Les Noms : d’Allah à Seyidnâ Adam – L.D.L.H

Cet article est issu de notre étude intitulée « Commentaire de la prière sur le Prophète » de la Lumière Essentielle » (en-Nûr edh-dhâtî), dont la dernière version au format pdf est disponible sur le Porteur de Savoir

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Les Noms : d’Allah à Seyidnâ Adam

 

V2 – 06 octobre 2011

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Les sept Attributs divins prototypiques énoncés à la fin de notre article sur les Noms (Asmâ) et les Attributs (Cifât) sont également dits «de jonction» en raison de leur correspondance avec les attributs de l’être humain. Ils revêtent, sous ce rapport, une importance technique du premier ordre à l’égard de la doctrine de l’Homme universel (el-Insân el-Kâmil).

L’être ayant réalisé l’un des sept Attributs devient lui-même cet Attribut, ou plutôt, il devient le support à travers lequel Allah manifeste l’Attribut en question, non par l’effet de son individualité qui est alors éteinte, mais en vertu du réceptacle qu’il constitue alors pour la théophanie de l’aspect divin correspondant ; quant à l’Homme Universel, qui a assimilé ou intégré les sept « Attributs de Perfection », c’est à dire l’ensemble des Noms et des Attributs divins, il établit dès lors l’analogie constitutive de la manifestation universelle et de sa modalité individuelle humaine, ou encore du macrocosme (kawn el-kebir) et du microcosme (kawn eç-çeghir), car il a atteint la réalisation complète et parfaite de l’être total 1 .

Cette analogie est par ailleurs clairement établie entre la Ulûhiyah, contenant tous les Noms, et le Prophète Adam, qui représente « l’Unité synthétisant toutes les formes humaines (çûwar baçhariyya) » 2 . Dans le texte coranique, la connaissance des Noms, en tant que ceux-ci représentent ou reflètent l’essence des êtres qu’ils désignent, est étroitement liée à la « lieutenance d’Allah sur terre » (Khalîfat-Allâh fî-l-ard). Ainsi, selon la tradition islamique, Allah ordonna aux Anges de se prosterner devant Seyidnâ Adam, à qui Il avait enseigné tous les Noms, puisqu’il leur était supérieur du fait qu’il « réalisait » des Noms divins qui se soustrayaient à leur connaissance limitée 3 .

En outre, les écrits du Cheikh el-Akbar offrent de précieuses indications sur la réalité adamique, mais cette fois envisagée du « point de vue divin », ou plus précisément du point de vue de la Volonté divine qui a présidé à son existenciation. Ibn ‘Arabî y explique notamment que « L’Etre Vrai (al-Haqq) voulut, sous le rapport de Ses Noms Excellents qui sont innombrables, voir les entités de ces Noms et si l’on veut, on peut dire tout court (pour éviter d’imaginer une pluralité réelle, alors qu’il ne s’agit que d’une multiplicité de « relation » de Sa Réalité unique) Il voulut voir (toujours sous le même rapport des Noms innombrables) Son Entité (synthétique) dans un être totalisateur qui renferme toute chose, et ceci du fait que Dieu est qualifié par la Grande Générosité en raison de laquelle Il manifeste Son Mystère à cet être (dans lequel Il se complaira intégralement) » 4 . Le Cheikh Muhiy-d-Dîn dit aussi ailleurs que dans le « Petit Homme » (Insân eç-çaghîr5 , « Allah a mis toutes les réalités (haqaïq) du Macrocosme (el-‘alam el-kebîr), de sorte que l’Homme est sorti selon la forme du Monde malgré la petitesse de son corps. Le Monde étant selon la forme de Dieu, l’Homme aussi est selon la forme de Dieu, ce qui est affirmé en outre par le hadith : « En vérité Allah a créé Adam selon Sa forme » (Inna-Llâha khalaqa Adam ‘alâ çûrati-Hi) » 6 . Ailleurs, le Cheikh el-Akbar dit encore qu’Allâh « a créé l’Homme comme un résumé (mukhtasar) excellent », qu’Il a synthétisé en lui les principes (ma’anî) du Macrocosme » et fait de lui « un prototype (nuskha ou exemplaire) totalisant toutes les réalités contenues dans ce Macrocosme ainsi que les Noms (divins) inclus dans la Présence divine » 7 .

Enfin, puisque nous avons dit dans précédemment 8 que les Noms divins pouvaient également correspondre à des degrés de l’Existence, en tant qu’ils sont des degrés de la Ulûhiyah, il nous faut encore signaler que cela est transposable au niveau de l’être. C’est en effet d’une façon à peu près similaire, mais au niveau microcosmique cette fois, que Guénon dit qu’à chaque modalité individuelle de l’être correspond un nom. D’ailleurs, l’initié suivant une voie de réalisation spirituelle est susceptible, à chaque degré d’initiation effectivement atteint, de prendre le nom correspondant à la modalité d’être qu’il a réalisée 9 et « comme ces modalités sont hiérarchisées dans l’être, il en est de même des noms qui les représentent respectivement ; un nom sera donc d’autant plus vrai qu’il correspondra à une modalité d’ordre plus profond, puisque, par là même, il exprimera quelque chose qui sera plus proche de la véritable essence de l’être » 10 . Ainsi, le véritable nom d’un être humain est celui « qui correspond à la modalité centrale de son individualité », ou autrement dit celui qui « constitue l’expression intégrale de son essence individuelle » 11 . Néanmoins, comme le souligne Guénon, le nom d’un être est également susceptible d’une transposition au-delà des modalités individuelles qu’il caractérise normalement 12 . En effet, le nom peut à la fois être appliqué dans le domaine « angélique » où il désigne « le principe informel ou « spirituel » de l’être, qu’on peut appeler aussi sa pure « essence », et dans le domaine humain où il désigne « la partie subtile de son individualité, qui n’est essence qu’en un sens tout relatif et par rapport à sa partie corporelle, mais qui, à ce titre, représente l’ « essence » dans le domaine individuel et peut donc y être considéré comme un reflet de la véritable « essence » transcendante ». 13 .

