L'ENSEIGNEMENT INITIATIQUE ... SI PRES DE LA FIN DES TEMPS

Comment se fait l'enseignement mohammédien dans la Voie ?

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Messagepar Mohammed Abdessalam » Sam Sep 25, 2010 6:02 pm

bismi-Llah er-Rahmân er-Rahîm - el-hamdu li-Llah - wa sall-Allah alâ Seyydinâ Mohammedin wa alâ Ali-hi wa Sahbi-hi wa sallam
es-Salâm alaykum wa rahmatu-Llah


Si la norme référentielle parfaite et totale est évidemment celle du Prophète Mohammed -qu'Allah prie sur lui et le salue-, les Maîtres de la Voie après lui -qu'Allah soit Satisfait d'eux tous- ont certainement pu faire subir des modifications plus ou moins importantes à la mise en oeuvre de l'enseignement initiatique au cours de siècles.

Qu'en est-il lorsque surviennent "Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps" ?

Que disent nos Maîtres des modalités de l'enseignement initiatique en cette période cyclique à la fois normale, puisqu'elle se situe tout entière sous le statut de la loi mohammédienne, et exceptionnelle, puisqu'elle est celle qui clôt le cycle d'existence de l'humanité dans son ensemble ?
Serait-il étonnant que ce qu'ils disent reflète également un caractère normal, qui corresponde aux aspects fondamentaux de la Voie, et un caractère exceptionnel, qui corresponde aux conditions actuelles dans lesquelles l'initiation a à se dérouler ?

Dans l'attente de lire (même dès à présent) vos participations, in châ Allah.
"Par le Temps ! * Le genre humain est, certes, en perdition * Sauf ceux qui croient, accomplissent les bonnes œuvres, se recommandent la vérité et se recommandent la patience."
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Messagepar Mohammed Abdessalam » Sam Oct 02, 2010 3:40 pm

bismi-Llah er-Rahmân er-Rahîm - el-hamdu li-Llah - wa sall-Allah alâ Seyydinâ Mohammedin wa alâ Ali-hi wa Sahbi-hi wa sallam
es-Salâm alaykum wa rahmatu-Llah


    Afin d’inaugurer ce travail et d’en préciser également l’orientation (car il est bien possible que, pour des raisons dans le détail desquelles il serait trop long d’entrer ici, cette perspective puisse ne pas être totalement perçue ni comprise), nous présentons le texte qui figure en annexe du "Livre des convenances du disciple" de l’Imâm el-Haddâd traduit de l’arabe par Omar Van Den Broek (Editions Al-Bouraq).
    Nous pensons, en effet, que c’est un témoignage à la fois réaliste et vivant de la manière selon laquelle on peut envisager, de nos jours, le travail initiatique et l’enseignement spirituel dans une perspective régulière.

*


« La méthode des « gens de la main droite »

Le Coran répartit les êtres humains en trois catégories : les rapprochés, qui comprennent les prophètes et les saints, les Compagnons de la main droite - la main droite marquant la direction du paradis -, ceux qui sont destinés au paradis sans être ni prophètes ni saints, qui vont des vertueux jusqu'aux croyants ordinaires et pécheurs, et les Compagnons de la main gauche, la direction de la gauche étant celle de l'enfer (sourate 56). Ces derniers sont les incroyants de toutes sortes.

Les soufis ont utilisé cette terminologie pour mettre à part ceux qui suivent sérieusement un chemin spirituel : ils sont intégrés aux rapprochés, même s'ils n'ont pas atteint leur degré spirituel. Ceux qui n'ont pas une telle inclination mais sont cependant croyants - ils obéissent à la plupart des injonctions divines, quoique avec moins de sincérité et d'enthousiasme, et évitent la plupart de Ses interdits, quoique de façon moins attentive que ceux qui voyagent sur le chemin - sont les Compagnons de la main droite. À l’époque de l’imâm al-Haddâd, la méthode classique des soufis, demandant au disciple une obéissance totale au maître, afin de faciliter sa guidance le long du chemin, de gagner du temps et de permettre les ouvertures spirituelles, avait commencé à devenir impraticable, car les disciples capables de supporter une formation aussi dure étaient rares. L'imâm al-Haddâd commença sa vie en voyageant sur le chemin classique pour évoluer peu à peu, comme maître, et formuler une méthode plus aisée, plus adaptée à la fin des temps. Le seul point encore mentionné dans ce traité qui appartienne à l'ancienne méthode est l'obligation de s'en remettre au shaykh pour toutes ses affaires, ce que l'imâm al-Haddâd, peu de temps après, déclara ne plus être une exigence. Une autre raison pour adoucir cette condition tient à ce que les maîtres méritant d'être obéis de cette manière sont devenus de plus en plus rares jusqu'à notre époque où, en particulier en Occident, ils ont presque disparu.

En 1411 H., Habîb Ahmad Mashhûr al-Haddâd, que Dieu soit satisfait de lui, assistait à un rassemblement à l'occasion de l'anniversaire de la mort de l'imâm al-Haddâd. Il consacra son propos de ce jour-là à expliquer la méthode pratiquée depuis l'époque de l'imâm, toujours pratiquée de nos jours. Il mentionna les maîtres d'antan, comme le shaykh 'Abd al-Qâdir ai-Jilânî, le shaykh Ahmad al-Rifâ' î et d'autres, et indiqua que leur méthode imposait à leurs disciples de manger peu, de parler peu, de dormir peu et de se mêler le moins possible aux autres gens. Puis il remarqua que même à cette époque ceux qui vivaient complètement selon ce modèle étaient rares, et que leur exigence de voir le disciple se soumettre sans condition à eux était difficile même alors, pour devenir de nos jours entièrement impossible, sauf dans des circonstances très rares et exceptionnelles. Il parla de notre temps d'un ton sarcastique, utilisant les mots même que son ancêtre l'imâm utilisait, l'appelant ce merveilleux temps béni, le temps de la sédition généralisée, de la tromperie, de l'absurde, des idées carrément destructrices et des innovations condamnables. Il dit que la méthode des gens de la main droite est une méthode simple. Elle signifie accomplir toute obligation et toute sunna que Dieu vous a prescrites, parcourir le chemin de la taqwâ de son mieux, rester en compagnie de gens de bien et avancer avec eux, car on fait partie des gens qu'on aime. Quand on se comporte comme ils le font, on devient un des Compagnons de la main droite et on rejoint les gens de la tarîqa. Être l'un d'eux est un bienfait suffisant. Ceux qui obéissent à Dieu et au Messager seront avec ceux que Dieu a comblés de bienfaits, les prophètes, les véridiques, les martyrs et les saints. Ceux-là sont les meilleurs compagnons ! * Habîb Ahmad affirmait ensuite que la plupart des pratiques antérieures d'autodiscipline avait été remplacée par le rappel constant de Dieu, et il recommandait en particulier les rappels de l'imam al-Haddâd, à savoir al- Wird al-Latîf et al-Râtib. Enfin il dit quelques mots de l'ijâza, la permission ou l'autorisation d'utiliser ces invocations, et d'autres, transmises de maître à successeur et de maître à disciple, pour faire que l'utilisation de ces invocations soit plus fructueuse.

* Coran 4 : 69."
*

    D'autres textes de cette nature viendront, in châ Allah, confirmer ce genre de jugement et la sagesse qui préside aux adaptations cycliques de cet ordre, dans le but d'établir un ensemble de données, actuellement éparses pour la plupart (pour diverses raisons, sur lesquelles on pourra revenir éventuellement, dans l'éventualité où certaines critiques s'exprimeraient de manière exagérée) qui permette au chercheur sincère d'accéder à une vision actualisée de Maîtres contemporains de la Voie qui diffère notablement d'un certain discours pour le moins convenu, maintenu à la force des poignets dans certaines organisations, même extérieurement régulières.
Allah est plus Savant
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Messagepar maurice_le_baot » Jeu Nov 18, 2010 6:36 pm

bismi-Llah er-Rahmân er-Rahîm - el-hamdu li-Llah - wa sall-Allah alâ Seyydinâ Mohammedin wa alâ Ali-hi wa Sahbi-hi wa sallam
es-Salâm alaykum wa rahmatu-Llah wa barakatu-Hu,

En complément du précedent texte voici une parole du cheikh el- 'Alawi - qu'Allah l'agrée - sur l'évolution cyclique de la Voie:

"La voie [spirituelle] était dans une époque révolue, un état [réel] et une locution [juste] et un acte [influent]. Ce fut l'époque où le soufisme était semblable à l'étoile inaccessible et à la mer innavigable, sauf pour celui qui acceptait d'abolir son Ego et de s'annihiler de ses sensations. Puis est venue l'ère où le disciple est sommé de suivre d'infimes traces des pieux prédécesseurs, c'est-à-dire, par un état [réel] et une locution [juste], sans pour autant qu'il accomplisse tous les actes [influents]. Alors qu'aujourd'hui, il lui est requis d'accomplir ses prières à ses temps et un peu d'amour pour ceux qui mentionnent Dieu."

