Organisation des séances d’adoration de la Tarîqah Mohammediyyah Chadhiliyyah

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Le texte publié ici est extrait du livre de Cheikh Mohammed Zakî ed-Dîn Ibrahîm intitulé El-Beyt el-Mohammedî.1

 

1)   Temps des séances

Sache que nous commençons toujours nos séances à la suite d’une prière, lors d’un temps parmi les temps prescrits, en groupe et au début du temps. Ainsi, la séance tient lieu de prolongement de l’adoration de la prière elle-même et l’appel à la prière en son temps fait office d’ouverture de la séance. Nous ne séparons pas la séance de la prière, hormis pour effectuer les prières surérogatoires et les formules de clôture de la prière, mais rien d’autre. Aucune excuse n’est acceptée pour retarder [la prière et l’ouverture de la séance], même si ne sont présents d’entre les frères que deux hommes uniquement : ils accompliront l’obligatoire dans son temps délimité, de la même manière que s’ils étaient deux cents (sans attendre personne). Le meilleur temps des séances chez nous est celui qui suit la prière de l’aube (fajr), ou à la tombée de la nuit (maghreb), ou dans la nuit (‘ichâ’), puis le temps après la prière du zénith (dhuhr) ou de l’après-midi (‘asr). Il est prescrit aux frères de préserver autant que possible cette particularité et il n’existe aucune dérogation à ce sujet, de sorte que nous ne privilégions pas ce monde sur l’Autre et que nous ne donnons pas la précellence aux créatures sur le Créateur. Nous demandons pardon à Allah.

 

Et puis, le fait de tenir une séance très tôt permet d’avoir ensuite le temps de se consacrer aux différentes activités de la vie quotidienne. Cela aidera en outre à faire l’effort de se lever pour les prières nocturnes, à saisir les vertus de la prière du matin (fajr) puis à affronter les activités qui permettent de gagner sa vie avec entrain, foi et bonne humeur (inchirâh).

 

2)   Le dhikr, de la position assise à celle debout

 

La règle de base pour le dhikr chez nous est la position assise, que l’on soit seul ou en groupe, car cela est plus propice et conviendra à tous les âges, à tous les milieux et à toutes les personnes. Cela est également plus adapté à l’ensemble des circonstances et des occasions. Ce faisant, si le soutien spirituel se propage, que l’amour se diffuse et que les désirs spirituels (ashwâq) s’enflamment, il n’y a pas de mal à pratiquer le dhikr debout si cette position est exempte de toute faute. En effet, il n’est pas question de danse ou de saut à cloche pied, ni de ce qui porte atteinte à la dignité (murû’a), dans un lieu qui affecte l’honneur. « Une fois la prière accomplie, invoquez Allah, debout, assis ou sur votre côté » 2 , et les gens doués d’intelligence chez Allah sont « ceux qui invoquent Allah, debout, assis ou sur leur côté » 3   à la condition absolue du maintien des convenances, du recueillement et de la dévotion exclusive : « Et mentionne le Nom de ton Seigneur et consacre-toi exclusivement à Lui » 4 . D’après le hadith de l’Imam Alî : « Ils se balançaient [au rythme] du dhikr comme se balancent les arbres sous l’effet du vent violent », ainsi que le rapporte l’auteur du Chifâ’ et d’autres.

 

Le dhikr doit obligatoirement avoir lieu dans un endroit préservé, pur, respectueux de l’honneur [lié] à l’invocation (dhikr), à l’invocateur (dhâkir) et à l’Invoqué (madhkûr) : « Glorifie le Nom de ton Seigneur le Très-Haut » 5 , sans autre But en cela que la Face d’Allah, selon n’importe quel sens ou quelle forme : « et on ne leur a ordonné que d’adorer Allah en lui vouant un culte exclusif tels les croyants primordiaux (hunafâ’) » 6 , en observant en cela toutes les conditions légales ainsi que les bienséances humaines et fraternelles, sans en transgresser les limites. Les meilleurs des lieux pour le dhikr sont les maisons d’Allah, puis les maisons des frères.

 

3)   Les « mudhâkarât » et les obligations

 

Il est impératif que la séance de dhikr soit accompagnée d’une séance de science (‘ilm) que l’on appelle « mudhâkarah ».  Ce qui est visé par ce terme est la bonne compréhension (fiqh) des questions religieuses importantes, des statuts généraux du taçawwuf, les justifications [légales] des adorations (‘ibâdât), des points de doctrine (‘aqâ’id) et des relations sociales (mu’âmalât) pour que les gens présents profitent de la bénédiction du dhikr et de la lumière de la science, ainsi que du bienfait de la mise en œuvre pratique et initiatique (et-tatbîq el-‘amalî wa es-sulukî), avec foi et satisfaction.

