Guénon par lui-même

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Grâce à la compréhension et à la générosité des Editions Traditionnelles, que nous remercions vivement ici, cette page accueille maintenant non seulement le travail (toujours en cours d’actualisation) qui a pour objectif de réaliser l’Index général des définitions données par René Guénon des termes qu’il utilise dans son œuvre.

L’Équipe éditoriale

 

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Index général des définitions

données par René Guénon

des termes qu’il utilise dans son œuvre

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equipedit (at) leporteurdesavoir.fr

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  • Regrouper uniquement les définitions données comme telles par l’auteur. Les passages qui, sans être réellement des définitions, contribuent à la compréhension de la notion étudiée ou ceux qui sont en réalité des développements effectués à partir de la définition pourront être saisis et collectés pour faire l’objet d’une parution secondaire, l’objectif premier du présent travail étant de se restreindre, autant que possible, à une forme minimale et directement accessible de la terminologie guénonienne ; ces données devront être aussi clairement que possible distinguées de celles qui définissent proprement les notions étudiées.

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1. Le titre de l’ouvrage en toutes lettres

2. Le nom du chapitre

3.  La pagination : n’est pas nécessaire. La faire suivre obligatoirement du nom de l’éditeur, puis de l’année d’édition.

Exemple :

1.  Introduction générales à l’étude des doctrines hindoues

2.  Difficultés linguistiques

3.  pp. 48-49, Véga, 1976

Soit finalement : Introduction générales à l’étude des doctrines hindoues, Difficultés linguistiques, pp. 48-49, Véga, 1976.

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« Guénon par lui-même »

Index général

des définitions données par l’auteur

des termes qu’il utilise dans son œuvre

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A


ABSOLU

« […] il n’y a de degrés que dans le relatif, et ce qui est absolu n’est pas susceptible de « plus » ou de « moins » (« plus » et « moins » devant ici être pris analogiquement, et non pas dans leur seule acception quantitative). »

Les états multiples de l’être, Notion métaphysique de la liberté

« Dès lors que l’Univers est vraiment un tout, ou plutôt le Tout absolu, il ne peut y avoir nulle part aucun cycle fermé : deux possibilités identiques ne seraient qu’une seule et même possibilité ; pour qu’elles soient véritablement deux, il faut qu’elles diffèrent par une condition au moins, et alors elles ne sont pas identiques. »

L’Erreur Spirite, La réincarnation

« On pourrait dire encore que Brahma est le Tout absolu, par là même qu’Il est infini, mais que, d’autre part, si toutes choses sont en Brahma, elles ne sont point Brahma en tant qu’elles sont envisagées sous l’aspect de la distinction, c’est-à-dire précisément en tant que choses relatives et conditionnées, leur existence comme telles n’étant d’ailleurs qu’une illusion vis-à-vis de la réalité suprême ; »

L’Homme et son Devenir selon le Vêdânta, Unité et identité essentielles du « Soi » dans tout les états de l’être

« le tout absolu ne peut être une partie de quelque chose, et l’universel ne saurait être enfermé ou compris dans quoi que ce soit. »

Introduction Générale à l’Étude des Doctrines hindoues, Pensée métaphysique et pensée philosophique

« l’idée de l’Infini, qui est en réalité la plus positive de toutes, puisque l’Infini ne peut être que le tout absolu, ce qui, n’étant limité par rien, ne laisse rien en dehors de soi, cette idée disons-nous, ne peut s’exprimer que par un terme de forme négative, parce que, dans le langage, toute affirmation directe est forcément l’affirmation de quelque chose, c’est-à-dire une affirmation particulière et déterminée ; mais la négation d’une détermination ou d’une limitation est proprement la négation d’une négation, donc une affirmation réelle, de sorte que la négation de toute détermination équivaut au fond à l’affirmation absolue et totale. »

Introduction Générale à l’Étude des Doctrines hindoues, Pensée métaphysique et pensée philosophique

« Dans les remarques précédentes, nous avons simplement voulu indiquer comment la production des nombres à partir de l’Unité symbolise les différentes phases de la manifestation de l’Être dans leur succession logique à partir du principe, c’est-à-dire de l’Être lui-même, qui est identique à l’Unité ; et même, si l’on fait intervenir le Zéro comme précédant l’Unité primordiale, on peut remonter ainsi au-delà de l’Être, jusqu’au Non-Être, c’est-à-dire jusqu’à l’Absolu. »

Mélanges, Remarques sur la production des nombres

« […] l’Infini ne peut avoir ni opposé ni complémentaire, et il ne peut entrer en corrélation avec quoi que ce soit, pas plus avec le zéro qu’avec l’unité ou avec un nombre quelconque ; étant le Tout absolu, il contient aussi bien le Non-Être que l’Être, de sorte que le zéro lui-même, dès lors qu’il n’est pas un pur néant, doit nécessairement être considéré comme compris dans l’Infini. »

Mélanges,Remarques sur la notation mathématique

« tout principe relatif, par là même qu’il n’en est pas moins véritablement principe dans son ordre, est une image naturelle, quoique plus ou moins lointaine, et comme un reflet du Principe absolu et suprême. »

Symboles de la Science sacrée, L’Éther dans le cœur

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ACHINTYA (sanskrit)

« […] impensable (achintya, ne pouvant être revêtu d’aucune forme) »

L’Homme et son Devenir selon le Vêdânta, L’état inconditionné d’âtmâ

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ABHISAMBHAVA (sanskrit)

« […] car il y a là une véritable « transmutation » (abhisambhava) opérée dans les éléments subtils de l’individualité. »

Aperçus sur l’Initiation, Sacrements et rites initiatiques

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ACTION

« Vie et action sont étroitement solidaires ; le domaine de l’une est aussi celui de l’autre, et c’est dans ce domaine limité que se tient toute la civilisation occidentale, aujourd’hui plus que jamais. Nous avons dit ailleurs comment les Orientaux envisagent la limitation de l’action et de ses conséquences, comment ils opposent sous ce rapport la connaissance à l’action : la théorie extrême-orientale du « non-agir », la théorie hindoue de la « délivrance », ce sont là des choses inaccessibles à la mentalité occidentale ordinaire, pour laquelle il est inconcevable qu’on puisse songer à se libérer de l’action, et encore bien plus qu’on puisse effectivement y parvenir. Encore l’action n’est-elle communément envisagée que sous ses formes les plus extérieures, celles qui correspondent proprement au mouvement physique : de là ce besoin croissant de vitesse, cette trépidation fébrile, qui sont si particuliers à la vie contemporaine ; agir pour le plaisir d’agir, cela ne peut s’appeler qu’agitation, car il y a dans l’action même certains degrés à observer et certaines distinctions à faire. Rien ne serait plus facile que de montrer combien cela est incompatible avec tout ce qui est réflexion et concentration, donc avec les moyens essentiels de toute véritable connaissance ; c’est vraiment le triomphe de la dispersion, dans l’extériorisation la plus complète qui se puisse concevoir ; c’est la ruine définitive du reste d’intellectualité qui pouvait subsister encore, si rien ne vient réagir à temps contre ces funestes tendances. »

Orient et Occident, ch. 3 : La superstition de la vie, éd. Guy Trédaniel.

 

ADAM QADMON (hébreu)

« le Grand Architecte est identique à l’Adam Qadmon, c’est-à-dire à l’Homme Universel »

Études sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage, tome 2, À propos du Grand Architecte de l’Univers

« El insânul-qadîm, c’est-à-dire l’« Homme primordial » est, en arabe, une des désignations de l’« Homme universel » (synonyme d’El-insânul-kâmil, qui est littéralement l’« Homme parfait » ou total) ; c’est exactement l’Adam Qadmôn hébraïque. »

Formes traditionnelles et Cycles cosmiques, Qabbalah

« De même que Manu est le prototype de l’homme (mânava), le couple Purusha-Prakriti, par rapport à un état d’être déterminé, peut être considéré comme équivalent, dans le domaine d’existence qui correspond à cet état, à ce que l’ésotérisme islamique appelle l’« Homme Universel » (El-Insânul-kâmil). C’est l’Adam Qadmôn de la Qabbalah hébraïque ; c’est aussi le « Roi » (Wang) de la tradition extrême-orientale (Tao-te-king, XV). »

L’Homme et son Devenir selon le Vêdânta, Purusha et Prakriti

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ADEPTE

« Il ne saurait y avoir aucun degré ou état spirituel qui soit supérieur à celui de l’ »adepte ». »

« Nous rappelons que l’ »adepte » est proprement celui qui a atteint la plénitude de l’initiation effective ; certaines écoles ésotériques font cependant une distinction entre ce qu’elles appellent « adepte mineur » et « adepte majeur » ; ces expressions doivent alors se comprendre, originairement tout au moins, comme désignant celui qui est parvenu à la perfection respectivement dans l’ordre des « petits mystères » et dans celui des « grands mystères ». »

Aperçus sur l’initiation, chap. XLIV

 

 ÂDITYAS (sanskrit)

« l’un des douze Adityas, qui sont regardés comme autant de formes du Soleil, en correspondance avec les douze signes du Zodiaque »

Écrits pour Regnabit, À propos du Poisson

« Il est dit que les Adityas (issus d’Aditi ou l’« Indivisible ») furent d’abord sept avant d’être douze, et que leur chef était alors Varuna. Les douze Adityas sont : Dhâtri, Mitra, Aryaman, Rudra, Varuna, Sûrya, Bhaga, Vivaswat, Pûshan, Savitri, Twashtri, Vishnu. Ce sont autant de manifestations d’une essence unique et indivisible ; et il est dit aussi que ces douze Soleils apparaîtront tous simultanément à la fin du cycle, rentrant alors dans l’unité essentielle et primordiale de leur nature commune. – Chez les Grecs, les douze grands Dieux de l’Olympe sont aussi en correspondance avec les douze signes du Zodiaque. »

Le Roi du Monde, Les trois fonctions suprêmes

« Il est remarquable que cet arbre, d’après le symbolisme apocalyptique, porte alors douze fruits, qui sont, comme nous l’avons dit ailleurs, assimilables aux douze Âdityas de la tradition hindoue, ceux-ci étant douze formes du soleil qui doivent apparaître toutes simultanément à la fin du cycle, rentrant alors dans l’unité essentielle de leur nature commune, car ils sont autant de manifestations d’une essence unique et indivisible, Aditi, qui correspond à l’essence une de l’« Arbre de Vie » lui-même, tandis que Diti correspond à l’essence duelle de l’« Arbre de la Science du bien et du mal .»

Le Symbolisme de la Croix, L’Arbre du Milieu

« […] et les douze aspects du Soleil se rapportant à chacun des signes, c’est-à-dire les douze Adityas de la tradition hindoue, apparaissent sous la forme des douze fruits de l’« Arbre de Vie », qui, placé au centre de la ville, « rend son fruit chaque mois », c’est-à-dire précisément suivant les positions successives du Soleil dans le Zodiaque au cours du cycle annuel. »

Symboles de la Science sacrée, Le Zodiaque et les points cardinaux

« Les Adityas sont les fils d’Aditi, et l’idée d’« indivisibilité » qu’exprime ce nom implique évidemment « indissolubilité », donc « immortalité » ; Aditi n’est d’ailleurs pas sans rapport, à certains égards, avec l’« essence végétative », par là même qu’elle est considérée comme « déesse de la terre», en même temps qu’elle est par ailleurs la « mère des Dêvas » ; et l’opposition d’Aditi et de Diti, dont procède celle des Dêvas et des Asuras, peut être rattachée sous le même rapport à celle de l’«  Arbre de Vie » et de l’« Arbre de Mort » dont nous avons parlé dans l’étude précédente. »

Symboles de la Science sacrée, L’Arbre de Vie et le breuvage d’immortalité

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ADWAITA (sanskrit)

« Dieu est une Essence sans dualité (adwaita), mais qui subsiste dans une double nature, d’où la distinction du « Suprême » (para) et du « Non-Suprême » (apara) auxquels correspondent, à des points de vue divers, toutes les dualités dont un des termes, étant subordonné à l’autre, est contenu « éminemment » dans celui-ci »

Études sur l’Hindouisme, commentaire du livre d’Ananda K. Coomaraswamy. Hinduism and Buddhism

« Dans le Non-Être, il n’y a pas de multiplicité, et, en toute rigueur, il n’y a pas non plus d’unité, car le Non-Être est le Zéro métaphysique, auquel nous sommes obligé de donner un nom pour en parler, et qui est logiquement antérieur à l’unité ; c’est pourquoi la doctrine hindoue parle seulement à cet égard de « non-dualité » (adwaita), ce qui, d’ailleurs, doit encore être rapporté à ce que nous avons dit plus haut sur l’emploi des termes de forme négative. »

Les états multiples de l’être, Rapports de l’unité et de la multiplicité

 « […] quant à la Possibilité universelle envisagée au-delà de l’Être, c’est-à-dire comme le Non-Être, on ne peut pas parler d’unité, comme nous l’avons dit plus haut, puisque le Non-Être est le Zéro métaphysique, mais on peut du moins, en employant toujours la forme négative, parler de « non-dualité » (adwaita). »

Les états multiples de l’être, Notion métaphysique de la liberté

« Nous rappellerons à ce propos que le Vêdânta, par là même qu’il est purement métaphysique, est essentiellement la « doctrine de la non-dualité » (adwaita-vâda) »

L’Homme et son Devenir selon le Vêdânta, Purusha et Prakriti

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AGARTTHA

« le noyau est ce qu’il y a de plus intérieur et de plus caché, et il est entièrement fermé, d’où l’idée d’« inviolabilité » (que l’on retrouve dans le nom de l’Agarttha) »

Le Roi du Monde, « Luz » ou le séjour d’immortalité

« Avant sa disparition du monde visible, ce centre [= le Centre Suprême] portait un autre nom, car celui d’Agarttha, qui signifie « insaisissable » ou « inaccessible » (et aussi « inviolable », car c’est le « séjour de la Paix », Salem), ne lui aurait pas convenu alors »

Le Roi du Monde, Le centre suprême caché pendant le « Kali-Yuga »

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 AGNI (sanskrit)

« […] c’est de la même façon exactement que, dans la tradition hindoue, Agni, en tant qu’il est l’Avatâra par excellence, a aussi Twashtri pour père adoptif lorsqu’il prend naissance dans le Cosmos »

Études sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage, tome 2, Maçons et charpentiers

 « Yâjnavalkya, de yajna-vaktri, « Promulgateur du sacrifice », qui est proprement un nom d’Agni, représente en réalité l’« Avatâra éternel »

Études sur l’Hindouisme, année 1938

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AHANKÂRA (sanskrit)

« […] la conscience individuelle (ahankâra) »

Études sur l’Hindouisme, Kundalinî Yoga

 « […] cette forme déterminée (ahankâra ou « conscience du moi ») est celle qui est inhérente à la faculté que nous appelons le « mental », c’est-à-dire précisément à ce « sens interne » qui est désigné en sanscrit sous le nom de manas, et qui est véritablement la caractéristique de l’individualité humaine »

Les états multiples de l’être, Le mental, élément caractéristique de l’individualité humaine

 « Prakriti, racine de tout, n’est pas production. Sept principes, le grand (Mahat, qui est le principe intellectuel ou Buddhi) et les autres (ahankâra ou la conscience individuelle, qui engendre la notion du « moi », et les cinq tanmâtras ou déterminations essentielles des choses), sont en même temps productions (de Prakriti) et productifs (par rapport aux suivants). »