Extrait de Les trois principes de la voie, par le Cheikh al-Alawî in Les amis du Cheikh el-Alawi (sans indication du titre original arabe)


Allahumma salli alâ Seyydinâ Mohammedin wa alâ Ali-hi wa Sahbi-hi wa sallim taslîman
wa-s-salâm alaykum wa rahmatu-Llah
وصَلَى ﭐللهُ عَلى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلَّمْ
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Messagepar Mohammed Abdessalam » Ven Nov 19, 2010 4:31 pm

bismi-Llah er-Rahmân er-Rahîm - el-hamdu li-Llah - wa sall-Allah alâ Seyydinâ Mohammedin wa alâ Ali-hi wa Sahbi-hi wa sallam
wa alaykum es-Salâm wa rahmatu-Llah
, sidi Maurice le Baot

Merci pour votre apport.
On voit en effet qu'il est tout à fait concordant avec le texte précédent, à tel point que l'on se demande s'il existe même des avis de Maîtres réguliers contemporains qui iraient en sens inverse.

Quoi qu'il en soit, la collecte des témoignages cohérents avec ce qui est dit actuellement sur ce fil est loin d'être close, in châ Allah.

*

Tous les lecteurs du Porteur de Savoir qui s'intéressent à cette question savent certainement que vous êtes en train de fournir un travail important sur la manière qu'utilise René Guénon pour exposer les possibilité d'irchad autour d'un Maître vivant et dans quelles modalités.
Pourriez-vous nous donner dès à présent votre avis, autant que possible référencé chez l'auteur, sur ce point : bien que Cheikh Abd el-Wâhid Yahyâ ne puisse être considéré sous aucun rapport comme un Maître d'irchâd de tarîqah, les enseignements qu'il donne dans son oeuvre publique vous semblent-il contredire les positions précédentes ?
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Messagepar maurice_le_baot » Lun Nov 22, 2010 10:39 am

Bismi-Llah er-Rahmân er-Rahîm,
Wa sall-Allah ‘alâ-l-habîb el-Muçtafâ Mohammed wa ‘alâ ali-hi wa sallam
Wa ‘alaykum es-Salâm ar-rahmatu-Llah wa barakatu-hu
, Sidî Mohammed Abd es-Salâm !

Non seulement les enseignements transmis par Cheikh ‘Abd el-Wâhid – qu’Allah l’agréé – ne contredisent pas les positions précédentes mais de plus ils permettent de mieux comprendre la raison profonde de telles affirmations, sur le plan cyclique, tant du point de vue doctrinal que méthodique.

A titre d’exemple, voici déjà quelques citations d’ordre général issues d’un article capital pour le sujet qui nous intéresse, et sur lesquelles je compte revenir plus en détails dans le cadre d’un prochain chapitre de mon étude :

« Il doit être bien entendu, en effet, que l’immutabilité de la doctrine en elle-même ne fait obstacle à aucun développement ni à aucune adaptation, à la seule condition qu’ils soient toujours en stricte conformité avec les principes, mais aussi, en même temps, que rien de tout cela ne constitue jamais des « nouveautés », puisqu’il ne saurait en tout cas s’agir d’autre chose que d’une « explication » de ce que la doctrine impliquait déjà de tout temps, ou encore d’une formulation des mêmes vérités en termes différents pour les rendre plus aisément accessibles à la mentalité d’une époque plus « obscurcie ». Ce qui pouvait tout d’abord être saisi immédiatement et sans difficulté dans le principe même, les hommes des époques postérieures ne surent plus l’y voir, à part des cas exceptionnels, et il fallut alors suppléer à ce défaut général de compréhension par un détail d’explications et de commentaires qui jusque-là n’étaient nullement nécessaires ; de plus, les aptitudes à parvenir directement à la pure connaissance devenant toujours plus rares, il fallut ouvrir d’autres « voies » mettant en oeuvre des moyens de plus en plus contingents, suivant en quelque sorte, pour y remédier dans la mesure du possible, la « descente » qui s’effectuait d’âge en âge dans le parcours du cycle de l’humanité terrestre. Ainsi, pourrait-on dire, celle-ci reçut, pour atteindre ses fins transcendantes, des facilités d’autant plus grandes que son niveau spirituel et intellectuel s’abaissait davantage, afin de sauver tout ce qui pouvait l’être encore, en tenant compte des conditions déterminées inévitablement par la loi du cycle. »

« Si ces moyens, dans lesquels il faut naturellement comprendre, que ce soit à titre principal ou simplement accessoire, les rites de tout genre, paraissent cependant revêtir un certain caractère de « nouveauté » par rapport à ceux qui les ont précédés, c’est qu’il n’y avait pas lieu de les envisager dans les époques antérieures, si ce n’est peut-être à titre de pures possibilités, puisque les hommes n’en avaient alors aucun besoin et qu’ils disposaient d’autres moyens qui convenaient mieux à leur nature. Il y a là quelque chose de tout à fait comparable à ce qu’est le développement spécial d’une science traditionnelle à telle ou telle époque, développement qui ne constitue pas davantage une « apparition » spontanée ou une « innovation » quelconque, puisque, dans ce cas également, il ne peut jamais s’agir réellement que d’une application des principes, donc de quelque chose qui avait en ceux-ci une préexistence au moins implicite, et qu’il était toujours possible, par conséquent, de rendre explicite à n’importe quel moment, à supposer qu’il y ait eu quelque raison de le faire ; mais, précisément, cette raison ne se trouve en fait que dans les circonstances contingentes qui conditionnent une époque déterminée. »

« Il fallait donc qu’il y eut dès lors pour ces choses des « suppléances » qui, nécessairement, ne pouvaient se trouver que dans un ordre inférieur au leur, ce qui revient à dire que les « supports » grâce auxquels une « réalisation » demeura possible devinrent de plus en plus « matérialisés » d’une époque à l’autre, conformément à la marche descendante du développement cyclique […]. Cette « matérialisation » ne doit d’ailleurs pas être entendue simplement au sens le plus restreint et le plus ordinaire du mot ; telle que nous l’envisageons, elle commence à se produire, peut-on dire, dès qu’on sort de la connaissance pure, qui seule est aussi la pure spiritualité ; et l’appel à des éléments d’ordre sentimental ou volitif, par exemple, n’est pas un des moindres signes d’une semblable « matérialisation », même si ces éléments sont employés d’une façon légitime, c’est-à-dire, s’ils ne sont pris que comme moyens subordonnés à une fin qui demeure toujours la connaissance, puisque, s’il en était autrement, on ne pourrait plus en aucune façon parler de « réalisation », mais seulement d’une déviation, d’un simulacre ou d’une parodie, toutes choses qui, cela va sans dire, sont rigoureusement exclues par l’orthodoxie traditionnelle, sous quelque forme et à quelque niveau qu’on puisse l’envisager. »

« Le cinquième Véda », repris in Etudes sur l’Hindouisme (souligné par nous)

On notera au passage l’intérêt des précisions relatives aux « innovations », qui sont d’autant plus remarquables que René Guénon –Cheikh ‘Abd el-Wâhid ne fait pas directement références ici à l’Islam ou au Taçawwuf mais au Tantra par rapport à la tradition Hindoue.

Les éléments relatifs à la nature des « suppléances » mises en œuvre pourrait aussi faire l’objet de rapprochement significatifs avec les moyens mis en œuvres dans la plupart des turuq contemporaines…

J'essairai prochainement de proposer quelques exemples de ces adaptations circonstanciées, siècle après siècle, tel qu'elles peuvent apparaître à travers de la littérature classique et contemporaine du Taçawwuf.
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Messagepar maurice_le_baot » Lun Nov 22, 2010 9:26 pm

Le seul point encore mentionné dans ce traité qui appartienne à l'ancienne méthode est l'obligation de s'en remettre au shaykh pour toutes ses affaires, ce que l'imâm al-Haddâd, peu de temps après, déclara ne plus être une exigence. Une autre raison pour adoucir cette condition tient à ce que les maîtres méritant d'être obéis de cette manière sont devenus de plus en plus rares jusqu'à notre époque où, en particulier en Occident, ils ont presque disparu.


Concernant la question de la nécessité du cheikh, le cheikh al-Hashimî, successeur (khalifah) du cheikh al-Alawi expose ce qui suit dans son Shatranj el-‘Arifin, traduit par J.-L. Michon aux Editions Archè:

    « Pour le voyage, ô mon frère, il te faut le secours d'un shaykh vivant, gnostique, sincère, de bon conseil, possédant une science authentique, une intuition (dhawq-goût) sans mélange, une haute aspiration et un état spirituel agréé, ayant lui-même suivi la voie sous la direction de guides spirituels et reçu son éducation spirituelle (adab) de gens bien éduqués, connaissant les chemins ceci pour qu'il te protège contre les périls de ta route t'apprenne à te concentrer sur Dieu et à fuir ce qui n'est pas Lui, t'accompagne jusqu'à ce que tu parviennes à Dieu, t'apprenne à reconnaître les fautes auxquelles t'expose ton âme, te fasse connaître la Bonté (ihsan) de Dieu envers toi; car lorsque tu Le connaîtras, tu L'aimeras, et lorsque tu L'aimeras tu Lui consacreras tes efforts. Si tu fais cet effort Il te conduira dans Sa Voie et te choisira pour te mettre en Sa Présence. Le Très-Haut a dit : «Ceux qui ont lutté pour Nous, Nous les conduisons sur nos chemins» (Coran, XXIX, 69). La compagnie d'un shaykh et son exemple sont obligatoires (wajib). La source de cette obligation est cette parole du Très-Haut : «Et suis le chemin de celui qui est revenu a Moi » (Coran, XXXI, 15), ainsi que cette autre parole : « Ô vous qui croyez, soyez pieux envers Dieu et soyez avec les sincères! » (IX, 120). C'est aussi une condition du shaykh qu'il ait reçu d'un maître parfait, doué d'une clairvoyance efficace, l'autorisation d'instruire ses semblables. On ne dit pas où se trouve celui qui possède ces qualités. Mais nous répétons ce qu'a dit l'auteur des Lata'if al-Minan (Les Subtilités des Bienfaits) :
    « Tu ne manqueras pas de rencontrer des guides, mais tu manqueras peut-être de sincérité dans ta quête; fais un effort sincère et tu trouveras un murshid! ».