 

La mudhâkarah peut s’étendre et s’élargir aux problèmes des frères, à leurs affaires et à leurs droits, à tout ce qui concerne la Voie et ses exigences, aux nécessités liées aux célébrations spirituelles saisonnières (mawâsim), au service social, à la coopération pratique dans le bien et la piété sous tous ses aspects, et tout ce qui est en lien avec l’islam et les musulmans en tout endroit.

 

4)   Les deux nobles formules

 

Selon nous, ces deux nobles formules sont le pilier du dhikr :

 

Premièrement, celle que nous appelons « Tahlîl el-akbar » ou « Seyyid et-tahlîl » :

 

لَا إِلَهَ إِلَّا اللَّهُ وَحْدَهُ لَا شَرِيكَ لَهُ لَهُ الْمُلْكُ وَلَهُ الْحَمْدُ يُحْيِي وَيُمِيتُ وَهُوَ حَيٌّ لَا يَمُوتُ بِيَدِهِ الْخَيْرُ وَهُوَ عَلَى كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ

« Pas de divinité si ce n’est Allah, Unique, sans associé. A Lui le Royaume et à Lui la louange. Il fait vivre et mourir alors qu’Il est Vivant et ne meurt pas. En Sa Main est le Bien, Il est Puissant sur toute chose ».

 

 

Deuxièmement, celle que nous appelons « Seyyid et-tasbîh » ou « Dhikr el-jâmi’ » :

 

سبحان الله، والحمد لله، ولا إله إلاّ الله، واستغفر الله،

و تبارك الله، والله أكبر

لا حول ولا قوة الا بالله العلي العظيم

« Gloire à Allah ! Louange à Allah ! Pas de divinité si ce n’est Allah ! Béni soit Allah ! Je demande pardon à Allah, Allah est plus grand ! » auquel on ajoute la « hawqalah » :

« Pas de force ni de puissance si ce n’est par Allah, le Sublime, l’Immense »

 

 

En vérité, ce qu’on rapporte du Prophète ﷺ à propos des bienfaits de ces deux formules dépasse ce qu’on peut concevoir et surpasse ce qu’il est possible d’indiquer comme récompense ou subtilités allusives et explicites. Sur ce point, nous renvoyons aux livres de Hadîth ainsi qu’à certains numéros spéciaux consacrés par la revue « El-Muslim » au dhikr d’Allah de même qu’au livre « Uçûl el-Wuçûl ».

 

Pour cette raison, nous persistons dans la pratique de ces deux formules lors de toute adoration personnelle ou collective, et nous répétons leur dhikr en vue d’obtenir l’immense récompense qui leur est associée, après les formules de clôture des prières, avec tout wird, au moins trois fois, en ne cessant de les prononcer à chaque mouvement ou chaque repos, lors du sommeil et éveillé. Nous considérons qu’Allah a réservé leur secret et leur bénédiction pour cette Tarîqahh régulière et noble.

 

Nous avons trouvé en ces deux formules des secrets et des bénédictions que ne peuvent décrire que ceux qui les ont expérimentés. Pour cette raison, s’astreindre à leur pratique (iltazâmihimâ) fait partie des emblèmes de la « Tarîqah el-Mohammediyyah ». La louange est à Allah !

 

 


LES SÉANCES D’ADORATION  (istiftâh el-majâlis el-‘ibâdah)

 

Chez nous, les séances d’adoration ont trois formes :

 

  1. L’ouverture mohammedienne (el-istiftâh el-mohammedî)
  2. L’ouverture nâçirienne (el-istiftâh el-nâcirî)
  3. L’ouverture universelle (el-istiftâh el-‘amm)

 

Chacune à la même introduction (muqaddimah wâhidah), par laquelle les frères débutent avant toute ouverture (qabl kulli istiftâh).

 

 

A.  INTRODUCTION de chaque séance (muqaddimatu kulli istiftâhin)

 

Les frères s’asseyent comme dans la position assise de la prière, en cercle (halaqah7 bien ordonné, parfumés, avec de l’encens, emplis d’humilité et orientés vers Allah. Il est préférable que les frères laissent toujours dans le cercle une place vacante, inchangée, réservée au cheikh vivant de la Tarîqahh, à droite du mustaftih [celui qui dirige l’istiftâh], que le cheikh soit loin ou absent. Il serait meilleur que cette place vacante soit marquée de façon appropriée.


Ensuite, les frères doivent avoir présent à l’esprit que leur Cheikh est parmi eux, à cette place vide, accompagné de l’esprit de notre seigneur l’Envoyé d’Allah ﷺ , ainsi que les esprits de tous les guides de la Tarîqah dans le cercle, réunis dans un cortège unique, dirigés vers Allah à partir de ce cercle, sans aucun voile entre Lui et eux. Lorsqu’ils commencent le dhikr, ils doivent tout oublier sauf Allah.

