment des états spirituels indépendants de la volonté sont la conséquence d’actes volontaires, le disciple est en sécurité et peut échapper aux dangers conduisant à la perdition, qui jalonnent ce chemin.

Analogie de la teinture : le teinturier à besoin d’un maître artisan bien au fait des dosages des diverses composantes de la teinture, des quantités des unes et des autres, du mélange obtenu par cuisson ou par fermentation, de la manière d’y tremper l’étoffe, de la durée de l’opération. Tout cela le maître le montre à son apprenti en le pratiquant sous ses yeux. Faute de quoi cela pourrait avoir pour résultat que la teinture qui pénètre le tissu soit une autre que celle qu’il se proposait d’y appliquer et qu’il ne soit plus possible de reprendre les choses avec une autre teinture car le terrain récepteur a été détérioré avec la première teinture ce qui interdit toute nouvelle tentative.
Il en est de même pour le disciple qui veut donner à son cœur la coloration d’une teinture spéciale : celle de la connaissance mystique (ma’rifa) annonciatrice de la félicité éternelle. Le maître enseignant éducateur (sheikh al murrabi) montrera donc au disciple comment appliquer la teinture avec les ingrédients, la quantité la qualité les dosages et la durée. Ici le maître est donc indispensable car on ne pense pas arriver au résultat par à-peu-près et tâtonnements surtout qu’en cas d’échec le danger est celui du malheur éternel Dieu nous en préserve.

3eme raison
La signification profonde de ce chemin est d’être une mort artificielle. Il consiste à éteindre toutes les puissances humaines pour être mort quant au corps et vivant par l’esprit et se rapprocher ainsi de la vraie mort. Ainsi il pourra être gratifié de l’état spirituel propre à la mort naturelle, et ainsi plonger son regard sur l’au-delà avant la vraie mort.
Cette attitude se justifie par la parole du Prophète mourrez avant de mourir.
Or pour chaque enseignement artificiel on imite une chose naturelle, ici la mort. Donc en raison du mystère qui entoure les lois de la nature et en particulier la mort, il faut nécessairement un maître-enseignant qui le dirige jusqu’aux recoins les plus mystérieux de cette discipline. Sans maître-enseignant, il ne retire aucun profit de l’ascèse qu’il pratique.

4eme raison
Les réalités auxquelles on est confronté pour ce cheminement sont de 2 sortes :
Une première catégorie rentre dans le domaine des choses connues par la majorité et peut être consignée dans des livres. Il s’agit de la forme concrète du cheminement qui consiste en la rupture des attaches de l’âme, la pratique de la retraite en solitude et du dhikr selon une méthode spéciale et une obéissance limitée aux obligations légales et aux actes de dévotion après avoir satisfait aux deux premiers combats (piété et rectitude).

La seconde sorte de réalités n’est pas de l’ordre des choses communément admises par les esprits. Ces réalités ne sont ni du domaine des sens ni du domaine de la raison ou des sciences acquises. Elles sont du ressort du goût spirituel et de l’expérience intime. On ne peut en parler que par de lointaines approximations. Elles ne peuvent pas être codifiées scientifiquement ou en des termes du langage technique. Elles surviennent à l’itinérant sous la forme de déficiences, d’états, d’inspirations, de suggestions brusques, d’émotions extatiques et choses de la sorte du début du cheminement jusqu’à l’aboutissement. Ces réalités constituent le point central, la vérité profonde du chemin sans laquelle rien ne saurait se réaliser. C’est pourquoi tant que l’itinérant ne distingue pas ces différentes sortes d’expériences, qu’il ne discerne pas ce qui le fait progresser de ce qui est un obstacle, les efforts qu’il fait s’en vont en pure perte et son objectif ne se réalise pas. Et ce ne seront ni les livres ni les formulations précises qui lui procureront cette connaissance.

Ainsi on ne saurait se passer d’un Cheikh qui ait discerné la réalité concrète de ces choses et qui connaisse ce qui en elle est nuisible et ce qui est bénéfique. Il désigne les réalités concrètes de ces choses comme un muet désigne concrètement les objets sensibles sans pouvoir les exprimer par la voix.

Le Maître Abul Qâsim Qushayrî a dit : « Ce groupe de gens (tâ’ifa) utilisent entre eux certains termes dans le but de se communiquer les uns aux autres des notions qui leur sont propres, tout en les tenant cachées à ceux qui s’écartent d’eux quant à la Voie qu’ils suivent afin que les notions [véhiculées par] leurs paroles demeurent incompréhensibles aux étrangers (ajânib). Ils font cela à cause du soin jaloux qu’ils mettent à ce que leurs secrets ne soient pas divulgués auprès de gens qui n’y croiraient pas. En effet, les réalités qu’ils professent n’ont pas été regroupées au prix de quelque effort pénible ni rassemblées par quelque procédé habile. Non : ce sont des choses que Dieu à déposées dans le cœur d’un groupe de gens [des choses telles] qu’Il a jalousement purifié, pour [y mettre] leurs réalités, les profondeurs les plus secrètes d’un groupe de gens. »
"Par le Temps ! * Le genre humain est, certes, en perdition * Sauf ceux qui croient, accomplissent les bonnes œuvres, se recommandent la vérité et se recommandent la patience."
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Re: LE CHEIKH EST-IL INDISPENSABLE DANS LA VOIE ? IBN ABBAD

Messagepar maurice_le_baot » Mar Mars 19, 2013 11:01 am

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و عليكم السلام و رحمة الله و بركاته



Sidî Mohammed Abdessalam,

Wa-l-hamduli-Llah!

Merci pour votre contribution qui va en effet permettre de montrer l'apport propre à Ibn Abbad et la subtilité de son enseignement sur ces questions cruciales du sulûk.

Jazak'Allah alfu-khayr!

Qu'Allah nous permette de mener à bien ce travail dans les plus brefs délais et de la meilleure façon. Amîn!

Wa-l-hamduli-Llah wa astaghfiru-Llah wa atûbu ilayh!

Mostafâ Mansûr (M.L.B.)
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مصطفى منصور
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Re: LE CHEIKH EST-IL INDISPENSABLE DANS LA VOIE ? IBN ABBAD

Messagepar maurice_le_baot » Lun Mars 25, 2013 10:22 am

بسم الله الرحمن الرحيم الحمد لله والصلاة والسلام على سيدنا محمد رسول الله وآله وصحبه ومن والاه

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السلام عليكم و رحمة الله و بركاته


Nous continuons la publication de la traduction collective de la lettre du Cheikh Ibn Abbad avec trois nouveaux paragraphes. Pour plus de clarté nous reproduisons les passages déjà publiés.

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Une réponse à la question de savoir si une personne peut suivre la Voie initiatique à l’aide des livres sur ce sujet, ou s’il lui faut nécessairement un Cheikh. Elle inclut une présentation de la Voie qui mène à Dieu.

[…]


A mon avis, on ne peut guère nier, de manière générale, la nécessité du cheikh pour le cheminement dans la Voie initiatique ; c’est [en effet] une des choses considérées comme nécessaires (lâzim) dans la pratique courante.

Mais, le cheikh auquel on a recours dans le cheminement initiatique est de deux sortes : le cheikh d’instruction et d’éducation (sheikh ta'lîm wa tarbiyah), et le cheikh d’instruction qui n’éduque pas (sheikh ta'lîm bilâ tarbiyah).

Ainsi, le cheikh d’éducation (sheikhu-t-tarbiyah) n’est pas nécessaire à tout initié progressant dans la Voie (sâlik), mais celui qui est d’une mentalité passive et d’une âme réfractaire en a besoin. Quant à celui qui est doué d’un esprit profond et d’une âme docile, en vérité, cela ne lui est pas indispensable (lâzim). Par contre le cheikh d’instruction (sheikhu-t-ta'lîm) s’impose (lâzim) à tout initié (sâlik).

