Questions-Réponses sur le Soufisme – Taçawwuf

Mis à jour : 7 sept 2010

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Question 19

Le type de rattachement a-t-il une influence sur le statut de l’initié ?

Réponse de Mohammed Abd es-Salâm

V1 – 7 sept 2010

Peut-être serait-il plus adéquat de présenter les choses autrement, en disant qu’après avoir envisagé le rattachement régulier à une organisation initiatique, la question se pose logiquement de savoir quels sont les moyens dont on pourra éventuellement disposer, au sein de la tarîqah en question, pour éventuellement développer un Travail initiatique de manière effective.

A titre d’exemple, il peut être utile de préciser une conséquence en rapport avec le caractère impersonnel du rattachement tabarrukan et qui est que celui qui est rattaché de cette manière n’est pas tenu de respecter un quelconque comportement disciplinaire (chez Charânî, notamment).

Il va de soi que s’il décide de participer aux rites collectifs de la Tarîqah l’initié devra nécessairement se soumettre aux différentes règles qui ordonnent habituellement ceux-ci, par souci de cohérence principalement et afin de ne pas troubler leur déroulement ; mais il n’est pas tenu même d’y participer, de même qu’il n’est normalement pas plus tenu d’observer une discipline particulière quelconque envers le Cheikh ou n’importe qui d’autre (en dehors des règles de bienséance exigibles de tout musulman envers tout musulman).

Il existe sur ces questions une grande variété de situations, depuis les turûq qui laissent à leurs membres une totale liberté dans ces domaines jusqu’aux turûq qui conditionnent l’usage de l’ensemble des moyens initiatiques, et donc le rattachement lui-même, à la reconnaissance préalable du Cheikh, de telle sorte que l’accès à la Tarîqah, dans son ensemble, ne peut se faire sans un rite qui cumule à la fois la transmission de l’influence spirituelle et la reconnaissance d’un lien au Cheikh, c’est-à-dire en cumulant respectivement un aspect impersonnel avec un aspect personnel.

– Dans le premier cas on comprend que celui qui est rattaché uniquement par la transmission de la barakah a toute latitude d’apprécier les choses (d’une manière d’ailleurs plus intérieure) et de voir s’il peut envisager d’établir secondairement un rapport initiatique personnel avec le Cheikh de la Tarîqah, ou avec un autre d’ailleurs.

– Dans le deuxième cas, le postulant à l’initiation se trouve, une fois le rattachement effectué, engagé à la fois à la Tarîqah et au Cheikh, tenu de respecter les dispositions qu’il est censé connaître.

Les choses étant ainsi exprimées, et sans développer maintenant davantage ces aspects, il est néanmoins possible de comprendre globalement les avantages et les inconvénients que peuvent présenter l’une ou l’autre de ces situations et de voir également l’importance qu’il y a, pour chacun de connaître bien ces différentes éventualités avant et pendant le rattachement, « les actes valant selon leurs intentions ».

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Question 18

Que penser d’un certain « renversement » des rapports et des conditions habituelles qui peut être ressenti ou constaté par certains prétendants à l’initiation, ou par certains initiés, lors de leur compagnonnage avec un Maître spirituel ou avec quelqu’un qui occupe cette fonction ?

Réponse d’Olivier Courmes

V1 – 7 sept 2010

A propos de la question du « renversement » qui peut intervenir à un certain moment dans la reconnaissance du Cheikh et/ou de la Tarîqah et qui est à la fois compréhensible et justifié dès l’instant que l’on rentre en contact direct avec ce qui est réellement d’un ordre spirituel, et donc supra-individuel, il peut effectivement arriver que ce ne soit plus la personne qui fait une recherche dans cet ordre qui maîtrise les critères en question, mais que ce soit véritablement « ce qu’elle recherchait » qui se manifeste à elle et s’impose, de manière parfois si puissante qu’elle ne puisse alors plus contrôler les critères ni les modalités du processus amenant à cet état ; c’est dans ce sens que l’on peut dire à juste titre que c’est alors la Tarîqah ou le Maître qui vous a choisi, et non l’inverse.

Mais il nous semble bon et important de dire qu’il est prudent de garder, au moins dans une certaine mesure, la capacité d’apprécier la « qualité » du « renversement » en question, et notamment d’apprécier si l’Autorité s’impose naturellement et sans contrainte, comme c’est normal qu’elle le fasse, ou si elle est accompagnée de diverses sortes de manipulations, plus ou moins violentes, sachant que cette violence peut s’accomplir sur un plan grossier et corporel, mais aussi d’une manière beaucoup plus pernicieuse, sur un plan psychique, par des manipulations qui peuvent prendre des formes aussi diverses  qu’insidieuses.

Sans pouvoir rentrer ici plus en détail dans l’étude de ces aspects, il est possible de dire simplement que tout ce qui peut être établi dans les tous premiers instants des « rencontres » et des « engagements », dans ces domaines particuliers, peut s’avérer particulièrement déterminant, dans tous les sens du terme, quant à la nature et la qualité des rapports qui pourront être développés dans le futur :

  • S’agit-il d’Autorité spirituelle véritable, toujours accompagnée d’harmonie, de tranquillité et de paix, ou d’autoritarisme, toujours et nécessairement forcé ?
  • Sur quoi s’établit la reconnaissance et l’engagement ?

René Guénon, qui explique et détaille à plusieurs endroits dans ses livres cette question, insiste à montrer également aux occidentaux auxquels il s’adresse qu’il y a lieu d’être généralement un minimum scrupuleux et prudent, voire méfiant, sur ces questions, dans un monde et dans des conditions cycliques où un « renversement » de l’ordre régulier et traditionnellement normal affecte la plupart des domaines, de manière sans cesse plus étendue et accélérée.

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Question 17

Un aspirant au rattachement initiatique pourrait-il légitimement rechercher un rattachement à une voie du Tabarruk tout en en attendant consciemment la ma’rifah et la réalisation spirituelle, en espérant tirer partie, selon toute les possibilités qu’il porte en lui, des « reliques » transmises par ceux qui ne les comprennent peut-être plus, et en espérant également bénéficier du « Sirr » du fondateur de la tarîqah lorsqu’il y sera prêt ?

Réponse d’Olivier Courmes

V1 – 6 sept 2010

Doit-on comprendre que le cas évoqué ici est celui de quelqu’un qui serait rattaché en mode de tabarruk, sans la présence et l’enseignement d’un Cheikh ? Et aussi que cette situation aurait lieu « tout en attendant consciemment la ma’rifah et la réalisation spirituelle (etc…) » ?