 

Une fois que les frères ont cette image bien présente à l’esprit : le mustaftih leur donne l’autorisation de réciter la Fâtihah en demandant à Allah, par l’intercession de la baraka qu’elle contient, l’ouverture spirituelle (fath), l’acceptation (qabûl) et l’effusion de grâces de la part d’Allah (ifâdhat min Allah). Il dédie la récompense de la lecture commune au Prophète ﷺ, aux Maîtres, aux frères et aux Saints d’Allah dans leur ensemble.

Après cela, le mustaftih dicte à ses frères [les formules] du repentir (tawbah) et la demande de pardon (istighfâr).

 

Il dit ensuite en son for intérieur :

 

السلام عليك أيها النبي ورحمة الله وبركاته، السلام علينا وعلى عباد الله الصالحين

 « Que la paix soit sur toi, ô Prophète, ainsi que la miséricorde d’Allah et sa bénédiction. Que la paix soit sur nous et sur tous les Pieux serviteurs d’Allah ».

 

 

Il fait cela avec le cœur orienté vers l’esprit du Prophète ﷺ et des Maîtres, en leur demandant spirituellement l’autorisation d’ouvrir la séance (majlis).

 

Puis il commence ses actes d’adorations habituels, avec le moyen d’ouverture qu’il choisit, pourvu qu’il n’oublie pas la prière de l’imam Châfi’î :

 

اللَّهُمَّ صَلِّ أَفْضَلَ صَلاَةٍ عَلَى أَسْعَدِ مَخْلُوقَاتِكَ سَيدِنَا مُحَمَّدٍ

 « Allahumma étends Ta prière la meilleure sur la plus heureuse de Tes créatures… »

 

 

 

B.   L’OUVERTURE (el-istiftâh)

 

a.     L’ouverture mohammedienne (el-istiftâh el-mohammedî)

 

Après cette introduction, on récite la Fâtihah, verset par verset, en groupe et à voix haute, avec une lecture correcte (çahîhah). On récite ensuite la sourate « Ya-sîn » si la séance a lieu après la prière du coucher du soleil (maghreb) ou la sourate « Tabârak » si la séance a lieu après la prière du soir (‘ichâ’). Ils récitent ensuite « les protectrices » (El-mu’awidhât) en intercalant le « takbîr ». Puis ils réciteront dix fois « Et-Tahlîl el-akbar », et dix fois « Et-Tasbih el-kâmil ». Si cela est facile et possible, on distribue aux frères qui peuvent lire des « quarts du coran » (rubu’a el-qur’ân) et chacun d’eux lit seul et à voix basse ce qu’Allah lui permet (il est permis de répartir la lecture du rubu’a sur plusieurs séances) jusqu’à l’achèvement complet  de la lecture du Coran.

 

Quant à ceux qui ne savent pas lire, on leur demandera de réciter plusieurs fois à voix basse « Eç-çamadiyyah », puis, si le temps le permet, les frères liront ensemble « l’Oraison des versets mohammediens » (El-Wird el-âyât el-mohammadî ), ou bien, à la place (du ruba’ et de l’oraison des versets), ils se contenteront de la lecture d’une partie du coran (hizb qur’ânî) en intercalant un court instant de silence entre deux lectures.

 

Puis ils lisent les Noms Excellents d’Allah « bien connus » (Asmâ’u  Allah el-husnâ el-machhûrah ») en disant systématiquement après chaque Nom « Exalté soit-Il » (Jalla jalâlu-Hu). Puis ils lisent les Noms Excellents d’Allah « transmis » (Asmâ’u  Allah el-husnâ el-ma’thûrah) en disant systématiquement après chaque Nom « gloire à Toi », (soubhâna-Ka). Puis ils lisent les noms du Prophète ﷺ en disant après chaque nom : « qu’Allah prie sur lui et le salue » (çall-Allahu ‘alayhi wa sallam). Ils feront tout cela s’ils ont assez de temps et que les circonstances le permettent (car la lecture du coran et des Noms Excellents d’Allah est facultative et fonction des circonstances).

 

Puis ils disent : « Il n’y a de dieu qu’Allah » (Lâ ilâha ill-Allah) autant de fois qu’Allah le permet. Ils pratiquent ensuite le dhikr avec son Nom –Exalté soit-Il– : « Allah Allah », deux par deux ; puis par son Nom –Exalté soit-Il– : « Allah », un par un ; puis par son Nom –Exalté soit-Il– : « Lui » (Huwa), puis par son Nom –Exalté soit-Il– : « Vivificateur » (Hayy), et ainsi de suite selon ce qu’a rappelle notre maître dans le livre « El-Marji’ ». Puis ils terminent par leur clôture connue. Il est à remarquer que l’invocation par son Nom –Exalté soit-Il– : « Lui » (Huwa) est conditionnée par la bonne prononciation et la bonne articulation. Dans le cas contraire, il est préférable pour l’assemblée d’éviter de le pratiquer dans le dhikr !