    En vérité le Secret divin est dans la sincérité de la quête : Combien de merveilles ont été vues de Ses compagnons! Il est aussi dit dans Lata'if al-Minan : « Il te faut rendre exemple seulement sur un saint homme (wali) vers qui Dieu t'a conduit pour te faire connaître les grâces spéciales qu'il a déposées en lui, que Dieu a dépouillé à tes yeux de son aspect humain en te mettant en présence de ses grâces spéciales, à qui, de ce fait, tu as remis le soin de te guider et qui a parcouru en ta compagnie le sentier de la rectitude».

Comme on aura pu le remarquer dans cette extrait la position du cheikh al-Hashimî sur cette question n’a rien de bien nouveau. On trouve cependant en conclusion de l’ouvrage un autre texte qui laisse penser que le cheikh al-Hashimî ne faisait que rappeler, dans le premier extrait, un point de vue assez « classique » pour ensuite l’amender par d’autres remarques :

    « C'est le propre de l'aspirant (murid) que de chercher à connaître ses propres défauts. Cette préoccupation devient même son principal mobile d'action. Or, il lui est impossible de vraiment connaître par lui-même ses propres défauts ('uyûb nafsihi) car l'homme ne se voit lui-même que par l'oeil de la perfection. Et, à supposer même qu'il trouve un défaut en son âme, il ne pourra pas s'en défaire par ses seuls moyens, ayant trop de pitié pour lui-même.

    1. Il lui faut donc quelqu'un qui l'assiste et le soigne, c'est-à-dire un shaykh. Car celui-ci est comme un médecin qui diagnostique les anomalies et les guérit.
    2. Au cas où il n'aurait pas de shaykh pour le conseiller, qu'il prenne un frère vertueux (sâlih) et en fasse un compagnon qui veille sur ses états et ses actions;
    3. s'il ne trouve ni shaykh, ni frère, qu'il apprenne à connaître ses défauts auprès de ses ennemis. Comme l' a dit Abû Hayyan:

    «Mes ennemis me font une faveur et je leur suis redevable. Le Miséricordieux ne m'a pas privé d'ennemis. Ils ont recherché mes points faibles, et j'ai pu m' en écarter.Ils m'ont jeté des défis et j'ai accédé à de hautes fonctions».

    4. Ou encore, qu'il apprenne à connaître ses défauts par la fréquentation des hommes car, de cette façon, il prend conscience de leurs vices et s'en écarte intérieurement puisque « le croyant est le miroir du croyant »,
    5. ou enfin, qu'il les connaisse par la lecture assidue des ouvrages des soufis, comme ceux de Muhasibi, Ghazzali, Sha'rani. Le très savant Ibn Zakrî (m. 1144/1731) a dit dans son commentaire des Hikam : « Cette méthode est aujourd'hui plus utile et efficace parce qu'à notre époque les individus ne suivent plus les bons conseillers et n'acceptent pas leurs conseils ». Du même ordre que la lecture d'une utilité équivalente est l'assistance aux séances l'instruction sur l'exégèse coranique (tafsîr), le hadîth et le taçawwuf

    Ce sont là cinq moyens (de connaître ses propres défauts).

    Il en reste un sixième savoir: que celui qui ne trouve pas de shaykh pour l'instruire et le faire progresser s' adonne avec intensité à la prière sur le Prophète car elle l'instruira, le fera progresser, l'affinera et le mènera au but; ainsi l'ont rapporté le Shaykh Zarrûq (m.899 /1493) sous l'autorité de son propre shaykh Abû al-' Abbas al-Hadrami et le shaykh Sanûsi (1787-1859) sous l'autorité de plusieurs maîtres soufis »

(A suivre...)
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Messagepar maurice_le_baot » Mar Nov 23, 2010 10:16 am

Bismi-Llah wa bi-hamdi-Hi
Wa Salat wa es-Salâm 'ala ashrafi-l-anbiyah wa ali-hi wa sahbi-hi

Es-Salâmu 'alaykum,

(suite)

On aura sûrement noté que pour les deux derniers moyens (5 et 6) le Cheikh prend appui sur des autorités relativement récentes (15ème siècle-19ème siècle). Bien sûr ces moyens ne sont pas exclusifs les uns des autres et peuvent même être mis en œuvre en parallèle comme l’indique la suite du texte :

    « Ainsi donc, le murîd que favorise la Grâce divine et dont l'aspiration est élevée est celui que Dieu fait agir selon ces six modalités dans l'ordre où elles sont énumérées. Lorsqu'il rencontre son shaykh, ce murid se comporte avec soumission, confiance et obéissance; lorsqu'il se sépare de lui, il prend pour compagnon un frère vertueux, comme nous l'avons dit; et lorsqu'il se sépare de ce frère vertueux, il apprend à reconnaître les travers de son âme par ses propres ennemis afin de les éviter et de s'en repentir; puis, quand le moment est venu de s'éloigner des ennemis, il prend conscience de ses propres défauts en fréquentant les hommes et en apprenant à connaître leurs travers. Qu'il intensifie ses lectures d'ouvrages écrits par les gnostiques parfaits, qu' il assiste aux séances d'instruction dans le tafsîr, le hadîth et le taçawwuf avec des maîtres à la foi intègres et purs de toute déviation, et qu' il multiplie le reste du temps ses prières et ses salutations sur le Prophète Muhammad. Quant à celui qui ne se fait disciple d'un shaykh que verbalement et ne s'attache pas à lui comme l'ombre à son propriétaire avec une intention vertueuse, un amour sincère, de bonnes pensées, une disposition généreuse, un respect scrupuleux des ordres et des interdictions, ou encore avec l'attachement du nourrisson pour sa mère ou du malade pour son médecin, et qui trouve tout cela difficile ou même impossible, surtout à l'époque où nous vivons, qui se contente de ce lien purement verbal et en prend prétexte pour se dispenser de la compagnie d'un frère vertueux, qui ne tient pas compte de ce que disent ses ennemis (alors même qu'ils disent la vérité), qui ne cherche pas à connaître ses défauts en fréquentant ses semblables et qui, toujours parce qu'il croit que cette relation lui suffit, se dispense de consulter les ouvrages des soufis parfaits (al-kummal min al-qawm) ou bien il lit les livres des mystiques extatiques (arbab al-ahwâl min al-qawm) et pense qu'ils sont le summum de la perfection comme le degré atteint par leurs auteurs est, selon eux, le terme de la voie; du fait, toujours, de cette relation avec le shaykh, celui-là et ses pareils se dispensent d'assister aux séances d'instruction dans les sciences du tafsîr, du hadith et du taçawwuf; ou ils y assistent, mais en choisissant un professeur dont la foi n'est pas solide, ou qui nie la valeur du taçawwuf et de ses adeptes. Ainsi, ils ne peuvent avoir leur part (des grâces) de la prière et du salut sur le Prophète Muhammad et ils sont des dupes. »

Notons ici l’importance de ces moyens en tant qu’ils conditionnent finalement le bénéfice que l’on peut retirer de la fréquentation du cheikh et, mais il s’agit d’une question qui mériterait peut-être d’être traité à part, de la prière sur le Prophète sur lui la Grâce divine et la Paix !

En des temps où la difficulté de trouver un Maître compétent n’a jamais été aussi importante, on pourrait de même s’interroger sur la capacité du murid à suivre un Maître si, n’ayant qu’un rattachement tabarrukan, il ne mettait pas déjà en œuvre ces moyens "substitutifs", ou ces "suppléances" pour reprendre le terme de René Guénon, dans l’attente de trouver le Maître tant espéré. Rappelons à cette occasion le passage suivant tiré du texte sur « La méthode des « gens de la main droite » :

    « les maîtres méritant d'être obéis de cette manière sont devenus de plus en plus rares jusqu'à notre époque où, en particulier en Occident, ils ont presque disparu. »
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Messagepar maurice_le_baot » Mar Nov 23, 2010 3:38 pm

Bismi-Llah wa bi-hamdi-Hi
Wa Salat wa es-Salâm 'ala ashrafi-l-anbiyah wa ali-hi wa sahbi-hi

Es-Salâmu 'alaykum,

En complément des citations précédentes de René Guénon nous recopions un passage issu du Règne de la Quantité et les Signes des Temps (Chapitre XI : UNITÉ ET « SIMPLICITÉ » ) susceptible d’apporter un éclaircissement complémentaire sur certaines positions « doctrinales » contemporaines, telles qu’elles apparaissent, notamment, chez nos frères du Nedj – qu’Allah les guide et nous avec :

« Toute tradition contient dès son origine la doctrine tout entière, comprenant en principe la totalité des développements et des adaptations qui pourront en procéder légitimement dans la suite des temps, ainsi que celle des applications auxquelles elle peut donner lieu dans tous les domaines ; aussi les interventions purement humaines ne peuvent-elles que la restreindre et l’amoindrir, sinon la dénaturer tout à fait, et c’est bien là, en effet, ce en quoi consiste réellement l’œuvre de tous les « réformateurs ».