Si l’on entend qu’une telle attente serait probablement emprunte de quelque passivité, peut-on penser que dans une optique de Travail initiatique véritable, telle qu’elle est exposée notamment par Guénon, il soit utile et intéressant d’attendre, même consciemment, quoi que ce soit ? Et que cette attente suffise en elle-même à permettre d’espérer « tirer parti, selon toutes les possibilités qu’il porte en lui, des « reliques » transmises par ceux qui ne les comprennent peut-être plus » ?

En réalité, rien n’empêche celui qui est rattaché tabarrukan de développer une activité initiatique réelle, en utilisant notamment les moyens initiatiques généraux qui seraient régulièrement mis à sa disposition dans le cadre de son rattachement, par la Tarîqah ; et notamment au sein du Travail collectif.

Pour tenter de clarifier encore davantage la compréhension de ces choses, rappelons que pour Guénon la situation normale dans toute tarîqah est celle d’une organisation qui permet d’accéder à la Connaissance Suprême (quelle que soit la manière de la nommer) ; et les situations diverses que l’on peut rencontrer dans les organisations initiatiques dans lesquelles les choses ne sont pas présentées ni comprises de cette manière, ne sont dans cette situation que du fait de la dégénérescence cyclique générale.

En d’autres termes, l’initiation virtuelle (tabarruk) n’a aucune raison de demeurer en tant que telle au sein de n’importe quelle tarîqah, ni même, à vrai dire, d’être désignée de telle manière que l’on puisse comprendre qu’elle constitue une voie comparable à la voie d’initiation effective (sulûk) ; elle n’a d’intérêt que de constituer l’apport nécessaire à tout ce qui pourrait être développé par la suite et ne constitue pas, en effet, une « voie propre », ni une « méthode de réalisation » en tant que telle, mais n’est que le reflet de la dégénérescence en question.

De plus, il ne semble pas que Guénon (ni personne dans la littérature arabo-islamique « classique ») ait jamais écrit quoi que ce soit qui laisserait penser qu’il y existerait une voie « préparatoire » qui amènerait à une voie de réalisation effective.

Insistons enfin à dire encore que l’utilisation habituelle du couple « voie de tabarruk / voie de Sirr », laisse malheureusement à penser, quand il est employé sans davantage de précision, qu’il existerait une voie propre de tabarruk, de la même manière qu’il existe une voie de sulûk, alors qu’en réalité il ne s’agit que de la seule et unique voie de sulûk, dans une forme dégénérée, parce qu’incomplète dans l’actualisation de moyens dont elle dispose pourtant et qu’elle véhicule en mode virtuel.

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Question 16

Quel est l’intérêt de la dimension « collective » du rattachement à une organisation initiatique régulière (tarîqah) ?

Réponse d’Olivier Courmes

6 sept 2010

Il y aurait, en effet, peut être lieu de préciser davantage ce que l’on peut entendre par « un rattachement à une communauté », car si l’on peut penser qu’il s’agit des bénéfices afférents à la simple participation à n’importe quelle communauté, René Guénon précise dans ses Aperçus (ainsi que dans Initiation et Réalisation spirituelle) que ce bénéfice général peut avoir une application technique plus précise, et propre aux organisations initiatiques concernées, qui est celle de ce qu’il appelle le « Travail collectif ».

Ce Travail, s’il peut désigner effectivement une activité des francs-maçons, constitue également une caractéristique importante des activités des membres de turûq ; et il importerait peut être de prendre en considération ce que dit Guénon à ce propos, notamment en ce qui concerne l’absence de Maître corporel vivant au sein d’une Tarîqah.

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Question 15

Quels sont les critères d’un rattachement à une tarîqah régulière chez René Guénon ?

Réponse d’Olivier Courmes

V1 – 6 sept 2010

L’étude de ces aspects chez René Guénon fait apparaître que :…

  • c’est ce qui est strictement impersonnel qui prime, à savoir le rattachement par la transmission et la réception de l’influence spirituelle, d’origine non-humaine,
  • c’est ce qui est d’ordre collectif qui est mis en avant,
  • c’est ce qui est régulier qui doit être recherché avant quoi que ce soit d’autre (notamment avant même la présence d’un Cheikh réalisé et du Sirr),

… trois critères qui peuvent évidemment être de quelque utilité à ceux qui entendent le rattachement à une tarîqah autrement que comme une sorte de « coup de poker », dans lequel ils risquent non seulement leur vie, mais aussi celle de ceux qu’ils sont susceptibles d’entraîner avec eux dans une voie dont ils n’ont pu évaluer véritablement la plupart des critères traditionnellement exigibles.

La « remise confiante en Allah » (tawakkul) n’exclut aucunement l’intelligence et la compréhension, surtout lorsqu’il s’agit de s’engager dans une Voie de science et de Connaissance …

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Question 14

En quels termes René Guénon définit-il lui-même le rattachement à une organisation traditionnelle régulière ?

Réponse d’Olivier Courmes

V1 – 5 sept 2010

Il nous est personnellement apparu qu’une lecture un peu attentive et spécifique sur cette question, montre deux choses :

– La première est que Guénon évoque quasi invariablement, dans ses Aperçus, l’éventualité d’un rattachement qui se ferait « à une organisation traditionnelle régulière ».

– La deuxième est qu’il n’emploie jamais, sauf erreur de notre part, l’éventualité d’un rattachement à un Maître spirituel ; il est vrai qu’il parle de l’importance de l’enseignement initiatique qui peut être donné par un Maître, ce qui peut faire conclure qu’un rattachement à un Maître est donc strictement nécessaire, si l’on considère que c’est l’enseignement d’un Maître qui détermine le rattachement à une tarîqah, ce qui est loin d’être le cas chez Guénon.

Si l’on s’en tient donc strictement à ce qu’écrit René Guénon, on constate (même dans l’éventualité qu’il puisse envisager parfois le rattachement à un Maître), qu’il envisage systématiquement (ou presque mais, dans ce cas, que l’on nous montre où il ferait autrement) le cas du rattachement à une collectivité initiatique.