 

Quant à son Nom « Ah »(أه), nous ne l’ordonnons pas ni ne l’interdisons, car il a une influence particulière sur ceux qui le pratiquent (cha’n khaç ‘inda ahluh). Nos Maîtres avaient autorisé le dhikr par ce Nom en comité restreint (ma’a el-khâçah) dans les moments d’extase et d’absorption (istighrâq). Du reste, ce qui est convenu vaut mieux que ce qui est sujet à controverse. C’est au responsable de la séance (el-mustaftih) d’adapter aux circonstances et de se contenter d’un peu par rapport à la totalité de ce qui précède lorsque les conditions l’imposent. En effet, il y a dans ces choses une souplesse et rien n’est figé : ce sont les situations et les circonstances qui dictent la façon de faire.

 

b.    L’ouverture nâçirienne (el-istiftâh el-nâcirî)

 

Après l’introduction spirituelle et organisationnelle qui précède tout istiftâh, ils commencent par la lecture de la Fâtihah, en commun et verset par verset. Ils lisent ensuite n’importe quelle prière (çalâh) ou un hizb parmi les oraisons chadhilies si cela est facile. Après le hizb, ils lisent impérativement la « Demande d’intercession » de notre imam Cheikh Ibn Nâçir8  et observent ensuite un court silence. Puis le naqîb responsable, assis ou debout, ou le mustaftif, dit à haute voix quelque chose de court, comme par exemple : « Aimes-nous et rapproches-nous, ô Lui »9  avec le prolongement naturel (tabi’î) venant du cœur, et les frères répètent après lui de la même manière : « Ô Lui » (yâ Huwa), avec imploration et d’une voix unique. Puis il dit par exemple : « Nous sommes protégés, nous sommes gagnants, ô Lui » (salimnâ ghanimnâ yâ Huwa)10  , et les frères répètent après lui de la même manière : « Ô Lui » (yâ Huwa), avec imploration et d’une voix unique. Puis : « Mets-nous au devant de notre communauté, ô Lui » (qaddimnâ qawmanâ yâ Huwa)11  , et les frères répètent après lui de la même manière : « Ô Lui » (yâ Huwa), avec imploration et d’une voix unique. Puis : « Enseigne-nous et sois généreux envers nous, ô Lui » (‘allimnâ akrimnâ yâ Huwa), et les frères répètent après lui de la même manière : « Ô Lui » (yâ Huwa), avec imploration et d’une voix unique. Puis : « Protège-nous et fais-nous vaincre, ô Lui » (Usturnâ wa unsurnâ yâ Huwa), et les frères répètent après lui de la même manière : « Ô Lui » (yâ Huwa), avec imploration et d’une voix unique. Si Allah lui inspire d’autres invocations, il continuera de la sorte et les frères répèteront après lui : « Ô Lui » (yâ Huwa) de la même manière. Après cela, ils répètent tous ensemble : « Ô Lui, ô Lui » (yâ Huwa yâ Huwa), du nombre de fois qu’Allah leur inspire12  , puis ils observent un moment de silence dans l’attente du soutien spirituel d’Allah (madad Allah).

 

Le mustaftih dit ensuite à haute voix : « Allah » et s’arrête après avoir respecté l’allongement communément établi (el-madd el-muqarrar). Puis il dit : « Par Lui [commence] tout début et vers Lui [se termine] toute fin» (min-Hu-l-mubtadâ’ wa ilayHi-l-muntahâ’) ; et les frères répètent en commun après lui, avec ardeur (himma), force et foi : « Allah » avec l’allongement et l’arrêt. Puis le mustaftih dit : « Allah a fait rire et a fait pleurer » (Allahu adhhaka wa abkâ) et les frères répètent : « Allah ». Ils continuent de la sorte avec la récitation des derniers versets de sourate « L’étoile » (En-najm) jusqu’à ce qu’il récite : « [Allah] a fait périr les anciens ‘Âd » (wa annahu ahlaka ‘âdan el-ûlâ)13  . Puis il continue à réciter tout seul en s’arrêtant à la fin de chaque verset tandis que les frères l’écoutent en silence, jusqu’à arriver à la parole : « contester » (tatamârâ14  . Ils disent alors : « Allah » et répètent activement avec foi : « Allah, il n’y a de divinité qu’Allah, Allah » (Allah, lâ ilâha ill-Allah, Allah), et invoquent avec cette formule, répartis en deux groupes, autant de fois qu’Allah le veut (mâ châ’ Allah). Puis ils passent au dhikr avec le Nom : « Allah Allah », puis « Allah », puis « Lui » (Huwa), puis « Vivificateur » (Hayy) comme ce qui est habituellement pratiqué et détaillé dans le livre « El-Marji’ », suivant en cela l’ordre du verset : « Allah, il n’y a de divinité que Lui, le Vivificateur, Celui qui subsiste par Lui-même » (Allah lâ ilâha illa Hu el-Hayyu-l-Qayyûm).