Un cheikh d’éducation est nécessaire aux initiés que nous avons mentionnés [en premier lieu] car il est évident qu’un voile épais recouvre leur âme, que seul un cheikh d’éducation peut soulever et retirer. Parmi ces individus, beaucoup ont besoin d’un guide à cause des rivalités et inimitiés dans lesquelles ils sont impliqués. Leur situation est analogue à celle de personnes atteintes de maladie chronique dont le remède physique reste une énigme. Il n’y a alors pas d’autres alternatives que de rechercher un médecin compétent, qui pourra guérir leur maladie à l’aide de puissants médicaments.

Quant aux individus qui sont doués d’un esprit profond et d’une âme docile, ils sont dispensés d’y recourir de par leur profondeur d’esprit et la docilité de leur âme. Le cheikh d’instruction assigne ce qui convient parfaitement à de telles personnes, mais ce travail serait inapproprié pour l’autre type d’individu. Ce genre de personnes parvient [au but], par la permission de Dieu et sans crainte des difficultés qu’il pourrait rencontrer dans la Voie, s’il reste concentré sur son objectif et s’en approche d’une façon appropriée, tel que je vais le décrire ensuite, si Dieu–Très-Haut– le veut. Cependant, il n’atteindra pas la perfection comme le fera celui qui remet sa confiance au cheikh d’éducation ; car l’âme est toujours profondément voilée et pleine d’associationnismes (ashrâk) , ce qui la rend inconstante. L’âme n’est jamais dégagée de tels obstacles, sauf à s’en remettre au premier type de cheikh, en se soumettant à sa tutelle et son jugement. […]

Le fait de s’en remettre au cheikh d’éducation a été la voie suivie par les dernières autorités du Soufisme, tandis que la fréquentation du cheikh d’instruction était la voie des premiers [soufis]. Cela apparaît clairement dans nombre de livres d’auteurs tels qu’al-Hârith al-Muhâsibî, Aboû Tâlib al-Makkî et d’autres avant eux, qui n’ont pas mentionné le fait d’avoir recours au cheikh d’éducation, à la manière des autorités ultérieures. Pourtant, les premiers auteurs ont parlé des fondamentaux de l’enseignement Soufi et de ses branches, ses fondations et ses implications ; c’est particulièrement vrai pour le Cheikh Aboû Tâlib. Cette absence de mention du cheikh d’éducation démontre ainsi qu’un tel guide n’était pas une condition ou une nécessité dans la méthode du cheminement.


A suivre in châ Allah!
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Re: LE CHEIKH EST-IL INDISPENSABLE DANS LA VOIE ? IBN ABBAD

Messagepar Mohammed Abdessalam » Mer Mars 27, 2013 6:11 am

بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم
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Merci aux intéressés pour ce travail en commun d'un grand intérêt. L'auteur, souvent cité à ce propos, présente en effet ici des remarques importantes sur un sujet plus que délicat ; il le fait dans un langage qui semble particulièrement actuel et, en tout cas, directement compréhensible, pour l'instant au moins.

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Une réponse à la question de savoir si une personne peut suivre la Voie initiatique à l’aide des livres sur ce sujet, ou s’il lui faut nécessairement un Cheikh. Elle inclut une présentation de la Voie qui mène à Dieu.
[…]
Le titre, par lui même, est on ne peut plus explicite et l'on se demande bien pourquoi cette lettre, en considération de ce dont il s'agit, n'a pas fait, à cette heure, l'objet d'une diffusion plus large : faut-il voir là l'effet d'une réticence à voir exposées ces positions ou simplement une grande difficulté à les comprendre et les mettre en applications ?

Il est vrai qu'elles conduisent à montrer que, dans la Voie, ce n'est pas ce qui est d'ordre personnel qui est ultimement important et nécessaire mais que c'est à ce qui est impersonnel qu'il convient toujours de s'attacher quand ce qui est personnel tend à faire défaut ...

A mon avis, on ne peut guère nier, de manière générale, la nécessité du cheikh pour le cheminement dans la Voie initiatique ; c’est [en effet] une des choses considérées comme nécessaires (lâzim) dans la pratique courante.
Bien qu'exprimée de manière simple, on peut remarquer que cette première affirmation n'est pas, malgré tout, d'un caractère strictement absolu.

Mais, le cheikh auquel on a recours dans le cheminement initiatique est de deux sortes : le cheikh d’instruction et d’éducation (sheikh ta'lîm wa tarbiyah), et le cheikh d’instruction qui n’éduque pas (sheikh ta'lîm bilâ tarbiyah).
L'auteur distingue d'emblée deux sortes de Maîtres, sans pourtant préciser davantage le domaine de chacun d'eux. Le fait-il par la suite ou la chose est-elle considérée comme suffisamment évidente ou connue ?

(Commentaires à suivre, in châ Allah)
"Par le Temps ! * Le genre humain est, certes, en perdition * Sauf ceux qui croient, accomplissent les bonnes œuvres, se recommandent la vérité et se recommandent la patience."
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Re: LE CHEIKH EST-IL INDISPENSABLE DANS LA VOIE ? IBN ABBAD

Messagepar maurice_le_baot » Mer Avr 17, 2013 1:55 pm

بسم الله الرحمن الرحيم الحمد لله والصلاة والسلام على سيدنا محمد رسول الله وآله وصحبه ومن والاه

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السلام عليكم و رحمة الله و بركاته


Nous continuons la publication de la traduction collective de la lettre du Cheikh Ibn Abbad, pour plus de clarté nous reproduisons en gras les passages déjà publiés et corrigés sur le texte arabe.

Les nouveaux passages proposés, traduits de l'anglais par Sidî Mohammed Yacine - que je remercie chaleureusement au passage pour cette enrichissante collaboration - n'ont pas encore été corrigés sur l'arabe, nous procéderons à cette révision progressivement, in châ Allah!.

Nous espérons que cette façon de faire permettra ainsi au lecteur de bénéficier rapidement de l'intégralité de ce texte fondamental, in châ Allah!

L'aide de chacun est, comme à l'habitude, toujours bienvenue. A ce titre on trouvera ci-dessous un lien vers le texte arabe intégral de la lettre, dans l'édition de Nwyia :

https://www.dropbox.com/s/mou0y9q0vfpn5 ... %C3%A9.pdf

Wa bi-Llah et-Tawfîq!


Mostafâ Mansûr


*


Une réponse à la question de savoir si une personne peut suivre la Voie initiatique à l’aide des livres sur ce sujet, ou s’il lui faut nécessairement un Cheikh. Elle inclut une présentation de la Voie qui mène à Dieu.

[…]


A mon avis, on ne peut guère nier, de manière générale, la nécessité du cheikh pour le cheminement dans la Voie initiatique ; c’est [en effet] une des choses considérées comme nécessaires (lâzim) dans la pratique courante.

Mais, le cheikh auquel on a recours dans le cheminement initiatique est de deux sortes : le cheikh d’instruction et d’éducation (sheikh ta'lîm wa tarbiyah), et le cheikh d’instruction qui n’éduque pas (sheikh ta'lîm bilâ tarbiyah).

Ainsi, le cheikh d’éducation (sheikhu-t-tarbiyah) n’est pas nécessaire à tout initié progressant dans la Voie (sâlik), mais celui qui est d’une mentalité passive et d’une âme réfractaire en a besoin. Quant à celui qui est doué d’un esprit profond et d’une âme docile, en vérité, cela ne lui est pas indispensable (lâzim). Par contre le cheikh d’instruction (sheikhu-t-ta'lîm) s’impose (lâzim) à tout initié (sâlik).