Ce qui est encore singulier, c’est que les « modernistes » de tout genre (et ici nous n’entendons pas parler seulement de ceux de l’Occident, mais aussi de ceux de l’Orient, qui ne sont d’ailleurs que des « occidentalisés »), en vantant la simplicité doctrinale comme un « progrès » dans l’ordre religieux, parlent souvent comme si la religion devait être faite pour des sots, ou tout au moins comme s’ils supposaient que ceux à qui ils s’adressent doivent forcément être des sots ; croit-on, en effet, que c’est en affirmant à tort ou à raison qu’une doctrine est simple qu’on donnera à un homme tant soit peu intelligent une raison valable de l’adopter ?

Ce n’est là, au fond, qu’une manifestation de l’idée « démocratique » en vertu de laquelle, comme nous le disions plus haut, on veut aussi mettre la science « à la portée de tout le monde » ; et il est à peine besoin de faire remarquer que ces mêmes « modernistes » sont aussi toujours, et par une conséquence nécessaire de leur attitude, les adversaires déclarés de tout ésotérisme ; il va de soi que l’ésotérisme, qui par définition ne s’adresse qu’à l’élite, n’a pas à être simple, de sorte que sa négation se présente comme la première étape obligée de toute tentative de simplification. Quant à la religion proprement dite, ou plus généralement à la partie extérieure de toute tradition, elle doit assurément être telle que chacun puisse en comprendre quelque chose, suivant la mesure de ses capacités, et c’est en ce sens qu’elle s’adresse à tous ; mais ce n’est pas à dire pour cela qu’elle doive se réduire à ce minimum que le plus ignorant (nous ne l’entendons pas sous le rapport de l’instruction profane, qui n’importe aucunement ici) ou le moins intelligent peut en saisir ; bien au contraire, il doit y avoir en elle quelque chose qui soit pour ainsi dire au niveau des possibilités de tous les individus, si élevées qu’elles soient, et ce n’est d’ailleurs que par là qu’elle peut fournir un « support » approprié à l’aspect intérieur qui, dans toute tradition non mutilée, en est le complément nécessaire, et qui relève de l’ordre proprement initiatique. Mais les « modernistes », rejetant précisément l’ésotérisme et l’initiation, nient par là même que les doctrines religieuses portent en elles-mêmes aucune signification profonde ; et ainsi, tout en prétendant « spiritualiser » la religion, ils tombent au contraire dans le « littéralisme » le plus étroit et le plus grossier, dans celui dont l’esprit est le plus complètement absent, montrant ainsi, par un exemple frappant, qu’il n’est souvent que trop vrai que, comme le disait Pascal, « qui veut faire l’ange fait la bête » !
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L'ENSEIGNEMENT INITIATIQUE ... SI PRES DE LA FIN DES TEMPS 9

Messagepar maurice_le_baot » Mar Nov 23, 2010 7:41 pm

Bismi-Llah wa bi-hamdi-Hi
Wa Salat wa es-Salâm 'ala ashrafi-l-anbiyah wa ali-hi wa sahbi-hi

Es-Salâmu 'alaykum,


Au cas où il n'aurait pas de shaykh pour le conseiller, qu'il prenne un frère vertueux (sâlih) et en fasse un compagnon qui veille sur ses états et ses actions;


En rapport avec le point évoqué par Cheikh el-Hachimi (qu'Allah l'agréé) voici quelques remarques personnelles issues de mon étude en cours:

"Dans l’ésotérisme islamique notamment, il existe certains enseignements à visée « substitutives » selon lesquels la transmission de conseils et l’exercice concomitant d’un certain « contrôle » sur les états de l’initié sont susceptibles d’être mis en œuvre, non plus par un « véritable Cheikh », mais par un « frère vertueux » (çâlih). Ces enseignements [...] sont d’ailleurs bien plus anciens qu’on ne le pense habituellement et pourraient notamment être mis en relation avec les remarques que nous formulerons à la suite de Olivier Courmes, sur le rôle de l’« upaguru-transmetteur ». A ce titre, il est remarquable que de telles possibilités, pourtant consignées dans des recueils devenus « classiques », par certaines des plus grandes autorités du Taçawwuf [nous donnerons prochainement certaines références dans la rubrique dédiée], soient systématiquement ignorées par un certain nombre de représentants de voies initiatiques régulières, se réclamant par ailleurs des dites autorités. Si l’on peut, il est vrai, arguer de l’inopportunité cyclique actuelle de ces enseignements, que doit-on penser, alors, lorsque des avis équivalents sont exprimés par des Maîtres contemporains, dont dépendent directement les mêmes représentants ? Répondre à cette question nécessiterait, on le conçoit facilement, de procéder à certains développements que le cadre général d’un travail écrit et public ne permet pas nécessairement. L’enseignement transmis sur cette question par René Guénon offre cependant un ensemble de critères objectifs et cohérents, tant sur le plan doctrinal qu’initiatique, dont il n’existe, à notre connaissance, aucun équivalent dans l’ésotérisme islamique. La compréhension de cette œuvre semble donc particulièrement nécessaire à la mise en œuvre intelligente et harmonieuse de certaines des possibilités existantes dans le Taçawwuf depuis bien longtemps. Par ailleurs, est-il si étonnant que les milieux qui se refusent à reconnaître l’intérêt réel de ces possibilités « substitutives », soient, le plus souvent, les mêmes qui se refusent à reconnaître l’orthodoxie des écrits de René Guénon - Cheikh Abd el-Wâhid Yahya ou qui, dans le meilleur des cas, réduisent sa portée à celle d’une simple « introduction » au Taçawwuf ? " (Note 12, p.12)

"Dans le cas [...] où le « contrôle » est exercé, en l’absence d’un Maître véritable, par un « frère vertueux », il y a donc lieu de faire une différence entre celui qui, en vertu de la fraternité qui lie nécessairement tous les membres
d’une organisation initiatique, conseille celui qui lui demande
(dans ce cas, son rôle est comparable à celui du simple upaguru), de celui qui se « substitue » fonctionnellement au Maître véritable, en vertu de l’autorisation (idhn en arabe) dont il est régulièrement détenteur (son rôle peut alors s’apparenter à celui de l‟upaguru-transmetteur selon ce que nous en avons déjà dit et que nous préciserons par la suite)." (Note 1 p.19)

Je terminerai par rappeler l'avis de l'Imam el-Haddad sur ce point : « La voie la plus efficiente, celle qui mène le plus vite possible vers le but, consiste à chercher un guide spirituel, un savant parmi les gens des coeurs et des secrets spirituels. Si on ne le trouve pas, il faut alors s'adresser à un frère vertueux, qui sache prodiguer des conseils .et aider à poser le diagnostic des maladies du coeur et à déterminer leur traitement. Si on ne trouve pas un tel frère, ce qui sera souvent le cas parmi nos contemporains,tant sont devenus rares ceux qui savent aider vers la vérité et le bien, il faut alors consulter les livres de savants qui traitent de ce sujet et qui décrivent les maladies des coeurs et les voies de leur guérison. Le livre le plus complet et le plus profitable sur ce sujet est celui d'al-Ghazâlî, la Revivification des Sciences de la Religion, et plus particulièrement la section intitulée alMuhlikât et qui concerne les «choses qui ruinent». Cette section a été rédigée pour situer les maladies des coeurs, les traitements possibles, les indices de leur présence, de leur force, de leur faiblesse, etc. Toutefois, les livres n'ont pas la même efficacité pour parvenir au but qu'un maître spirituel accompli ou qu'un frère pieux. C'est pour celui qui ne les trouve pas que les livres sont un recours. Dieu, Exalté soit-Il, aide le chercheur spirituel selon sa résolution, sa sincérité, son désir spirituel. Dieu, Exalté soit-Il, est le Soutien, Celui qui aide. »

Rappelons que le Cheikh écrivait ceci au XVIIIème siècle, en Arabie, alors que penser de la situation actuelle, en Occident, 3 siècles plus tard?

On notera d'autre part que, dans la perspective du Cheikh le rôle du "frère vertueux (nasîh sâlih en arabe)" dépasse largement le simple conseil, à ce titre il me semble devoir être considéré sous le rapport particulier de l'exercice d'une "fonction d'enseignement". W'Allahu a'lam
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Messagepar Mohammed Abdessalam » Dim Nov 28, 2010 9:17 pm

بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم
ﭐللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ وَ سَلِّمْ

es-Salâm alaykum wa rahmatu-Llah


Voici un texte du Cheikh Zeini Dahlân (Taqrib el-wuçûl) qui donne une information spécifique de ce que peut être l'enseignement "fî âkhir al-azmân" (sic) :

« La prière sur le Prophète est utile quelle que soit la formule employée et il n’y a rien de plus utile à l’illumination des coeurs et à l’arrivée des mouridîn à Allâh qu’elle, car celui qui est persévérant dans la prière sur le Prophète obtient de nombreuses lumières et, par son influence spirituelle, parvient au Prophète ou bien est réuni avec quelqu’un qui le fait parvenir à lui, particulièrement si cela est pratiqué avec rectitude (istiqâma) et particulièrement à la fin des temps (âkhir al-azmân) au moment de l’appauvrissement en Maîtres spirituels (qillatou-l-Mourshidîn) et de la confusion des choses (iltibas el-oumoûr) chez les gens. Qui donc veut guider les créatures et leur enseigner, prescrive aux gens, du commun comme de l’élite, la demande de pardon (istighfâr) et la prière sur le Prophète »

Cet enseignement vient-il contredire ce qui est dit précédemment ?
Il date seulement du siècle dernier.