 

Tu pourras raccourcir et te dispenser de certaines parties suivant les impératifs et selon les nécessités. En effet, l’objectif visé ici est de « marquer »15 [la séance]. Le mustaftih a toute liberté, car tout cela est pour Allah !

 

c.     L’ouverture universelle (el-istiftâh el-‘amm)

 

Après l’introduction et le processus de préparation (isti’dâd) organisationnelle et spirituelle, ils lisent la Fâtihah, verset par verset, puis la sourate « El-Ikhlâç » de 1 à 11 fois, puis « El-Mu’awidhatayn »16 de 1 à 3 fois avec le takbîr entre chaque sourate.

 

Puis ils récitent le verset :

 

« En vérité, Allah et Ses Anges prient sur le Prophète. Ô vous qui croyez, priez sur lui et saluez-le ! »17

 

Et, autant de fois qu’Allah l’autorise :

« Qu’Allah prie sur lui ainsi que sur sa famille et le salue abondamment »

(çallâ Allahu ‘alayhi wa âli-hi wa sallama taslîman),

 

Puis, avec le nombre qu’Il inspire (bi-l-‘adad el-maftûhi bi-hi) :

« Qu’Allah prie et salue sur Lui » (çallâ Allahu ‘alayhi wa sallam)

 

Après cela, ils lisent la çalât el-machîchiyah stricte (khâliçah) ou enrichie (mamzûjah) ou « El-Yâqûtah ».

Ensuite, on lit ce que Allah « ouvre » parmi les « Ahzâb el-châdhiliyyah » et des « Awrâd el-mohammediyyah ». Si tu veux, tu te limiteras au « Tahlil el-kabîr » et au « Tasbîh el-kâmil » et quelques autres formes légales ainsi que des du’â connus et transmis régulièrement, autant de fois qu’Allah le rendra propice.

Puis tu commenceras le dhikr de la manière suivante : « Il n’y a de divinité qu’Allah » (Lâ ilâha ill-Allah) puis « Allah », puis « Lui » (Huwa), puis « Vivificateur » (Hayy) comme d’habitude.

Tu peux abréger en cas de nécessité. Tu liras alors la Fâtihah suivie de n’importe quel wird ou hizb, suivi du Tahlil puis du Nom Isolé (el-mufrad), etc.

Telles sont les trois formes d’istiftâh dans notre Tarîqah, à chacune d’elle son degré (maqâm) et ses circonstances (majâl). Et Allah est la source du soutien dans toutes les situations ! (wa Allahu el-musta’ânu fi kulli hâl).

 

Recommandation importante (waçiyah hâmmah)

 

Nous conseillons aux frères de « prendre appui » sur leur cœur (ya’tamadû ‘alâ qulûbi-him) durant le dhikr, que leur voix soient harmonieuses et à l’unisson, ni trop fortes ni trop faibles. Il faut qu’ils prononcent correctement, qu’ils comprennent le sens de ce qu’ils disent, que leurs mouvements soient unifiés, que leur assemblée soit bien ordonnée, qu’ils soient concentrés et absorbés dans leur dhikr, autant que possible.

 

Si l’un des frères arrive à bout de souffle au milieu de la lecture du coran ou des ahzâb et qu’il se voit obligé de s’arrêter pour respirer, il le fera discrètement en continuant la lecture avec les frères dans son cœur, et reprendra la lecture ou le dhikr avec une voix unifiée à celle des autres, pratiquement et véritablement, même si elle a été interrompue.

 

Les chants (anâchid)

 

Dans notre Voie, le chant n’est pas obligatoire avec le dhikr. Mais s’il pouvait y avoir des frères capables de renouveler la détermination spirituelle (‘azm), de raviver l’aspiration (himmah) et de répandre l’esprit du soutien (madad) et de l’influence spirituels (barakah), il n’y a pas d’inconvénient. Sinon, il n’est pas nécessaire de chanter avec le dhikr, car le chanteur faible (munchid ed-dha’îf) tue le cœur et corrompt l’invocateur pur ainsi que son orientation et les influences spirituelles.