Un cheikh d’éducation est nécessaire aux initiés que nous avons mentionnés [en premier lieu] car il est évident qu’un voile épais recouvre leur âme, que seul un cheikh d’éducation peut soulever et retirer. Parmi ces individus, beaucoup ont besoin d’un guide à cause des rivalités et inimitiés dans lesquelles ils sont impliqués. Leur situation est analogue à celle de personnes atteintes de maladie chronique dont le remède physique reste une énigme. Il n’y a alors pas d’autres alternatives que de rechercher un médecin compétent, qui pourra guérir leur maladie à l’aide de puissants médicaments.

Quant aux individus qui sont doués d’un esprit profond et d’une âme docile, ils sont dispensés d’y recourir de par leur profondeur d’esprit et la docilité de leur âme. Le cheikh d’instruction assigne ce qui convient parfaitement à de telles personnes, mais ce travail serait inapproprié pour l’autre type d’individu. Ce genre de personnes parvient [au but], par la permission de Dieu et sans crainte des difficultés qu’il pourrait rencontrer dans la Voie, s’il reste concentré sur son objectif et s’en approche d’une façon appropriée, tel que je vais le décrire ensuite, si Dieu–Très-Haut– le veut. Cependant, il n’atteindra pas la perfection comme le fera celui qui remet sa confiance au cheikh d’éducation ; car l’âme est toujours profondément voilée et pleine d’associationnismes (ashrâk) , ce qui la rend inconstante. L’âme n’est jamais dégagée de tels obstacles, sauf à s’en remettre au premier type de cheikh, en se soumettant à sa tutelle et son jugement. […]

Le fait de s’en remettre au cheikh d’éducation a été la voie suivie par les dernières autorités du Soufisme, tandis que la fréquentation du cheikh d’instruction était la voie des premiers [soufis]. Cela apparaît clairement dans nombre de livres d’auteurs tels qu’al-Hârith al-Muhâsibî, Aboû Tâlib al-Makkî et d’autres avant eux, qui n’ont pas mentionné le fait d’avoir recours au cheikh d’éducation, à la manière des autorités ultérieures. Pourtant, les premiers auteurs ont parlé des fondamentaux de l’enseignement Soufi et de ses branches, ses fondations et ses implications ; c’est particulièrement vrai pour le Cheikh Aboû Tâlib. Cette absence de mention du cheikh d’éducation démontre ainsi qu’un tel guide n’était pas une condition ou une nécessité dans la méthode du cheminement.


Je fais ici allusion à la Voie initiatique habituelle suivie par la majorité de ceux qui progressent effectivement dans la Voie. Il en va de même du mode de vie de nos ancêtres spirituels dans les temps anciens, en ce qu’il n’est pas rapporté qu’ils aient recherché de maitres d’éducation spirituelle en se soumettant et s’engageant auprès d’eux comme il est requis des disciples de tels maitres. Au contraire, la voie de nos anciens consistait à acquérir les enseignements et à entretenir la vie intérieure, dans la voie du compagnonnage et de la fraternité. Ils réalisaient cela en se réunissant,et par des visites mutuelles régulières et prolongées. Leur comportement extérieur et intérieur était la preuve du grand bénéfice de cette approche. Ils allaient librement en campagne, recherchant la rencontre des saints, des savants religieux et des serviteurs de Dieu.

L’examen des écrits des Soufis nous ramène à la question du maitre d’instruction spirituelle. L’usage et l’étude de ces livres est recommandée uniquement si leurs auteurs sont des gens d’enseignement et de connaissance intime, dont la conduite est digne d’imitation. Seule la personne qui recherche la compagnie d’un guide spirituel fiable dont la généalogie spirituelle est authentique peut avoir une bonne compréhension de ces textes [?]. Si le lecteur y voit un exposé profitable, totalement cohérent avec les exigences extérieures de la Loi révélée, cela lui suffira peut-être. A défaut il lui faudra s’en remettre à un guide spirituel qui puisse élucider ces textes pour lui ; car, comme je l’ai dit précédemment, le maitre est indispensable dans ce cas.

Le guide d’éducation spirituelle est difficile à trouver de nos jours et « plus précieux que le soufre rouge. » Il en va de même du guide d’instruction spirituelle ; car beaucoup de ceux qu’on affilie à cette voie– que l’on recommande et auxquels on fait confiance – ne rendent, en vérité, pas compte de la signification véritable du taçawwuf, pas plus qu’ils ne mettent en contact les gens avec la Vérité Initiatique et encore moins avec ce qui est au-delà. Je ne sais pas laquelle de ces deux calamités est la plus grande : la disparition des guides spirituels à la compréhension profonde, ou le manque de disciples sincères. Mais nous appartenons à Dieu et à Lui nous retournons.

Maintenant la question se pose : Comment s’y prend une personne qui souhaite avancer dans la Voie dans ces circonstances ? S’occupe-t-elle à la quête du guide spirituel ? Ou est-ce qu’elle abandonne la recherche et attend simplement ? Et dans l’une ou l’autre de ces situations, s’engage-t-il en même temps dans les pratiques des aspirants ou pas ?

Pour moi, il est inutile de rechercher le guide spirituel, que l’on soit ou non engagé dans la pratique active du taçawwuf. Le guide spirituel est un don de Dieu Très-Haut. C’est Sa façon de diriger le serviteur désireux qui a tourné toute son attention dans le cheminement, qui ne s’épargne aucun effort et utilise toutes ses possibilités, qu’il soit grand ou humble. C’est comme cela que Dieu Très-Haut guide cette personne vers un état meilleur [plus excellent] ; à l’abri de l’innovation et de l’erreur, où l’aspirant est préservé des pièges qui attendent tous ceux qui se reposent sur la sollicitude et le contrôle du guide spirituel comme protection contre les tribulations passées et futures.

Il est tout aussi inutile de ne faire qu’attendre le guide spirituel en reportant la pratique active du taçawwuf, c’est un gâchis stérile et un comportement inadéquat. Il ne reste que la quatrième option : s’impliquer dans l’activité initiatique tout en attendant le guide spirituel. L’aspirant peut atteindre cet objectif par la purification de son intention en étant vigilant vis-à-vis de la sincérité de sa relation avec Dieu Très-Haut. Quiconque aspire à la présence de Dieu doit être d’une sincérité totale, car Dieu est avec ceux qui sont véridiques. La sincérité consiste à exiger de son âme et la discipliner pour atteindre l’état de piété requis dans le taçawwuf. Cela inclut la prière personnelle, l’intention du cœur à la porte du Maitre, un état d’esprit positif, un espoir véritable, et d’entrer dans la présence de Dieu Très-Haut avec crainte, respect et humilité. Si quelqu’un s’auto-discipline et conduit son âme en conformité avec ces points, il devrait demander à Dieu Très-Haut de remplir Ses promesses, et il arrivera au but qu’il recherche.

Celui qui cherche la guidée doit comprendre que le statut d’initié est un don que Dieu Très-Haut accorde,du fait de Sa prédilection soucieuse pour certains de Ses serviteurs. Il n’ouvre sa porte et ne lève le voile qu’à celui qui est véritablement sincère en sa dépendance à Lui et s’est résolument abandonné à Lui. Ceux-là sont alors distincts de leurs frères humains et n’ont aucun désir de partager avec eux leur état et demeures. Comme que l’ont dit les maitres « Les Soufi sont gens d’une demeure singulière (unique),l’étranger ne s’y introduit pas ». Il en est ainsi car lorsque Dieu veut que certaines de Ses créatures lui appartienne – c’est-à-dire, qu’elles n’existent qu’en Lui de manière absolu- Il projette la foi dans leur cœur et l’y inscrit, et la soutien d’un esprit de Lui. Tout cela survient sans aucune initiative ou mérite de leur part. Ainsi, quand Dieu leur accorde ce don et les en avertit, Il leur ouvre la porte du refuge et de la dépendance en Lui. En retour, ses créatures se voient impuissant, presque incapables de quoi que ce soit, et n'exister qu’à la limite de l’indigence et la faiblesse.