 

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  1. Bien que, comme le souligne Guénon (Symbolisme de la Croix, chap. II), le mot « être » ne soit employé que par analogie avec ce dont il s’agit réellement, car la conception de l’ « Homme Universel », dans la plénitude de l’acception du terme « universel », s’applique aussi aux états de non-manifestation et non pas uniquement au seuls états de manifestation, c’est-à-dire en somme à la Ulûhiyah même, dont nous avons déjà signalé dans notre article Notions générales sur l’Essence (Dhât) qu’elle englobe à la fois l’existence (elwujûd) et la non-existence (el-‘adam). []
  2. Cf. notamment Jurjânî, Ibid. []
  3. « Lorsque ton Seigneur dit aux anges : « Je vais établir un Lieutenant sur la terre, ils dirent : « Vas-tu y établir quelqu’un qui y sèmera la corruption et qui répandra le sang, alors que nous célébrons Tes louanges en Te glorifiant et que nous Te sanctifions ? » Le Seigneur dit : « Je sais ce que vous ne savez pas ». Il enseigna à Adam le nom de tous les êtres (‘allama Adam el-Asmâ kulla-ha), puis Il les présenta aux anges en disant : « Informez-moi de leurs noms, si vous êtes véridiques ». Ils dirent : « Gloire à Toi ! Nous n’avons connaissance que de ce que Tu nous as fait connaître. Tu es, en vérité, l’Omniscient, le Sage ». Il dit : « O Adam ! Informe-les de leurs noms ! ». Quand Adam les eut informés de leurs noms, le Seigneur dit : « Ne vous ai-je pas déclaré que Je connais le mystère des cieux et de la terre ? Je connais ce que vous divulguez et ce que vous occultez. » Lorsque Nous avons dit aux anges : « Prosternez-vous devant Adam ! » […] » (Coran 2 ; versets 30 à 34)

    De façon plus générale à propos de tous les êtres « non-humains », Guénon dit que « l’ « homme primordial », au lieu de se situer simplement parmi eux, les synthétisait tous dans son humanité pleinement réalisée » et note que c’est pourquoi, dans le symbolisme chrétien de la genèse, « Adam pouvait « nommer » tous les êtres de ce monde, c’est-à-dire définir, au sens le plus complet de ce mot (impliquant détermination et réalisation tout à la fois), la nature propre de chacun d’eux, qu’il connaissait immédiatement et intérieurement comme une dépendance de sa nature même » (La Grande Triade, chap. IX) []

  4. Fûsûs el-Hikam : « La Sagesse des Prophètes ? » (in Science Sacrée – N°1-2-2001). []
  5. Dans ce passage des Futûhat, ce « Petit Homme » est présenté comme le résumé (mukhtaçar) du « Grand Homme » (Insân el-kabîr) qui est l’existence. (Chap. 78, traduit par M . Vâlsan sous le titre « Sur la notion de Khalwah » dans ET de mars-avr. et mai-juin 1969, n° 412-413). []
  6. Ibid. []
  7. Ibn Arabî, Kitâb ‘Uqlat al Mustawfiz, Trad. De Gloton dans le Livre de la production des cercles. []
  8. Notions générales sur les Noms (Asmâ) et les Attributs (Cifât) []
  9. Cette doctrine est à rapprocher de la notion islamique de takhalluq bi-l-Asmâ, sur laquelle nous reviendrons dans un prochain article. []
  10. Aperçus sur l’Initiation, XXVII []
  11. Ibid. Aussi, l’être libéré des contraintes inhérentes cet état individuel, c’est-à-dire une fois passé dans le domaine des états supra-individuels, n’a alors véritablement plus de nom et peut emprunter n’importe lequel d’entre eux comme s’il revêtait un vêtement suivant les circonstances. []
  12. Peut-être n’est-il pas inutile à ce stade de rappeler que, selon la doctrine des états multiples de l’être exposée par Guénon dans l’ouvrage du même nom, l’Existence ou la manifestation universelle est constituée de deux domaines, celui de la manifestation informelle et celui de la manifestation formelle, ce deuxième domaine étant lui-même subdivisé en deux parties, l’une subtile et l’autre grossière. Ces « mondes » trouvent respectivement leurs correspondances microcosmiques dans les états supra-individuels ou «angéliques » et l’état individuel (dont l’état humain) qui lui comprend à la fois la modalité psychique et la modalité corporelle. []
  13. Etudes sur l’Hindouisme, chap. Nâma-Rûpa []

par le 23 juillet 2011, mis à jour le 6 octobre 2011