On a certes donné une explication à cela en disant qu’il s’adressait, dans la forme, principalement ou exclusivement aux francs-maçons, et qu’ainsi la possibilité du rattachement à un Maître n’avait pas à être envisagée, de toutes façons pas de la manière selon laquelle elle pourrait l’être concernant les turûq ; et il semble, en effet qu’il y a là quelque chose de fondé, en partie au moins.

Néanmoins, et ceci étant dit, cela empêche-t-il, avant de considérer ce que Guénon n’envisage pas directement (c’est-à-dire, selon notre lecture, le cas du rattachement à un Cheikh), de considérer ce à quoi correspond en Islam ce qu’il envisage, par contre directement, dans son œuvre sur l’Initiation, c’est-à-dire le rattachement à une organisation régulière ?

Si l’on prend la peine de se poser la question de cette façon (et cela revient à se demander tout simplement à quoi correspond en Islam ce que René Guénon envisage éventuellement aussi pour une autre forme initiatique), la réponse est, nous semble-t-il, claire et immédiate : il s’agit précisément de ce que l’on appelle en Islam le rattachement à une Tarîqah en mode de tabarruk (c’est-à-dire effectivement une organisation initiatique collective et non à une personne), rattachement caractérisé par la transmission et la réception de la barakah, mais qui s’effectuerait sans rattachement à un Maître.

On pourrait se demander quel est l’intérêt d’une telle démarche ; et avec d’autant plus d’insistance que l’on admettrait l’importance de l’enseignement du Maître, importance que ne renie d’ailleurs pas totalement Guénon, c’est entendu.

Mais quand même : il s’agit de bien autre chose que de « sortir » de la lecture de Guénon en étant persuadé que le rattachement à un Maître est une chose absolument nécessaire, persuadé que c’est Guénon lui-même qui le dit et que rien d’autre n’est envisageable pour lui, alors qu’il est lui-même le premier à envisager, a priori un mode différent (= en priorité, le rattachement à une organisation traditionnelle régulière), … solution qui se trouve avoir une correspondance directe dans les turûq.

Si une telle lecture est envisageable (et chacun est bien sûr libre d’avoir celle qu’il veut, pour autant qu’elle soit logiquement justifiée, intellectuellement cohérente et traditionnellement réaliste), la perspective d’un rattachement islamique pourrait ainsi être notablement différente de ce qui est proposé habituellement par les turûq de nos jours et de ce qui est compris par celui (ou celle) qui cherche un rattachement : on pourrait envisager de se rattacher valablement à une Tarîqah sans se rattacher nécessairement et immédiatement au Cheikh qui la dirige.

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Question 13

Que désigne le terme « sirr » en arabe et comment peut-on le traduire en français ?

Réponse d’Olivier Courmes

V1 – 4 sept 2010

En arabe : c’est la réalité intérieure et profonde, cachée, le secret.

Comment traduire le terme de « sirr », appliqué au domaine initiatique, autrement que par l’expression « secret initiatique », « réalité initiatique intérieure, profonde et cachée » ?

Y a-t-il une réponse à cette question dans l’oeuvre de Guénon ?

L’expérience nous a personnellement fait constater que les correspondances éventuelles entre la terminologie de René Guénon et celle qui est utilisée dans le milieu arabo-islamique, lorsqu’elles ne sont pas immédiates et présentées par l’auteur lui-même, sont rendues possibles dans certains cas, à condition de se poser certaines interrogations fondamentales et d’acquérir l’orientation d’esprit qui convient :

  • Pourquoi Cheikh Abd el-Wâhid prend-il la peine d’évoquer telle ou telle chose ?
  • Quelle peut bien être, s’il tant est qu’elle existe réellement, la correspondance en Islam et dans le Taçawwuf, des notions qu’il évoque ?

Lorsque les correspondances n’ont pas déjà été établies auparavant, on ne peut que constater que si rien ne permet nécessairement d’établir les correspondances en question, rien ne l’interdit non plus a priori formellement chez Guénon ou ailleurs ; c’est bien souvent l’absence de l’état d’esprit dont je parle plus haut qui rend les choses impossibles.

Il existe au moins deux endroits dans lesquels Guénon lui-même établit, dans ses livres, la correspondance arabo-islamique :

« (…) au sujet de celui-ci [le terme çûfî], il y a lieu tout d’abord de remarquer ceci : c’est que personne ne peut se dire çûfî, si ce n’est par pure ignorance, car il prouve par là même qu’il ne l’est pas réellement, cette qualité étant nécessairement un « secret » (sirr) entre le véritable çûfî et Allah ; on peut seulement se dire mutaçawwuf, terme qui s’applique à quiconque est entré dans la « voie » initiatique, à quelque degré qu’il soit parvenu ; mais le çûfî, au vrai sens de ce mot, est seulement celui qui a atteint le degré suprême. »

L’Esotérisme islamique, Aperçus sur l’Esotérisme islamique et le Taoïsme

« (…) comme le çufî lui-même n’est marqué par aucune distinction extérieure, cette même désignation sera aussi la seule qu’il pourra prendre ou accepter, non point en vertu de considérations purement humaines comme la prudence ou l’humilité, mais parce que son état spirituel constitue véritablement un secret incommunicable
Note : C’est d’ailleurs là, en arabe, un des sens du mot sirr, « secret », dans l’emploi particulier qu’en fait la terminologie « technique » de l’ésotérisme. »

Rose-croix et rosicruciens, Aperçus sur l’Initiation

Ces données semblent donc particulièrement importantes puisque, sans réellement « définir » (et donc limiter, au sens propre) le « sirr », René Guénon établit néanmoins clairement que la détention du « sirr », dans la terminologie du Taçawwuf, désigne et correspond à l’obtention de la Connaissance Suprême de la Voie.

Cette définition a un certain nombre d’avantages, de natures diverses, dont le premier et le plus important semble être qu’il distingue le sirr de tout ce qui n’est pas de l’ordre de la Connaissance initiatique d’une part, et de l’ordre de la Connaissance la plus haute d’autre part (même si, comme on le sait, Guénon montre qu’il existe d’autres sortes de secrets, de nature plus inférieures, qui peuvent également être véhiculés dans certaines organisations initiatiques, sans comparaison avec ce qui est désigné, de manière absolue, comme le Sirr « par excellence », en quelque sorte).

Ce n’est donc pas un objet que l’on détiendrait, même si certains objets peuvent offrir dans certains cas une fonction de support pour des influences et des dépôts de natures variées.