L’Homme et son Devenir selon le Vêdânta, Purusha et Prakriti

 « Comme nous l’avons déjà indiqué, cette conscience qui est le troisième principe du Sânkhya, donne naissance à la notion du « moi » (aham, d’où le nom d’ahankâra, littéralement « ce qui fait le moi »), car elle a pour fonction propre de prescrire la conviction individuelle (abhimâna), c’est-à-dire précisément la notion que « je suis » concerné par les objets externes (bâhya) et internes (abhyantara), qui sont respectivement les objets de la perception (pratyaksha) et de la contemplation (dhyâna) »

L’Homme et son Devenir selon le Vêdânta, Buddhi ou l’Intellect supérieur

« […] Au degré suivant, au contraire, nous trouvons la conscience individuelle, ahankâra, qui procède du principe intellectuel par une détermination « particulariste » (…) »

Introduction Générale à l’Étude des Doctrines hindoues, Le Sânkhya

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AISHWARYA (sanskrit)

« La possession des attributs divins est appelée en sanskrit aishwarya comme étant une véritable « connaturalité », avec Îshwara. »

L’Homme et son Devenir selon le Vêdânta, CHAPITRE VIII – MANAS OU LE SENS INTERNE ; LES DIX FACULTÉS EXTERNES DE SENSATION ET D’ACTION

«  […] ce qui est appelé aishwarya, c’est-à-dire la participation à l’essence d’Îshwara (…) »

L’Homme et son Devenir selon le Vêdânta, Vidêha-mukti et Jîvan-mukti

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AJNÂNA (sanskrit)

Certains voudraient traduire avidyâ ou ajnâna par « nescience » et non par « ignorance » ; nous avouons ne pas voir clairement la raison de cette subtilité. »

L’Homme et son Devenir selon le Vêdânta, La Délivrance finale

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ÂKÂSHA (sanskrit)

« Nous rappellerons que les cinq éléments reconnus par la doctrine hindoue sont les suivants : âkâsha, l’éther ; vâyu, l’air ; têjas, le feu ; ap, l’eau ; prithvî, la terre. »

Études sur l’Hindouisme, La théorie hindoue des cinq éléments

« Les cinq bhûtas sont, dans l’ordre de leur production ou de leur manifestation (ordre correspondant à celui qui vient d’être indiqué pour les tanmâtras, puisqu’à chaque élément appartient en propre une qualité sensible), l’Éther (Âkâsha), l’Air (Vâyu), le Feu (Têjas), l’Eau (Ap) et la Terre (Prithwî ou Prithivî) ; et c’est d’eux qu’est formée toute la manifestation grossière ou corporelle. »

L’Homme et son Devenir selon le Vêdânta, Manas ou le sens interne ; les dix facultés externes de sensation et d’action

«  (…) ce serait une erreur de penser que la potentialité pure et simple peut se trouver à l’origine de notre monde, qui n’est qu’un degré d’existence parmi les autres ; l’âkâsha, malgré son état d’indifférenciation, n’est pourtant pas dépourvu de toute qualité, el il est déjà « spécifié » en vue de la production de la seule manifestation corporelle ; il ne saurait donc aucunement être confondu avec Prakriti, qui, étant absolument indifférenciée, contient par là même en elle la potentialité de toute manifestation. »

Initiation et Réalisation spirituelle, Les deux nuits

«  Âkâsha, l’Éther, qui est considéré comme l’élément le plus subtil et celui dont procèdent tous les autres (formant, par rapport à son unité primordiale, un quaternaire de manifestation), occupe tout l’espace physique, ainsi que nous l’avons dit : « L’Éther, qui est répandu partout, pénètre en même temps l’extérieur et l’intérieur des choses » (citation de Shankarâchârya, dans Le Démiurge, chap. I, 1re partie du présent livre, p. 9).

Mélanges, Les conditions de l’existence corporelle

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ALCHIMIE

« Kêmi, en langue égyptienne, signifie « terre noire » ; de ce mot est venu celui d’alchimie (al n’étant que l’article en arabe), qui désignait originairement la science hermétique, c’est-à-dire la science sacerdotale de l’Égypte. »

Écrits pour Regnabit, La Terre Sainte et le Cœur du Monde

« L’alchimie, qu’on pourrait définir comme étant pour ainsi dire la « technique » de l’hermétisme, est bien réellement un « art royal », si l’on entend par là un mode d’initiation plus spécialement approprié à la nature des Kshatriyas »

Formes traditionnelles et Cycles cosmiques, La Tradition hermétique

« La véritable alchimie était essentiellement une science d’ordre cosmologique, et, en même temps, elle était applicable aussi à l’ordre humain, en vertu de l’analogie du « macrocosme » et du « microcosme » ; en outre, elle était constituée expressément en vue de permettre une transposition dans le domaine purement spirituel, qui conférait à ses enseignements une valeur symbolique et une signification supérieure, et qui en faisait un des types les plus complets des « sciences traditionnelles » »

La Crise du Monde Moderne, Science sacrée et science profane

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ÂME

« De plus, peut-être à cause de l’insuffisance du mot « âme », qui peut désigner à peu près indifféremment tout ce qui n’est pas « corps », c’est-à-dire des choses aussi diverses que possible (…) »

Articles et Comptes Rendus, Comptes-rendus de livres

« (Note) Cette remarque peut aider à définir les rapports de l’« esprit » (er-rûh) et de l’« âme » (en-nefs), celle-ci étant proprement le « principe vital » de chaque être particulier. »

Aperçus sur l’Initiation, « Verbum, lux et vita »

« (…) le sang constitue effectivement l’un des liens de l’organisme corporel avec l’état subtil de l’être vivant, lequel est proprement l’« âme » (nepheshhaiah de la Genèse), c’est-à-dire, au sens étymologique (anima), le principe animateur ou vivificateur de l’être. »

Formes traditionnelles et Cycles cosmiques, Quelques remarques sur le nom d’Adam

« (Note) La racine an se retrouve, avec la même signification dans le grec ανεμος, « souffle » ou « vent », et dans le latin anima « âme », dont le sens propre et primitif est exactement celui de « souffle vital ».

L’Homme et son Devenir selon le Vêdânta, Les envellopes du « Soi » ; les cinq Vâyus ou fonctions vitales

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AMRITÂ (sanskrit)

« Ce que figure proprement le Soma, c’est le « breuvage d’immortalité » (l’Amritâ des Hindous, l’Ambroisie des Grecs, deux mots étymologiquement semblables), qui confère ou restitue, à ceux qui le reçoivent avec les dispositions requises, ce « sens de l’éternité » dont il a été question précédemment. »

Écrits pour Regnabit, Le Sacré-Cœur et la Légende du Saint Graal

« Ainsi, le mot sanscrit amrita se traduit bien littéralement par « immortalité », mais il s’applique exclusivement à un état qui est supérieur à tout changement, car l’idée de « mort » est ici étendue à un changement quelconque. »

L’erreur spirite, Immortalité et survivance

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ANALOGIE

«  Toute véritable analogie doit être appliquée en sens inverse : c’est ce que figure le symbole bien connu du « sceau de Salomon », formé de l’union de deux triangles opposés. Ainsi, par exemple, de même que l’image d’un objet dans un miroir est inversée par rapport à l’objet, ce qui est le premier ou le plus grand dans l’ordre principiel et, du moins en apparence, le dernier ou le plus petit dans l’ordre de la manifestation. Pour prendre des termes de comparaison dans le domaine mathématique, comme nous l’avons fait à ce propos afin de rendre la chose plus aisément compréhensible, c’est ainsi que le point géométrique et nul quantitativement et n’occupe aucun espace, bien qu’il soit (et ceci sera précisément expliqué plus complètement par la suite) le principe par lequel est produit l’espace tout entier, qui n’est que le développement ou l’extension de ses propres virtualités. C’est ainsi également que l’unité arithmétique est le plus petit des nombres si on l’envisage comme situé dans leur multiplicité, mais qu’elle est le plus grand en principe, puisqu’elle les contient tous virtuellement et produit toute leur série par la seule répétition indéfinie d’elle-même ».

Le Symbolisme de la Croix, chap. II

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ANGE

« Suivant la conception orthodoxe, un ange, en tant qu’« intermédiaire céleste », n’est pas autre chose au fond que l’expression même d’un attribut divin dans l’ordre de la manifestation informelle, car c’est là seulement ce qui permet d’établir, à travers lui, une communication réelle entre l’état humain et le Principe même, dont il représente ainsi un aspect plus particulièrement accessible aux êtres qui sont dans cet état humain. C’est d’ailleurs ce que montrent très nettement les noms mêmes des anges, qui sont toujours, en fait, la désignation de tels attributs divins ; c’est ici surtout, en effet, que le nom correspond pleinement à la nature de l’être et ne fait véritablement qu’un avec son essence même. »
Symboles de la Science sacrée, Les « racines des plantes »

« […] Il est remarquable que certains appliquent notamment cette expression à ce qui concerne les anges et les démons, qui effectivement « représentent » les états supérieurs et inférieurs de l’être, et qui d’ailleurs ne peuvent évidemment être décrits que symboliquement par des termes empruntés au monde sensible »
Aperçus sur l’Initiation, Le symbolisme du théâtre

« Si les états « angéliques » sont les états supra-individuels qui constituent la manifestation informelle, on ne peut attribuer aux anges aucune des facultés qui sont d’ordre proprement individuel ; par exemple, comme nous l’avons dit plus haut, on ne peut les supposer doués de raison, ce qui est la caractéristique exclusive de l’individualité humaine, et ils ne peuvent avoir qu’un mode d’intelligence purement intuitif. »
Les états multiples de l’être, Les hiérarchies spirituelles

« […] On pourrait opposer à cet égard, à l’adage scolastique de la décadence, les conceptions de saint Thomas d’Aquin lui-même sur le monde angélique, « ubi omne individuum est species infima », c’est-à-dire que les différences entre les anges ne sont pas l’analogue des « différences individuelles » dans notre monde (le terme individuum lui-même est donc impropre ici en réalité, et il s’agit effectivement d’états supra-individuels), mais celui des « différences spécifiques » ; la raison véritable en est que chaque ange représente en quelque sorte l’expression d’un attribut divin, comme on le voit d’ailleurs clairement par la constitution des noms dans l’angélologie hébraïque. »
Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Unité et « simplicité »

« […] les anges sont littéralement les « messagers » divins. »
Symboles de la Science sacrée, L’Octogone

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ÂNANDAMAYA-KOSH (Sanskrit).

« Purusha ou Âtmâ, se manifestant comme jîvâtmâ dans la forme vivante de l’être individuel, est regardé, selon le Vêdânta, comme se revêtant d’une série d’« enveloppes » (koshas) ou de « véhicules » successifs, représentant autant de phases de sa manifestation, et qu’il serait d’ailleurs complètement erroné d’assimiler à des « corps », puisque c’est la dernière phase seulement qui est d’ordre corporel. Il faut bien remarquer, du reste, qu’on ne peut pas dire, en toute rigueur, qu’Âtmâ soit en réalité contenu dans de telles enveloppes, puisque, de par sa nature même, il n’est susceptible d’aucune limitation et n’est nullement conditionné par quelque état de manifestation que ce soit 1 . La première enveloppe (ânandamaya-kosha, la particule maya signifiant « qui est fait de » ou « qui consiste en » ce que désigne le mot auquel elle est jointe) n’est autre chose que l’ensemble même de toutes les possibilités de manifestation qu’Âtmâ comporte en soi, dans sa « permanente actualité », à l’état principiel et indifférencié. »

L’Homme et son Devenir selon le Vêdânta, Unité et identité essentielles du « Soi » dans tous les états de l’être

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ANDROGYNE

« (…) À ce point de vue, l’union des complémentaires devra donc être considérée comme constituant l’« Androgyne » primordial dont parlent toutes les traditions ; sans nous étendre davantage sur cette question, nous pouvons dire que ce qu’il faut entendre par là, c’est que, dans la totalisation de l’être, les complémentaires doivent effectivement se trouver en équilibre parfait, sans aucune prédominance de l’un sur l’autre. Il est à remarquer, d’autre part, qu’à cet « Androgyne » est en général attribuée symboliquement la forme sphérique, qui est la moins différenciée de toutes, puisqu’elle s’étend également dans toutes les directions, et que les Pythagoriciens regardaient comme la forme la plus parfaite et comme la figure de la totalité universelle »

Le Symbolisme de la Croix, L’union des complémentaires

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ANTÉCHRIST

« […] celui-ci, quelque idée qu’on s’en fasse d’ailleurs, est en tout cas ce qui concentrera et synthétisera en soi, pour cette œuvre finale, toutes les puissances de la « contre-initiation », qu’on le conçoive comme un individu ou comme une collectivité ; ce peut même, en un certain sens, être à la fois l’un et l’autre car il devra y avoir une collectivité qui sera comme l’« extériorisation » de l’organisation « contre-initiatique » elle-même apparaissant enfin au jour, et aussi un personnage qui, placé à la tête de cette collectivité, sera l’expression la plus complète et comme l’« incarnation » même de ce qu’elle représentera, ne serait-ce qu’à titre de « support » de toutes les influences maléfiques que, après les avoir concentrées en lui-même, il devra projeter sur le monde. Ce sera évidemment un

« imposteur » (c’est le sens du mot dajjâl par lequel on le désigne habituellement en arabe), puisque son règne ne sera pas autre chose que la « grande parodie » par excellence, l’imitation caricaturale et « satanique » de tout ce qui est vraiment traditionnel et spirituel […]. »

Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, ch. 39 : La grande parodie ou la spiritualité à rebours, éd. Gallimard.

 

AOR (hébreu)

« (…) En outre, si Aor est bien exclusivement la lumière, Agni est le principe igné envisagé intégralement (l’ignis latin étant d’ailleurs exactement le même mot), donc à la fois comme lumière et comme chaleur »

Écrits pour Regnabit, Le Cœur rayonnant et le Cœur enflammé

 

APARA-BRAHMA (sanskrit)

« Wou-ki correspond, dans la tradition hindoue, au Brahma neutre et suprême (Para-Brahma), et Tai-ki à Îshwara ou au Brahma « non-suprême » (Apara-Brahma) »

La Grande Triade, Différents genres de ternaires

« C’est en tant que nirguna que Brahma est kârana, et en tant que saguna qu’il est kârya ; le premier est le « Suprême » ou Para-Brahma, et le second est le « Non-Suprême » ou Apara-Brahma (qui est Îshwara) ; mais il n’en résulte point que Brahma cesse en quelque façon d’être « sans dualité » (adwaita), car le « Non-Suprême » lui-même n’est qu’illusoire en tant qu’il se distingue du « Suprême », comme l’effet n’est rien qui soit vraiment et essentiellement différent de la cause. Notons qu’on ne doit jamais traduire Para-Brahma et Apara-Brahma par « Brahma supérieur » et « Brahma inférieur », car ces expressions supposent une comparaison ou une corrélation qui ne saurait aucunement exister. »

L’Homme et son Devenir selon le Vêdânta, Unité et identité essentielles du « Soi » dans les états multiples de l’être.