On remarquera que l'auteur, qui savait, comme toutes les autorités de Taçawwuf, ce qui est dit de la théorie de la persistance des Awliyâ et des Maîtres d'enseignement effectif jusqu'à la fin des temps, ne prend pourtant guère de précaution pour faire ses affirmations : "au moment de l’appauvrissement en Maîtres spirituels [/b](qillatou-l-Mourshidîn) et de la confusion des choses (iltibas el-oumoûr) chez les gens"

On est bien loin des positions crispées de ceux, quel que soit leur statut initiatique, qui se refusent, de nos jours encore, à envisager avec lucidité, honnêteté et intelligence la réalité des conditions cycliques actuelles (demandant même parfois d'où l'on tient de telles notions alors que, plus souvent qu'on ne pense, il s'agit de l'enseignement des Maîtres de leur propre silsilah) et scandent inlassablement les slogans revendicateurs de l'actuelle richesse des turûq en Maîtres accomplis ...
"Par le Temps ! * Le genre humain est, certes, en perdition * Sauf ceux qui croient, accomplissent les bonnes œuvres, se recommandent la vérité et se recommandent la patience."
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Messagepar maurice_le_baot » Lun Nov 29, 2010 1:47 pm

بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم
ﭐللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ وَ سَلِّمْ

es-Salâm alaykum wa rahmatu-Llah


J’extrais de la traduction des Rasa’il du Cheikh ad-Darqawî (1737 - 1823 / 1149 h - 1239 h) par M. Chabry (Eds La caravane) une longue note en rapport avec le thème du fil (les entre crochets sont de mon fait):

    "Les raisons de la nécessité du Maître ont été évoquées par le shâdhilî René Guénon, notamment dans son article « Sur le rôle du Guru ». Cette règle générale est toujours rappelée avec quelque insistance dans le tasawwuf, ce qui occasionne parfois des méprises, surtout chez ceux qui, n'ayant pas compris ce qu'est la nature du Guide spirituel- car tout dépend de ce que l'on entend par « Shaykh »-et n'ayant aucune idée de l'espèce d'anéantissement de la volonté propre que présuppose la fréquentation d'un éducateur spirituel « à l'ancienne » [sic], n'en comprennent pas le rôle. La rencontre du sens de l'hyperbole propre aux Arabes (mais que ces derniers savent très bien relativiser) et du prosélytisme sectaire borné et organisé qui se développe depuis deux siècles en climat occidental ne produit pas toujours les meilleures interprétations, d'où l' intérêt du passage suivant de René Guénon:

      « Nous avons eu, en ces derniers temps, l'occasion de constater chez certains, au sujet du rôle du Guru, des méprises et des exagérations telles que nous nous voyons obligé de revenir encore sur cette question… Nous serions presque tenté, en présence de certaines affirmations, de regretter d'avoir insisté nous-même sur ce rôle autant que nous l'avons fait. Ainsi, il en est qui vont jusqu'à prétendre que nul ne pourra jamais atteindre la Délivrance s'il n'a un Guru et, naturellement, ils entendent par là un Guru humain; nous ferons remarquer tout d'abord que ceux-là feraient assurément beaucoup mieux de se préoccuper de choses moins éloignées d'eux-mêmes que le but ultime de la réalisation spirituelle, et de se contenter d'envisager la question en ce qui concerne les premières étapes de celle-ci, qui sont d'ailleurs, en fait, celles pour lesquelles la présence d' un Guru peut apparaître comme plus particulièrement nécessaire. La présence du Guru humain est-elle, dans tous les cas, rigoureusement indispensable au début de la réalisation. Nous sommes bien obligé de dire qu' une telle assertion est tout à fait fausse ... » [Voir aussi sur ce point le Chap.IV de notre étude en cours].

    Voici quelques éléments tirés de la tradition shâdhilie qui, bien compris, ne diminuent en rien l'importance de la fonction du Maître, mais permettent cependant d'entrevoir ce qu'on entend réellement par « Shaykh » et ce que sont le rôle et la place du Maître dans une perspective de réalisation spirituelle (tahqîq), en commençant par quelques passages des lettres de Moulay l- 'Arabî [ad-Darqawî].

      254e lettre :

      « Soyez témoins, mes frères, que j 'ai finalement accepté la parole suivante de l'éminent Maître Abû l- 'Abbâs Sîdî Ahmad Zarrûq ai-Fâsî : « Pas de Shaykh après cette barbe », après l'avoir repoussée et prise en aversion pendant plus de 50 ans. Je n'aimais pas l'entendre, mais j'ai fini par comprendre son véritable sens - louange et grâce à Dieu ! Elle signifie – et Dieu est plus savant- que lorsqu'il vit se multiplier les gens à prétentions spirituelles et les vit se déclarer Shaykh, sans que personne parmi eux ne sache ce qu'est le degré du Shaykh ni même celui du disciple, son coeur se serra, ses idées se crispèrent, et c'est alors qu'il eut ce mot . .»

      255e lettre :

      « Si vous m'écoutez et me suivez, je ne laisserai dans votre esprit ni nausée ni confusion ni étourdissement ; vous serez vos propres Shaykhs et les Shaykhs des autres, et aucun de vos contemporains ne vous sera nécessaire. Chaque fois que vous aurez besoin de quelque chose, c’est en vous que vous le trouverez: Dieu est garant de nos dires.»

      262e lettre :

      « Et si cela ne s'opposait aux paroles des Maîtres de la Voie, qui ont dit des choses telles que: "Celui qui n'a pas de Shaykh, c' est Satan son Shaykh"; "Celui qui n'a pas de Shaykh n'a pas de direction (qibla)"; "Celui qui n'a pas de Maître ne vaut rien. Supprimer les moyens intermédiaires conduit à la perdition, mais leur attribuer le résultat est une aberration", nous dirions que la prière dispense du Shaykh. Il en va de même pour la lecture du Coran, la répétition de "Pas de divinité si ce n'est Dieu" et la prière sur l' Envoyé. Tout cela nous dispense du Shaykh, surtout si nous évitons ce qui ne nous regarde pas, ce qui est pour nous sans intérêt, et que nous comptons sur notre Seigneur et non sur nos actes ... »

    Quant au Shaykh al- 'Alawî [1869 / 1934] , voici ce qu' il dit dans ses Minah al-qudusiyya (page 227):

      « Celui dont le Shaykh meurt ou qui est séparé de lui, par la distance par exemple, qui ne peut donc le fréquenter alors même que sa réalité spirituelle n'a pas atteint sa perfection et qu'il n'a pas atteint le terme de la Voie, étant encore en route, que doit-il faire ? ... Il doit se redresser, redoubler d'ardeur et agir sur les bases de ce qu'il a déjà acquis grâce à son Maître. Cela veut dire qu'il doit se baser sur les ordres de son Shaykh jusqu'à ce que Dieu réalise ce qui est déjà décrété [ .. ] Il doit rester isolé, mais seulement s'il a déjà atteint la moitié du chemin avec son "Imam", à savoir s'il a la "moitié" de la connaissance [ ... ] S'il n'en est qu'au début du chemin, par exemple dans le cas où un état spirituel l'arrachant à sa raison l'a envahi, il lui est nécessaire d'avoir recours à un autre Shaykh car son intellect est déséquilibré ... »

    Selon un autre Maître shâdhilî plus ancien, Sîdî Abû 1-Mawâhib al-Tûnusî, (Tabaqât alkubrâ d' al-Sha'rânî, tome 2, p. 72):

      « Celui qui a servi un grand Saint, puis s'est vu séparé de lui, ne doit servir personne de moins élevé. Il ne doit servir qu'un Maître plus parfait ou, s'il n'en trouve pas, prendre Dieu pour Compagnon. »
وصَلَى ﭐللهُ عَلى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلَّمْ
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Messagepar maurice_le_baot » Lun Nov 29, 2010 2:00 pm

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es-Salâm alaykum wa rahmatu-Llah

Un enseignement issu des Mawaqîf de l'émir 'Abd el-Qâdir el-Jazaïrî [1808 - 1883] (Trad. M. Chodkiewicz)

      ""Il y a unanimité absolue des Gens d'Allâh sur le fait que, dans la Voie de la Gnose, un moyen d'accès, c'est à dire un maître, est indispensable. Les livres ne permettent nullement de s'en passer, du moins dès lors que se produisent les inspirations sur-naturelles, les éclairs des théophanies et les événements spirituels, et qu'il devient donc nécessaire d'imprimer chez le disciple la connaissance de ce qui, dans tout cela, est sain et de ce qui est vicié. En revanche, au tout début de la Voie, il peut se contenter des livres qui traitent du comportement pieux et du combat spirituel dans son sens le plus général."
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Messagepar Mohammed Abdessalam » Mar Déc 07, 2010 5:59 pm

bismi-Llah er-Rahmân er-Rahîm - el-hamdu li-Llah - wa sall-Allah alâ Seyydinâ Mohammedin wa alâ Ali-hi wa Sahbi-hi wa sallam

es-Salâm alaykum wa rahmatu-Llah

Il semble impossible de savoir à partir de quelle période précise on pourrait déterminer une inflexion si marquée des modes d'enseignement dans les turûq que l'on puisse établir une division nette d'un avant et d'un après ; cela demanderait des connaissances qui dépasseraient de très loin l'ordinaire, d'une part, et, d'autre part, il est certainement à considérer aussi que les dispositions de la sagesse traditionnelle générale ont permis que les adaptations se sont certainement faites de manières différentes suivant l'évolution des conditions propres à chaque milieu.

