Le juriste ‘Izz ed-Dîn et le pèlerinage (B.C.A.H.C.)

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Cet article est issu de notre traduction de Durrat el-asrâr wa tuhfat el-Abrâr (Imâm Ibn çabbâgh) publiée en PDF sous le titre «Biographie du Cheikh Abû-l-Hassan Châdhilî (B.C.A.H.C)» .

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Quelqu’un en qui j’ai confiance me raconta :

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L’année durant laquelle il partit pour le pèlerinage fut celle où eut lieu le mouvement des Tartares contre l’Egypte. Comme le Sultan était occupé par des opérations guerrières à leur encontre, il ne prépara pas l’escorte militaire pour la caravane des pèlerins.

Le Cheikh planta sa tente à Birkah, où les pèlerins font une halte en dehors du Caire, et quelques personnes le suivirent. Alors les gens rencontrèrent le juriste (faqîh), juge (qâdî) et muftî ‘Izz ed-Dîn ibn ‘Abd es-Salâm 1 et lui posèrent des questions concernant le voyage. « Le voyage, répondit-il, entrepris de manière périlleuse et en l’absence d’une escorte n’est pas permis ». Quelqu’un en informa le Cheikh qui dit : « Laissez-moi le rencontrer ».

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Il le rencontra le vendredi à la mosquée principale alors qu’une large foule s’était rassemblée autour d’eux et lui demanda :

— Ô juriste, est-ce bien ton opinion que, si pour un homme, le monde entier était réduit à la taille d’un simple pas, il lui serait permis d’entreprendre un tel voyage, qu’il y ait des dangers ou non.

Le juge répliqua :

—  Celui qui est dans cette situation sort du champ d’application de l’avis juridique (fatwâ).

— Par Allah, Lui en dehors Duquel il n’y a pas d’autre dieu ! Je fais partie de ceux pour qui le monde entier a été réduit à la taille d’un seul pas. A chaque fois que je vois quelque chose qui génère la peur chez les hommes, je marche avec eux vers un lieu sûr. Pour toi et moi, il n’y aura pas d’échappatoire lorsque, devant Allah 2, Il me questionnera sur la véracité de ce que je t’ai dit.

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Alors le Cheikh voyagea et beaucoup de prodiges se manifestèrent sur la route, dont celui-ci :

Des voleurs voulurent attaquer la caravane de nuit mais ils trouvèrent un mur érigé autour d’elle, comme s’il y avait eu une ville. Après l’aube, ils vinrent à lui, l’informèrent de leurs actes, puis se repentirent à Allah –Exalté soit-Il- et voyagèrent en compagnie du Cheikh pour accomplir le pèlerinage.

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Le pèlerinage achevé, il revint et fut le premier des voyageurs à entrer au Caire. Ses compagnons du pèlerinage relatèrent aux autres les dons qu’Allah lui avait accordés.

Alors le juge ‘Izz ed-Dîn sortit pour le rencontrer à Birkah, qui est un lieu à environ six miles en dehors du Caire. Alors qu’il entrait en sa présence, le Cheikh lui dit :

—  Ô juriste, par Allah, si je n’avais été éduqué par mon ancêtre l’Envoyé d’Allah, j’aurais pris la caravane le jour de ‘Arafah, et j’aurai sauté d’un seul pas avec elle jusqu’à ‘Arafât.

—  Je crois en Allah ! s’exclama le muftî.

Alors le Cheikh lui répondit :

—  Considère la réalité de ceci !

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Et tous les gens présents virent la Ka’abah et pleurèrent. Le juriste laissa tomber la tête entre ses mains, puis lui dit :

—  Tu es mon Maître depuis cette heure.

—  Plutôt, tu es mon frère in châ Allah, répondit le Cheikh.

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  1. Surnommé « le Sultan des Savants » (m.1261), il est rapporté à son propos dans Latâ’if el-minan que le Cheikh châdhilî entendit une voix lui dire : « il n’y a pas sur terre un cours en jurisprudence islamique (fiqh) aussi riche que celui du cheikh ‘Izz ed-Dîn ibn ‘Abd es-Salâm […] » (trad. E. Geoffroy, La sagesse des maitres soufis) []
  2. Au jour du jugement dernier. []

par le 17 août 2012, mis à jour le 8 juillet 2015

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