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APOLOGÉTIQUE

« […] l’attitude « apologétique » est, en elle-même, une attitude extrêmement faible, parce qu’elle est purement « défensive », au sens juridique de ce mot ; ce n’est pas pour rien qu’elle est désignée par un terme dérivé d’« apologie », qui a pour signification propre le plaidoyer d’un avocat, et qui, dans une langue telle que l’anglais, a été jusqu’à prendre couramment l’acception d’« excuse » ; l’importance prépondérante accordée à l’« apologétique » est donc la marque incontestable d’un recul de l’esprit religieux. Cette faiblesse s’accentue encore quand l’« apologétique » dégénère […] en discussions toutes « profanes » par la méthode et le point de vue, où la religion est mise sur le même plan que les théories philosophiques et scientifiques, ou pseudo-scientifiques, les plus contingentes et les plus hypothétiques, et où, pour paraître « conciliant », on va jusqu’à admettre dans une certaine mesure des conceptions qui n’ont été inventées que pour ruiner toute religion ; ceux qui agissent ainsi fournissent eux-mêmes la preuve qu’ils sont parfaitement inconscients du véritable caractère de la doctrine dont ils se croient les représentants plus ou moins autorisés. Ceux qui sont qualifiés pour parler au nom d’une doctrine traditionnelle n’ont pas à discuter avec les « profanes » ni à faire de la « polémique » ; ils n’ont qu’à exposer la doctrine telle qu’elle est, pour ceux qui peuvent la comprendre, et, en même temps, à dénoncer l’erreur partout où elle se trouve, à la faire apparaître comme telle en projetant sur elle la lumière de la vraie connaissance ; leur rôle n’est pas d’engager une lutte et d’y compromettre la doctrine, mais de porter le jugement qu’ils ont le droit de porter s’ils possèdent effectivement les principes qui doivent les inspirer infailliblement… »

La crise du monde moderne, ch. 5 : L’individualisme, éd. Gallimard.

 

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APÛRVA (sanskrit)

“…nous signalerons encore une notion qui y joue un rôle important: cette notion, qui est désignée par le mot apûrva, est de celles qui sont difficiles à expliquer dans les langues occidentales; nous allons néanmoins essayer de faire comprendre en quoi elle consiste et ce qu’elle comporte. Nous avons dit dans le chapitre précédent que l’action, bien différente de la connaissance en cela comme en tout le reste, ne porte pas ses conséquences en elle-même; sous ce rapport, l’opposition est, au fond, celle de la succession et de la simultanéité, et ce sont les conditions mêmes de toute action qui font qu’elle ne peut produire ses effets qu’en mode successif. Cependant. pour qu’une chose puisse être cause, il faut qu’elle existe actuellement, et c’est pourquoi le vrai rapport causal ne peut être conçu que comme un rapport de simultanéité: si on le concevait comme un rapport de succession, il y aurait un instant où quelque chose qui n’existe plus produirait quelque chose qui n’existe pas encore, supposition qui est manifestement absurde. Donc, pour qu’une action, qui n’est en elle-même qu’une modification momentanée, puisse avoir des résultats futurs et plus ou moins lointains, il faut qu’elle ait, dans l’instant même où elle s’accomplit, un effet non perceptible présentement, mais qui, subsistant d’une façon permanente, relativement tout au moins, produira ultérieurement, à son tour, le résultat perceptible. C’est cet effet non-perceptible, potentiel en quelque sorte, qui est appelé apûrva, parce qu’il est surajouté et non antérieur à l’action; il peut être regardé, soit comme un état postérieur de l’action elle-même, soit comme un état antécédent du résultat, l’effet devant toujours être contenu virtuellement dans sa cause, dont il ne pourrait procéder autrement.”.

INTRODUCTION GÉNÉRALE À L’ÉTUDE DES DOCTRINES HINDOUES, LA MIMANSA

« Pour revenir à la Mîmânsâ après cette digression, nous signalerons encore une notion qui y joue un rôle important : cette notion, qui est désignée par le mot apûrva, est de celles qui sont difficiles à expliquer dans les langues occidentales ; nous allons néanmoins essayer de faire comprendre en quoi elle consiste et ce qu’elle comporte. Nous avons dit dans le chapitre précédent que l’action, bien différente de la connaissance en cela comme en tout le reste, ne porte pas ses conséquences en elle-même : sous ce rapport, l’opposition est, au fond, celle de la succession et de la simultanéité, et ce sont les conditions mêmes de toute action qui font qu’elle ne peut produire ses effets qu’en mode successif. Cependant pour qu’une chose puisse être cause, il faut qu’elle existe actuellement, et c’est pourquoi le vrai rapport causal ne peut être conçu que comme un rapport de simultanéité : si on le concevait comme un rapport de succession, il y aurait un instant où quelque chose qui n’existe plus produirait quelque chose qui n’existe pas encore, supposition qui est manifestement absurde. Donc, pour qu’une action, qui n’est en elle-même qu’une modification momentanée, puisse avoir des résultats futurs et plus ou moins lointains, il faut qu’elle ait, dans l’instant même où elle s’accomplit, un effet non perceptible présentement, mais qui, subsistant d’une façon permanente, relativement tout au moins, produira ultérieurement, à son tour, le résultat perceptible. C’est cet effet non-perceptible, potentiel en quelque sorte, qui est appelé apûrva, parce qu’il est surajouté et non antérieur à l’action ; il peut être regardé, soit comme un état postérieur de l’action elle-même, soit comme un état antécédent du résultat, l’effet devant toujours être contenu virtuellement dans sa cause, dont il ne pourrait procéder autrement.

D’ailleurs, même dans le cas où un certain résultat paraît suivre immédiatement l’action dans le temps, l’existence intermédiaire d’un apûrva n’en est pas moins nécessaire, dès lors qu’il y a encore succession et non parfaite simultanéité, et que l’action, en elle-même, est toujours séparée de son résultat. De cette façon, l’action échappe à l’instantanéité, et même, dans une certaine mesure, aux limitations de la condition temporelle ; en effet, l’apûrva, germe de toutes ses conséquences futures n’étant pas dans le domaine de la manifestation corporelle et sensible, est en dehors du temps ordinaire, mais non en dehors de toute durée, car il appartient encore à l’ordre des contingences. Maintenant, l’apûrva peut pour une part, demeurer attaché à l’être qui a accompli l’action, comme étant désormais un élément constitutif de son individualité envisagée dans sa partie incorporelle, où il persistera tant que celle-ci durera elle-même, et, pour une autre part, sortir des bornes de cette individualité pour entrer dans le domaine des énergies potentielles de l’ordre cosmique ; dans cette seconde partie, si on se le représente, par une image sans doute imparfaite, comme une vibration émise en un certain point, cette vibration, après s’être propagée jusqu’aux confins du domaine où elle peut atteindre, reviendra en sens inverse à son point de départ, et cela, comme l’exige la causalité, sous la forme d’une réaction de même nature que l’action initiale. C’est là, très exactement, ce que le Taoïsme, de son côté, désigne comme les « actions et réactions concordantes » »

Introduction Générale à l’Étude des Doctrines hindoues, La Mîmânsâ

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ARISTOCRATIE

« […] ce dernier mot désignant précisément, du moins lorsqu’il est pris dans son sens étymologique, le pouvoir de l’élite. Celle-ci, par définition en quelque sorte, ne peut être que le petit nombre, et son pouvoir, son autorité plutôt, qui ne vient que de sa supériorité intellectuelle, n’a rien de commun avec la force numérique sur laquelle repose la « démocratie », dont le caractère essentiel est de sacrifier la minorité à la majorité, et aussi, par là même, […] la qualité à la quantité, donc l’élite à la masse. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 6 : Le chaos social, éd. Gallimard.

 

ARTIFEX

« L’artifex, pour les anciens, c’est, indifféremment, l’homme qui exerce un art ou un métier ; mais ce n’est, à vrai dire, ni l’artiste ni l’artisan au sens que ces mots ont aujourd’hui ; c’est quelque chose de plus que l’un et que l’autre, parce que, originairement tout au moins, son activité est rattachée à des principes d’un ordre beaucoup plus profond. »

Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Métiers anciens et industrie moderne

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ÂRYA (sanskrit)

« (Note) dans l’Inde, la troisième caste, celle des Vaishya, dont les fonctions propres sont celles de l’ordre économique, est admise aussi à une initiation lui donnant droit aux qualifications, qui lui sont ainsi communes avec les deux premières, d’ârya ou « noble » et de dwija ou « deux fois né » »

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, Fonction du sacerdoce et de la royauté

« le terme sanskrit ârya, dont on a tiré le nom de cette race hypothétique, n’a jamais été en réalité qu’une épithète distinctive s’appliquant aux seuls hommes des trois premières castes, et cela indépendamment du fait d’appartenir à telle ou telle race, dont la considération n’a pas à intervenir ici. »

Introduction Générale à l’Étude des Doctrines hindoues, Principe d’unité des civilisations orientales

« (Note) Les dénominations d’Iran et deTuran, dont on a voulu faire des désignations de races, représentent en réalité respectivement les peuples sédentaires et les peuples nomades ;Iran ou Airyana vient du mot arya (d’oùârya par allongement), qui signifie « laboureur » (dérivé de la racine ar, qui se retrouve dans le latin arare,arator, et aussi arvum, « champ ») ; et l’emploi du mot ârya comme désignation honorifique (pour les castes supérieures) est, par suite, caractéristique de la tradition des peuples agriculteurs. »

Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Caïn et Abel

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ASTROLOGIE

« […] l’attribution de significations distinctes aux termes d’« astrologie » et d’« astronomie » est relativement récente ; chez les Grecs, ces deux mots étaient employés indifféremment pour désigner tout l’ensemble de ce à quoi l’un et l’autre s’appliquent maintenant. Il semble donc, à première vue, qu’on ait encore affaire dans ce cas à une de ces divisions par « spécialisation » qui se sont établies entre ce qui n’était primitivement que des parties d’une science unique ; mais ce qu’il y a ici de particulier, c’est que, tandis qu’une de ces parties, celle qui représentait le côté le plus matériel de la science en question, prenait un développement indépendant, l’autre partie, par contre, disparaissait entièrement. Cela est tellement vrai qu’on ne sait plus aujourd’hui ce que pouvait être l’astrologie ancienne, et que ceux mêmes qui ont essayé de la reconstituer ne sont arrivés qu’à de véritables contrefaçons, soit en voulant en faire l’équivalent d’une science expérimentale moderne, avec intervention des statistiques et du calcul des probabilités, ce qui procède d’un point de vue qui ne pouvait en aucune façon être celui de l’antiquité ou du moyen âge, soit en s’appliquant exclusivement à restaurer un « art divinatoire » qui ne fut guère qu’une déviation de l’astrologie en voie de disparition, et où l’on pourrait voir tout au plus une application très inférieure et assez peu digne de considération, ainsi qu’il est encore possible de le constater dans les civilisations orientales. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 3 : Science sacrée et science profane, éd. Gallimard.

 

ATIVARNA (sanskrit)

« (…) les initiés de l’Agarttha sontativarna, c’est-à-dire « au-delà des castes » ».

Le Roi du Monde, Royauté et pontificat

« (Note) C’est ce qu’indique, dans la tradition hindoue, le mot Hamsa, donné comme le nom de la caste unique qui existait à l’origine, et désignant proprement un état qui est ativarna, c’est-à-dire au-delà de la distinction des castes actuelles. »

Aperçus sur l’Initiation, Des conditions de l’initiation

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ATIVARNÂSHRAMÎ (sanskrit)

« l’homme qui a atteint un certain degré de réalisation est dit ativarnâshramî, c’est-à-dire au delà des castes (varnas) et des stades de l’existence terrestre (âshramas) ; aucune des distinctions ordinaires ne s’applique plus à un tel être, dès lors qu’il a dépassé effectivement les limites de l’individualité, même sans être encore parvenu au résultat final. »

L’Homme et son Devenir selon le Vêdânta, La Délivrance finale

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 AUTORITE SPIRITUELLE

« …L’autorité spirituelle, intérieure par essence, ne s’affirme que par elle-même, indépendamment de tout appui sensible, et s’exerce en quelque sorte invisiblement ; si l’on peut encore ici parler de puissance ou de force, ce n’est que par transposition analogique, et, du moins dans le cas d’une autorité spirituelle à l’état pur, si l’on peut dire, il faut bien comprendre qu’il s’agit alors d’une puissance toute intellectuelle, dont le nom est « sagesse », et de la seule force de la vérité. »

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chap. I

« […] cette autorité est comme le pivot autour duquel tournent toutes les choses contingentes, l’axe fixe autour duquel le monde accomplit sa révolution, le pôle ou le centre immuable qui dirige et règle le mouvement cosmique sans y participer. »

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, Dépendance de la Royauté à l’égard du Sacerdoce

« Nous avons dit que la caste supérieure, celle des Brâhmanas, a pour fonction essentielle de conserver et de transmettre la doctrine traditionnelle ; c’est là sa véritable raison d’être, puisque c’est sur cette doctrine que repose tout l’ordre social, qui ne saurait trouver ailleurs les principes sans lesquels il n’y a rien de stable ni de durable. Là où la tradition est tout, ceux qui en sont les dépositaires doivent logiquement être tout ; ou du moins, comme la diversité des fonctions nécessaires à l’organisme social entraîne une incompatibilité entre elles et exige leur accomplissement par des individus différents, ces individus dépendent tous essentiellement des détenteurs de la tradition, puisque, s’ils ne participaient effectivement à celle-ci, ils ne pourraient non plus participer efficacement à la vie collective : c’est là le sens vrai et complet de l’autorité spirituelle et intellectuelle qui appartient aux Brâhmanas. »

Introduction Générale à l’Étude des Doctrines hindoues, L’enseignement traditionnel

« […] la même négation a aussi pour conséquence, dans un autre ordre, le rejet de toute autorité spirituelle, celle-ci étant nécessairement de source « supra-humaine ». »

Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Les postulats du rationalisme

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AVARNA (sanskrit)

« (…) dans une organisation sociale traditionnelle un être peut être en dehors des castes de deux façons, soit parce qu’il est au-dessus d’elles (ativarna), soit parce qu’il est au-dessous (avarna), et il est évident que ce sont là deux extrêmes opposés. »

Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Le double sens de l’anonymat

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AVATÂRA (sanskrit)

« (…) au centre du plan médian lui-même se situe Hiranyagarbha, qui apparaît ainsi dans le Cosmos comme l’« Avatâra éternel », et qui est par là même identique à l’« Homme Universel ». »

La Grande Triade, Le triple temps

« En somme, sa manifestation est proprement la « redescente du Ciel en Terre » dont parle la Table d’Émeraude, et l’être qui apporte ainsi les influences célestes en ce monde, après les avoir « incorporées » à sa propre nature, peut être dit représenter véritablement le Ciel par rapport au domaine humain. »

La Grande Triade, Le « triratna »

« (note) On peut remarquer que par-là se rejoignent d’une certaine façon la conception du Prophète et celle de l’Avatâra, qui procèdent en sens inverse l’une de l’autre, la seconde partant de la considération du principe qui se manifeste, tandis que la première part de celle du « support » de cette manifestation »

Aperçus sur l’Ésotérisme islamique et le Taoïsme, Er-Rûh

« (…) elle peut être une allusion à l’Incarnation, ou, d’une façon plus générale, à la manifestation du Verbe dans le Monde, considérée en quelque sorte comme une « descente » (c’est le sens exact du terme sanscrit avatâra, qui désigne toute manifestation divine). »

Écrits pour Regnabit, Le Cœur du Monde dans la Kabbale hébraïque

« (…) nombre d’Hindous orthodoxes n’hésitent pas à le regarder comme un Avatâra, c’est-à-dire comme une « manifestation divine » (…) »