Il est aussi probable que les modifications dont il s'agit ont pu présenter des différences notables sur certains aspects, alors que d'autres pouvaient perdurer inchangés plus longtemps, toujours pour les mêmes raisons.

De plus, et comme on commence à le voir grâce aux différentes références présentées, les modifications qui nous intéressent ne peuvent, en définitive et comme tout ce qui est réellement traditionnel en définitive et, donc, régulier, apparaître comme des nouveautés que si on les considère comme n'ayant pas leur origine première et nécessaire dans la source commune de l'enseignement initiatique. En réalité, elles ne sont que des développements tardifs de possibilités qui n'avaient pas à être prises en considération dans des époques où les conditions cycliques meilleures permettaient une expression plus favorable dans tous les domaines concernés et qui ne sont apparues comme telles que du fait de la dégénérescence progressive des temps et des êtres ; et l'on reviendra certainement sur ces considérations quand le moment sera venu d'apporter quelques conclusions à la présente étude, in châ Allah.

Enfin, on peut penser qu'il a pu aussi exister un temps plus ou moins considérable entre ce qui s'est passé à l'intérieur du milieu initiatique de telle ou telle époque et les avis de certains Maîtres concernés dans les parutions publiques qui nous sont parvenues.

Pour l'instant et avant d'aller plus loin je tenais à fixer, a priori et tout à fait arbitrairement (quitte à évoluer ensuite, in châ Allah), la période concernée par ce fil du début du 13 ° siècle de l'Hégire (+/- 1800 J.C.) à nos jours.
On considérera que le Cheikh ad-Darqawî (1737 - 1823 / 1149 h - 1239 h), qui se situe à cette date charnière, ouvre donc cette période, ainsi que semble bien l'indiquer l'avis qu'il donne à ce sujet( cf. post 11).

Un reclassement de certains des messages déjà postés est prévu dans les jours à venir, in châ Allah.
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Messagepar Mohammed Abdessalam » Ven Jan 07, 2011 10:18 pm

بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم
ﭐللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ وَ سَلِّمْ

es-Salâm alaykum wa rahmatu-Llah


Voici un autre texte à produire à ce "dossier", qui ne va guère dans un sens différent de ce qui a été présenté précédemment.

Il est extrait du troisième tome de "Ifhâm al-Munkir al-Jânî" Réduction au silence du dénégateur d'El Hadji Malick Sy (1815 - 1922), édité chez Al Bouraq, dont il constitue le troisième chapitre.

Je le présente ici dans la forme originale, malgré certaines imprécisions de traduction sur lesquelles on pourra revenir ultérieurement, in châ Allah, avec l'espoir d'y remédier.

*

L’éducation spirituelle


Exposé sur l’éducation spirituelle par le dessein (himma) qui est la base et la méthode par laquelle Mohammad avait éduqué ses compagnons.


Dans la conclusion de Qawâ’id at-taçawwuf de notre maître Zarrûq, notre maître Abû al-‘Abbas al-Hadrami a dit que l’éducation spirituelle par « içtilâh » (convention) n’existe plus. On ne peut plus tirer profit que de l’éducation par la « himma » (dessein) et du « hâl » (état mystique). Conformez-vous alors au Coran et à la Sunna sans plus ni moins. Il en est de même pour le comportement à adopter vis-à-vis de Dieu, de l’âme et des hommes.

L’attitude à observer envers Dieu tourne autour de trois points :
1 - S’acquitter des obligations
2 – Eviter les interdits
3 – S’en remettre aux décrets de Dieu.

Quant à l’attitude à prendre vis-à-vis de l’âme, elle consiste aussi en trois points :
1 – Être impartial ;
2 – Ne pas innocenter l’âme à tout prix ;
3 – Se prémunir contre ses travers dans l’acquisition, la cession, les propos, l’abord et la préparation.

Pour ce qui est des rapports à entretenir avec les hommes, il s’articule autour de trois points :
1 – Leur donner ce qui est leur dû
2 – Se désintéresser de leurs biens ;
3 – Eviter de leur causer des ressentiments, sauf s’il s’agit d’une vérité à dire ou à pratiquer obligatoirement ». Fin de citation.

Dans la « Hachiyâ » de Muhammad Ibn al-Qâsim al-Qâdirî, relativement au passage où l’auteur de « al-Burda » a dit : « Qu’est- ce qui repousse loin de moi ces ardeurs déchaînées … » , il est dit que le vers fait allusion à deux avantages. Le premier est qu’il est indispensable d’avoir un maître initiateur qui serait savant et soufi réunissant les conditions que al-Junayd a évoquées lorsqu'il disait : "Nous n'avons pas reçu le soufisme par des « On a dit », « Il a dit », par des polémiques ou des disputes. Nous l’avons reçu par le biais de la faim, de la veille, de l’accomplissement continuel des œuvres pies ».

Ce maître est donc indispensable. Car l’âme peut souvent être amenée à vouloir quelque chose qui cause sa perdition et dont il faudrait la sauver par les soins d’un maître qui lui serait comme un médecin. Le deuxième avantage est que ce maître se raréfie à cette époque-ci, comme le laisse entendre l’interrogation : « Qu’est-ce qui repousse, etc … ? » jusqu’au passage où il dit : Mon maître ‘Abd al-Wahhâb ach-Cha’rânî a considéré dans son ouvrage intitulé « Mawâzîn al-qâsirîn », que ce maître n’existe plus.

En voici la teneur :
« Les voies d’initiation à Dieu, ainsi que les hommes, n’existent plus depuis longtemps. Maintenons-nous dans le vestibule du Jugement dernier ; en fait, nous voyons des walî initier et former des hommes jusqu’à leur mort, sans que nul parmi ces derniers n’éclose après eux. »

Il a aussi dit dans un autre passage de l’ouvrage : « La raison pour laquelle les gnostiques cessent d’aspirer à la dignité de Chaykh et à assurer l’éducation des hommes à cette époque-ci, est qu’ils sont témoins du foisonnement des épreuves qui s’abattent nuit et jour sur les hommes en affectant leur cœur et leur âme. Ils savent par ailleurs que la situation ne fait que régresser, à tel point que si quelqu’un parmi les maîtres voulait imposer son autorité à un disciple, il se relèverait impuissant à repousser loin du disciple une quelconque difficulté.
Il se pourrait même que cette difficulté se retourne contre le maître en guise de sommation, à cause de son comportement. La situation est difficile et elle ne cessera d’empirer jusqu’à l’avènement du Jugement Dernier.

*


(à suivre, in châ Allah ...)
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Messagepar Mohammed Abdessalam » Sam Jan 08, 2011 6:33 pm

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es-Salâm alaykum wa rahmatu-Llah


"Ifhâm al-Munkir al-Jânî" Réduction au silence du dénégateur d'El Hadji Malick Sy (1815 - 1922)

(suite)

*

    Mais le point de vue à adopter est celui consigné dans « al-Ibrîz » et qui se résume comme suit : « un jurisconsulte avait interrogé le walî, notre maître ‘Abd al-‘Azîz ad-Dabbâg sur les propos du walî et pieux Sidi Zarrûq (Que Dieu l’agrée) : « L’éducation par la convention n’existe plus. Il ne reste plus que l’éducation par le Dessein (himma) et l’état (hâl). Conformez-vous donc au coran et à la Sunna sans plus ni moins. » Il répondit que l’objectif de l’éducation est de purifier l’âme de ses travers dissipant les ténèbres qui l’environnent. Cette purification se fait tantôt par les soins de Dieu sans intermédiaire, comme ce fut le cas des trois premières générations qui suivirent Muhammad –qu’Allah prie sur lui et le salue. Tantôt, elle se fait par le truchement d’un maître confirmé, comme ce fut le cas après les trois premières générations. Le maître faisait entrer le disciple en retraite spirituelle, lui faisait invoquer Dieu et lui demandait d’être frugal. Ces consignes observées, tout l’esprit du disciple demeurait tourné vers Dieu et vers Son Envoyé. Ainsi fut la situation jusqu’au jour où la vérité et l’imposture se mêlèrent et que la lumière et les ténèbres se confondirent. Conséquemment, des hommes incompétents se mettent à éduquer ceux qui les sollicitent, des hommes en les faisant entrer en retraite spirituelle et en leur inculquant des noms à réciter dans un mauvais dessein et selon des objectifs contraires à la vérité (haqq). Il arrive même qu’ils y ajoutent des formules et des trucs leur assurant le service des esprits, propres à les exposer progressivement à la réplique imprévue de Dieu (makr Allâh). De telles pratiques étaient courantes à l’époque où vivait le maître Zarrûq et à l’époque où vivaient ses propres maîtres. Aussi leur apparaissait-il nécessaire d’initier les hommes, avec désintéressement et pour l’amour de Dieu et de son Envoyé, à se conformer au Coran et à la Sunna.
    Cela par mesure de sauvegarde des hommes pouvant être portés à suivre les partisans du faux de suivre la vraie éducation. De fait, la lumière du Prophète restera à jamais, sa faveur restera totale et sa bénédiction, générale jusqu’au Jour du Jugement. Fin de citation .
    Ainsi, comme des hommes incompétents s’érigeraient en maîtres pour éduquer les gens, d’autres hommes, à l’époque actuelle, s’érigent en éducateurs, en donnant le wird alors qu’on sait que les conditions que doit réunir l’initiateur, tel qu’il ressort des propos de l’’homme de Dieu al-Fâsî, dans l’une de ses « Réponses », consistent à se conformer à la Sunna du Prophète Muhammad en renonçant au monde et au prestige. Il a même laissé entendre que celui ne renonce pas au monde et au prestige n’est même pas apte à être un bon disciple. Et s’il ne peut pas être un bon disciple, il ne pourra pas être un initiateur (muqaddam) pour les initier au wird. Tels sont ses propos en substance.