 

Après la séance du dhikr, il est permis de répéter (tardid) les poèmes soufis, tout particulièrement les poèmes du Cheikh de la Tarîqah, la récitation de la « Burdah », la Commémoration du Prophète (El-Mawled en-nabawî) ou d’autres, sans aucune gêne, car c’est une sunna qui est source d’ouverture (fath), de baraka et de renfort (madad), que  le chant soit individuel ou en chœur (voir le livre : « Les fondements de l’arrivée » (Uçûl el-wuçûl)

 

Le « regard » (nadhrah) et le « soutien spirituel » (madad)

 

Parmi les significations du « regard » (nadhrah) et du « soutien spirituel » (madad) fréquemment répandues chez certains chanteurs, il y a le fait de demander l’orientation spirituelle (et-tawajjuh er-rûhî), le secret du cœur (es-sirr el-qalbî), la demande (ed-du’â) et la seigneurialité (er-rabbâniyya), l’intercession (ech-chafâ’a), la lumière (en-nûr), ce qui rapproche d’Allah et réalise les espoirs.

Et quand le soutien spirituel (madad) est cité, il est impératif qu’il soit demandé à Allah Seul. La mention (dhikr) des Maîtres ici ne doit être qu’un moyen pour l’intercession auprès d’Allah et rien de plus, car le soutien spirituel vient de Lui et va vers Lui. Quant à l’attribution [du madad] aux Maîtres (isnâdu-hu ilâ ech-chuyûkh), elle est métaphorique, comme si l’on disait : « Le prince a construit la ville », alors que le prince ne l’a pas construite mais que quelqu’un d’autre l’a fait sous son ordre.

Le plus abominable des délits est quand Allah -Exalté soit-Il- et son Prophète ﷺ sont mentionnés mais que les gens ne disent rien et qu’aucun ne réagit, tandis que quand le Maître est mentionné, ils se mettent à crier et hurler comme si le Maître était meilleur qu’Allah -Exalté soit-Il- et son Prophète ﷺ ! Il n’y a de force et de puissance qu’en Allah.

Prenez garde à cette distraction (ghaflah), car elle fait partie des grands péchés nuisibles. Qu’Allah nous en préserve. Amin !

 

 

C.  LA CLÔTURE des séances d’adoration (khitâm majâlis el-‘ibâdah)

 

1/ Comme il avait demandé spirituellement l’autorisation de débuter le dhikr, le mustaftih demande l’autorisation de le clôturer.

 

Quand la séance prend fin, les frères restent dans la position assise de la prière, dans un silence absolu, en totale humilité (khudhû’ tâmm), et retiennent leur respiration pour ensuite pouvoir respirer le plus profondément possible, selon leur capacité, en laissant aller leur esprit avec ce qui arrive de la part d’Allah (el-wârid el-ilâhî). Il y a dans cet exercice de respiration corporel un grand intérêt et un bénéfice important pour la santé. En vérité, il se pourrait que l’un d’entre eux soit touché, pendant ce silence, par une influence spirituelle et une abondance de grâces (baraka wa faydhâ) qu’il n’aurait jamais obtenues en plusieurs années d’adoration.

 

2/ On ne doit pas boire d’eau froide tout de suite après la fin de la séance, car ceci est néfaste, corporellement et spirituellement, tant que les battements du cœur ne sont pas stabilisés, que la sueur n’est pas encore sèche et que la température n’a pas baissé.

Le cheikh autorisera à boire plus tard après les lectures qui auront été décidées et l’écoulement d’un temps de repos (istirâha).

 

3/ Ensuite, le Cheikh donne l’autorisation de pratiquer des invocations individuelles. Après cela, il appelle [dit à haute voix] :

 

« Allahumma, agrée-nous et accepte (cela) de notre part ! Ô Allah ! » ,

اللهم اقبلنا و تقبل منا

 

Et les frères répèteront après lui avec ardeur, force et foi, de 10 à 33 fois dix :

 

« Ô Allah » (yâ Allâh)

 

Puis il appelle [à haute voix] :

 

« Ô Tout-Miséricordieux » (yâ Rahmân)

 

Car comme le dit le Très-Haut : « Dis : invoquez Allah ou invoquez le Tout-Miséricordieux » (el-Rahmân) »18,

 

Puis il dit à haute voix de la même manière qu’avant :

 

« Ô Subsistant par Lui-même», ( Qayyûm).

 

Il y a dans ces trois Noms un secret hérité des châdhilî et on dit qu’ils contiennent le Nom suprême (el-ismu el-a’dham).