Introduction Générale à l’Étude des Doctrines hindoues, À propos du Bouddhisme

« (…) un caractère proprement « avatârique », c’est-à-dire la montre effectivement comme une « descente » (c’est le sens propre du mot avatâra) par laquelle un principe, ou un être qui représente celui-ci parce qu’il lui est identifié, est manifesté dans le monde extérieur, ce qui, évidemment, ne saurait en aucune façon altérer l’immutabilité du Principe comme tel. »

Initiation et Réalisation spirituelle, Réalisation ascendante et descendante

« le sens propre du terme avatâra est « descente » du Principe divin dans le monde manifesté. »

Symboles de la Science sacrée, Quelques aspects du symbolisme du poisson

« (Note) de là aussi, en sanscrit, divers termes contenant étymologiquement l’idée de « traverser », y compris celui d’Avatâra, qui exprime littéralement une « traversée descendante » (avatarana), c’est-à-dire la « descente » d’un Sauveur. »

Symboles de la Science sacrée, Le passage des eaux

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AVIDYÂ (sanskrit)

« (…) et c’est en ce sens que l’illusion est aussi « ignorance » (avidyâ), c’est-à-dire précisément le contraire ou l’inverse de la « Sagesse » (…)»

Études sur l’Hindouisme, « Mâyâ »

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AVYAKTA (sanskrit)

« Elle est indifférenciée (avyakta) (…) »

L’Homme et son Devenir selon le Vêdânta, Purusha et Prakriti

« Cet état d’indifférenciation, dans lequel toute la connaissance, y compris celle des autres états, est centralisée synthétiquement dans l’unité essentielle et fondamentale de l’être, est l’état non-manifesté ou « non-développé » (avyakta), principe et cause (kârana) de toute la manifestation, et à partir duquel celle-ci est développée dans la multiplicité de ses divers états, et plus particulièrement, en ce qui concerne l’être humain, dans ses états subtil et grossier. Ce non-manifesté, conçu comme racine du manifesté (vyakta) qui n’est que son effet (kârya), est identifié sous ce rapport à Mûla-Prakriti, la « Nature primordiale » ;»

L’Homme et son Devenir selon le Vêdânta, L’état de sommeil profond ou la condition de prâjna

« Cet état d’indifférenciation, dans lequel toute la connaissance (y compris celle des autres états) est centralisée synthétiquement dans l’unité de l’être, est l’état non-manifesté (avyakta), principe et cause de toute la manifestation, dont les objets (tant externes qu’internes) ne sont point détruits, mais subsistent en mode principiel, le Soi (âtman) demeurant conscient par lui-même de sa propre existence dans l’« éternel présent ». »

La Gnose, La constitution de l’être humain et son évolution posthume selon le Vêdânta

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AWLIYÂ ESH-SHAYTÂN (arabe)

Le dernier degré de la hiérarchie « contre-initiatique » est occupé par ce qu’on appelle les « saints de Satan » (awliyâ esh-Shaytân), qui sont en quelque sorte l’inverse des véritables saints (awliyâ er-Rahman), et qui manifestent ainsi l’expression la plus complète possible de la « spiritualité à rebours ». »

Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, ch. 38 : De l’antitradition à la contre-tradition, éd. Gallimard.

 

AXE (du Monde)

« Cet axe invariable, en effet, est le « support divin » de toute existence ; il est, comme l’enseignent les doctrines extrême-orientales, la direction selon laquelle s’exerce l’« Activité du Ciel », le lieu de manifestation de la « Volonté du Ciel».

Symboles de la Science sacrée, Le grain de sénevé

« […] cet « invariable milieu » est proprement le point de rencontre de l’« Axe du Monde » (selon la direction duquel s’exerce l’« Activité du Ciel ») avec le domaine des possibilités humaines ; en d’autres termes, c’est seulement le centre de l’état humain, qui n’est qu’une image réfléchie du Centre universel. »

Écrits pour Regnabit, Le Centre du Monde dans les doctrines extrême-orientales

« […] le trait vertical n’est autre que l’axe qui unit effectivement entre eux tous les états d’existence, tandis que le centre où se situe l’« homme primordial », et qui est marqué dans le caractère par le point de rencontre du trait vertical avec le trait médian horizontal, au milieu de celui-ci, ne se rapporte qu’à un seul état, qui est l’état individuel humain »

La Grande Triade, le « Wang » ou le Roi-Pontife

« […] Or nous verrons par la suite que l’axe vertical, qui relie tous les états de l’être en les traversant en leurs centres respectifs, est le lieu de manifestation de ce que la tradition extrême-orientale appelle l’« Activité du Ciel », qui est précisément l’activité « non-agissante » de Purusha, par laquelle sont déterminées en Prakriti les productions qui correspondent à toutes les possibilités de manifestation. »

Le Symbolisme de la Croix, L’union des complémentaires

« De ce qui précède, il résulte que le pas de l’hélice, élément par lequel les extrémités d’un cycle individuel, quel qu’il soit, échappent au domaine propre de l’individualité, est la mesure de la « force attractive de la Divinité ». L’influence de la « Volonté du Ciel » dans le développement de l’être se mesure donc parallèlement à l’axe vertical »

« L’axe vertical représente alors le lieu métaphysique de la manifestation de la « Volonté du Ciel » »

« nous voyons que l’axe vertical est déterminé comme expression de la « Volonté du Ciel » dans le développement de l’être, ce qui détermine en même temps la direction des plans horizontaux, représentant les différents états, et la correspondance horizontale et verticale de ceux-ci, établissant leur hiérarchisation. »

Le Symbolisme de la Croix, Signification de l’axe vertical ; l’influence de la Volonté du Ciel »

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B


BÂLYA (sanskrit)

« Cette « simplicité », c’est aussi ce qui est désigné ailleurs comme l’état d’« enfance » (en sanscrit bâlya), entendu naturellement au sens spirituel, et qui, dans la doctrine hindoue, est considéré comme une condition préalable pour l’acquisition de la connaissance par excellence. »

Aperçus sur l’Ésotérisme islamique et le Taoïsme, El-Faqru

«  (…) ces trois attributs sont dans l’ordre ascendant, bâlya, pânditya et mauna. Le premier de ces mots désigne littéralement un état comparable à celui d’un enfant (bâla) : c’est un stade de « non-expansion », si l’on peut ainsi parler, où toutes les puissances de l’être sont pour ainsi dire concentrées en un point, réalisant par leur unification une simplicité indifférenciée, apparemment semblable à la potentialité embryonnaire. C’est aussi, en un sens un peu différent, mais qui complète le précédent (car il y a là à la fois résorption et plénitude), le retour à l’« état primordial » dont parlent toutes les traditions, et sur lequel insistent plus spécialement le Taoïsme et l’ésotérisme islamique »

L’Homme et son Devenir selon le Vêdânta,  Vidêha-Mukti et Jîvan-Mukti

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BARAKAH (arabe)

«  (…) une « influence spirituelle » (nous employons cette expression pour rendre aussi exactement que possible la signification du mot arabe barakah) »

Aperçus sur l’Ésotérisme islamique et le Taoïsme, L’ésotérisme islamique

«  (…) des « influences spirituelles » (nous préférons cette expression au mot « bénédictions » pour traduire l’hébreu berakoth, d’autant plus que c’est là le sens qu’a gardé très nettement en arabe le mot barakah) »

Le Roi du Monde, La « Shekinah » et « Metatron »

« (…) une organisation peut avoir « perdu l’esprit » (ou ce qu’on appelle en arabe la barakah), par intrusion de la politique ou autrement, et garder néanmoins son symbolisme intact, tout en ne le comprenant plus. »

Aperçus sur l’Ésotérisme chrétien, Le langage secret de Dante et des “Fidèles d’Amour” (I)

(note) La tradition musulmane enseigne aussi que la barakah peut se perdre ; d’autre part, dans la tradition extrême- orientale également, le « mandat du Ciel » est révocable lorsque le souverain ne remplit pas régulièrement ses fonctions, en harmonie avec l’ordre cosmique lui-même.

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, Dépendance de la royauté à l’égard du sacerdoce

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BHAKTI (sanskrit)

« […] même si l’on veut rendre bhakti, en langage occidental, par « dévotion » comme on le fait le plus ordinairement, bien que ce ne soit là tout au plus qu’une acception dérivée et que le sens premier et essentiel du mot soit en réalité celui de « participation », ainsi que l’a montré M. Ananda K. Coomaraswamy, « dévotion » n’est pas « service », ou, du moins, ce serait exclusivement « service divin » »

Aperçus sur l’Initiation, Initiation et « service »

 

« […] la voie qui lui convient est la voie qu’on pourrait appeler « dévotionnelle », s’il est permis de se servir d’un tel mot pour rendre, assez imparfaitement d’ailleurs, le terme sanscrit de bhakti, c’est-à-dire la voie qui prend pour point de départ un élément d’ordre émotif.»

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, Nature respective des brâhmanes et des kshatriyas

 

« (Note) […] dans ses dérivés, comme bhaga et surtout bhakti, les idées prédominantes sont celles de vénération, d’adoration, de respect, de dévouement ou d’attachement. »

Études sur l’Hindouisme, Âtma-Gîtâ

 

« Quant à la notion même de bhakti, des idées comme celles d’« amour » et de « renonciation » ne suffisent peut-être pas à la définir, surtout si, comme c’est ici le cas, on ne cherche pas à les rattacher à son sens premier, qui est celui de « participation ». »

Études sur l’Hindouisme, compte-rendu de Bhakti-Yoga de Swâmî-Vivêkânanda

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BHAKTI-YOGA (sanskrit)

« En sanscrit, on donne le nom de Bhakti-Yoga à une forme inférieure et incomplète de Yoga, qui se réalise, soit par les œuvres (karma), soit par tout autre moyen d’acquérir des mérites, c’est-à-dire de réaliser un développement individuel. Bien que ne pouvant dépasser le domaine de l’individualité, cette réalisation est quelque chose de plus que celle dont nous venons de parler, car elle s’étend à l’individualité intégrale, et non plus seulement à l’individualité corporelle ; mais elle ne peut jamais être équivalente à la communion totale dans l’Universel, qui est la Râdja-Yoga. »

La Gnose, La prière et l’incantation

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 V18 – 15 juin 2016

BHÛ (sanskrit)

« […] ils sont appelés en sanscrit bhûtas, mot dérivé de la racine verbale bhû, qui signifie « être », mais plus particulièrement au sens de « subsister » c’est-à-dire qui désigne l’être manifesté envisagé sous son aspect « substantiel » (l’aspect « essentiel » étant exprimé par la racine as) ; par suite, une certaine idée de « devenir » s’attache aussi à ce mot, car c’est du côté de la « substance » qu’est la racine de tout « devenir », par opposition à l’immutabilité de l’« essence » »

Études sur l’Hindouisme, La théorie hindoue des cinq éléments

« […] les deux racines as et bhû ne sont certes pas synonymes, mais leur rapport correspond exactement à celui de l’« essence » et de la « substance » ; en toute rigueur, le mot « être » devrait effectivement être réservé à la traduction de la première et des termes qui s’y rattachent, tandis que l’idée exprimée par la seconde est proprement celle d’« existence », en entendant par-là l’ensemble de toutes les modifications qui dérivent de Prakriti. Il va de soi que cette idée d’« existence » implique en quelque façon celle de « devenir », mais aussi qu’elle ne s’y réduit point tout entière, car, dans l’aspect « substantiel » auquel elle se réfère, il y a aussi l’idée de « subsistance » »

Études sur l’Hindouisme, La théorie hindoue des cinq éléments

« […] la Terre (Bhû, c’est-à-dire le monde corporel ou le domaine de la manifestation grossière) […] »

L’Homme et son Devenir selon le Vêdânta, Le « voyage divin » de l’être en voie de libération

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BETYLE

«  […] une pierre sacrée, ce qu’on appelle souvent un « bétyle » ; et ce dernier mot est encore des plus remarquables. Il semble, en effet, que ce ne soit pas autre chose que l’hébreu Beith-El, « maison de Dieu » […] »

Écrits pour Regnabit, L’Omphalos, Symbole du Centre

« Le « bétyle » est proprement la représentation de l’Omphalos, c’est-à-dire un symbole du « Centre du Monde », qui s’identifie tout naturellement à l’« habitacle divin » »

« le « bétyle » était une « pierre prophétique », une « pierre qui parle », c’est-à-dire une pierre qui rendait des oracles, ou auprès de laquelle les oracles étaient rendus, grâce aux « influences spirituelles » dont elle était le support »

« Les « bétyles » sont donc essentiellement des pierres sacrées, mais qui n’étaient pas toutes d’origine céleste »

Symboles de la Science sacrée, Les pierres de foudre

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BOLCHEVISME

« […] ce mouvement est nettement antitraditionnel, donc d’esprit entièrement moderne et occidental. Il est profondément ridicule de prétendre opposer à l’esprit occidental la mentalité allemande ou même russe, et nous ne savons quel sens les mots peuvent avoir pour ceux qui soutiennent une telle opinion, non plus que pour ceux qui qualifient le bolchevisme d’ « asiatique » ; en fait, l’Allemagne est au contraire un des pays où l’esprit occidental est porté à son degré le plus extrême ; et, quant aux Russes, même s’ils ont quelques traits extérieurs des Orientaux, ils en sont aussi éloignés intellectuellement qu’il est possible. »

Orient et Occident, ch. 4 : Terreurs chimériques et dangers réels, éd. Guy Trédaniel.

 

C


 

CASTE

« […] la caste, entendue dans son vrai sens traditionnel, n’est pas autre chose que la nature individuelle elle-même, avec tout l’ensemble des aptitudes spéciales qu’elle comporte et qui prédisposent chaque homme à l’accomplissement de telle ou telle fonction déterminée. Dès lors que l’accession à des fonctions quelconques n’est plus soumise à aucune règle légitime, il en résulte inévitablement que chacun se trouvera amené à faire n’importe quoi, et souvent ce pour quoi il est le moins qualifié ; le rôle qu’il jouera dans la société sera déterminé, non pas par le hasard, qui n’existe pas en réalité, mais par ce qui peut donner l’illusion du hasard, c’est-à-dire par l’enchevêtrement de toutes sortes de circonstances accidentelles ; ce qui y interviendra le moins, ce sera précisément le seul facteur qui devrait compter en pareil cas, nous voulons dire les différences de nature qui existent entre les hommes. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 6 : Le chaos social, éd. Gallimard.

 

CENTRE

 » le centre […] est le point fixe que toutes les traditions s’accordent à désigner symboliquement comme le « Pôle », puisque c’est autour de lui que s’effectue la rotation du monde, représenté généralement par la roue, chez les Celtes aussi bien que chez les Chaldéens et chez les Hindous. Telle est la véritable signification du swastika, ce signe que l’on trouve répandu partout, de l’Extrême-Orient à l’Extrême-Occident, et qui est essentiellement le « signe du Pôle » ; c’est sans doute ici la première fois, dans l’Europe moderne, qu’on en fait connaître le sens réel. »

Le Roi du monde, chapitre II, Royauté et Pontificat.

