L’échoppe dans le désert (B.C.A.H.C.)

 

Cet article est issu de notre traduction de Durrat el-asrâr wa tuhfat el-Abrâr (Imâm Ibn çabbâgh) publiée en PDF sous le titre «Biographie du Cheikh Abû-l-Hassan Châdhilî (B.C.A.H.C)» .

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Une autre fois, le susmentionné Mâdî nous raconta aussi ceci :

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Le Cheikh m’envoya d’Alexandrie à Damiette pour quelque chose dont il avait besoin. Il y avait avec nous un homme des gens de cette ville qui désirait voyager avec moi. Il demanda la permission au Cheikh qui l’autorisa à voyager. Alors que nous approchions de la Porte du Lotus, qui est une des portes d’Alexandrie, l’homme sortit de l’argent pour acheter du pain et des condiments.

Je lui dis :

–     Tu n’as besoin de rien.

–     Allons-nous trouver l’échoppe de qui que ce soit dans le désert ? me demanda-t-il alors.

Puis il indiqua (pointa du doigt) la boutique d’un pâtissier de la ville d’Alexandrie.

Je lui répondis :

–     Nous trouverons quelque chose de mieux, In châ Allah.

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J’étais habitué, lorsque je voyageais, à ne jamais prendre de provisions de nourriture avec moi. Quand j’avais faim, j’entendais la parole du Cheikh el-Châdhilî derrière moi disant : « O Mâdî, va à droite et de trouveras une nourriture goûteuse et de l’eau fraîche ».

 

Nous sortîmes alors d’Alexandrie et marchâmes avec hâte jusqu’à ce que le jour fût assez avancé. Il me dit alors : « O Mâdî, donne-moi quelque chose à manger car j’ai faim ».

Comme d’habitude, la voix du Cheikh vint immédiatement et dit : « O Mâdî, ton hôte a faim, va à droite et tu trouveras de quoi le nourrir ». Quittant la piste du côté droit, nous trouvâmes un étalage rempli de kounafa 1 sucrés imprégnés de musc et d’eau de rose, et nous en mangeâmes jusqu’à être repus. L’homme pleura et fut surpris de ce qu’il venait de voir.  Je lui demandai :

–     Laquelle des deux est la plus goûteuse, cette nourriture ou celle que tu pointais du doigt dans la boutique du pâtissier ?

–     Par Allah, je n’ai encore rien vu de semblable, et une telle chose n’aurait jamais pu être réalisée, même dans le palais d’un roi, me répondit-il.

 

Il voulut rassembler les restes, mais je l’en empêchai et il les laissa comme ils étaient. Après avoir marché sur une courte distance, nous eûmes soif. Instantanément, la voix du Cheikh me vint : « O Mâdî, va à droite et tu trouveras de l’eau ». Nous trouvâmes un bassin d’eau fraîche dans le sable, nous en bûmes, puis nous nous allongeâmes pendant un certain temps.

En nous levant, nous ne trouvions plus une goutte d’eau.

L’homme demanda :

–     Où est l’eau qui était à cet endroit ?

–     Je n’en sais rien, lui répondis-je.

Alors l’homme commenta :

–     Ce Cheikh est très puissant. Par Allah, je ne retournerai pas parmi les miens tant que je n’aurais pas obtenu ce que ce Cheikh a obtenu, ou mourrai en Allah.

 

Puis il laissa son manteau doublé de fourrure avec moi et marcha dans le désert en s’exclamant : « Allah, Allah ! »

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Quand j’eus fini mon voyage et que je revins auprès du Cheikh el-Châdhilî, il dit :

–     Ô Mâdî, tu as perdu ton hôte.

–     C’est toi qui l’a perdu, en le nourrissant de doux gâteaux dans le désert et en étanchant sa soif avec l’eau dans le sable.

–     Il est passé parmi ceux qui s’en sont allés en Allah

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  1. Type de gâteau arabe. []

par le 22 octobre 2012, mis à jour le 5 novembre 2012