*


(à suivre, in châ Allah ...)
"Par le Temps ! * Le genre humain est, certes, en perdition * Sauf ceux qui croient, accomplissent les bonnes œuvres, se recommandent la vérité et se recommandent la patience."
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Messagepar Mohammed Abdessalam » Dim Jan 09, 2011 12:57 pm

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es-Salâm alaykum wa rahmatu-Llah


"Ifhâm al-Munkir al-Jânî" Réduction au silence du dénégateur d'El Hadji Malick Sy (1815 - 1922)

(suite)

    Dans la « Hâchiya » de Sidî Gannûn sur le « Muwattâ » de l’Imâm Mâlik, et aussi dans le Jâmi’ al-miyâr », dasn uen réponse d’Abû al-‘Abbâs al-Qabbâb (que Dieu l’ait en Sa Miséricorde), il est textuellement dit : « Il est étrange de voir quelqu’un finir sa vie dans ses investigations relatives aux Stations (maqâmât) et aux Fondements avant de tenter de s’acquitter des dettes d’ordre pécuniaire ou matériel qui pèsent sur ses épaules, et avant de chercher avec détermination à savoir quelles sont ses strictes obligations religieuses qui consistent à ne s’engager à faire ou à dire quoi que ce soit avant de savoir ce que Dieu en prescrit. Savoir d’abord ses obligations religieuses est une condition essentielle faisant l’unanimité des docteurs de la loi. En s’occupant pleinement de ses premiers devoirs, le fidèle n’aurait pas de temps à consacrer à quelqu’un d’autre.
(à suivre, in châ Allah)
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Messagepar Mohammed Abdessalam » Mer Fév 02, 2011 1:33 pm

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Le Cheikh Hadramî a été mentionné dans les posts 6 et 14 à propos de sa parole rapportée principalement par Cheikh Zarrûq dans la conclusion de ses Qawâ’id at-Taçawwuf :
    ... notre maître Abû al-‘Abbas al-Hadrami a dit que l’éducation spirituelle par « içtilâh » (éducation conventionnelle) n’existe plus.

Je tenais à donner une précision de taille que je n'ai personnellement trouvée que dans un seul livre, El-Futûhât el-Ilâhiyah, d'Ibn Ajibah, qui est lui-même un commentaire d' El-Mabâhith el-Açlîyah de Ibn en-Bannâ Sarqustî.
Cette précision réside dans le fait que la citation de la même parole indique à cet endroit précis la date de 824 de l'Hégire comme étant celle de la fin de l'enseignement initiatique conventionnel (p. 75 de l'édition du Caire de Alam Dâr al-Fikr).

Comment se fait-il qu'une information aussi étonnante et importante ait pu ainsi être donnée avec une telle précision ?
Cette date (= 1459/60 J.C.) correspond-elle à un évènement particulier ou, éventuellement, à une période cyclique ?
Ou bien ne doit-on voir là qu'un éventuel ajout postérieur, infondé ?
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Messagepar Adam » Ven Fév 04, 2011 11:12 pm

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Cette date (= 1459/60 J.C.) correspond-elle à un évènement particulier ou, éventuellement, à une période cyclique ?


La date ou du moins l’époque du 15e siècle fait écho à certaines données historiques qu’il peut être utile de rappeler ; auquel cas, je vous laisse le soin d’en tirer les conclusions auxquelles elles peuvent éventuellement donner lieu, incha’Allah.

Concernant la date précise, je n’ai pu trouver qu’elle corresponde à un fait historique ponctuel. L’événement recensé le plus proche dans l’histoire du tassawwuf pourrait être la mort de Abû Abd ‘Allah Muhammed al- Djazûlî située entre 1465 et 1470.

D’un point de vue factuel, le XVe siècle semble correspondre à une époque d’essoufflement pour les voies initiatiques islamiques, d’après les universitaires qui l’ont étudié, tel Eric Geoffroy, pour qui le 15e siècle clôt une période ayant débutée au 12e siècle durant laquelle ont éclos et se sont structurés la majorité des ordres soufis tels qu’on les connaît aujourd’hui. Ce n’est qu’à la fin du 18e siècle qu’aura lieu un « renouveau confrérique » donnant au soufisme des orientations spécifiques.
Ces données d’ordre général sont bien sûr susceptibles d’être nuancées selon les lieux, les siècles ou les voies considérées.

De même, J. Spencer Trimingham, historien britannique, observe dans l’évolution historique du tassawwuf une tendance à l’institutionnalisation :
Il qualifie la première période, allant jusqu’au 12e siècle, d’aristocratique. Selon lui, c’est l’âge d’or, caractérisé par la spontanéité.
Durant la seconde phase, dite bourgeoise, un compromis est accepté entre ésotérisme et respect du juridisme islamique.
La dernière période, à partir du 15e est dite populaire dans la mesure où les confréries sont pleinement intégrées et s’ouvrent au plus grand nombre.

Par ailleurs ou parallèlement peut être, d’un point de vue traditionnel, le siècle évoqué coïncide, à échelle cyclique, avec le début de la période moderne en Occident (que René Guénon associe à la dissolution de l’Ordre du Temple, au début du 14e siècle), amorçant une rupture progressive mais bientôt quasi-généralisée avec la civilisation et la mentalité traditionnelle.
Sans aller plus loin dans les extrapolations, d’autant que je ne connais ni l’auteur ni les ouvrages mentionnés, ces considérations vous apportent t-elles un quelconque éclairage et vous semblent elles cohérentes avec le sujet ?

es-Salâm alaykum wa rahmatu-Llah wa barakâtu-H
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Re: L'ENSEIGNEMENT INITIATIQUE ... SI PRES DE LA FIN DES TEM

Messagepar maurice_le_baot » Mar Fév 15, 2011 1:27 pm

Wa alaykum essalamu wa rahmatullah,

Sidi Adam,

Merci de votre remarque a propos d'el-Jazoulî . Il serait intéressant d'avoir une indication précise sur les rapports chronologiques entre le constat de la disparition de certains modes d'enseignement et la présentation de la prière sur le prophète en tant que substitut du Maître. A ce propos, sait-on à quelle date ont été rédigées les dala'il khayrate?

Voici par ailleurs un intéressant passage du Tarbiyatunâ Rûyyiha du Sheikh Sa’id Hawwâ* (m. en 1984) extrait du site islamophile sur la question du Sheikh :

« Dans le passé, les juristes disaient : "Quiconque s’initie au fiqh sans s’initier au tasawwuf tombe dans la perversion. Et quiconque s’initie au tasawwuf sans s’initier au fiqh tombe dans l’hérésie. Quiconque allie les deux atteint la vérité." Le tasawwuf est donc indispensable pour compléter le fiqh, et le fiqh est indispensable pour gouverner le tasawwuf et pour orienter et diriger les œuvres. Quiconque passe à côté de l’un de ces aspects aura manqué la moitié de l’affaire...
Le tasawwuf et le fiqh sont deux sciences complémentaires, lorsqu’on les oppose telle est véritablement l’erreur, l’égarement, ou encore la déviance. Ce que l’on entend par opposition ici, c’est le fait que le soufi parte loin du fiqh, alors que le fiqh est son gouvernail, ou que le juriste s’écarte de l’application car telle est la corruption du coeur. Le juriste se doit de s’initier au tasawwuf de même que le soufi se doit de s’initier au fiqh, l’objectif étant que le savoir du juriste comprenne ce qui touche aux lois et également ce qui touche à la voie de la mise en oeuvre et de l’accomplissement, et que le savoir du soufi comprenne les lois qui lui sont nécessaires, et que tout ceci soit accompagné par une œuvre correcte à la lumière d’une science authentique.

C’est pourquoi les grands Imâms du cheminement spirituel, comme le Sheikh Ar-Rifâ`î, disent : "La finalité des savants et des soufis est la même." Nous tenons ce propos ici parce que certains ignorants se réclamant du tasawwuf lancent à la figure de tout un chacun la phrase : "Quiconque n’a pas un maître, le diable est son maître." Ce propos est tenu par un soufi ignorant appelant à son maître ignorant, comme il est tenu par un soufi ignorant appelant à son savantissime maître, et à tort lorsque le propos n’est pas placé à bon escient. Celui qui n’a pas de maître est l’individu ignorant qui ne s’instruit pas et refuse toute instruction. Un tel personnage a pour maître le diable. Quant à celui qui avance à la lumière de la science, ses guides sont la science et la loi.