 

 

CHUTE

« […] pourquoi le développement cyclique doit-il s’accomplir ainsi, dans un sens descendant, en allant du supérieur à l’inférieur, ce qui, comme on le remarquera sans peine, est la négation même de l’idée de « progrès » telle que les modernes l’entendent ? C’est que le développement de toute manifestation implique nécessairement un éloignement de plus en plus grand du principe dont elle procède ; partant du point le plus haut, elle tend forcément vers le bas, et, comme les corps pesants, elle y tend avec une vitesse sans cesse croissante, jusqu’à ce qu’elle rencontre enfin un point d’arrêt. Cette chute pourrait être caractérisée comme une matérialisation progressive, car l’expression du principe est pure spiritualité ; nous disons l’expression, et non le principe même, car celui-ci ne peut être désigné par aucun des termes qui semblent indiquer une opposition quelconque, étant au-delà de toutes les oppositions.

[…] Ce que nous venons de dire du développement de la manifestation présente une vue qui, pour être exacte dans l’ensemble, est cependant trop simplifiée et schématique, en ce qu’elle peut faire penser que ce développement s’effectue en ligne droite, selon un sens unique et sans oscillations d’aucune sorte ; la réalité est bien autrement complexe. En effet, il y a lieu d’envisager en toutes choses, comme nous l’indiquions déjà précédemment, deux tendances opposées, l’une descendante et l’autre ascendante, ou, si l’on veut se servir d’un autre mode de représentation, l’une centrifuge et l’autre centripète et de la prédominance de l’une ou de l’autre procèdent deux phases complémentaires de la manifestation, l’une d’éloignement du principe, l’autre de retour vers le principe, qui sont souvent comparées symboliquement aux mouvements du cœur ou aux deux phases de la respiration. Bien que ces deux phases soient d’ordinaire décrites comme successives, il faut concevoir que, en réalité, les deux tendances auxquelles elles correspondent agissent toujours simultanément, quoique dans des proportions diverses ; et il arrive parfois, à certains moments critiques où la tendance descendante semble sur le point de l’emporter définitivement dans la marche générale du monde, qu’une action spéciale intervient pour renforcer la tendance contraire, de façon à rétablir un certain équilibre au moins relatif, tel que peuvent le comporter les conditions du moment, et à opérer ainsi un redressement partiel, par lequel le mouvement de chute peut sembler arrêté ou neutralisé temporairement. »

La Crise du Monde Moderne, ch. : 1 : L’âge sombre, éd. Gallimard.

« […] la pesanteur représente […], dans le domaine des forces physiques au sens le plus ordinaire de ce mot, la tendance descendante et compressive, qui entraîne pour l’être une limitation de plus en plus étroite, et qui va en même temps dans le sens de la multiplicité, figurée ici par une densité de plus en plus grande ; et cette tendance est celle-là même qui marque la direction suivant laquelle l’activité humaine s’est développée depuis le début de l’époque moderne. En outre, il y a lieu de remarquer que la matière, par son pouvoir de division et de limitation tout à la fois, est-ce que la doctrine scolastique appelle le « principe d’individuation », et ceci rattache les considérations […] au sujet de l’individualisme : cette même tendance dont il vient d’être question est aussi, pourrait-on dire, la tendance « individualisante », celle selon laquelle s’effectue ce que la tradition judéo-chrétienne désigne comme la « chute » des êtres qui se sont séparés de l’unité originelle. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 6 : Le chaos social, éd. Gallimard.

 

CIVILISATION TRADITIONELLE

« Ce que nous appelons une civilisation normale, c’est une civilisation qui repose sur des principes, au vrai sens de ce terme, et où tout est ordonné et hiérarchisé en conformité avec ces principes, de telle sorte que tout y apparaît comme l’application et le prolongement d’une doctrine purement intellectuelle ou métaphysique en son essence ; c’est ce que nous voulons dire aussi quand nous parlons d’une civilisation traditionnelle. »

Orient et Occident, Conclusion, éd. Guy Trédaniel.

 

CONNAISSANCE

« La connaissance par excellence, la seule qui mérite véritablement ce nom dans la plénitude de son sens, c’est la connaissance des principes, indépendamment de toute application contingente, et c’est celle-ci qui appartient exclusivement à ceux qui possèdent l’autorité spirituelle, parce qu’il n’y a en elle rien qui relève de l’ordre temporel, même entendu dans son acception la plus large. »

Autorité spirituelle et pouvoir temporel, Chap. III : Connaissance et action

 

CONNAISSANCE ET ACTION

« …Toute connaissance porte son fruit en elle-même, bien différente en cela de l’action qui n’est qu’une modification momentanée de l’être et qui est toujours séparée de ses effets. Ceux-ci, du reste, sont du même domaine et du même ordre d’existence que ce qui les a produit ; l’action ne peut avoir pour effet de libérer de l’action, et ses conséquences ne s’étendent pas au-delà des limites de l’individualité, envisagée d’ailleurs dans l’intégralité de l’extension dont elle est susceptible. L’action, quelle qu’elle soit, n’étant pas opposée à l’ignorance qui est la racine de toute limitation, ne saurait la faire évanouir :

Seule la connaissance dissipe l’ignorance comme la lumière du soleil dissipe les ténèbres et c’est alors que le « Soi », l’immuable et éternel principe de tous les états manifestés et non-manifestés, apparaît dans sa suprême réalité. »

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chap. I

 

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CONNAISSANCE MÉTAPHYSIQUE

« […] c’est la prise de conscience effective des états supra-individuels qui est l’objet réel de la métaphysique, ou, mieux encore, qui est la connaissance métaphysique elle-même. »

La Métaphysique orientale, éd. Éditions Traditionnelles.

« […] la connaissance des principes, qui est la connaissance par excellence, la connaissance métaphysique au vrai sens de ce mot, est universelle comme les principes eux-mêmes, donc entièrement dégagée de toutes les contingences individuelles, qui interviennent au contraire nécessairement dès qu’on en vient aux applications […]. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 2 : L’opposition de l’Orient et de l’Occident, éd. Gallimard.

 

CONNAISSANCE THÉORIQUE

« La connaissance théorique, n’est qu’une préparation, d’ailleurs indispensable, de la véritable connaissance. Elle est du reste la seule qui soit communicable d’une certaine façon, et encore ne l’est-elle pas complètement ; c’est pourquoi toute exposition n’est qu’un moyen d’approcher de la connaissance, et cette connaissance, qui n’est tout d’abord que virtuelle, doit ensuite être réalisée effectivement. »

La Métaphysique Orientale

« La connaissance théorique, étant indirecte et imparfaite, n’a en elle-même qu’une valeur « préparatoire », en ce sens qu’elle fournit une direction qui empêche d’errer dans la réalisation, par laquelle seule peut être obtenue la connaissance effective »

Doctrine et méthode (Repris dans le volume posthume « Initiation et réalisation spirituelle »)

 « Il faut posséder des données théoriques inébranlables et fort étendues avant de songer à tenter la moindre réalisation. L’acquisition même de ces données n’est pas une tâche si aisée pour des Occidentaux ; en tout cas, et nous n’y insisterons jamais trop, elle est ce par quoi il faut nécessairement débuter, elle constitue l’unique préparation indispensable, sans laquelle rien ne peut être fait, et dont dépendent essentiellement toutes les réalisations ultérieures, dans quelque ordre que ce soit ».

Orient et Occident (IIème partie, Chap. III)

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 CONTINGENCE

« …Le changement, n’ayant pas en lui-même sa raison suffisante (c’est là, proprement, la définition de la contingence) doit recevoir d’un principe supérieur sa loi, par laquelle seule, il s’intègre à l’ordre universel. »

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chap. IX

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CONTRE-INITIATION

« […] l’initiation, sous quelque forme qu’elle se présente, est ce qui incarne véritablement l’« esprit » d’une tradition et aussi ce qui permet la réalisation effective des états « suprahumains », il est évident que c’est à elle que doit s’opposer le plus directement (dans la mesure toutefois où une telle opposition est concevable) ce dont il s’agit ici, et qui tend au contraire, par tous les moyens, à entraîner les hommes vers l’« infrahumain » ; aussi le terme de « contre-initiation » est-il celui qui convient le mieux pour désigner ce à quoi se rattachent, dans leur ensemble, et à des degrés divers (car comme dans l’initiation encore, il y a forcément là des degrés), les agents humains par lesquels s’accomplit l’action antitraditionnelle ; et ce n’est pas là une simple dénomination conventionnelle employée pour parler plus commodément de ce qui n’a vraiment aucun nom, mais bien une expression qui correspond aussi exactement que possible à des réalités très précises. »

Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, ch. 28 : Les étapes de l’action antitraditionelle, éd. Gallimard.

 

COSMOLOGIE

« … La cosmologie n’est pas la métaphysique, bien qu’elle en dépende assez étroitement ; elle n’en est qu’une application à l’ordre physique, et les vraies lois naturelles ne sont que des conséquences dans un domaine relatif et contingent, des principes universels et nécessaires. »

La Métaphysique Orientale

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 CRÉER

« si « créer » est synonyme de « faire de rien », suivant la définition unanimement admise, mais peut-être insuffisamment explicite, il faut assurément entendre par là, avant tout, de rien qui soit extérieur au Principe ; en d’autres termes, celui-ci, pour être « créateur », se suffit à lui-même, et n’a pas à recourir à une sorte de « substance » située hors de lui et ayant une existence plus ou moins indépendante, ce qui, à vrai dire, est du reste inconcevable. »

Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le Taoïsme, chap. IX

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CRISE

« Que l’on puisse parler d’une crise du monde moderne, en prenant ce mot de « crise » dans son acception la plus ordinaire, c’est une chose que beaucoup ne mettent déjà plus en doute, et, à cet égard tout au moins, il s’est produit un changement assez sensible : sous l’action même des événements, certaines illusions commencent à se dissiper, et nous ne pouvons, pour notre part, que nous en féliciter, car il y a là, malgré tout, un symptôme assez favorable, l’indice d’une possibilité de redressement de la mentalité contemporaine, quelque chose qui apparaît comme une faible lueur au milieu du chaos actuel. »

« […] si l’on dit que le monde moderne subit une crise, ce que l’on entend par là le plus habituellement, c’est qu’il est parvenu à un point critique, ou, en d’autres termes, qu’une transformation plus ou moins profonde est imminente, qu’un changement d’orientation devra inévitablement se produire à brève échéance, de gré ou de force, d’une façon plus ou moins brusque, avec ou sans catastrophe. Cette acception est parfaitement légitime et correspond bien à une partie de ce que nous pensons nous-même, mais à une partie seulement, car, pour nous, et en nous plaçant à un point de vue plus général, c’est toute l’époque moderne, dans son ensemble, qui représente pour le monde une période de crise […] »

« Mais, dans le mot même de « crise », d’autres significations sont contenues, qui le rendent encore plus apte à exprimer ce que nous voulons dire : son étymologie, en effet, qu’on perd souvent de vue dans l’usage courant, mais à laquelle il convient de se reporter comme il faut toujours le faire lorsqu’on veut restituer à un terme la plénitude de son sens propre et de sa valeur originelle, son étymologie, disons nous, le fait partiellement synonyme de « jugement » et de « discrimination ». La phase qui peut être dite véritablement « critique », dans n’importe quel ordre de choses, c’est celle qui aboutit immédiatement à une solution favorable ou défavorable, celle où une décision intervient dans un sens ou dans l’autre ; c’est alors, par conséquent, qu’il est possible de porter un jugement sur les résultats acquis, de peser le « pour » et le « contre », en opérant une sorte de classement parmi ces résultats, les uns positifs, les autres négatifs, et de voir ainsi de quel côté la balance penche définitivement. »

Avant-propos de La crise du monde moderne

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 CÛFI

« Pour ce qui est de la dérivation de ces désignations, elles viennent évidemment du mot çûfi ; mais, au sujet de celui-ci, il y a lieu tout d’abord de remarquer ceci : c’est que personne ne peut jamais se dire çûfi, si ce n’est par pure ignorance, car il prouve par là même qu’il ne l’est pas réellement, cette qualité étant nécessairement un « secret » (sirr) entre le véritable çûfi et Allâh ; on peut seulement se dire mutaçawwuf, terme qui s’applique à quiconque est entré dans la « voie » initiatique, à quelque degré qu’il soit parvenu ; mais le çûfi, au vrai sens de ce mot, et seulement celui qui a atteint le degré suprême. On a prétendu assigner au mot çûfi lui-même des origines fort diverses ; mais cette question, au point de vue où l’on se place le plus habituellement, et sans doute insoluble : nous dirions volontiers que ce mot a trop d’étymologies supposées, et ni plus ni moins plausibles les unes que les autres, pour en avoir véritablement une ; en réalité, il faut y voir plutôt une dénomination purement symbolique, une sorte de « chiffre », si l’on veut, qui, comme tel, n’a pas besoin d’avoir une dérivation linguistique à proprement parler ;(…) Le çûfi véritable est donc celui qui possède cette Sagesse, ou, en d’autres termes, il est el ‘ârif bi-Llâh, c’est-à-dire «celui qui connaît par Dieu», car Il ne peut être connu que par Lui-même ; et c’est bien là le degré suprême est «total» dans la connaissance de la haqîqah. »

« Ainsi, il est un aphorisme suivant lequel « le çûfî (on doit bien faire attention qu’il ne s’agit pas ici du simple mutaçawwuf) n’est pas créé » (Eç-çûfî lam yukhlaq) ; cela revient à dire que son état est au-delà de la condition de «créature», et en effet, en tant qu’il a réalisé l’«Identité Suprême», donc qu’il est actuellement identifié au Principe ou à l’Incréé, il ne peut nécessairement être lui-même qu’incréé. »

Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le Taoïsme, chap. I et IX

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D


DHARMA

« nous essaierons d’indiquer, aussi nettement qu’il est possible, ce qu’il faut entendre réellement par dharma. Comme le montre le sens de la racine verbale dhri dont il est dérivé, ce mot, dans sa signification la plus générale, ne désigne rien d’autre qu’une  » manière d’être  » ; c’est, si l’on veut, la nature essentielle d’un être, comprenant tout l’ensemble de ses qualités ou propriétés caractéristiques, et déterminant, par les tendances ou les dispositions qu’elle implique, la façon dont cet être se comporte, soit en totalité, soit par rapport à chaque circonstance particulière. »

J’ajouterais cette partie pour l’exhaustivité:

« La même notion peut être appliquée, non pas seulement à un être unique, mais à une collectivité organisée, à une espèce, à tout l’ensemble des êtres d’un cycle cosmique ou d’un état d’existence, ou même à l’ordre total de l’Univers; c’est alors, à un degré où à un autre, la conformité à la nature essentielle des êtres, réalisée dans la constitution hiérarchiquement ordonnée de leur ensemble ; c’est aussi, par conséquent, l’équilibre fondamental, l’harmonie intégrale résultant de cette hiérarchisation, à quoi se réduit d’ailleurs la notion même de « justice » quand on la dépouille de son caractère spécifiquement moral.  »

Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues – chapitre 5

 

DELIVRANCE ET UNION

« Ce but suprême, c’est l’état absolument inconditionné, affranchi de toute limitation ; pour cette raison même, il est entièrement inexprimable, et tout ce qu’on peut en dire ne se traduit que par des termes de forme négative : négation des limites qui déterminent et définissent toute existence dans sa relativité  L’obtention de cet état, c’est ce que la doctrine hindoue appelle la « Délivrance », quand elle la considère par rapport aux états conditionnés, et aussi l’ « Union », quand elle l’envisage par rapport au Principe suprême. »

« Cet état final est (…) l’absolue plénitude, la réalité suprême vis à vis de laquelle tout le reste n’est qu’illusion. »

La Métaphysique Orientale

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 DÉSORDRE

« … Parler de stabilité du désordre est une contradiction dans les termes, puisqu’il n’est pas autre chose que le changement réduit à lui-même… »

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chap. IX

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DÎKSHÂ (sanskrit)

« Il faut remarquer qu’une « transmutation » comme celle dont nous parlions tout à l’heure a lieu en fait, non pas seulement dans le cas des samskâras, mais aussi dans celui des rites initiatiques (dîkshâ) 1

[1] Le mot dîkshâ est, en sanscrit, celui qui signifie proprement « initiation », bien que parfois il faille le rendre plutôt par « consécration » (cf., sur la. connexion de ces deux idées, ce que nous avons dit plus haut des différents sens du verbe grec mueô) ; en effet, dans certains cas, par exemple quand il s’agit d’une personne qui offre un sacrifice, la « consécration » désignée par le terme dîkshâ n’a qu’un effet temporaire, étant valable seulement pour la durée du sacrifice lui-même, et devra être renouvelée si, par la suite, la même personne vient à offrir un autre sacrifice, fût-il de la même espèce que le premier ; il est donc impossible de reconnaitre alors à cette « consécration » le caractère d’une initiation au vrai sens de ce mot, puisque, comme nous l’avons déjà dit, toute initiation est nécessairement quelque chose de permanent, qui est acquis une fois, pour toutes et ne saurait jamais se perdre dans quelques circonstances que ce soit. »

Aperçus sur l’Initiation, Sacrements et rites initiatiques

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E


ÉLITE (intellectuelle)

Parfois, pour plus de précision et pour écarter tout malentendu possible, nous avons employé l’expression d’« élite intellectuelle » ; mais, à vrai dire, il y a là presque un pléonasme, car il n’est même pas concevable que l’élite puisse être autre qu’intellectuelle, ou, si l’on préfère, spirituelle, ces deux mots étant en somme équivalents pour nous, dès lors que nous nous refusons absolument à confondre l’intellectualité vraie avec la « rationalité ».

