Hadith du Pacte de Aqaba (commenté par L. Zamboni)

En collaboration avec la maison d’édition italienne Orientamento-Al Qibla dont nous remercions le responsable,  L. Zamboni, pour avoir permis cette publication 1

Chapitre dix

du Sahih d’Al-Bukhârî 2

 حدثنا أبو اليمان قال أخبرنا شعيب عن الزهري قال أخبرني أبو إدريس عائذ الله بن عبد الله أن عبادة بن الصامت رضي الله عنه وكان شهد بدرا وهو أحد النقباء ليلة العقبة أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال وحوله عصابة من أصحابه بايعوني على أن لا تشركوا بالله شيئا ولا تسرقوا ولا تزنوا ولا تقتلوا أولادكم ولا تأتوا ببهتان تفترونه بين أيديكم وأرجلكم ولا تعصوا في معروف فمن وفى منكم فأجره على الله ومن أصاب من ذلك شيئا فعوقب في الدنيا فهو كفارة له ومن أصاب من ذلك شيئا ثم ستره الله فهو إلى الله إن شاء عفا عنه وإن شاء عاقبه فبايعناه على ذلك 

(18) ʿUbâda ben Al-Sâmit, qui combattit lors de [la bataille de] Badr et qui fut l’un des représentants [médinois] la nuit de ʿAqaba, rapporte, [qu’à cette occasion,] l’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix divine soient sur lui) dit, alors qu’il était entouré d’un groupe de ses compagnons : “ scellez avec moi un pacte selon lequel vous n’associerez rien à Dieu, vous ne volerez point, vous ne forniquerez pas, vous ne tuerez point vos enfants, vous ne prononcerez point de calomnies fabriquées en vous-mêmes, et vous ne refuserez point l’obéissance en ce qui est bon. Celui parmi vous qui l’observera, sa récompense est auprès de Dieu. Qui sera négligent d’une partie de cela et se voit puni en ce monde, cela lui vaudra comme expiation. Qui par ailleurs en négligera une partie et Dieu couvrira son erreur, il en sera remis à Dieu : si Il veut, Il sera Clément avec lui, autrement Il le punira ”. “ Nous [,dit ʿUbâda,] “ scellâmes alors avec lui le Pacte selon ces conditions ”.

Commentaire

 la nuit de ʿAqaba (…) alors qu’il était entouré d’un de ses compagnons .