Ce n’est pas une influence, de quelque nature quelle fût, et il n’est pas donc pas nécessaire de dire que ce que l’on appelle la « voie de tabarruk » serait une voie qui véhiculerait une « barakah-influence » de nature inférieure parce que l’on pense que le sirr serait une « énergie supérieure » ou une sorte de « super-barakah ».

(notons, tout à fait secondairement et au passage, que cette dernière conception me semble poser un certain problème de Tawhîd, si l’on se demande qu’elle serait l’origine de l’ »influence inférieure » en question, qui serait véhiculée, selon cette conception, dans les « voies de tabarruk » …)

Ce n’est pas quelque chose d’ordre magique.

Ce n’est pas un symbole, même si l’on peut penser que l’utilisation de symbole peut être lié, d’assez près, dans certains cas au moins, à ce que l’on appelle la « transmission du sirr » ainsi qu’à l’enseignement afférant, c’est-à-dire l’enseignement initiatique effectif.

Ce n’est surtout pas quelque chose qui laisse place à la passivité, la connaissance initiatique effective impliquant pour Guénon une activité intérieure incompatible avec toute forme de passivité.

On peut également dire enfin, que ce que nous avons appelé le « sirr par excellence » référant à la Connaissance la plus haute, peut être, en ce sens, qualifié d’unique, comme L’est son Objet ; « et-Tawhîd wâhid » dit l’adage.

Mais ceci n’exclut nullement d’ailleurs que cette Connaissance Suprême puisse être partagée.
Cette dernière remarque permettrait de « résoudre » les problématiques relatives à la revendication d’une détention exclusive du Sirr, mais dont l’exclusivité ne tiendrait ainsi en réalité qu’au fait que la revendication en question exclurait uniquement tous ceux qui n’auraient pas atteint le même degré unique de Connaissance Suprême, et non pas ceux qui, ayant réalisé celui-ci, simultanément ou successivement, le partageraient, aussi librement que ceux qui baignent dans la Lumière la partagent également, sans préjudice ni rivalité.

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Question 12

Comment trouver des équivalents islamiques des notions exposées par René Guénon sur l’initiation ?

Réponse d’Olivier Courmes

V1 – 4 sept 2010

Rappelons que Guénon envisageait régulièrement l’initiation d’une manière qui n’était pas spécifiquement « islamique » dans la forme, et qui se voulait ainsi pouvoir être applicable, ou au minimum compréhensible, par des personnes appartenant à des formes d’initiation différentes. Ceci explique que la terminologie qu’il emploie ne trouve pas toujours d’équivalent exact dans la terminologie arabo-islamique, et qu’il faille procéder à un travail d’étude des auteurs concernés pour envisager de trouver des équivalences, et donc des applications, qui soient régulières.

A titre d’exemple d’illustration de cette problématique, citons le couple « initiation virtuelle/initiation effective » qui est particulièrement significatif de cette question puisqu’il n’est, en aucune manière, la traduction d’expressions arabes, à tel point que la traduction littérale de ces expressions du français en arabe constituerait un réel problème, dont la résolution ne semblerait pouvoir se trouver que dans l’usage de formules plus ou moins imagées ou par l’usage de formules équivalentes, en dehors d’une traduction au sens strict.

Il est en effet nécessaire de « passer » par la compréhension des définitions que donne Guénon de ces termes pour arriver à comprendre que l’initiation virtuelle, définie par l’état dans lequel se trouve celui qui a simplement reçu l’influence spirituelle, correspond au rattachement tabarrukan islamique, et que la réalisation de l’initiation effective ne peut donc correspondre à autre chose que la Voie de sulûk ou de Sirr.

Il faut dire également que Guénon n’hésite pas non plus à faire un usage direct de la terminologie arabo-islamique pour donner certaines équivalences exactes, sur certains points particuliers ; et l’exemple de « influence spirituelle/barakah » est bien évidemment aussi parlant que représentatif de ce genre de cas.

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Question 11


Les manques importants de respect de adab chez certains « auteurs » contemporains sont-ils la marque d’une certaine « exception » spirituelle qui les excuserait ?

Réponse de Mohammed Abd es-Salâm

V1 – 4 sept 2010

Le respect scrupuleux du adab (souvent accompagné de celui des règles initiatiques les plus élémentaires) est assurément la marque d’une qualification supérieure lorsqu’on le constate chez quelqu’un, et à la mesure du degré de sa réalisation quand il s’agit d’un initié à la Voie.

Ici aussi le respect et la considération de ce qui est généralement admis par les autorités mêmes du domaine concerné semble devoir primer sur ce qui ne l’est pas, surtout dans des temps et des conditions cycliques dans lesquelles il est à craindre que ce qui est anormal ne l’emporte, au moins partiellement et provisoirement, sur ce qui est normal.

Avant donc de considérer l’activité extérieure de quelqu’un (en particulier dans les domaines initiatique et littéraire quand cela concerne les domaines évoqués) et le caractère éventuellement dérogatoire de sa pratique dans les mêmes domaines, peut-on dire que celui qui cumulerait l’irrégularité sur ces deux points (la détention d’une autorisation et le respect du adab) serait comparable à celui qui cumulerait la régularité, même si le premier se réclamait du second ?

L’attitude première la plus normale (et celle que l’on semble oublier le plus souvent dans les temps actuels) ne consisterait-elle pas à s’enquérir de la régularité de telle ou telle personne avant même d’avancer dans l’étude de son « œuvre » (ou plutôt devrais-je dire : de son « action ») ?

N’aurait-on pas ainsi de meilleures chances d’échapper à ce qui, dans l’exercice des fonctions dont il s’agit, reflète nécessairement, sous un rapport ou sous un autre, l’irrégularité de départ ?

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Question 10

Suffit-il que quelqu’un se sente investi d’une fonction pour qu’il soit régulièrement apte à traiter valablement de questions de Taçawwuf ou de Taçarruf ?

Réponse  de Mohammed Abd es-Salâm

V1 – 4 sept 2010

A propos d’investiture, et surtout s’il est question d’enseignement, et surtout s’il s’agit de traiter des questions de Taçawwuf (initiation) ou de Taçarruf : la règle traditionnelle est qu’une autorisation est au minimum nécessaire.