La raison en est que la distinction qui détermine l’élite ne peut, par définition même, s’opérer que « par en haut », c’est-à-dire sous le rapport des possibilités les plus élevées de l’être ; et il est facile de s’en rendre compte en réfléchissant quelque peu au sens propre du mot, tel qu’il résulte directement de son étymologie.

En effet, au point de vue proprement traditionnel, ce qui donne à ce mot d’« élite » toute sa valeur, c’est qu’il est dérivé d’« élu » ; et c’est bien là, disons-le nettement, ce qui nous a amené à l’employer comme nous l’avons fait de préférence à tout autre ; mais encore faut-il préciser un peu davantage comment ceci doit être entendu. Il ne faudrait pas croire que nous nous arrêtions là au sens religieux et exotérique qui est sans doute celui où l’on parle le plus habituellement des « élus », bien que ce soit déjà, assurément, quelque chose qui pourrait donner lieu assez aisément à une transposition analogique appropriée à ce dont il s’agit effectivement ;

Au fond, nous pourrions dire que l’élite, telle que nous l’entendons, représente l’ensemble de ceux qui possèdent les qualifications requises pour l’initiation, et qui sont naturellement toujours une minorité parmi les hommes ; en un sens, ceux-ci sont tous « appelés », en raison de la situation « centrale » qu’occupe l’être humain dans cet état d’existence, parmi tous les autres êtres qui s’y trouvent également, mais il y a peu d’« élus », et, dans les conditions de l’époque actuelle, il y en a assurément moins que jamais (1).

On pourrait objecter que cette élite existe toujours en fait, car, si peu nombreux que soient ceux qui sont qualifiés, au sens initiatique du mot, il en est pourtant au moins quelques-uns, et d’ailleurs, ici, le nombre importe peu ;

cela est vrai, mais ils ne représentent ainsi qu’une élite virtuelle, ou, pourrait-on dire, la possibilité de l’élite, et, pour que celle-ci soit effectivement constituée, il faut avant tout qu’eux-mêmes prennent conscience de leur qualification.

[…]

Normalement, tous ceux qui sont ainsi qualifiés devraient avoir, par là-même, la possibilité d’obtenir l’initiation ; s’il n’en est pas ainsi en fait, cela tient en somme uniquement à l’état présent du monde occidental, et, à cet égard, la disparition de l’élite consciente d’elle-même et l’absence d’organisations initiatiques adéquates pour la recevoir apparaissent comme deux faits étroitement liés entre eux, corrélatifs en quelque sorte, sans même peut-être qu’il y ait lieu de se demander lequel a pu être une conséquence de l’autre. Mais, d’autre part, il est évident que des organisations initiatiques, qui seraient vraiment et pleinement ce qu’elles doivent être, et non pas simplement des vestiges plus ou moins dégénérés de ce qui fut autrefois, ne pourraient se former que si elles trouvaient des éléments possédant, non seulement l’aptitude initiale nécessaire à titre de condition préalable, mais aussi les dispositions effectives déterminées par la conscience de cette aptitude, car c’est à eux qu’il appartient avant tout d’« aspirer » à l’initiation, et ce serait renverser les rapports que de penser que celle-ci doit venir à eux indépendamment de cette aspiration, qui est comme une première manifestation de l’attitude essentiellement « active » exigée par tout ce qui est d’ordre véritablement initiatique.

C’est pourquoi la reconstitution de l’élite, nous voulons dire de l’élite consciente de ses possibilités initiatiques, bien que ce ne puissent être que des possibilités latentes et non développées tant qu’un rattachement traditionnel régulier n’est pas obtenu, est ici la condition première dont dépend tout le reste […]

En supposant l’initiation, en tant que rattachement à une « chaîne » traditionnelle, réellement obtenue par ceux qui appartiennent à l’élite, il restera encore à considérer, pour chacun d’eux, la possibilité d’aller plus ou moins loin, c’est-à-dire d’abord de passer de l’initiation virtuelle à l’initiation effective, puis d’atteindre dans celle-ci la possession de tel ou tel degré plus ou moins élevé, suivant l’étendue de ses propres possibilités particulières.

Il y aura donc lieu, pour le passage d’un degré à un autre, de considérer ce qu’on pourrait appeler une élite à l’intérieur de l’élite même, et c’est en ce sens que certains ont pu parler de l’« élite de l’élite »(2) ; en d’autres termes, on peut envisager des « élections » successives, et de plus en plus restreintes quant au nombre des individus qu’elles concernent, s’opérant toujours « par en haut » et suivant le même principe, et correspondant en somme aux différents degrés de la hiérarchie initiatique. Ainsi, de proche en proche, on peut aller jusqu’à l’« élection » suprême, celle qui se réfère à l’« adeptat », c’est-à-dire à l’accomplissement du but ultime de toute initiation ; et, par conséquent, l’élu au sens le plus complet de ce mot, celui qu’on pourrait appeler l’« élu parfait », sera celui qui parviendra finalement à la réalisation de l’« Identité Suprême » (3).

 

(1) On pourrait dire que, en raison du mouvement de « descente » cyclique, il doit nécessairement y en avoir de moins en moins ; et il est possible de comprendre par là ce que veut dire l’affirmation traditionnelle d’après laquelle le cycle actuel se terminera lorsque « le nombre des élus sera complété ».

[2] Bien entendu, il ne s’agit aucunement en cela d’« élites » différentes, mais bien de degrés dans une seule et même élite.

(3) Dans la tradition islamique, El-Mustafâ, « l’Élu », est un des noms du Prophète ; quand ce mot est ainsi employé « par excellence », il se rapporte donc effectivement à l’« Homme Universel ».

Aperçus sur l’Initiation, René Guénon, CHAPITRE XLIII – Sur la notion d’élite

 

ÉTAT PRIMORDIAL

C’est précisément des possibilités de cet « état primordial » qu’il nous reste encore à parler maintenant : puisque l’être qui y est parvenu est déjà virtuellement « délivré », comme nous l’avons dit plus haut, on peut dire qu’il est aussi virtuellement « transformé » par là même ; il est bien entendu que sa « transformation » ne peut être pas effective, puisqu’il n’est pas encore sorti de l’état humain, dont il a seulement réalisé intégralement la perfection ; mais les possibilités qu’il a dès lors acquises reflètent et « préfigurent » en quelque sorte celles de l’être véritablement « transformé », puisque c’est en effet au centre de l’état humain que se reflètent directement les états supérieurs. L’être qui est établi en ce point occupe une position réellement « centrale » par rapport à toutes les conditions de l’état humain, de sorte que, sans être passé au delà, il les domine pourtant d’une certaine façon, au lieu d’être au contraire dominé par elles comme l’est l’homme ordinaire ; et cela est vrai notamment en ce qui concerne la condition temporelle aussi bien que la condition spatiale. De là, il pourra donc, s’il le veut (et il est d’ailleurs bien certain que, au degré spirituel qu’il a atteint, il ne le voudra jamais sans quelque raison profonde), se transporter en un moment quelconque du temps, aussi bien qu’en un lieu quelconque de l’espace ; si extraordinaire que puisse sembler une telle possibilité, elle n’est pourtant qu’une conséquence immédiate de la réintégration au centre de l’état humain.

[…]

Cette possibilité peut d’ailleurs, dans le cours ordinaire des choses, ne se manifester au dehors en aucune façon ; mais l’être qui l’a acquise la possède désormais d’une manière permanente et immuable, et rien ne saurait la lui faire perdre ; il lui suffit de se retirer du monde extérieur et de rentrer en lui même, toutes les fois qu’il lui convient de le faire, pour retrouver toujours, au centre de son propre être, la véritable « fontaine d’immortalité ».

Aperçus sur l’Initiation – Chapitre XLII – Transmutation et transformation

 

 

D


DON DES LANGUES

« …il y aura synthèse quand on partira de l’unité même, et quand on ne la perdra jamais de vue à travers la multiplicité de ses manifestations ce qui implique qu’on a atteint, en dehors et au-delà des formes, la conscience de la vérité principielle qui se revêt de celles-ci pour s’exprimer et se communiquer dans la mesure du possible. Dès lors, on pourra se servir de l’une ou de l’autre de ces formes, suivant qu’il y aura avantage à le faire, exactement de la même façon que l’on peut pour traduire une même pensée, employer des langages différents selon les circonstances, afin de se faire comprendre des divers interlocuteurs à qui l’on s’adresse ; c’est là, d’ailleurs, ce que certaines traditions désignent symboliquement comme le « don des langues ». Les concordances entre toutes les formes traditionnelles représentent, pourrait-on dire, des « synonymies » réelles ; »

Le Symbolisme de la Croix, Avant-propos

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E


ESOTERISME

« […] l’ésotérisme est essentiellement autre chose que la religion, et non pas la partie « intérieure » d’une religion comme telle, même quand il prend sa base et son point d’appui dans celle-ci comme il arrive dans certaines formes traditionnelles, dans l’Islamisme par exemple […].»

Aperçus sur l’initiation, chap. III

 

ESPACE

« (…) L’espace, même envisagé dans toute l’extension dont il est susceptible, n’est rien de plus qu’une condition spéciale contenue dans un des degrés de l’Existence universelle, et à laquelle (d’ailleurs unie ou combinée à d’autres conditions du même ordre) sont soumis certains des domaines multiples compris dans ce degré de l’Existence, domaines dont chacun est, dans le « macrocosme », l’analogue de ce qui est dans le « microcosme » la modalité correspondante de l’état d’être situé dans ce même degré ».

Le Symbolisme de la Croix, chap. XVIII

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 ESPÈCE

« L’espèce, en effet, n’est pas un principe transcendant par rapport aux individus qui en font partie ; elle est elle-même de l’ordre des existences individuelles et ne le dépasse pas ; elle se situe donc au même niveau dans l’Existence universelle, et l’on peut dire que la participation à l’espèce s’effectue selon le sens horizontal ; »

Le Symbolisme de la Croix, chap. XXII

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 ESPRIT TRADITIONNEL

« …un esprit vraiment conforme aux principes dont tout dépend, esprit qui est ce que nous appelons l’esprit traditionnel au véritable sens de ce mot… »

Le Symbolisme de la Croix, Avant-propos

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 ÉTATS ANGÉLIQUES

«  … sont en effet identiques aux états supra-individuels de l’être. »

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chap. VIII

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 ÉTAT INDIVIDUEL

«  L’ensemble des domaines contenant toutes les modalités d’une même individualité, domaines qui, comme nous l’avons dit, sont en multitude indéfinie, et dont chacun est encore indéfini en extension, cet ensemble, disons-nous, constitue un degré de l’Existence universelle, lequel, dans son intégralité, contient une indéfinité d’individus. Il est bien entendu que nous supposons, en tout ceci, un degré de l’Existence qui comporte un état individuel, dès lors que nous avons pris pour type l’état humain ; mais tout ce qui se rapporte aux modalités multiples est également vrai dans un état quelconque, individuel ou non-individuel, car la condition individuelle ne peut apporter que des limitations restrictives, sans toutefois que les possibilités qu’elle inclut perdent pour cela leur indéfinité.

(Note : nous rappelons qu’un état individuel est, comme nous l’avons dit plus haut, un état qui comprend la forme parmi ses conditions déterminantes, de sorte que manifestation individuelle et manifestation formelle sont des expressions équivalentes.) »

Le Symbolisme de la Croix, chap. XI

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 ÉTAT PRIMORDIAL

« Cette réalisation de l’individualité intégrale est désignée par toutes les traditions comme la restauration de ce qu’elles appellent l’ « état primordial », état qui est regardé comme celui de l’homme véritable, et qui échappe déjà à certaines des limitations caractéristiques de l’état ordinaire, notamment à celle qui est due à la condition temporelle.

L’être qui atteint cet « état primordial » n’est encore qu’un individu humain. Il n’est en possession effective d’aucun état supra-individuel ; et pourtant il est dès lors affranchi du temps, la succession apparente des choses s’est transmuée pour lui en simultanéité ; Il possède consciemment une faculté qui est inconnue à l’homme ordinaire et que l’on peut appeler le « sens de l’éternité »

La Métaphysique Orientale

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 ÉTATS DE MANIFESTATION ET DE NON-MANIFESTATION

« Les états de non-manifestation sont essentiellement extra-individuels, et, de même que le « Soi » principiel dont ils ne peuvent être séparés, il ne sauraient en aucune façon être individualisés ; quant aux états de manifestation, certains sont individuels, tandis que d’autres sont non-individuels, différence qui correspond, suivant ce que nous avons indiqué, à la distinction de la manifestation formelle et de la manifestation informelle. Si nous considérons en particulier le cas de l’homme, son individualité actuelle, qui constitue à proprement parler l’état humain, n’est qu’un état de manifestation parmi une indéfinité d’autres, qui doivent être tous conçus comme également possibles et, par là même, comme existant au moins virtuellement, sinon comme effectivement réalisé pour l’être que nous envisageons, sous un aspect relatif et partiel, dans cet état individuel humain ».