 

Puis il termine l’appel [en disant à haute voix] :

 

« Ô Vivant ! Ô Subsistant ! Ô Maître des Cieux et de la Terre ! Ô Détenteur de la Majesté et de la Générosité ! »

 

4/ Il récite les cinq Fâtihah de cette manière ou approximativement :

 

a.Pour le Prophète ﷺ, sa Famille (âli-hi), ses Compagnons (açhâbi-hi), ses Epouses (azwâji-hi), ses Descendants (dhuriyati-hi), ses Partisans (ançârihi), ses Successeurs (tâbi’i-hi) et toute sa Communauté jusqu’au jour de la résurrection :

 

« Allahumma, accrois leur noblesse et leur honneur, augmente pour eux la miséricorde, les bienfaits et le pardon, fais-preuve d’une grande indulgence à leur égard et accorde-leur un bien général, complet et universel. Transmets-leur de notre part la récompense de la Fâtihah » ou « nous Te demandons l’intercession auprès de Toi par l’influence spirituelle (barakah) de la Fâtihah »

b.À tous les Anges d’Allah, à tous les Prophètes et les Messagers, à tous les Saints d’Allah sincères (awliya’ Allah el-çadiqîn) et les « Pieux serviteurs » (‘ibâd el-çâlihîn) parmi les Prédécesseurs (sâlifîn) et Ceux-qui-les-ont-suivi (khâlifîn), morts ou vivants en tout lieu et à toute époque, ainsi qu’à tous nos maîtres (machayikhina) en Allah jusqu’à l’Envoyé d’Allah ﷺ :

 

« Allahumma, accrois leur noblesse et leur honneur, augmente pour eux la miséricorde, les bienfaits et le pardon, fais-preuve d’une grande indulgence à leur égard et accorde-leur un bien général, complet et universel. Transmets-leur de notre part la récompense de la Fâtihah » ou « nous Te demandons l’intercession auprès de Toi par l’influence spirituelle (barakah) de la Fâtihah »

 

(Sachant que cette Fâtihah englobe tous ceux qui ont réalisé les stations spirituelles effectives (maqamât), les fondements et les secrets, car ils font partie des « saints d’Allah sincères » (awliya’ Allah el-çadiqîn) et des « pieux serviteurs » (‘ibâd el-çâlihîn). Il n’est pas nécessaire de les citer distinctivement par leur surnom ou leur nom).

 

c.Pour nous, pour vous, pour les nôtres et pour les vôtres, hommes et femmes, petits et âgés, pour tous nos frères présents et absents, pour celui qui nous a demandé ou vous a demandé la Fâtihah, et pour celui qui avait en lui l’intention de la Fâtihah :

 

Allahumma, donne à tout demandeur ce qu’il demande, fais parvenir à chacun de nous le bien qu’il a espéré, exauce nos besoins et les leurs tels qu’ils sont dans nos intentions et dans les leurs, en vertu de Ton droit sur Toi-même (bi haqqi-ka ‘alayka), nous te demandons par l’intermédiaire de celui que Tu aimes, de ce que Tu aimes, par la dignité du Prophète  et par la bénédiction de nos Maîtres, par le secret du Coran et de la Fâtihah 

 

d.Pour nos morts, les vôtres et ceux de tous les musulmans. Qu’Allah les couvre de Sa miséricorde et qu’Il élève leur degré au paradis, qu’Il nous pardonne tout comme à eux, qu’Il nous fasse les rejoindre avec une foi complète, qu’Il nous accorde l’apaisement lors de l’agonie et l’indulgence lors du compte [du jour dernier], par la bénédiction de la Fâtihah.

 

Par fidélité, amour et convenance à l’égard de ses Maîtres, il doit leur réserver des du’â et des Fâtihah particulières, en citant leur nom pour les honorer et les rappeler aux présents. Ces Fâtihah ne doivent pas dépasser cinq au total. Il récitera, à chaque fois, la Fâtihah à voix basse avec [les frères].

 

5/ Après tout cela, il dit trois fois avec les frères, en faisant attention à bien articuler et à la signification globale, d’une façon excellente :

 

« Il n’y a de dieu qu’Allah »

 

Et terminera par :

 

«Le Roi, le Vrai, l’Evident,

notre seigneur Mohammed est l’Envoyé d’Allah,

 le fidèle à ses promesses, le digne de confiance »

 

Enfin il dit seul :

 

« Par elle nous nous réunissons et nous nous séparons, nous nous mouvons et nous nous arrêtons, nous vivons et nous mourrons et nous ressusciterons si Allah le veut parmi les apaisés, par la bénédiction de la Fâtihah ! ».

 

 6/ Après cela, il dira 7 fois et les frères avec lui :

 

« Seigneur ! Dilate ma poitrine, facilite ma tâche, et dénoue un nœud en ma langue afin qu’il comprenne ma parole » 19

 

Et il terminera par :

 

« N’avons-Nous pas dilaté ta poitrine ? Et ne t’avons-Nous pas déchargé de ton fardeau, celui qui pesait sur ton dos ? Et n’avons-Nous pas exalté ta renommée ? Certes, avec la difficulté il y a une facilité !  Certes, avec la difficulté il y a une facilité !  Aussi, lorsque tu t’es acquitté [de tes occupations], fais un effort,  et vers ton Seigneur tourne-toi avec ferveur » ((Sourate El-Charh.)) .