Il ne suffit donc pas d’être ou d’avoir été disciple de tel ou tel Maître (même le plus grand), ni de se « sentir investi » de telle ou telle fonction pour pouvoir l’accomplir régulièrement. Pas plus qu’il ne suffit d’être ou d’avoir été disciple de tel ou tel Cheikh pour être en mesure de véhiculer régulièrement son enseignement, et a fortiori celui d’un autre que son Cheikh ; et la production littéraire, plus ou moins valable extérieurement, ou plus ou moins profuse, accessible ou élitiste, ne change rien à l’affaire, si ce n’est pour induire en erreur des personnes plus ou moins ignorantes et respectueuses des conditions fondamentales que nous évoquons.

Certaines constructions et complexes immobiliers ont pu ainsi réellement être construits, se développer, produire et proposer à leurs habitants ou à leurs visiteurs des activités présentant toutes sortes d’intérêts réels en eux-mêmes, sans que cela ne compense le fait que, dans certains cas, aucun permis de construire ni d’exploitation ne puisse être produit, qui seul pourrait rendre la situation régulière, ainsi que l’ensemble de ce qui a été évoqué, pendant et après cette construction.
Suffit-il, dans ce cas, de considérer que quelqu’un se sente investi du droit de construire et d’exploiter la construction pour qu’il le soit réellement et que cela compense son irrégularité ?

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Question 9

Comment se fait la transmission des awrâd et des outils initiatiques au sein du tarîqah dans laquelle le Cheikh n’est pas totalement ou partiellement réalisé ?

Réponse de Mohammed Abd es-Salâm

V2 – 4 sept 2010

La transmission des rites généraux d’une tarîqah dans laquelle il n’existe pas de Maître réalisé immédiatement accessible, peut se faire valablement par tout détenteur de la permission (idhn) correspondante. Cette transmission est généralement centralisée sur la personne du responsable de la tarîqah (ce qui est le reflet de la situation normale d’une tarîqah proposant une voie réalisation effective-sulûk), qui peut d’ailleurs en déléguer tout ou partie à tel ou tel, de manière temporaire ou définitive, sur une région géographique plus ou moins étendue.

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Question 8

Comment René Guénon envisage-t-il la « transmission » du Sirr – secret initiatique ?

Réponse d’Olivier Courmes

V1 – 3 sept 2010

Si l’on prend en compte ce que dit Guénon sur cette question, la « transmission » du Sirr ne pouvant se faire que grâce à l’usage de la transmission d’un symbole dans l’intellect de l’initié en mode virtuel, il est possible de distinguer plusieurs cas.

Dans le premier cas, le Maître détenteur du « Sirr-Connaissance Suprême » reconnaît en tel ou tel de ses disciples et éventuel successeur, une Connaissance équivalente à la sienne : la « transmission » du Sirr ne résout alors extérieurement à la transmission d’un idhn, celui de mettre en œuvre la fonction de Maîtrise spirituelle au sein de la Tarîqah après lui, à partir de la Connaissance ainsi reconnue.

Dans le deuxième cas, le Maître constate que personne n’est actuellement détenteur d’un degré de Connaissance égal au sein, mais qu’il existe au moins quelqu’un qui détient en lui les possibilités virtuelles pour accéder à une telle Connaissance : il peut ainsi « déposer dans l’intellect de l’initié » un symbole qui permettra à celui-ci d’accéder à la connaissance effective selon le mode connu et exposé par Guénon ; ce dépôt est parfois accompagné de l’annonce d’une date future, d’une condition ou d’un évènement particuliers.

Dans le troisième cas, le Maître ne trouve personne détenant les qualifications précédentes. Il peut annoncer les conditions nécessaires au renouvellement de l’actualisation du Sirr ou indiquer dans quelle autre tarîqah il peut être trouvé.

On peut comprendre plus facilement que la survenue de certains « accidents » relatifs à ce qui apparaît extérieurement comme la transmission du Sirr ne soient donc ainsi que des situations dans lesquelles les dispositions précédentes ne seraient pas respectées, par exemple quand quelqu’un recevrait un symbole en question sans posséder en lui les possibilités virtuelles d’en développer la connaissance effective.
Mais est-il réellement étonnant que, dans une Voie dont le but unique est la Connaissance pure, de tels évènements puissent facilement trouver une explication grâce à l’usage de considérations ayant uniquement rapport avec la Connaissance ?

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Question 7

Comment René Guénon parle-t-il du « secret initiatique » dans son oeuvre publique ?

Réponse d’Olivier Courmes

V1 – 3 sept 2010

Voici quelques passages qui concernent la nature du « secret initiatique » par René Guénon.

– Chapitre « Du secret initiatique », in  Aperçus sur l’Initiation.

« le « véritable secret initiatique (…) est tel par la nature des choses, et  (…) par conséquent ne saurait jamais être trahi en aucune façon, étant d’ordre purement intérieur et, comme nous l’avons déjà dit, résidant proprement dans l’ « incommunicable ». »

– Aperçus sur l’Initiation, (Fin de chapitre précédent) chap. «  Du secret initiatique »

« … un secret quelconque autre que le secret proprement initiatique a toujours un caractère conventionnel : nous voulons dire par là qu’il n’est tel qu’en vertu d’une convention plus ou moins expresse, et non par la nature des choses. Au contraire, le secret initiatique est tel parce qu’il ne peut pas ne pas l’être, puisqu’il consiste exclusivement dans l’ « inexprimable », lequel, par la suite, est nécessairement aussi l’« incommunicable ».

– Aperçus sur l’Initiation, chap. « Du secret initiatique » [Guénon renvoie dans une note à lecture chapitre XII du Règne de la Quantité]

(… alors que tout secret d’ordre extérieur peut toujours être trahi, le secret initiatique seul ne peut jamais l’être en aucune façon, puisque, en lui-même et en quelque sorte par définition, il est inaccessible et inaccessible aux profanes et ne saurait être pénétré par eux, sa connaissance ne pouvant être que la conséquence de l’initiation en elle-même. En effet, ce secret est de nature telle que les mots ne peuvent l’exprimer. (…) A proprement parler, ce qui est transmis par l’initiation n’est pas le secret lui-même, puisqu’il est incommunicable, mais l’influence spirituelle qui a les rites pour véhicule, et qui rend possible le travail initiatique intérieur au moyen duquel, en prenant les symboles comme base et comme support, chacun atteindra ce secret et le pénétrera plus ou moins complètement, plus ou moins profondément, selon la mesure de ses propres possibilités de compréhension et de réalisation.»