Le Symbolisme de la Croix, chap. I

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ÊTRE

« (…) si l’on définit l’Être, au sens universel, comme le principe de la manifestation, et en même temps comme comprenant, par lui-même, l’ensemble de toutes les possibilités de manifestation, nous devons dire que l’Être n’est pas infini, puisqu’il ne coïncide pas avec la Possibilité totale ; et cela d’autant plus que l’Être, en tant que principe de la manifestation, comprend bien en effet toutes les possibilités de manifestation, mais seulement en tant qu’elles se manifestent. En dehors de l’Être, il y a donc tout le reste, c’est-à-dire toutes les possibilités de non-manifestation, avec les possibilités de manifestation elles-mêmes en tant qu’elles sont à l’état non-manifesté ; et l’Être lui-même s’y trouve inclus, car, ne pouvant appartenir à la manifestation, puisqu’il en est le principe, il est lui-même non manifesté. Pour désigner ce qui est ainsi en dehors et au delà de l’Être, nous sommes obligé, à défaut de tout autre terme, de l’appeler Non-Être ».

« (…) la Possibilité universelle contient nécessairement la totalité des possibilités, et on peut dire que l’Être et le Non-Être sont ses deux aspects : l’Être, en tant qu’elle manifeste les possibilités (ou plus exactement certaines d’entre elles) ; le Non-Être, en tant quelle ne les manifeste pas. L’Être contient donc tout le manifesté ; le Non-Être contient tout le non-manifesté, y compris l’Être lui-même ; mais la Possibilité universelle comprend à la fois l’Être et le Non-Être ».

Les états multiples de l’être, chap. 3 l’Être et le Non-Être

 

ÊTRE CONTINGENT

L’être contingent peut être défini comme celui qui n’a pas en lui-même sa raison suffisante; un tel être, par conséquent, n’est rien par lui-même, et rien de ce qu’il est ne lui appartient en propre. Tel est le cas de l’être humain, en tant qu’individu, ainsi que de tous les êtres manifestés, en quelque état que ce soit, car, quelle que soit la différence entre les degrés de l’Existence universelle, elle est toujours nulle au regard du Principe. Ces êtres, humains ou autres, sont donc, en tout ce qu’ils sont, dans une dépendance complète vis-à-vis du Principe, «hors duquel il n’y a rien, absolument rien qui existe»…

René Guénon -El Faqru

 

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 EXISTENCE

« nous venons de dire que le mot « exister » ne peut pas s’appliquer proprement au non-manifesté, c’est-à-dire en somme à l’état principiel ; en effet, pris dans son sens strictement étymologique (du latin ex-stare), ce mot indique l’être dépendant à l’égard d’un principe autre que lui-même, ou, en d’autres termes, celui qui n’a pas en lui-même sa raison suffisante, c’est-à-dire l’être contingent, qui est la même chose que l’être manifesté. Lorsque que nous parlerons de l’existence, nous entendrons donc par là la manifestation universelle, avec tous les états ou degrés qu’elle comporte, degrés dont chacun peut être désigné également comme un « monde », et qui sont en multiplicité indéfinie ; mais ce terme ne conviendrait plus au-delà de l’Etre pur, principe de toute la manifestation est lui-même non-manifesté ni, à plus forte raison, à ce qui est au-delà de l’Être même. »

Le Symbolisme de la Croix, Chap. I

« (…) L’existence est loin d’être toute la Possibilité, conçue comme véritablement universelle et totale, en dehors et au-delà de toutes les limitations, y compris même cette première limitation que constitue la détermination la plus primordiale de toutes, nous voulons dire l’affirmation de l’Être pur. »

Le Symbolisme de la Croix, Chap. I

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 EXOTÉRISME ET ESOTERISME

« De toutes les doctrines traditionnelles, la doctrine islamique est peut-être celle où est marqué le plus nettement la distinction de deux parties complémentaires l’une de l’autre, que l’on peut désigner comme l’exotérisme et l’ésotérisme. Ce sont, suivant la terminologie arabe, es-shariyah, c’est-à-dire littéralement la «grande route», commune à tous, et el-haqîqah, c’est-à-dire la « vérité » intérieure, réservée à l’élite, non en vertu d’une décision plus ou moins arbitraire, mais par la nature même des choses, parce que tous ne possèdent pas les aptitudes ou les « qualifications » requises pour parvenir à sa connaissance. On les compare souvent, pour exprimer leur caractère respectivement «extérieur» et «intérieur», à l’«écorce» et au «noyau» (el-qishr wa el-lobb), ou encore à la circonférence et à son centre. La shariyah comprend tout ce que le langage occidental désignerait comme proprement « religieux », et notamment tout le côté social et législatif qui, dans l’Islam, s’intègrent essentiellement à la religion ; on pourrait dire qu’elle est avant tout règle d’action, tandis que la haqîqah est connaissance pure ; mais il doit être bien entendu que c’est cette connaissance qui donne à la shariyah même son sens supérieur est profond et sa vraie raison d’être, de sorte que, bien que tous ceux qui participent à la tradition n’en sont pas conscients, elle en est véritablement le principe, comme le centre l’est de la circonférence. Mais ce n’est pas tout: on peut dire que l’ésotérisme comprend non seulement la haqîqah mais aussi les moyens destinés à y parvenir ; et l’ensemble de ces moyens est appelé tarîqah, «voie» ou «sentier» conduisant de la shariyah vers la haqîqah. Si nous reprenons l’image symbolique de la circonférence, la tarîqah sera représentée par le rayon allant de celle-ci au centre ; et nous voyons alors ceci : à chaque point de la circonférence correspond un rayon, et tous les rayons, qui sont aussi en multitude indéfinie, aboutissent également au centre. On peut dire que ces rayons sont autant de turuq adaptées aux êtres adaptés aux êtres qui sont «situés» aux différents points de la circonférence, selon la diversité de leur nature individuelle; c’est pourquoi il est dit que «les voies vers Dieu sont aussi nombreuses que les âmes des hommes» (et-tu-ruqu ila’Llâhi ka-nufûsi bani Adam) ; ainsi, les «voies» sont multiples, et d’autant plus différentes entre elles qu’on les envisage plus près de leur point de départ sur la circonférence, mais le but est un, car il n’y a qu’un seul centre est qu’une seule vérité. »

Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le Taoïsme, chap. I

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F


FORMES

«…ce qui est dépassé, c’est le monde des formes dans son acception la plus générale, comprenant tous les états individuels quels qu’ils soient, car la forme est la condition commune à tous ces états, celle par laquelle se définit l’individualité comme telle. »

La Métaphysique Orientale

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G


GOG ET MAGOG

« […] ces « entités », qui représentent les influences inférieures […] et qui sont considérées comme menant actuellement une existence « souterraine », sont décrites à la fois comme des géants et comme des nains, ce qui […] les identifie, tout au moins sous un certain rapport, aux « gardiens des trésors cachés » et aux forgerons du « feu souterrain » qui ont aussi, rappelons-le, un aspect extrêmement maléfique ; au fond, c’est bien toujours du même ordre d’influences subtiles « infra-corporelles » qu’il s’agit en tout cela. »

Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, ch. 25 : Les fissures de la grande muraille, éd. Gallimard.

 

GUERRE

« ce qui vient d’être dit sur la « paix » résidant au point central nous amène, quoique ceci puisse paraître une digression, à parler quelque peu d’un autre symbolisme, celui de la guerre, auquel nous avons déjà fait ailleurs quelques allusions. Ce symbolisme se rencontre notamment dans la Bhagavad-Gîtâ : la bataille dont il est question dans ce livre représente l’action, d’une façon tout à fait générale, sous une forme d’ailleurs appropriée à la nature et à la fonction des Kshatriyas à qui il est plus spécialement destiné. Le champ de bataille (Kshêtra) est le domaine de l’action, dans lequel individu développe ses possibilités, et qui est figuré par le plan horizontal dans le symbolisme géométrique; il s’agit ici de l’état humain, mais la même représentation pourrait s’appliquer à tout autre état de manifestation, pareillement soumis, sinon à l’action proprement dite, du moins au changement et à la multiplicité. Cette conception ne se trouve pas seulement dans la doctrine hindoue, mais aussi dans la doctrine islamique, car tel est exactement le sens réel de la « guerre sainte » (jihâd) ; l’application sociale et extérieure n’est que secondaire, et ce qui le montre bien, c’est qu’elle constitue seulement la « petite guerre sainte » (jihâdul-açghar) tandis que la « Grande guerre sainte » (jihâdul-akbar) est d’ordre purement intérieur et spirituel.

On peut dire que la raison d’être essentiel de la guerre, sous quelque point de vue et dans quelque domaine qu’on l’envisage, c’est de faire cesser un désordre est de rétablir l’ordre ; c’est, en d’autres termes, l’unification d’une multiplicité, par les moyens qui appartiennent au monde de la multiplicité elle-même ; c’est à ce titre, et à ce titre seul, que la guerre peut être considérée comme légitime. D’autre part, le désordre est, en un sens, inhérent à toute manifestation prise en elle-même, car la manifestation, en dehors de son principe, donc en tant que multiplicité non unifiée, n’est qu’une série indéfinie de ruptures d’équilibre. La guerre, entendue comme nous venons de le faire, et non limitée à un sens exclusivement humain, représente donc le processus cosmique de réintégration du manifesté dans l’unité principiel ; et c’est pourquoi, au point de vue de la manifestation elle-même, cette réintégration apparaît comme une destruction, ainsi qu’on le voit très nettement par certains aspects du symbolisme de Shiva dans la doctrine hindoue. »

Le Symbolisme de la Croix, chap. VIII

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GUNA

« La doctrine indoue envisage trois gunas, qualités constitutives des êtres dans tous leurs états de manifestation : Sattwa, la conformité à la pure essence de l’Etre universel, qui est identifiée à la lumière intelligible ou à la connaissance, et présentée comme une tendance ascendante ; Rajas, l’impulsion expansive, selon laquelle l’être se développe dans un certain état et, en quelques sortes, à un niveau déterminé de l’existence ; enfin, Tamas, l’obscurité, assimilée à l’ignorance, est représentée comme une tendance descendante.

Les gunas sont en parfait équilibre dan l’indifférenciation primordiale, et toute manifestation représente une rupture de cet équilibre. »

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, ch.IV p. 53

« Ces trois gunas sont des qualités ou attributions essentielles, constitutives et primordiales des êtres envisagés dans leurs différents états de manifestation ;

(note : Dans son acception ordinaire et littérale, le mot guna signifie « corde » ; de même, les termes bandha et pâsha, qui signifient proprement « liens », s’appliquent à toutes les conditions particulières et limitatives d’existence (upâdhis) qui définissent plus spécialement tel ou tel état ou mode de la manifestation. Il faut dire cependant que la dénomination de guna s’applique plus particulièrement à la corde d’un arc ; elle exprimerait donc, sous un certain rapport tout au moins, l’idée de « tension » à des degrés divers, d’où, par analogie, celle de « qualification » ; mais peut-être est-ce moins l’idée de « tension » qu’il faut voir ici que celle de transcendant », qui lui est d’ailleurs apparenté comme les mots même l’indiquent, et qui est celle qui répond le plus exactement à la définition de trois gunas) »

Le Symbolisme de la Croix, chap. V

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GRANDE PAIX

« Celle-ci peut d’ailleurs s’entendre de deux façons, suivant qu’elle se rapporte au « Paradis terrestre » ou au « Paradis céleste » ; dans ce dernier cas, elle s’identifie à la « lumière de gloire » et à la « vision béatifique » ; dans l’autre, c’est la « paix » proprement dite, en un sens plus restreint mais encore très différent du sens « profane » ; »

La Métaphysique Orientale

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HARMONIE

« …l’harmonie, (…) n’est rien d’autre que le reflet de l’unité principielle dans la multiplicité du monde manifesté ; et c’est cette correspondance qui est le véritable fondement du symbolisme. C’est pourquoi les lois d’un domaine inférieur peuvent toujours être prises pour symboliser les réalités d’un ordre supérieur, où elles ont leur raison profonde, qui est à la fois leur principe et leur fin ; »

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chap. I

 

HASARD

« Ce que les hommes appellent le hasard est simplement leur ignorance des causes ; si l’on prétendait, en disant que quelque chose arrive par hasard, vouloir dire qu’il n’y a pas de cause, ce serait là une supposition contradictoire en elle-même. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 6 : Le chaos social, éd. Gallimard.

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HIÉRARCHIES SPIRITUELLES

« […] par « hiérarchies spirituelles », nous ne pouvons entendre proprement rien d’autre que l’ensemble des états de l’être qui sont supérieurs à l’individualité humaine, et plus spécialement des états informels ou supra-individuels, états que nous devons d’ailleurs regarder comme réalisables pour l’être à partir de l’état humain, et cela même au cours de son existence corporelle et terrestre. »

Les états multiples de l’être, chap. Les hiérarchies spirituelles

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 HOMME UNIVERSEL

«  La réalisation effective des états multiples de l’être se réfère à la conception de ce que les différentes doctrines traditionnelles, et notamment l’ésotérisme islamique, désigne comme l’« Homme Universel », conception qui, comme nous l’avons dit ailleurs, établit l’analogie constitutive de la manifestation universelle et de sa modalité individuelle humaine, ou, pour employer le langage de l’hermétisme occidental, du « macrocosme » et du « microcosme »

Le Symbolisme de la Croix, chap. II

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 HOMME VERITABLE ET HOMME TRANSCENDANT

« Suivant la tradition extrême orientale, l’« homme véritable » (tchenn-jen), et celui qui, ayant réalisé le retour à l’« état primordial », et par conséquent la plénitude de l’humanité, se trouve désormais établi définitivement dans l’« Invariable Milieu », et échappe déjà par là même aux vicissitudes de la « roue des choses ». Au-dessus de ce degré et l’« homme transcendant (cheun-jen), qui a proprement parlé n’est plus un homme, puisqu’il a dépassé l’humanité et est entièrement affranchi de ses conditions spécifiques : c’est celui qui est parvenu à la réalisation totale, à l’« Identité Suprême » ; celui-là est donc véritablement devenu l’ « Homme Universel ». Il n’en est pas ainsi pour l’« homme véritable », mais cependant on peut dire que celui-ci est tout au moins virtuellement l’« Homme Universel », en ce sens que, dès lors qu’il n’a plus à parcourir d’autres états en mode distinctif, puisqu’il est passé de la circonférence au centre, l’état humain devra nécessairement être pour lui l’état central de l’être total, bien qu’il ne le soit pas encore d’une façon effective. »

Le Symbolisme de la Croix, chap. XXVIII

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HUMANISME

« Il y a un mot qui fut mis en honneur à la Renaissance, et qui résumait par avance tout le programme de la civilisation moderne : ce mot est celui d’« humanisme ». Il s’agissait en effet de tout reduire à des proportions purement humaines, de faire abstraction de tout principe d’ordre supérieur, et, pourrait-on dire symboliquement, de se détourner du ciel sous prétexte de conquérir la terre ; les Grecs, dont on prétendait suivre l’exemple, n’avaient jamais été aussi loin en ce sens, même au temps de leur plus grande décadence intellectuelle, et du moins les préoccupations utilitaires n’étaient-elles jamais passées chez eux au premier plan, ainsi que cela devait bientôt se produire chez les modernes. L’« humanisme », c’était déjà une première forme de ce qui est devenu le « laïcisme » contemporain ; et, en voulant tout ramener à la mesure de l’homme, pris pour une fin en lui-même, on a fini par descendre, d’étape en étape, au niveau de ce qu’il y a en celui-ci de plus inférieur, et par ne plus guère chercher que la satisfaction des besoins inhérents au côté matériel de sa nature, recherche bien illusoire, du reste, car elle créé toujours plus de besoins artificiels qu’elle n’en peut satisfaire. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 1 : L’âge sombre, éd. Gallimard.