 

 

Il récite verset par verset et fait des du’â ou autorise un frère à en faire, et chaque frères dira « Âmîn » après chaque du’â.

 

Puis il se lève et les frères le suivent. Il dit à haute voix et les frères répètent à voix basse [la formule suivante], car le Prophète ﷺ clôturait ainsi ses assemblées :

 

«Gloire et Louange à Toi, Allahumma, j’atteste qu’il n’y a de dieu qu’Allah, je Te demande pardon et me repens à Toi »,

 

À ce moment, l’assemblée (halaqa) se réorganise dans la position debout, il dit, trois fois avec tous les frères :

 

« Il n’y a de dieu qu’Allah : certainement, certainement (haqqan haqqan). Il n’y a de dieu qu’Allah : avec foi et sincérité (imânan wa çidqan). Il n’y a de dieu qu’Allah : avec servitude et adoration (ta’bbudan wa riqqan). Il n’y a de dieu qu’Allah, Allah est le plus grand et la louange est à Allah ».

 

7/ Ensuite, il récite seul le du’â prophétique transmis depuis le Prophète ﷺ:

 

« Nous déposons auprès d’Allah votre religion (dînakum), vos probités (amânâtikum), les fins de vos actes (khawâtimaamâla-kum), qu’Allah augmente votre crainte–pieuse et vous accorde son pardon, qu’Il vous facilite le bien par tout où vous soyez ».

 

Puis, il dit :

 

«Partez sur le Nom d’Allah, « Où que vous vous tourniez, là est la Face d’Allah » ((Sourate El-baqara, verset 115.))

Vous êtes sous la protection d’Allah et il n’y a de puissance et de force qu’en Allah ».

 

Après il récite sourate El-’asr, qui est une tradition prophétique (sunnah) à ce moment-là :

 

Par le Temps !
Certes, l’homme court à sa perte,
à l’exception de ceux qui croient et accomplissent des œuvres pies, s’exhortent mutuellement à la Vérité et s’exhortent mutuellement à la patience
(sourate El-‘asr).

 

Il donne, alors, l’autorisation au responsable (en-naqîb) qui dira trois fois à haute voix, et les frères répètent après lui :

 

« Je réponds à Ton Appel, Allahumma, je réponds à Ton appel ! ».

 

Enfin, il priera sur le Prophète ﷺ pour finir avec les poignées de main (muçâfaha) et le départ des uns et des autres, avec l’autorisation d’Allah.

 

  1. Ce livre s’articule autour de six parties : 1° Particularités de la Tarîqah, 2° Informations concernant les Mitres de la Tarîqah, 3° Chaines de transmissions de la Tarîqah, 4° Feuillets des oraisons et des invocations, 5° La Maison Mohammedienne : règles, convenances, spécificités et pactes mineurs, 6° Questions finales et diverses critiques. Le texte présenté ici fait partie du chapitre 4 dont divers passages ont déjà été publiés sur le Porteur de Savoir, et notamment les Oraisons principales de la Tarîqah Mohammediyah Chadhiliyah. []
  2. Sourate En-Nisâ’, verset 103 []
  3. Sourate Âl-‘Imrân, verset 191 []
  4. Sourate El-Muzammil, verset 8 []
  5. Sourate El-A’lâ []
  6. Sourate El-Bayyinah, verset 5 []
  7. Dans ce contexte, le terme halaqah désigne une formation fermée et non un cercle au sens géométrique. []
  8. Egalement appelé « ed-du’â en-naçirî ». []
  9. Peut se lire également « ahbabnâ qorbanâ » : Nous avons aimé notre proximité. []
  10. Pourrait également être traduit « rends-nous gagnants » ou « bénéficiaires du tribut ». []
  11. Peut être lu « qadimnâ qawmanâ » : Nous avons précédé notre communauté, ou encore « qaddimnâ qawwimnâ » : mets-nous devant et donnes nous de la valeur. []
  12. Litt. « Qu’Allah ouvre ». []
  13. Sourate En-Najm, verset 50 []
  14. À la fin du verset 55 []
  15. Litt. « d’enregistrer » (tasjîl), peut-être au sens de consigner par écrit les constituants possibles de la séance. []
  16. Sourates El-Falaq et En-Nâs []
  17. Sourate Taha, versets 25 à 28 []
  18. Sourate El-Isrâ’, verset 110. []
  19. Sourate Taha, versets 25 à 28. []

par le 18 septembre 2016, mis à jour le 29 septembre 2016