Aperçus sur l’Initiation, chap. « Du secret initiatique »

(le secret initiatique est) « quelque chose qu’il n’est au pouvoir de personne, quand bien même il le voudrait, de dévoiler et de communiquer à autrui. »

Aperçus sur l’Initiation, chap. «  Du secret initiatique »

« Nous arrivons à dégager encore une autre conséquence de la nature du secret initiatique : il peut arriver en fait, que, outre ce secret qui lui seul est essentiel, une organisation initiatique possède aussi secondairement, et sans perdre aucunement pour cela son caractère propre, d’autres secrets qui ne sont pas du même ordre, mais d’un ordre plus ou moins extérieur et contingent ; ce sont ces secrets purement accessoires qui, étant forcément les seuls apparents aux yeux de l’observateur du dehors, seront susceptibles de donner lieu à diverses confusions. »

(…)

« Les secrets auxquels nous faisons allusion ici sont, plus spécialement, ceux qui concernent les sciences et les arts traditionnels (…) »

(…)

Dans cette même catégorie de secrets accessoires et non essentiels, on doit ranger aussi un autre genre de secret qui existe très généralement dans les organisations initiatiques, et qui est celui qui occasionne le plus communément , chez les profanes, cette méprise sur laquelle nous avons précédemment appelé l’attention : ce secret est celui qui porte, soit sur l’ensemble des rites et des symboles en usage dans une telle organisation, soit, plus particulièrement encore, et aussi d’une manière plus stricte d’ordinaire, sur certains mots et certains signes employés par elle comme « moyens de reconnaissance », pour permettre à ses membres de se distinguer des profanes. (…) aussi doit-on insister sur ceci, que non seulement ce secret ne peut en aucune façon être confondu avec le véritable secret initiatique, sauf de ceux qui n’ont pas la moindre idée de la nature de celui-ci, mais que même il n’a rien d’essentiel, si bien que sa présence ou son absence ne saurait être invoquée pour définir une organisation comme possédant un caractère initiatique ou comme en étant dépourvue. »

Extraits du chapitre « Mythes, mystères et symboles », in Aperçus sur     l’Initiation » de René Guénon.

(L’idée) «  de « silence » doit être rapportée ici aux choses qui, en raison  de leur nature même, sont inexprimables, tout au moins directement et par le langage ordinaire ; une des fonctions générales du symbolisme est effectivement de suggérer l’inexprimable, de la faire pressentir, ou mieux « assentir », par les transpositions qu’il permet d’effectuer d’un ordre à un autre, de l’inférieur au supérieur, de ce qui est le plus immédiatement saisissable à ce qui ne l’est que beaucoup plus difficilement ; »

Aperçus sur l’Initiation, « Mythes, mystères et symboles »

« L’enseignement concernant l’inexprimable ne peut évidemment que le suggérer à l’aide d’images appropriées, qui seront comme les supports de la contemplation ; d’après ce que nous avons expliqué, cela revient à dire qu’un tel enseignement prend nécessairement la forme symbolique. »

Extraits du chapitre « De l’enseignement initiatique », in Aperçus sur   l’Initiation » de René Guénon.

A propos de la transmission de ce qui est inexprimable :

« (…) le symbole, pour qui parviendra à pénétrer sa signification profonde, pourra faire concevoir incomparablement plus que tout ce qu’il est possible d’exprimer directement ; aussi est-il le seul moyen de transmettre, autant qu’il se peut, tout cet inexprimable qui constitue le domaine propre de l’initiation, ou plutôt, pour parler plus rigoureusement, de déposer les conceptions de cet ordre en germe dans l’intellect de l’initié, qui devra ensuite les faire passer de la puissance à l’acte, des développer et les élaborer par son travail personnel, car nul ne peut rien faire de plus que de l’y préparer en lui traçant, par des formules appropriées, le plan qu’il aura par la suite à réaliser en lui-même pour parvenir à la possession effective de l’initiation qu’il n’a reçue de l’extérieur que virtuellement. »

On peut retenir, en résumé, que pour René Guénon :

  • Le « secret initiatique » désigne la Connaissance Suprême
  • Le « secret initiatique » correspond à ce qui est désigné par le « sirr » dans le Taçawwuf
  • Le secret initiatique est inexprimable, incommunicable
  • Le secret initiatique n’est accessible que par la connaissance effective, conséquence de l’initiation
  • L’accès effectif au secret initiatique peut être gradué, comme l’est la connaissance initiatique ; il est la conséquence d’un processus actif et personnel, comme l’est la connaissance initiatique
  • L’initiation ne se fait pas par la transmission du secret initiatique, mais par celle de l’influence spirituelle (barakah)
  • Le secret initiatique est théoriquement accessible à chacun, par la réalisation initiatique, c’est-à-dire la connaissance effective
  • Le secret initiatique ne peut être dévoilé
  • Il peut exister des secrets secondaires (concernant les sciences, les arts traditionnels et les signes de reconnaissance) qui n’ont rien de commun avec la nature du secret initiatique le plus intérieur
  • Le symbolisme est susceptible de suggérer de qui est de l’ordre du secret initiatique
  • Le secret étant par nature incommunicable, il est intransmissible en tant que tel, mais peut être faire l’objet d’un dépôt en mode virtuel « dans l’intellect de l’initié », qui devra faire le Travail personnel nécessaire pour accéder à une connaissance effective (cf. question huit)

*

Question 6

Je désire participer à des séances de dhikr alors que j’habite dans une ville où il n’y a pas de musulman et qui est éloignée des villes où se trouvent des turûq ? Que puis-je faire ?

Réponse de Mohammed Abd es-Salâm

V1 – 3 sept 2010

Deux cas sont à envisager.

1/ Si vous êtes déjà rattaché à une tarîqah, il est préférable de prendre contact avec les représentants de celle-ci pour demander conseil.

2/ Si vous n’est pas rattaché, le premier conseil est de pratiquer la prière de demande de bien (salatu-l-istikhârah)  ou la prière du besoin (salatu-l-hâjâh), car c’est d’Allah que vient le tawfiq (ce qui est propice) et la guidée.

Demandez à Allah qu’il vous guide par quelqu’un d’entre Ses Serviteurs pieux. Vous serez alors souvent surpris de constater que même les endroits qui semblent les plus « déserts » peuvent être « habités » par des « Hommes d’Allah » (Rijâlu-Llah).

Si vous connaissez une communauté qui dépend d’une tarîqah régulière, il vous est alors possible de vous en rapprocher.