Cheikh Ibn Abbad


Traduction collective en cours d'édition




A suivre in châ Allah!
وصَلَى ﭐللهُ عَلى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلَّمْ
والسلام عليكم و رحمة الله و بركاته

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Re: LE CHEIKH EST-IL INDISPENSABLE DANS LA VOIE ? IBN ABBAD

Messagepar Mohammed Abdessalam » Jeu Avr 18, 2013 2:38 am

Mohammed Abdessalam a écrit:
Une réponse à la question de savoir si une personne peut suivre la Voie initiatique à l’aide des livres sur ce sujet, ou s’il lui faut nécessairement un Cheikh. Elle inclut une présentation de la Voie qui mène à Dieu.
[…]
Le titre, par lui même, est on ne peut plus explicite et l'on se demande bien pourquoi cette lettre, en considération de ce dont il s'agit, n'a pas fait, à cette heure, l'objet d'une diffusion plus large : faut-il voir là l'effet d'une réticence à voir exposées ces positions ou simplement une grande difficulté à les comprendre et les mettre en application ?

Il est vrai qu'elles conduisent à montrer que, dans la Voie, ce n'est pas ce qui est d'ordre personnel qui est ultimement important et nécessaire mais que c'est à ce qui est impersonnel qu'il convient toujours de s'attacher quand ce qui est personnel tend à faire défaut ...

A mon avis, on ne peut guère nier, de manière générale, la nécessité du cheikh pour le cheminement dans la Voie initiatique ; c’est [en effet] une des choses considérées comme nécessaires (lâzim) dans la pratique courante.
Bien qu'exprimée de manière simple, on peut remarquer que cette première affirmation n'est pas, malgré tout, d'un caractère strictement absolu.

Mais, le cheikh auquel on a recours dans le cheminement initiatique est de deux sortes : le cheikh d’instruction et d’éducation (sheikh ta'lîm wa tarbiyah), et le cheikh d’instruction qui n’éduque pas (sheikh ta'lîm bilâ tarbiyah).
L'auteur distingue d'emblée deux sortes de Maîtres, sans pourtant préciser davantage le domaine de chacun d'eux. Le fait-il par la suite ou la chose est-elle considérée comme suffisamment évidente ou connue ?

(Commentaires à suivre, in châ Allah)

بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم
ﭐللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلِّمْ
السلام عليكم و رحمة الله و بركاته


Je profite de l'occasion pour insister fortement (avec les réserves qu'impose toute traduction) sur une caractéristique de ce passage qui mériterait certainement que bien des gens s'y attardent davantage avant de prendre des positions tranchées et radicales sur ce sujet (comme sur bien d'autres), tout en ayant d'ailleurs certainement, dans la plupart des cas (car on peut dire ou faire des bêtises avec la meilleure des intentions (qu'Allah nous garde ! ), l'impression qu'ils soutiennent la position des Maîtres et qu'ils leur sont, en cela, fidèles totalement et à tous.

On voit ici que, dans un même texte, l'expression de l'auteur est en effet apparemment contradictoire, si l'on considère que, sous sa plume (et comme on a l'habitude de le faire surtout en Occident ou quand on prétend faire du zèle dans le respect formel que l'on porte à telle ou telle autorité), la notion de nécessité doit être comprise en un sens absolu ; il n'en est rien ici :
"A mon avis, on ne peut guère nier, de manière générale, la nécessité du cheikh pour le cheminement dans la Voie initiatique ; c’est [en effet] une des choses considérées comme nécessaires (lâzim) dans la pratique courante. (...)
Ainsi, le cheikh d’éducation (sheikhu-t-tarbiyah) n’est pas nécessaire à tout initié progressant dans la Voie (sâlik), mais celui qui est d’une mentalité passive et d’une âme réfractaire en a besoin. Quant à celui qui est doué d’un esprit profond et d’une âme docile, en vérité, cela ne lui est pas indispensable (lâzim). Par contre le cheikh d’instruction (sheikhu-t-ta'lîm) s’impose (lâzim) à tout initié (sâlik).
Un cheikh d’éducation est nécessaire aux initiés que nous avons mentionnés [en premier lieu] car il est évident qu’un voile épais recouvre leur âme, que seul un cheikh d’éducation peut soulever et retirer. Parmi ces individus, beaucoup ont besoin d’un guide à cause des rivalités et inimitiés dans lesquelles ils sont impliqués. Leur situation est analogue à celle de personnes atteintes de maladie chronique dont le remède physique reste une énigme. Il n’y a alors pas d’autres alternatives que de rechercher un médecin compétent, qui pourra guérir leur maladie à l’aide de puissants médicaments.
Quant aux individus qui sont doués d’un esprit profond et d’une âme docile, ils sont dispensés d’y recourir de par leur profondeur d’esprit et la docilité de leur âme. "


Il suffirait à quelqu'un de mal intentionné ou d'ignorant de ne prendre que telle ou telle partie de ce passage pour faire dire à leur même auteur tout et son contraire alors que la lecture attentive, honnête et intelligente impose un constat bien différent et qui oblige à relativiser ce qui peut être dit de plus extrême à ce sujet : la nécessité du Maître éducateur (cheikh tarbiyyah), dont il est pourtant bien question ici, n'est pas absolue !

Et si une telle possibilité de présenter les choses (je veux dire de les faire apparaître comme contradictoires entre elles) existe bien à partir du texte même d'un seul auteur, n'existe-t-elle pas encore bien davantage entre des auteurs différents, surtout s'ils s'expriment dans des contextes spatio-temporels différents à des lecteurs différents ?

Plus que la simple science, c'est une extrême prudence qui est nécessaire, pour le coup, doublée d'une profondeur de compréhension (fiqh), si l'on veut être réellement fidèle aux enseignements des Maîtres et ne pas, sans le savoir, leur faire dire ce qu'ils n'ont pas dit ou les opposer entre eux à tort (sans parler de comprendre et de se positionner sur ce qui a effectivement causé des oppositions réelles entre certains d'entre eux, car c'est un autre sujet, évidemment bien plus délicat encore) qu'Allah soit satisfait d'eux tous.

On voit bien ici les nuances qui peuvent être apportées ainsi que la complexité et la diversité des situations qui peuvent ou doivent être prises en compte.

w-Allah a'lam
"Par le Temps ! * Le genre humain est, certes, en perdition * Sauf ceux qui croient, accomplissent les bonnes œuvres, se recommandent la vérité et se recommandent la patience."
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Re: LE CHEIKH EST-IL INDISPENSABLE DANS LA VOIE ? IBN ABBAD

Messagepar Mohammed Yacine » Sam Fév 08, 2014 7:27 pm

بسم الله الرحمن الرحيم
ﭐللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلِّمْ

السلام عليكم و رحمة الله و بركاته


Je poursuis ici la publication de la traduction collective de la lettre du Cheikh Ibn Abbad. A noter que ce paragraphe, comme les précédents issus d'une traduction de l'anglais, n'est pas encore correctement vérifié sur l'arabe.(voir le message suivant)

Quand Il leur ouvre cette porte, Il leur envoie toutes sortes de dons, bénédictions, grâces et bontés ; fidèle à Sa promesse qu'Il suffit à (comble) Ses serviteurs qui se dévouent à Lui et se réfugient en Lui. Puis les lumières de leur foi sont augmentées et renforcées. Dieu (al-Haqq) Très-Haut dispose leurs états spirituels et leurs actes de telle manière que les lumières leurs apparaissent et qu’en leur cœur se manifestent les secrets. Ils persistent à se tenir à la porte de Dieu Très-Haut jusqu’à parvenir à l’« état de présence » (maqâm al-ihsân) et là, la pure Identité Suprême (at-Tawhîd) leur apparaît et ils éprouvent la pleine Singularité (at-Tafrîd). A cet instant, les vestiges de leur genre humain s’effacent, leurs jugements les plus mûrs semblent vains, et en présence de l’Existence même, les apparences s’évanouissent. « Et dis : la Vérité est venue et l´erreur a disparu. Car l´erreur est destinée à disparaître ». (Soûrate al-Isrâ’, vers. 81)