Parmi les règles citées par Sheikh Zarrûq dans son livre Qawâ`id At-Tasawwuf (Les règles du tasawwuf) figure le besoin d’un maître pour l’aspirant. Il dit à ce sujet : "La piété ne nécessite pas un maître car elle est claire." Il dit également : "Le livre suffit à la promotion du doué mais ce dernier n’est pas à l’abri de sa propre bêtise." L’essentiel est donc la capacité de l’individu à apprendre, suivie du cheminement à la lumière de la science... Tel est le minimum qu’Allâh exige de Ses serviteurs. Ceci peut se vérifier chez un individu capable d’apprendre et de comprendre par des lectures personnelles dans les ouvrages reconnus et authentifiés, tout comme il peut puiser auprès d’un savant pratiquant, fût-il communément qualifié de soufi ou non, et nous y reviendrons. Nous souhaitions simplement le rappeler et le répéter plus d’une fois. Revenons maintenant à notre propos. Le tasawwuf et le fiqh sont deux sciences complémentaires. Elles sont toutes les deux nécessaires à chacun, en notant bien que les besoins des uns et des autres varient. L’approfondissement de ces sciences ou l’une d’elle est une obligation de suffisance communautaire (fard kifâyah) et est souhaitable pour tout musulman ».



* Selon E. Geoffroy : « La personnalité de Sa'îd Hawâ (m. 1984) mérite que l'on s'y intéresse tout particulièrement. Ce partisan déterminé de la lutte armée contre le régime syrien a été le disciple de plusieurs maîtres soufis, dont 'Abd al-Qâdir Isa et Muhammad al-Hâshimî (m. 1961) ; il a même reçu d'eux l'autorisation (al-izn) de guider les novices sur la Voie initiatique. Les longues années qu'il a passées en prison ainsi que son exil n'ont pas entamé son enthousiasme pour le plaidoyer qu'il a mené en faveur d'un « soufisme salafî », selon son expression. Son ouvrage Tarbiyatunâ al-Rûhiyya constitue le premier tome d'une trilogie destinée à promouvoir un soufisme bien tempéré parmi les Frères musulmans; l'auteur précise d'ailleurs en préambule qu'il avait prévu de lui donner pour titre Tasawwuf al-haraka al-islâmiyya al-mu'âsira (Le soufisme du mouvement islamique contemporain}, mais que diverses « circonstances » l'en ont empêché ». in Soufisme, réformisme et pouvoir en Syrie contemporaine
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L'ENSEIGNEMENT INITIATIQUE ... SI PRES DE LA FIN DES TEMPS

Messagepar Mohammed Abdessalam » Mer Mars 23, 2011 12:14 pm

" Nous tenons ce propos ici parce que certains ignorants se réclamant du tasawwuf lancent à la figure de tout un chacun la phrase : "Quiconque n’a pas un maître, le diable est son maître." Ce propos est tenu par un soufi ignorant appelant à son maître ignorant, comme il est tenu par un soufi ignorant appelant à son savantissime maître, et à tort lorsque le propos n’est pas placé à bon escient. Celui qui n’a pas de maître est l’individu ignorant qui ne s’instruit pas et refuse toute instruction. Un tel personnage a pour maître le diable. Quant à celui qui avance à la lumière de la science, ses guides sont la science et la loi.

Parmi les règles citées par Sheikh Zarrûq dans son livre Qawâ`id At-Tasawwuf (Les règles du tasawwuf) figure le besoin d’un maître pour l’aspirant. Il dit à ce sujet : "La piété ne nécessite pas un maître car elle est claire." Il dit également : "Le livre suffit à la promotion du doué mais ce dernier n’est pas à l’abri de sa propre bêtise." L’essentiel est donc la capacité de l’individu à apprendre, suivie du cheminement à la lumière de la science... Tel est le minimum qu’Allâh exige de Ses serviteurs. Ceci peut se vérifier chez un individu capable d’apprendre et de comprendre par des lectures personnelles dans les ouvrages reconnus et authentifiés, tout comme il peut puiser auprès d’un savant pratiquant, fût-il communément qualifié de soufi ou non, et nous y reviendrons.

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Les passages que vous rapportez sont évidemment de grande importance.
Ils montrent notamment que la célèbre phrase n'est pas citée uniquement par des adversaires du Taçawwuf (comme cela a été dit) mais, bien plus souvent peut-être, par des initiés, ignorants de son sens véritable et de l'application qui peut, par contre, en être faite valablement.

Il est important que ce genre de propos puisse être largement diffusé, notamment auprès de ceux qui se présentent à l'initiation dans les temps actuels et à qui l'ont veut présenter cette phrase comme une règle absolue, les " incitant " ainsi à poser comme condition incontournable l'acceptation d'un cheikh qui, tout en ayant, dans le meilleur des cas, la fonction, est peut-être loin d'avoir toujours le degré de réalisation qu'on attend de lui mais que l'on présente implicitement comme acquis ou allant de soi.
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Re: L'ENSEIGNEMENT INITIATIQUE ... SI PRES DE LA FIN DES TEM

Messagepar maurice_le_baot » Sam Mars 31, 2012 4:39 pm

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Je regroupe ici un ensemble de citations du Cheikh Muhammad Zakî al-Dîn Ibrâhîm - radiy'Allahu 'an-hu - ayant trait à la nécessité du cheikh et à l'héritage spirituel dans la Tarîqa Mohammediyyah:

« Après moi vous n'aurez pas de besoin d'un autre cheikh , car je suis votre cheikh vivant (hayyan) ou mort (mayyitan), corporellement puis spirituellement (bi-badanî thumma rûhî) et ce que je vous ai laissé comme écrits (tâlîfât) ou comme enseignements oraux (dirâsât) vous suffira (fîhâ kullu-l-kifâyah) « pour ceux d‟entre vous qui veulent se rectifier (an yastaqim) - Coran » (Al-bidayah)

« Notre disciple n’aura pas besoin après nous [...] d’un guide (murshîd) si ce n’est sous le rapport de l’habitude (al-’âdah) et de l’usage administratif extérieur (al-‘urf al-idârî adh-dhâhir) mais en vérité l’initiation (at- taçawwuf ) est "une volonté (irâdah) non une administration (lâ idârah)", c'est "une compréhension profonde (fiqh) et une recherche active (riyâda), non pas un pouvoir (lâ sultah), ni une domination (lâ siyâdah)" » ( Al-waçâyâ' / Muharram-1411h)

Dans un de ses très nombreux poèmes il dit aussi :

"Celui qui vivifie mon héritage (turâthî), il fait partie de moi (minnî)
même quand le temps (az-zamân) aura passé et dans un lieu (makân) éloigné"

Et dans un autre:

"Je suis proche (qarîb) de vous dans ma vie
et après la mort je serai encore plus proche (aqrab)"
وصَلَى ﭐللهُ عَلى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلَّمْ
والسلام عليكم و رحمة الله و بركاته

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Re: L'ENSEIGNEMENT INITIATIQUE ... SI PRES DE LA FIN DES TEM

Messagepar 'Abdun » Lun Juil 16, 2012 1:58 pm

بسم الله الرحمن الرحيم
وصلى الله على سيدنا محمد وعلى آله وصحبه وسلم تسليما
السلام عليكم


En commentant la sagesse « Rien ne profite davantage au cœur qu'un isolement ouvrant sur un espace de réflexion » de l'Imâm Sîdî Ibn 'Ata Allâh as-Sakandarî - radiya Allahu anhu -, Cheikh Sa'îd Ramadân Al-Bûtî dit :

« Le véritable guide (mourchid haqan) est celui qui a examiné les sciences légales islamiques d'assez près pour faire de celles-ci des règles de conduites auxquelles il se tient ; et il est celui dont le cœur est épuré de l'inclinaison pour ce bas monde et de l'attachement à celui-ci : il y renonce, transcende les agréments et les passions qui en sont le lot, fait deuil de ses intérêts personnels et ne cherche à travers ses actions que l'agrément de son Seigneur.

Un tel homme est différent à la considération ou aux mépris des gens à son égard, parce qu'il œuvre pour Dieu, non pour eux, et parce que son réconfort est Sa satisfaction non les encens publics.

Si tu croises la route d'un guide ainsi défini, va à lui et agrippe-toi à son vêtement, car il ne fait aucun doute qu'il te facilitera la voie d'une plus grande proximité de Dieu, qu'il t'aidera à éviter les pièges du diable, qu'il te fera aimer la pratique de la Sunna et qu'il te tiendra à l'écart des innovations pernicieuses.

Mais ne conditionne pas ton cheminement au fait de trouver cette personne, de sorte que tu avanceras si tu la trouves et te détourneras ou t’arrêteras si tu ne la trouves pas. De ce véritable guide – s'il est introuvable – te dispenseront des frères vertueux et de bon conseil. Grâce à Dieu, ceux-ci sont nombreux, dans toutes les villes et dans toutes les régions.

Puis qu'en est-il de ton rapport au guide suprême (al-mourchid al-'adham), le Messager de Dieu – que Dieu prie sur lui et le salue - ? Étudie méditativement sa vie et prie abondamment sur lui. Dieu fera de lui un guide pour toi : il te remettra sur la voie si tu t'égares, il te redressera si tu grandis de travers, et par la grâce de Dieu, il attisera en toi l'amour de la foi et rendra celle-ci estimable à ton cœur , comme il rendra la turpitude et la transgression exécrables à tes yeux. »


fî amânillah.


Remonté la dernière fois par Mohammed Abdessalam le Lun Juil 16, 2012 1:58 pm.
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