Enfin, si votre question sous-entend que vous envisagez de mettre en œuvre vous-même telle ou telle pratique de dhikr en copiant ce que vous auriez eu à connaître précédemment lors d’un contact plus ou moins direct avec une tarîqah, nous ne pouvons alors que vous déconseiller d’envisager une telle perspective autrement que théoriquement et en dehors de tout cadre ou de toute autorisation régulièrement obtenue auprès de quelqu’un d’autorisé (ma’dhûn) pour cela.

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Question 5

Quelles sont les règles générales sur le idhn pour la pratique du dhikr général et du dhikr particulier, pour quelqu’un qui est rattaché à une tarîqah ?

Réponse de Mohammed Abd es-Salâm

V1 – 2009

Il est possible de dire qu’il est nécessaire d’avoir un idhn (autorisation) pour pratiquer les formules de dhikr lorsque l’on est rattaché à une Voie initiatique (tarîqah). Il s’agit d’un idhn appelé « général » pour des adhkâr généraux, c’est-à-dire praticables par l’ensemble des membres affiliés à la même tariqah.

En ce qui concerne les adhkâr particuliers (khâç), ils sont conditionnés par le idhn donné par un Maître capable d’en contrôler les modalités et les effets sur celui qui les pratique.

Quelqu’un de rattaché régulièrement à une tarîqah peut donc pratiquer les adhkâr généraux, en ayant reçu le idhn général qui lui a été donné lors de son rattachement ; à ce propos, il est donc clair que la présence d’un Maître réalisé n’est pas nécessaire à cela, celle-ci n’étant nécessaire que pour la pratique des adhkâr particuliers, ainsi qu’on vient de le voir :

En dehors d’une tarîqah :

Chacun peut pratiquer le dhikr d’Allah Ta’âlâ selon les modalités générales permises à chaque musulman.

Cela ne le dispense pas d’acquérir la science en ce domaine, comme en d’autres, la recherche de la science étant une obligation générale pour chaque musulman, comme chacun sait.

A l’intérieur d’une Tarîqah :

La présence d’un Cheikh réalisé n’est nécessaire que pour la pratique du dhikr particulier (khâç).

En dehors de cela, seul le idhn général (idhn ‘âm) est nécessaire pour permettre à celui qui est rattaché de pratiquer le dhikr général (dhikr ‘âm) de la Tarîqah dont il est un membre.

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Question n° 4

Doit-on ouvrir ou fermer les yeux pendant le dhikr ?

Réponse de Mohammed Abd es-Salâm

V1 – 2009

Il est généralement préférable de fermer les yeux pour se concentrer pendant le dhikr, que l’on soit rattaché ou pas à la Voie, car c’est une attitude qui évite la dispersion et facilite la concentration.

L’imâm Ghazâlî, dans l’Ihyâ ‘Ulûm ed-dîn, et d’autres auteurs, disent que c’est la vue qui conduit le plus directement au cœur et qui l’affecte. Il conseille donc de préserver généralement le regard de ce qui est illicite, afin de le préserver.

L’Imâm Abd el-Wahhâb Cha’rânî, au début de ses Lawâqîh, donne également ce conseil pour le dhikr, le faisant d’ailleurs remonter directement à la pratique prophétique (hadîth à Seyydunâ Ali).

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Question n° 3

Si les formes de dhikr pratiquées dans les turûq doivent faire l’objet d’un idhn pour être pratiquées valablement et sans risque, qu’elles sont les formes de dhikr que l’on peut pratiquer sans être rattaché à une Tarîqah et sans idhn ?

Réponse de Mohammed Abd es-Salâm

V1 – 2009

Allah Ta’âlâ parle dans Son Coran, de « ceux qui pratiquent beaucoup le dhikr d’Allah et celles qui le pratiquent », verset qui ne s’adresse pas uniquement à ceux et celles qui sont dans une Tarîqah, mais à l’ensemble des musulmans et des musulmanes.

Les Maîtres comparent souvent le Sheikh murshid au médecin qui soigne son malade en lui prescrivant tel ou tel remède selon une posologie précise. Il apparaît donc nécessaire de distinguer l’usage de l’ensemble des musulmans et l’usage de ceux qui, parmi eux, sont rattachés à une Tarîqah, car l’usage d’une substance, en tant que médicament, n’est délicat que si elle est dotée d’une efficacité particulière. Or, à quoi serviraient donc les awrâd utilisés dans le Taçawwuf s’ils n’étaient pas dotés d’une efficacité particulière, celle qu’ils acquièrent précisément par la transmission de l’influence spirituelle lors du rattachement ? En dehors de cela les formules de ces awrâd ont l’efficacité qu’elles ont pour l’ensemble des musulmans et musulmanes « qui pratiquent beaucoup le dhikr d’Allah », selon le verset cité, et les paroles du Prophète (.) qui montrent l’intérêt général de faire le dhikr.

S’il est vrai que l’usage du tahlîl (le fait de dire lâ ilaha illa Allâh) est non seulement universellement possible, mais recommandé, pour tout musulman, d’autres pratiques plus spécifiques, bien qu’elles soient aussi qualifiées du terme de dhikr d’Allah, sont aussi généralement conseillées, comme, par exemple, l’istighfâr (demande de pardon) et la prière sur le Prophète, tout particulièrement à l’époque dans laquelle nous sommes ; ces dernières formules peuvent d’ailleurs être données par certains Maîtres, comme dhikr personnel, à telle ou telle étape de la Voie.

Il nous semble qu’il est important de chercher à comprendre, avant toute pratique, quels sont le but et le fondement du Taçawwuf, quelles sont ses origines dans le Coran et la Sunnah, quelles sont les règles générales de son « fonctionnement », avant se lancer « à corps perdu » dans n’importe quelle pratique, sans comprendre.

La prudence, voire la méfiance (comme l’évoquait René Guénon), semblent donc être d’actualité, dans ce domaine comme dans d’autres.

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Question n° 2

Les formules de dhikr pratiquées au cours de rites en commun dans une Tarîqah sont-elles praticables à titre personnel par n’importe quel de ses membres ?

Réponse de Mohammed Abd es-Salâm

V1 – 2009

Les formules de dhikr pratiquées lors de rites collectifs ne sont pas toujours celles qui sont données à pratiquer individuellement.