Ceci est le dessein ardemment poursuivi des initiés (sâlikîn) : leur œuvre de servitude de leur Seigneur atteint sa complétude, et ils sont libérés de l’examen constant de leur sincérité ; ils n’ont pas d’autre attente. C’est là que se rejoignent ceux qui sont ravis (majzhûbihim ?) et ceux qui cheminent (sâlikihim ?). La différence est que les ravis-en-Dieu atteignent cette station plus rapidement et sans fatigue ni souffrance, à l’inverse des cheminants. Aux deux, Dieu Très-Haut accorde Sa garde et protection à tous les niveaux de l'ascension, du début à la fin. En cela, ils sont sujets et non agents, conformément à la parole « Les Sûfîs sont bambins dans le giron de Dieu (al-Haqq) ».
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Re: LE CHEIKH EST-IL INDISPENSABLE DANS LA VOIE ? IBN ABBAD

Messagepar Mohammed Abdessalam » Dim Fév 09, 2014 1:37 pm

بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم
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السلام عليكم و رحمة الله و بركاته

Sidi Mohammed Yacine

Merci pour ce développement, aussi important et intéressant qu'attendu.

Ayyadak-Allah !
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Re: LE CHEIKH EST-IL INDISPENSABLE DANS LA VOIE ? IBN ABBAD

Messagepar Mohammed Yacine » Dim Fév 09, 2014 3:44 pm

بسم الله الرحمن الرحيم
ﭐللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلِّمْ


و عليكم السلام و رحمة الله و بركاته
Sidi Mohammed Abdessalam


Bârak Allah fîk. Il est vrai que nous avons tardé dans ce travail. Qu'Allah nous permette de l'achever rapidement afin qu'il puisse profiter à tous !

Quand Il leur ouvre cette porte, Il leur envoie toutes sortes de dons, bénédictions, grâces et bontés ; fidèle à Sa promesse qu'Il suffit à (comble) Ses serviteurs qui se dévouent à Lui et se réfugient en Lui. Puis les lumières de leur foi sont augmentées et renforcées. Dieu (al-Haqq) Très-Haut dispose leurs états spirituels et leurs actes de telle manière que les lumières leurs apparaissent et qu’en leur cœur se manifestent les secrets. Ils persistent à se tenir à la porte de Dieu Très-Haut jusqu’à parvenir à l’« état de présence » (maqâm al-ihsân) et là, la pure Identité Suprême (at-Tawhîd) leur apparaît et ils éprouvent la pleine Singularité (at-Tafrîd). A cet instant, les vestiges de leur genre humain s’effacent, leurs jugements les plus mûrs semblent vains, et en présence de l’Existence même, les apparences s’évanouissent. « Et dis : la Vérité est venue et l´erreur a disparu. Car l´erreur est destinée à disparaître ». (Soûrate al-Isrâ’, vers. 81)

Ceci est le dessein ardemment poursuivi des initiés (sâlikîn) : leur œuvre de servitude de leur Seigneur atteint sa complétude, et ils sont libérés de l’examen constant de leur sincérité ; ils n’ont pas d’autre attente. C’est là que se rejoignent ceux qui sont ravis (majzhûbihim ?) et ceux qui cheminent (sâlikihim ?). La différence est que les ravis-en-Dieu atteignent cette station plus rapidement et sans fatigue ni souffrance, à l’inverse des cheminants. Aux deux, Dieu Très-Haut accorde Sa garde et protection à tous les niveaux de l'ascension, du début à la fin. En cela, ils sont sujets et non agents, conformément à la parole « Les Sûfîs sont bambins dans le giron de Dieu (al-Haqq) ».

Ainsi, voyez comment Dieu (al-Haqq) qu’Il soit glorifié, choisit de prendre soin de la personne qu’Il a distinguée, pour que celle-ci n’ait pas à s’enquérir ni à chercher par elle-même. Celui qui s’engage dans cette Voie doit le faire dans cet esprit. Par exemple, il devrait observer son propre état à la lumière de sa compréhension de la Voie initiatique, en prenant l’état éminent de quelqu’un reconnu comme Sûfî, en tant que paradigme par lequel il pourrait arriver à la pleine réalisation de la Voie et de ses étapes. Une compréhension de cela est indispensable, indubitablement, ainsi qu’une intelligence de la Voie. Sans cela, personne ne s’y engagerait ni s’efforcerait à y parvenir, car il est inimaginable de rechercher une chose que l’on ne conçoit pas. (اذ لا يتصور طلب شيء لا يتعقل)
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Re: LE CHEIKH EST-IL INDISPENSABLE DANS LA VOIE ? IBN ABBAD

Messagepar maurice_le_baot » Mar Fév 11, 2014 4:53 pm

بسم الله الرحمن الرحيم الحمد لله والصلاة والسلام على سيدنا محمد رسول الله وآله وصحبه ومن والاه

*

السلام عليكم و رحمة الله و بركاته


Pour faciliter le suivi du travail, je reproduis l’intégralité de la traduction déjà effectuée (en gras les passages vérifiés sur l'arabe ... le reste est en cours de révision in cha Allah!)

Mostafâ


*


Une réponse à la question de savoir si une personne peut suivre la Voie initiatique à l’aide des livres sur ce sujet, ou s’il lui faut nécessairement un Cheikh. Elle inclut une présentation de la Voie qui mène à Dieu.

[…]


A mon avis, on ne peut guère nier, de manière générale, la nécessité du cheikh pour le cheminement dans la Voie initiatique ; c’est [en effet] une des choses considérées comme nécessaires (lâzim) dans la pratique courante.

Mais, le cheikh auquel on a recours dans le cheminement initiatique est de deux sortes : le cheikh d’instruction et d’éducation (sheikh ta'lîm wa tarbiyah), et le cheikh d’instruction qui n’éduque pas (sheikh ta'lîm bilâ tarbiyah).

Ainsi, le cheikh d’éducation (sheikhu-t-tarbiyah) n’est pas nécessaire à tout initié progressant dans la Voie (sâlik), mais celui qui est d’une mentalité passive et d’une âme réfractaire en a besoin. Quant à celui qui est doué d’un esprit profond et d’une âme docile, en vérité, cela ne lui est pas indispensable (lâzim). Par contre le cheikh d’instruction (sheikhu-t-ta'lîm) s’impose (lâzim) à tout initié (sâlik).

Un cheikh d’éducation est nécessaire aux initiés que nous avons mentionnés [en premier lieu] car il est évident qu’un voile épais recouvre leur âme, que seul un cheikh d’éducation peut soulever et retirer. Parmi ces individus, beaucoup ont besoin d’un guide à cause des rivalités et inimitiés dans lesquelles ils sont impliqués. Leur situation est analogue à celle de personnes atteintes de maladie chronique dont le remède physique reste une énigme. Il n’y a alors pas d’autres alternatives que de rechercher un médecin compétent, qui pourra guérir leur maladie à l’aide de puissants médicaments.