Nous sommes dans la période initiale de la prédication mohammedienne, avant l’émigration à Médine. Al-ʿAynî explique :  chaque année, à l’occasion du Pèlerinage, l’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix divine soient sur lui) se présentait aux tribus arabes [leur parlant de Dieu]. Alors qu’il se trouvait près de ʿAqaba , c’est-à-dire à Minâ, là où se dressait (et se dresse) l’une des stèles qui sont lapidées par les pèlerins, dites jamarâtu l-ʿaqaba,  il rencontra un groupe d’hommes de la tribu médinoise des Khazraj. il leur dit alors : ‘pourquoi ne nous asseyons pas pour parler ?’ ‘bien sûr’ répondirent-ils en s’asseyant près de lui. Il les invita à Dieu le Très Haut, leur expliqua l’Islam et leur récita le Coran. Ils avaient eux même déjà entendu de la part des Juifs que le temps d’un nouveau prophète était venu et ils se dirent les uns aux autres : ‘par Dieu, c’est lui, et les Juifs ne vous devanceront pas !’ ils lui répondirent donc positivement et quand ils s’en retournèrent dans leur ville, ils en parlèrent à leurs gens ; à Médine, la nouvelle se propagea au sujet de la venue de l’Envoyé de Dieu. L’année suivante, toujours à l’occasion du Pèlerinage, douze ‘auxiliaires’ (ansâr de Médine se présentèrent, dix de la tribu des Khazraj et deux de la tribu des ‘Aws,  parmi lesquels ʿUbâda ben Al-Sâmit, et ils rencontrèrent l’Envoyé de Dieu à ʿAqaba, ils prirent avec lui le Pacte dédié aux femmes étant donné qu’il est très similaire à ce qui est indiqué dans le Coran : « Oh Prophète, quand les femmes croyantes viennent à toi, qu’elles prennent avec toi le Pacte de ne rien associer à Dieu, de ne pas voler, de ne pas forniquer, de ne pas tuer leurs enfants, de ne pas prononcer de calomnies fabriquées en elles-mêmes, et de ne pas te refuser obéissance en ce qui est bon » (LX, 12). Les douze représentants médinois furent les premières personnes à prendre formellement le Pacte avec le Prophète ; ce Pacte aura une importance décisive pour l’avenir de l’Islam, puisqu’il constitue en définitif le démarrage du processus qui amenera Muhammad à émigrer à Médine. L’année suivante, toujours au même endroit et durant le Pèlerinage, une soixante-dizaine de médinois confirmeront le Pacte : en cette ‘seconde ʿAqaba’, ils s’engageront à protéger le Prophète ‘de la même manière qu’ils protégeaient leurs enfants et leurs familles’ ; cette fois aussi, douze délégués (parmi lesquels encore ʿUbâda ben Al-Sâmit) viendront serrer physiquement la main du Prophète (que la prière et la paix divine soient sur lui). Il y eut ensuite un troisième Pacte, d’une portée tout à fait différente, qui ne s’est pas limité aux médinois, celui qui fut scellé à Hudaybiyya sous un grand acacia, et qui fut appelé ‘le Pacte de la satisfaction suprême’, bayʿatu r-riḍwân.  Scellez un Pacte avec moi  : Comme le rappelle justement Ibn Abî Jamra, le terme arabe désigné par ‘pacte’ (bayʿa) est strictement lié au mot bayʿ, ‘transaction’ :  Et donc en telle bayʿa, il est nécessaire de clarifier quel est l’objet de la transaction, et quel en est le prix. Dans notre cas, ce qui est conclu, c’est que l’âme cesse de faire ce qu’elle veut et qu’elle remette toute chose à celui duquel elle prend le ‘Pacte’, de manière à ce que celui-ci agisse librement selon ce que Dieu le Puissant et Excellent veut, au regard de celui qui prend Pacte avec lui. (…) En ce qui concerne le prix de la vente (…), ce n’est évidemment autre que le Paradis, si bien entendu les engagements conclus au moment du Pacte ont été complètement respectés. (…) Et cela, si l’on y regarde bien, c’est le prix de tout pacte scellé [entre Maître et disciple, dans les Voies initiatiques et en général, dans la transmission traditionnelle de la Doctrine] (…) : tout Pacte de ce genre n’est autre, en effet, que le renouvellement et la confirmation du Pacte avec le Prophète (que la prière et la paix divine soient sur lui). Le Pacte avec le Prophète à son tour est le Pacte avec Allah, en vertu de la parole coranique « Ceux qui prennent le pacte avec toi ne font que prendre le Pacte avec Allah » (XLVIII, 10). Enfin, le Pacte avec Dieu le Très Haut n’est autre que la confirmation de la loyauté au [Pacte ‘intemporel’ entre Dieu et les Esprits humains, en lequel Dieu demanda] « ‘Ne suis-je pas votre Seigneur ?’ [auquel ils répondirent ‘Certes oui !’] (VII, 172) ».  Vous ne prononcerez point de calomnies fabriquées en vous-mêmes  : littéralement ‘entre vos mains et vos pieds’, expression habituellement interprétée dans le sens que la calomnie avant d’être exprimée est d’abord ‘construite’ dans l’intimité de l’homme.  Cela lui vaudra comme expiation  : selon les commentateurs, il y a une allusion claire au fait que les châtiments corporels infligés selon la Loi Sacrée (les dits hudûd) valent comme expiation totale des pêchés commis, et selon un autre hadîth en effet,  en vérité, l’épée efface les pêchés .

Traduction originale et commentaire de Lodovico Zamboni 3

*

A lire ou à relire sur le même sujet :

  1. Nous tenons ici à insister particulièrement sur l’importance que revêt, selon nous, une telle initiative en tant qu’elle constitue un travail réel d’unification et de renforcement réciproque au sein de turûq différentes. []
  2. Extrait traduit de Al-Bukhârî: Il Sahîh, ovvero ‘La giustissima sintesi’. I Libri introduttivi. []
  3. Traduit de l’italien par Sarah B. que nous remercions chaleureusement. []

par le 18 décembre 2015, mis à jour le 1 janvier 2016

Mots clés : , , ,