A titre d’exemple, il arrive qu’un dhikr général d’une tarîqah, c’est-à-dire celui qui est donné à l’ensemble de ses membres, soit de réciter chaque jour un certain nombre de fois le dhikr avec la formule Lâ ilâha ill-Allâh alors que le dhikr en commun se fait en utilisant, par exemple, le dhikr « Allah » ou « Huwa » ou « Hayy », qui sont tous trois interdits en dhikr personnel à ceux qui n’ont pas reçu de idhn particulier. Remarquons également que cette situation n’invalide évidemment pas la régularité du dhikr en commun, dans la mesure où le responsable du dhikr en question est détenteur des autorisations afférentes.

Profitons de l’occasion pour préciser aussi que la pratique du dhikr tel qu’il est pratiqué dans les turûq n’est pas recommandée à celui qui n’est pas rattaché à l’une d’elle. Même s’il est relativement facile de connaître certaines des formules à pratiquer, puisque beaucoup de ces formules figurent dans certains recueils descriptifs relativement publiques, il ne serait pas possible de mettre en œuvre ce qui est mis en œuvre par l’utilisation régulière des mêmes formules dans le cadre d’un rattachement régulier à une tarîqah. La personne qui agirait en dehors d’une situation régulière ne pourrait donc bénéficier des avantages habituellement escomptés, tout en risquant d’être affecté par les désordres afférents à la mise en jeu irrégulière de pratiques normalement réservées aux organisations initiatiques.

Selon ce que dit, notamment, René Guénon-Cheikh Abd el-Wâhid Yahyâ, c’est la transmission de l’influence spirituelle, lors du rite de rattachement à une Tarîqah, qui fait que les formules données alors sont porteuses d’une efficacité qui rend leur utilisation potentiellement différente de celle des mêmes formules en dehors de tout rattachement.

Dans l’immense majorité des cas, les formules utilisées dans les turûq ne diffèrent d’ailleurs pas de celles qui sont utilisables par l’ensemble des musulmans ; seule change l’influence spirituelle qui y est attachée ainsi qu’un autre aspect fort important dans ce domaine, qui est la science de leur utilisation.

Le Taçawwuf-Soufisme, ne se réduit donc pas à la simple utilisation de formules, et nous pensons qu’il est important de comprendre ces choses avec autant de précision que possible, afin de dissiper au maximum les illusions, qui peuvent être grandes dans ce domaine, surtout quand certains sont près à mettre à disposition le plus rapidement possible n’importe quel moyen initiatique, sans expliquer à celui qui l’utilise de quoi il s’agit, ni les conditions de son maniement et les limites des espoirs que l’on peut être amené à fonder sur tel ou tel usage.

*

Question n° 1

La réalisation effective des akhlâq mohammédiens, et a fortiori divins, n’étant pas généralement envisagée ni envisageable au tout début du sulûk, quels sont donc les aspects qui y sont davantage développés ?

Plus précisément : ne peut-on pas penser que la conformité aux âdâb de la Voie, au début de celle-ci, est déjà une étape vers l’intégration des akhlâq ?

Réponse de Mohammed Abd es-Salâm

V1 – 2009

Lorsque l’on se pose, avec un certain réalisme, la question de savoir sur quels usages et dispositions générales insistent les Maîtres en ce qui concerne le début de la Voie, on constate systématiquement qu’il s’agit du respect d’un certain nombre de règles, de conditions et d’attitudes, regroupées sous le terme générique de âdâb (pluriel de adab) qui englobe l’ensemble des mesures adéquates convenant à développer harmonieusement la conduite de la progression initiatique, et dont certaines sont ainsi valables jusqu’à son Terme. Or, si l’on parle d’adab, pourquoi ne pas parler aussi de morale, de politesse, voire de littérature, toutes acceptions qui sont valables en arabe, tant sous le rapport de l’étymologie que celui de l’usage courant ?

La lecture de l’œuvre de René Guénon, permet, quant à elle, de comprendre que son auteur s’est appliqué à définir ce qui est de l’ordre du domaine initiatique et ce qui ne l’est pas. L’initiation ouvrant, en effet, au domaine supra-individuel, les désignations de ce qui est inférieur à ce domaine ne peuvent être utilisées que d’une manière allusive et doivent nécessairement faire l’objet d’une transposition pour être valablement comprises dans le domaine initiatique.

Le adab ne désigne donc pas, dans la terminologie du Taçawwuf, la littérature. Il ne désigne pas davantage, ni « les règles de conduite en usage dans une société » (ce qui peut définir ce qu’est la morale), ni « la manière de se comporter conformément aux règles du savoir-vivre dans une société » (ce qui peut définir la politesse), bien que l’on voie dans quelle mesure ces deux dernières définitions peuvent effectivement être l’objet d’une transposition, certes partielle mais assez directe, aux comportements à observer dans la Voie, pour ce qui concerne les rapports avec les frères avec le Maître, et les rapports entre le murîd et les autres êtres, dans une optique strictement initiatique.

On voit également que cette transposition ne peut être que partielle, lorsque l’on sait que les Maîtres décrivent également, en plus de ces dernières, des règles qui sont valables pour le murîd lui-même et pour les relations entre le murîd et son Seigneur.

Il s’agit donc bien davantage d’attitudes à observer, d’une manière méthodique ou disciplinaire, suivant ce à quoi elles s’appliquent en quelque sorte. Le tout concernant l’ensemble des relations entre l’être et son milieu (pour reprendre les termes d’un chapitre du dernier ouvrage de René Guénon, La Grande Triade), on comprend l’importance universelle que peuvent revêtir cette notions tout au long de la Voie, c’est-à-dire tant qu’il persiste à l’être une perception d’une existence propre et distinctive.

Leur intérêt au début de la Voie, en tant que ce sont des dispositions générales et préparatoires au processus même de réalisation initiatique, c’est-à-dire de sulûk, semble accru lorsque les conditions d’un irshâd direct, exercé par un Maître réalisé corporellement vivant, font défaut, car les règles de âdâb peuvent alors être considérées comme un apport méthodique substitutif majeur, concernant à la fois les pratiques initiatiques en elles-mêmes et les différents modes de relations que le murîd peut être amené à développer dans chacun des états qui le concernent dans son cheminement.

C’est donc bien sous cet aspect préparatoire et méthodique que nous en envisageons personnellement la présentation et l’étude, dans le cadre des études présentées sur le Porteur de Savoir.

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et Allah est plus Savant

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