Quant aux individus qui sont doués d’un esprit profond et d’une âme docile, ils sont dispensés d’y recourir de par leur profondeur d’esprit et la docilité de leur âme. Le cheikh d’instruction assigne ce qui convient parfaitement à de telles personnes, mais ce travail serait inapproprié pour l’autre type d’individu. Ce genre de personnes parvient [au but], par la permission de Dieu et sans crainte des difficultés qu’il pourrait rencontrer dans la Voie, s’il reste concentré sur son objectif et s’en approche d’une façon appropriée, tel que je vais le décrire ensuite, si Dieu–Très-Haut– le veut. Cependant, il n’atteindra pas la perfection comme le fera celui qui remet sa confiance au cheikh d’éducation ; car l’âme est toujours profondément voilée et pleine d’associationnismes (ashrâk) , ce qui la rend inconstante. L’âme n’est jamais dégagée de tels obstacles, sauf à s’en remettre au premier type de cheikh, en se soumettant à sa tutelle et son jugement. […]

Le fait de s’en remettre au cheikh d’éducation a été la voie suivie par les dernières autorités du Soufisme, tandis que la fréquentation du cheikh d’instruction était la voie des premiers [soufis]. Cela apparaît clairement dans nombre de livres d’auteurs tels qu’al-Hârith al-Muhâsibî, Aboû Tâlib al-Makkî et d’autres avant eux, qui n’ont pas mentionné le fait d’avoir recours au cheikh d’éducation, à la manière des autorités ultérieures. Pourtant, les premiers auteurs ont parlé des fondamentaux de l’enseignement Soufi et de ses branches, ses fondations et ses implications ; c’est particulièrement vrai pour le Cheikh Aboû Tâlib. Cette absence de mention du cheikh d’éducation démontre ainsi qu’un tel guide n’était pas une condition ou une nécessité dans la méthode du cheminement.


Je fais ici allusion à la Voie initiatique habituelle suivie par la majorité de ceux qui progressent effectivement dans la Voie. Il en va de même du mode de vie de nos ancêtres spirituels dans les temps anciens, en ce qu’il n’est pas rapporté qu’ils aient recherché de maitres d’éducation spirituelle en se soumettant et s’engageant auprès d’eux comme il est requis des disciples de tels maitres. Au contraire, la voie de nos anciens consistait à acquérir les enseignements et à entretenir la vie intérieure, dans la voie du compagnonnage et de la fraternité. Ils réalisaient cela en se réunissant,et par des visites mutuelles régulières et prolongées. Leur comportement extérieur et intérieur était la preuve du grand bénéfice de cette approche. Ils allaient librement en campagne, recherchant la rencontre des saints, des savants religieux et des serviteurs de Dieu.

L’examen des écrits des Soufis nous ramène à la question du maitre d’instruction spirituelle. L’usage et l’étude de ces livres est recommandée uniquement si leurs auteurs sont des gens d’enseignement et de connaissance intime, dont la conduite est digne d’imitation. Seule la personne qui recherche la compagnie d’un guide spirituel fiable dont la généalogie spirituelle est authentique peut avoir une bonne compréhension de ces textes [?]. Si le lecteur y voit un exposé profitable, totalement cohérent avec les exigences extérieures de la Loi révélée, cela lui suffira peut-être. A défaut il lui faudra s’en remettre à un guide spirituel qui puisse élucider ces textes pour lui ; car, comme je l’ai dit précédemment, le maitre est indispensable dans ce cas.

Le guide d’éducation spirituelle est difficile à trouver de nos jours et « plus précieux que le soufre rouge. » Il en va de même du guide d’instruction spirituelle ; car beaucoup de ceux qu’on affilie à cette voie– que l’on recommande et auxquels on fait confiance – ne rendent, en vérité, pas compte de la signification véritable du taçawwuf, pas plus qu’ils ne mettent en contact les gens avec la Vérité Initiatique et encore moins avec ce qui est au-delà. Je ne sais pas laquelle de ces deux calamités est la plus grande : la disparition des guides spirituels à la compréhension profonde, ou le manque de disciples sincères. Mais nous appartenons à Dieu et à Lui nous retournons.

Maintenant la question se pose : Comment s’y prend une personne qui souhaite avancer dans la Voie dans ces circonstances ? S’occupe-t-elle à la quête du guide spirituel ? Ou est-ce qu’elle abandonne la recherche et attend simplement ? Et dans l’une ou l’autre de ces situations, s’engage-t-il en même temps dans les pratiques des aspirants ou pas ?

Pour moi, il est inutile de rechercher le guide spirituel, que l’on soit ou non engagé dans la pratique active du taçawwuf. Le guide spirituel est un don de Dieu Très-Haut. C’est Sa façon de diriger le serviteur désireux qui a tourné toute son attention dans le cheminement, qui ne s’épargne aucun effort et utilise toutes ses possibilités, qu’il soit grand ou humble. C’est comme cela que Dieu Très-Haut guide cette personne vers un état meilleur [plus excellent] ; à l’abri de l’innovation et de l’erreur, où l’aspirant est préservé des pièges qui attendent tous ceux qui se reposent sur la sollicitude et le contrôle du guide spirituel comme protection contre les tribulations passées et futures.

Il est tout aussi inutile de ne faire qu’attendre le guide spirituel en reportant la pratique active du taçawwuf, c’est un gâchis stérile et un comportement inadéquat. Il ne reste que la quatrième option : s’impliquer dans l’activité initiatique tout en attendant le guide spirituel. L’aspirant peut atteindre cet objectif par la purification de son intention en étant vigilant vis-à-vis de la sincérité de sa relation avec Dieu Très-Haut. Quiconque aspire à la présence de Dieu doit être d’une sincérité totale, car Dieu est avec ceux qui sont véridiques. La sincérité consiste à exiger de son âme et la discipliner pour atteindre l’état de piété requis dans le taçawwuf. Cela inclut la prière personnelle, l’intention du cœur à la porte du Maitre, un état d’esprit positif, un espoir véritable, et d’entrer dans la présence de Dieu Très-Haut avec crainte, respect et humilité. Si quelqu’un s’auto-discipline et conduit son âme en conformité avec ces points, il devrait demander à Dieu Très-Haut de remplir Ses promesses, et il arrivera au but qu’il recherche.

Celui qui cherche la guidée doit comprendre que le statut d’initié est un don que Dieu Très-Haut accorde,du fait de Sa prédilection soucieuse pour certains de Ses serviteurs. Il n’ouvre sa porte et ne lève le voile qu’à celui qui est véritablement sincère en sa dépendance à Lui et s’est résolument abandonné à Lui. Ceux-là sont alors distincts de leurs frères humains et n’ont aucun désir de partager avec eux leur état et demeures. Comme que l’ont dit les maitres « Les Soufi sont gens d’une demeure singulière (unique),l’étranger ne s’y introduit pas ». Il en est ainsi car lorsque Dieu veut que certaines de Ses créatures lui appartienne – c’est-à-dire, qu’elles n’existent qu’en Lui de manière absolu- Il projette la foi dans leur cœur et l’y inscrit, et la soutien d’un esprit de Lui. Tout cela survient sans aucune initiative ou mérite de leur part. Ainsi, quand Dieu leur accorde ce don et les en avertit, Il leur ouvre la porte du refuge et de la dépendance en Lui. En retour, ses créatures se voient impuissant, presque incapables de quoi que ce soit, et n'exister qu’à la limite de l’indigence et la faiblesse.

Quand Il leur ouvre cette porte, Il leur envoie toutes sortes de dons, bénédictions, grâces et bontés ; fidèle à Sa promesse qu'Il suffit à (comble) Ses serviteurs qui se dévouent à Lui et se réfugient en Lui. Puis les lumières de leur foi sont augmentées et renforcées. Dieu (al-Haqq) Très-Haut dispose leurs états spirituels et leurs actes de telle manière que les lumières leurs apparaissent et qu’en leur cœur se manifestent les secrets. Ils persistent à se tenir à la porte de Dieu Très-Haut jusqu’à parvenir à l’« état de présence » (maqâm al-ihsân) et là, la pure Identité Suprême (at-Tawhîd) leur apparaît et ils éprouvent la pleine Singularité (at-Tafrîd). A cet instant, les vestiges de leur genre humain s’effacent, leurs jugements les plus mûrs semblent vains, et en présence de l’Existence même, les apparences s’évanouissent. « Et dis : la Vérité est venue et l´erreur a disparu. Car l´erreur est destinée à disparaître ». (Soûrate al-Isrâ’, vers. 81)

Ceci est le dessein ardemment poursuivi des initiés (sâlikîn) : leur œuvre de servitude de leur Seigneur atteint sa complétude, et ils sont libérés de l’examen constant de leur sincérité ; ils n’ont pas d’autre attente. C’est là que se rejoignent ceux qui sont ravis (majzhûbihim ?) et ceux qui cheminent (sâlikihim ?). La différence est que les ravis-en-Dieu atteignent cette station plus rapidement et sans fatigue ni souffrance, à l’inverse des cheminants. Aux deux, Dieu Très-Haut accorde Sa garde et protection à tous les niveaux de l'ascension, du début à la fin. En cela, ils sont sujets et non agents, conformément à la parole « Les Sûfîs sont bambins dans le giron de Dieu (al-Haqq) ».

Ainsi, voyez comment Dieu (al-Haqq) qu’Il soit glorifié, choisit de prendre soin de la personne qu’Il a distinguée, pour que celle-ci n’ait pas à s’enquérir ni à chercher par elle-même. Celui qui s’engage dans cette Voie doit le faire dans cet esprit. Par exemple, il devrait observer son propre état à la lumière de sa compréhension de la Voie initiatique, en prenant l’état éminent de quelqu’un reconnu comme Sûfî, en tant que paradigme par lequel il pourrait arriver à la pleine réalisation de la Voie et de ses étapes. Une compréhension de cela est indispensable, indubitablement, ainsi qu’une intelligence de la Voie. Sans cela, personne ne s’y engagerait ni s’efforcerait à y parvenir, car il est inimaginable de rechercher une chose que l’on ne conçoit pas. (اذ لا يتصور طلب شيء لا يتعقل)

(A suivre ... in cha Allah!)


Cheikh Ibn Abbad


Traduction collective en cours d'édition


وصَلَى ﭐللهُ عَلى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلَّمْ
والسلام عليكم و رحمة الله و بركاته

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Re: LE CHEIKH EST-IL INDISPENSABLE DANS LA VOIE ? IBN ABBAD

Messagepar maurice_le_baot » Mer Mars 05, 2014 10:42 am

بسم الله الرحمن الرحيم الحمد لله والصلاة والسلام على سيدنا محمد رسول الله وآله وصحبه ومن والاه

*

السلام عليكم و رحمة الله و بركاته


Voici trois nouveaux paragraphes révisés sur l'arabe... le reste est en cours de révision in cha Allah!

Pour faciliter le suivi du travail, je reproduis l’intégralité de la traduction déjà effectuée (en gras les passages vérifiés).

Pour information : les passages révisés sont maintenant disponibles sur le site avec quelques annotations.

Mostafâ


*


Une réponse à la question de savoir si une personne peut suivre la Voie initiatique à l’aide des livres sur ce sujet, ou s’il lui faut nécessairement un Cheikh. Elle inclut une présentation de la Voie qui mène à Dieu.

[…]


A mon avis, on ne peut guère nier, de manière générale, la nécessité du cheikh pour le cheminement dans la Voie initiatique ; c’est [en effet] une des choses considérées comme nécessaires (lâzim) dans la pratique courante.

Mais, le cheikh auquel on a recours dans le cheminement initiatique est de deux sortes : le cheikh d’instruction et d’éducation (sheikh ta'lîm wa tarbiyah), et le cheikh d’instruction qui n’éduque pas (sheikh ta'lîm bilâ tarbiyah).

Ainsi, le cheikh d’éducation (sheikhu-t-tarbiyah) n’est pas nécessaire à tout initié progressant dans la Voie (sâlik), mais celui qui est d’une mentalité passive et d’une âme réfractaire en a besoin. Quant à celui qui est doué d’un esprit profond et d’une âme docile, en vérité, cela ne lui est pas indispensable (lâzim). Par contre le cheikh d’instruction (sheikhu-t-ta'lîm) s’impose (lâzim) à tout initié (sâlik).

Un cheikh d’éducation est nécessaire aux initiés que nous avons mentionnés [en premier lieu] car il est évident qu’un voile épais recouvre leur âme, que seul un cheikh d’éducation peut soulever et retirer. Parmi ces individus, beaucoup ont besoin d’un guide à cause des rivalités et inimitiés dans lesquelles ils sont impliqués. Leur situation est analogue à celle de personnes atteintes de maladie chronique dont le remède physique reste une énigme. Il n’y a alors pas d’autres alternatives que de rechercher un médecin compétent, qui pourra guérir leur maladie à l’aide de puissants médicaments.

Quant aux individus qui sont doués d’un esprit profond et d’une âme docile, ils sont dispensés d’y recourir de par leur profondeur d’esprit et la docilité de leur âme. Le cheikh d’instruction assigne ce qui convient parfaitement à de telles personnes, mais ce travail serait inapproprié pour l’autre type d’individu. Ce genre de personnes parvient [au but], par la permission de Dieu et sans crainte des difficultés qu’il pourrait rencontrer dans la Voie, s’il reste concentré sur son objectif et s’en approche d’une façon appropriée, tel que je vais le décrire ensuite, si Dieu–Très-Haut– le veut. Cependant, il n’atteindra pas la perfection comme le fera celui qui remet sa confiance au cheikh d’éducation ; car l’âme est toujours profondément voilée et pleine d’associationnismes (ashrâk) , ce qui la rend inconstante. L’âme n’est jamais dégagée de tels obstacles, sauf à s’en remettre au premier type de cheikh, en se soumettant à sa tutelle et son jugement. […]

Le fait de s’en remettre au cheikh d’éducation a été la voie suivie par les dernières autorités du Soufisme, tandis que la fréquentation du cheikh d’instruction était la voie des premiers [soufis]. Cela apparaît clairement dans nombre de livres d’auteurs tels qu’al-Hârith al-Muhâsibî, Aboû Tâlib al-Makkî et d’autres avant eux, qui n’ont pas mentionné le fait d’avoir recours au cheikh d’éducation, à la manière des autorités ultérieures. Pourtant, les premiers auteurs ont parlé des fondamentaux de l’enseignement Soufi et de ses branches, ses fondations et ses implications ; c’est particulièrement vrai pour le Cheikh Aboû Tâlib. Cette absence de mention du cheikh d’éducation démontre ainsi qu’un tel guide n’était pas une condition ou une nécessité dans la méthode du cheminement.


Il s’agit ici de la Voie initiatique habituelle suivie par la majorité des cheminants (sâlikîn). Il en va de même du mode de vie de nos anciens prédécesseurs (as-salaf al-aqdamîn), à propos desquels il n’est pas rapporté qu’ils aient recherché de maîtres d’éducation spirituelle en se soumettant à eux et en les fréquentant assidûment à la manière dont procèdent les disciples avec les maîtres éducateurs (ach-chuyûkh al-murabiyyîn). Au contraire, leur méthode (hâl) consistait à acquérir les sciences (iqtibâssu-l-‘ulûm) et à réformer leurs états (içlah al-ahwâl), dans la voie du compagnonnage et de la fraternité mutuels. Ils réalisaient cela par des réunions et des visites régulières et prolongées dont les effets se reflétaient sur leurs intérieurs et leurs extérieurs. Pour cette raison, ils parcouraient le pays recherchant la rencontre des saints, des savants et des serviteurs [d’Allah].

Quant aux livres des Gens du taçawwuf, cela nous ramène à la question du maître d’instruction. L’usage de ces livres est accepté uniquement après que l’on se soit assuré que leurs auteurs sont des gens de science et de connaissance dont la conduite est digne d’imitation. On obtient cette conviction uniquement de la part d’un cheikh fiable ou selon une voie [de transmission] sûre. Si le lecteur y voit un exposé profitable, totalement cohérent avec les exigences extérieures de la Loi révélée, il se suffira de cela. A défaut, il lui faudra s’en remettre à un guide spirituel qui puisse élucider ces textes pour lui ; car, comme je l’ai dit précédemment, le maître est indispensable dans ce cas.

Il est évident que le guide d’éducation spirituelle est difficile à trouver de nos jours et « plus rare que le soufre rouge » mais cela est vrai aussi pour le maître d’instruction spirituelle ; car beaucoup de ceux qu’on affilie à cette voie– que l’on recommande et auxquels on fait confiance – ne rendent, en vérité, pas compte de la signification véritable du taçawwuf, pas plus qu’ils ne mettent en contact les gens avec la Vérité Initiatique et encore moins avec ce qui est au-delà. Je ne sais pas laquelle de ces deux calamités est la plus grande : la perte (faqd) du Maître réalisé (ach-cheikh al-mutahaqqiq) à la compréhension profonde, ou le manque de disciples sincères. Mais nous appartenons à Dieu et à Lui nous retournons.


Maintenant la question se pose : Comment s’y prend une personne qui souhaite avancer dans la Voie dans ces circonstances ? S’occupe-t-elle à la quête du guide spirituel ? Ou est-ce qu’elle abandonne la recherche et attend simplement ? Et dans l’une ou l’autre de ces situations, s’engage-t-il en même temps dans les pratiques des aspirants ou pas ?

Pour moi, il est inutile de rechercher le guide spirituel, que l’on soit ou non engagé dans la pratique active du taçawwuf. Le guide spirituel est un don de Dieu Très-Haut. C’est Sa façon de diriger le serviteur désireux qui a tourné toute son attention dans le cheminement, qui ne s’épargne aucun effort et utilise toutes ses possibilités, qu’il soit grand ou humble. C’est comme cela que Dieu Très-Haut guide cette personne vers un état meilleur [plus excellent] ; à l’abri de l’innovation et de l’erreur, où l’aspirant est préservé des pièges qui attendent tous ceux qui se reposent sur la sollicitude et le contrôle du guide spirituel comme protection contre les tribulations passées et futures.

Il est tout aussi inutile de ne faire qu’attendre le guide spirituel en reportant la pratique active du taçawwuf, c’est un gâchis stérile et un comportement inadéquat. Il ne reste que la quatrième option : s’impliquer dans l’activité initiatique tout en attendant le guide spirituel. L’aspirant peut atteindre cet objectif par la purification de son intention en étant vigilant vis-à-vis de la sincérité de sa relation avec Dieu Très-Haut. Quiconque aspire à la présence de Dieu doit être d’une sincérité totale, car Dieu est avec ceux qui sont véridiques. La sincérité consiste à exiger de son âme et la discipliner pour atteindre l’état de piété requis dans le taçawwuf. Cela inclut la prière personnelle, l’intention du cœur à la porte du Maitre, un état d’esprit positif, un espoir véritable, et d’entrer dans la présence de Dieu Très-Haut avec crainte, respect et humilité. Si quelqu’un s’auto-discipline et conduit son âme en conformité avec ces points, il devrait demander à Dieu Très-Haut de remplir Ses promesses, et il arrivera au but qu’il recherche.

Celui qui cherche la guidée doit comprendre que le statut d’initié est un don que Dieu Très-Haut accorde,du fait de Sa prédilection soucieuse pour certains de Ses serviteurs. Il n’ouvre sa porte et ne lève le voile qu’à celui qui est véritablement sincère en sa dépendance à Lui et s’est résolument abandonné à Lui. Ceux-là sont alors distincts de leurs frères humains et n’ont aucun désir de partager avec eux leur état et demeures. Comme que l’ont dit les maitres « Les Soufi sont gens d’une demeure singulière (unique),l’étranger ne s’y introduit pas ». Il en est ainsi car lorsque Dieu veut que certaines de Ses créatures lui appartienne – c’est-à-dire, qu’elles n’existent qu’en Lui de manière absolu- Il projette la foi dans leur cœur et l’y inscrit, et la soutien d’un esprit de Lui. Tout cela survient sans aucune initiative ou mérite de leur part. Ainsi, quand Dieu leur accorde ce don et les en avertit, Il leur ouvre la porte du refuge et de la dépendance en Lui. En retour, ses créatures se voient impuissant, presque incapables de quoi que ce soit, et n'exister qu’à la limite de l’indigence et la faiblesse.

Quand Il leur ouvre cette porte, Il leur envoie toutes sortes de dons, bénédictions, grâces et bontés ; fidèle à Sa promesse qu'Il suffit à (comble) Ses serviteurs qui se dévouent à Lui et se réfugient en Lui. Puis les lumières de leur foi sont augmentées et renforcées. Dieu (al-Haqq) Très-Haut dispose leurs états spirituels et leurs actes de telle manière que les lumières leurs apparaissent et qu’en leur cœur se manifestent les secrets. Ils persistent à se tenir à la porte de Dieu Très-Haut jusqu’à parvenir à l’« état de présence » (maqâm al-ihsân) et là, la pure Identité Suprême (at-Tawhîd) leur apparaît et ils éprouvent la pleine Singularité (at-Tafrîd). A cet instant, les vestiges de leur genre humain s’effacent, leurs jugements les plus mûrs semblent vains, et en présence de l’Existence même, les apparences s’évanouissent. « Et dis : la Vérité est venue et l´erreur a disparu. Car l´erreur est destinée à disparaître ». (Soûrate al-Isrâ’, vers. 81)

Ceci est le dessein ardemment poursuivi des initiés (sâlikîn) : leur œuvre de servitude de leur Seigneur atteint sa complétude, et ils sont libérés de l’examen constant de leur sincérité ; ils n’ont pas d’autre attente. C’est là que se rejoignent ceux qui sont ravis (majzhûbihim ?) et ceux qui cheminent (sâlikihim ?). La différence est que les ravis-en-Dieu atteignent cette station plus rapidement et sans fatigue ni souffrance, à l’inverse des cheminants. Aux deux, Dieu Très-Haut accorde Sa garde et protection à tous les niveaux de l'ascension, du début à la fin. En cela, ils sont sujets et non agents, conformément à la parole « Les Sûfîs sont bambins dans le giron de Dieu (al-Haqq) ».

Ainsi, voyez comment Dieu (al-Haqq) qu’Il soit glorifié, choisit de prendre soin de la personne qu’Il a distinguée, pour que celle-ci n’ait pas à s’enquérir ni à chercher par elle-même. Celui qui s’engage dans cette Voie doit le faire dans cet esprit. Par exemple, il devrait observer son propre état à la lumière de sa compréhension de la Voie initiatique, en prenant l’état éminent de quelqu’un reconnu comme Sûfî, en tant que paradigme par lequel il pourrait arriver à la pleine réalisation de la Voie et de ses étapes. Une compréhension de cela est indispensable, indubitablement, ainsi qu’une intelligence de la Voie. Sans cela, personne ne s’y engagerait ni s’efforcerait à y parvenir, car il est inimaginable de rechercher une chose que l’on ne conçoit pas. (اذ لا يتصور طلب شيء لا يتعقل)

(A suivre ... in cha Allah!)


Cheikh Ibn Abbad


Traduction collective en cours d'édition


وصَلَى ﭐللهُ عَلى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلَّمْ
والسلام عليكم و رحمة الله و بركاته

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