« Rien ni personne n’est plus à la place où il devrait être normalement ; les hommes ne reconnaissent plus aucune autorité effective dans l’ordre spirituel, aucun pouvoir légitime dans l’ordre temporel ; les « profanes » se permettent de discuter des choses sacrées, d’en contester le caractère et jusqu’à l’existence même ; c’est l’inférieur qui juge le supérieur, l’ignorance qui impose des bornes à la sagesse, l’erreur qui prend le pas sur la vérité, l’humain qui se substitue au divin, la terre qui l’emporte sur le ciel, l’individu qui se fait la mesure de toutes choses et prétend dicter à l’univers des lois tirées tout entières de sa propre raison relative et faillible. « Malheur à vous, guides aveugles », est-il dit dans l’Évangile ; aujourd’hui, on ne voit en effet partout que des aveugles qui conduisent d’autres aveugles, et qui, s’ils ne sont arrêtés à temps, les mèneront fatalement à l’abîme où ils périront avec eux. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 5 : L’individualisme, éd. Gallimard.

 

I


IDÉE

« Une idée vraie ne peut être « nouvelle », car la vérité n’est pas un produit de l’esprit humain, elle existe indépendamment de nous, et nous avons seulement à la connaître ; en dehors de cette connaissance, il ne peut y avoir que l’erreur […]. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 5 : L’individualisme, éd. Gallimard.

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 INDEFINI

« L’indéfini, qui procède du fini, est toujours réductible à celui-ci, puisqu’il n’est qu’un développement des possibilités incluses ou impliquées dans le fini. C’est une vérité élémentaire, quoi que trop souvent méconnue, que le prétendu « infini mathématique » (indéfinité quantitative, soit numérique, soit géométrique) n’est nullement infini, étant limité par les déterminations inhérentes à sa propre nature ; »

Le Symbolisme de la Croix, chap. XII

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 INDIVIDU

« L’individu ne représente en réalité qu’une manifestation transitoire et contingente de l’être véritable ; Il n’est qu’un état spécial parmi une multitude indéfinie d’autres états du même être »

La Métaphysique Orientale

« Bien loin d’être en lui-même une unité absolue et complète, comme le voudraient la plupart des philosophes occidentaux, et en tout cas les modernes sans exception, l’individu ne constitue en réalité qu’une unité relative et fragmentaire. Ce n’est pas un tout fermé et se suffisant à lui-même, un « système clos » à la façon de la « monade » de Leibnitz ; et la notion de la « substance individuelle », entendue en ce sens, et à laquelle ces philosophes attachent en général une si grande importance, n’a aucune portée proprement métaphysique : au fond, ce n’est pas autre chose que la notion logique du « sujet », et, si elle peut sans doute être d’un grand usage à ce titre, elle ne peut légitimement être transposée au-delà des limites de ce point de vue spécial. L’individu, même envisagé dans toute l’extension dont il est susceptible, n’est pas un être total. C’est la présence de la forme parmi ses conditions d’existence qui caractérise un état comme individuel ; il va de soi, d’ailleurs, que cette forme ne doit pas être conçue nécessairement comme spatiale, car elle n’est telle que dans le seul monde corporel, l’espace étant précisément une des conditions qui définissent proprement celui-ci. »

Le Symbolisme de la Croix, Chap. I

 

INDIVIDUALISME

« Ce que nous entendons par « individualisme », c’est la négation de tout principe supérieur à l’individualité, et, par suite, la réduction de la civilisation, dans tous les domaines, aux seuls éléments purement humains ; c’est donc, au fond, la même chose que ce qui a été désigné à l’époque de la Renaissance sous le nom d’« humanisme », […] et c’est aussi ce qui caractérise proprement ce que nous appelions […] le « point de vue profane ». Tout cela, en somme, n’est qu’une seule et même chose sous des désignations diverses ; et nous avons dit encore que cet esprit « profane » se confond avec l’esprit antitraditionnel, en lequel se résument toutes les tendances spécifiquement modernes. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 5 : L’individualisme, éd. Gallimard.

« L’individualisme implique tout d’abord la négation de l’intuition intellectuelle, en tant que celle-ci est essentiellement une faculté supra-individuelle, et de l’ordre de connaissance qui est le domaine propre de cette intuition, c’est-à-dire de la métaphysique entendue dans son véritable sens. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 5 : L’individualisme, éd. Gallimard.

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INDUSTRIALISME

« Ce à quoi le monde moderne a appliqué toutes ses forces, même quand il a prétendu faire de la science à sa façon, ce n’est en réalité rien d’autre que le développement de l’industrie et du « machinisme » ; et, en voulant ainsi dominer la matière et la ployer à leur usage, les hommes n’ont réussi qu’à s’en faire les esclaves, comme nous le disions au début : non seulement ils ont borné leurs ambitions intellectuelles, s’il est encore permis de se servir de ce mot en pareil cas, à inventer et à construire des machines, mais ils ont fini par devenir véritablement machines eux-mêmes. En effet, la « spécialisation », si vantée par certains sociologues sous le nom de « division du travail », ne s’est pas imposée seulement aux savants, mais aussi aux techniciens et même aux ouvriers, et, pour ces derniers, tout travail intelligent est par là rendu impossible ; bien différents des artisans d’autrefois, ils ne sont plus que les serviteurs des machines, ils font pour ainsi dire corps avec elles ; ils doivent répéter sans cesse, d’une façon toute mécanique, certains mouvements déterminés, toujours les mêmes, et toujours accomplis de la même façon, afin d’éviter la moindre perte de temps ; ainsi le veulent du moins les méthodes américaines qui sont regardées comme représentant le plus haut degré du « progrès ». En effet, il s’agit uniquement de produire le plus possible ; on se soucie peu de la qualité, c’est la quantité seule qui importe ; nous revenons une fois de plus à la même constatation que nous avons déjà faite en d’autres domaines : la civilisation moderne est vraiment ce qu’on peut appeler une civilisation quantitative, ce qui n’est qu’une autre façon de dire qu’elle est une civilisation matérielle.

[…] l’Occident moderne ne peut tolérer que des hommes préfèrent travailler moins et se contenter de peu pour vivre ; comme la quantité seule compte, et comme ce qui ne tombe pas sous les sens est d’ailleurs tenu pour inexistant, il est admis que celui qui ne s’agite pas et qui ne produit pas matériellement ne peut être qu’un « paresseux » ; sans même parler à cet égard des appréciations portées couramment sur les peuples orientaux, il n’y a qu’à voir comment sont jugés les ordres contemplatifs, et cela jusque dans des milieux soi-disant religieux. Dans un tel monde, il n’y a plus aucune place pour l’intelligence ni pour tout ce qui est purement intérieur, car ce sont là des choses qui ne se voient ni ne se touchent, qui ne se comptent ni ne se pèsent ; il n’y a de place que pour l’action extérieure sous toutes ses formes, y compris les plus dépourvues de toute signification. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 7 : Une civilisation matérielle, éd. Gallimard.

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INITIATION

 » L’initiation, en effet, n’est pas, comme les réalisations mystiques, quelque chose qui tombe d’au delà des nuages, si l’on peut dire, sans qu’on sache comment ni pourquoi ; elle repose au contraire sur des lois scientifiques positives et sur des règles techniques rigoureuses ; on ne saurait trop insister là-dessus, chaque fois que l’occasion s’en présente, pour écarter toute possibilité de malentendu sur sa véritable nature »

René Guénon – Aperçus sur l’initiation, chapitre XV : Des rites initiatiques

 

INTELLECT

« L’intellect transcendant, pour saisir directement les principes universels doit être lui-même d’ordre universel ; ce n’est plus une faculté individuelle, et le considérer comme tel serait contradictoire, car il ne peut être dans les possibilités de l’individu de dépasser ses propres limites, de sortir des conditions qui le définissent en tant qu’individu »

La Métaphysique Orientale

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 INTUITION

« Il y une intuition intellectuelle et une intuition sensible ; l’une est au-delà de la raison, mais l’autre est en deçà ; cette dernière ne peut saisir que le monde du changement et du devenir, c’est-à-dire la nature, ou plutôt une infime partie de la nature. Le domaine de l’intuition intellectuelle, au contraire, c’est le domaine des principes éternels et immuables, c’est le domaine métaphysique. »

La Métaphysique Orientale

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INTUITION INTELLECTUELLE

« […] l’intuition intellectuelle, par laquelle seule s’obtient la vraie connaissance métaphysique, n’a absolument rien de commun avec cette autre intuition dont parlent certains philosophes contemporains : celle-ci est de l’ordre sensible, elle est proprement infra-rationnelle, tandis que l’autre, qui est l’intelligence pure, est au contraire supra-rationnelle. Mais les modernes, qui ne connaissent rien de supérieur à la raison dans l’ordre de l’intelligence, ne conçoivent même pas ce que peut être l’intuition intellectuelle, alors que les doctrines de l’antiquité et du moyen âge, même quand elles n’avaient qu’un caractère simplement philosophique et, par conséquent, ne pouvaient pas faire effectivement appel à cette intuition, n’en reconnaissaient pas moins expressément son existence et sa suprématie sur toutes les autres facultés. C’est pourquoi il n’y eut pas de « rationalisme » avant Descartes ; c’est là encore une chose spécifiquement moderne, et qui est d’ailleurs étroitement solidaire de l’« individualisme », puisqu’elle n’est rien d’autre que la négation de toute faculté d’ordre supra-individuel. Tant que les Occidentaux s’obstineront à méconnaître ou à nier l’intuition intellectuelle, ils ne pourront avoir aucune tradition au vrai sens de ce mot, et ils ne pourront non plus s’entendre avec les authentiques représentants des civilisations orientales, dans lesquelles tout est comme suspendu à cette intuition, immuable et infaillible en soi, et unique point de départ de tout développement conforme aux normes traditionnelles. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 3 : Connaissance et action, éd. Gallimard.

« […] l’intuition intellectuelle est au principe de tout ; en d’autres termes, c’est la pure doctrine métaphysique qui constitue l’essentiel, et tout le reste s’y rattache à titre de conséquences ou d’applications aux divers ordres de réalités contingentes. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 4 : Science sacrée et science profane, éd. Gallimard.

 

ISLÂM

« (…) Le sens propre du mot Islam est « soumission à la Volonté divine » ; c’est pourquoi il est dit, dans certains enseignements ésotériques, que tout être et muslim, en ce sens qu’il n’en est évidemment aucun qui puisse se soustraire à cette Volonté, et que, par conséquent, chacun occupe nécessairement la place qui lui est assignée dans l’ensemble de l’Univers. La distinction des êtres en « fidèles » (mûminîn) et « infidèles » (kuffâr) consiste donc seulement en ce que les premiers se conforment consciemment et volontairement à l’ordre universel, tandis que, parmi les seconds, il en est qui n’obéissent à la loi que contre leur gré, et d’autres qui sont dans l’ignorance pure et simple. »

Le Symbolisme de la Croix, chap. XXV

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L


LOKA

 » Le mot sanscrit loka, « monde », dérivé de la racine lok qui signifie « voir », a un rapport direct avec la lumière, comme le montre d’ailleurs le rapprochement avec le latin lux ; d’autre part, le rattachement du mot « Loge » à loka, possible vraisemblablement par l’intermédiaire du latin locus qui est identique à celui-ci, est loin d’être dépourvu de sens, puisque la Loge est considérée comme un symbole du monde ou du « cosmos » : c’est proprement, par opposition aux « ténèbres extérieures » qui correspondent au monde profane, le « lieu éclairé et régulier », où tout se fait suivant le rite, c’est-à-dire conformément à l’« ordre » (rita). »

 

LIMITE

« En effet, la limite, étant par définition une quantité fixe, ne peut, comme telle, être atteinte dans le cours de la variation, même si celle-ci se poursuit indéfiniment ; n’étant pas soumise à cette variation, elle n’appartient pas à la série dont elle est le terme, et il faut sortir de cette série pour y parvenir. »

Le Symbolisme de la Croix, chap. XXV

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LOI DE CORRESPONDANCE

« Une telle opinion ne résulte que de l’ignorance de la loi de correspondance qui est le fondement même de tout symbolisme, et en vertu de laquelle chaque chose, procédant essentiellement d’un principe métaphysique dont elle détient toute sa réalité, traduit ou exprime ce principe à sa manière et selon son ordre d’existence, de telle sorte que, d’un ordre à l’autre, toutes choses s’enchaînent et se correspondent pour concourir à l’harmonie universelle et totale, qui est, dans la multiplicité de la manifestation, comme un reflet de l’unité principielle elle-même. C’est pourquoi les lois d’un domaine inférieur peuvent toujours être prises pour symboliser les réalités d’un ordre supérieur, où elles ont leur raison profonde, qui est à la fois leur principe et leur fin ; »

Le Symbolisme de la Croix, avant-propos

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M


MATÉRIALISME

« […] le mot même de « matérialisme » ne date que du XVIIIe siècle ; il fut inventé par le philosophe Berkeley, qui s’en servit pour désigner toute théorie qui admet l’existence réelle de la matière […]. Un peu plus tard, le même mot prit un sens plus restreint, celui qu’il a gardé depuis lors : il caractérisa une conception suivant laquelle il n’existe rien d’autre que la matière et ce qui en procède ; et il y a lieu de noter la nouveauté d’une telle conception, le fait qu’elle soit essentiellement un produit de l’esprit moderne, donc qu’elle correspond au moins à une partie des tendances qui sont propres à celui-ci.

Mais c’est surtout dans une autre acception, beaucoup plus large et cependant très nette, que nous entendons ici parler de « matérialisme » : ce que ce mot représente alors, c’est tout un état d’esprit, dont la conception que nous venons de définir n’est qu’une manifestation parmi beaucoup d’autres, et qui est, en lui-même, indépendant de toute théorie philosophique. Cet état d’esprit, c’est celui qui consiste à donner plus ou moins consciemment la prépondérance aux choses de l’ordre matériel et aux préoccupations qui s’y rapportent, que ces préoccupations gardent encore une certaine apparence spéculative ou qu’elles soient purement pratiques ; et l’on ne peut contester sérieusement que ce soit bien là la mentalité de l’immense majorité de nos contemporains. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 7 : Une civilisation matérielle, éd. Gallimard.

 

MÉTAPHYSIQUE

« … En vérité, la métaphysique pure, étant par essence en dehors et au-delà de toutes les formes et de toutes les contingences, n’est ni orientale ni occidentale, elle est universelle. »

« D’après sa composition, ce mot « métaphysique » signifie littéralement « au- delà de la physique ». »

« Peut-on définir la métaphysique telle que nous l’entendons ? Non, car définir, c’est toujours limiter, et ce dont il s’agit est, en soi, véritablement et absolument illimité, donc ne saurait se laisser enfermer dans aucune formule ni dans aucun système. On peut caractériser la métaphysique d’une certaine façon, par exemple en disant qu’elle est la connaissance des principes universels »

« La métaphysique est la connaissance supra-rationnelle, intuitive et immédiate »

La Métaphysique Orientale

« Ce qui est au-dessus de la science, dans la hiérarchie nécessaire des connaissances, c’est la métaphysique, qui est la connaissance intellectuelle pure et transcendante, tandis que la science n’est, par définition même, que la connaissance rationnelle ; la métaphysique est essentiellement supra-rationnelle, il faut qu’elle soit cela ou qu’elle ne soit pas.

[…] La métaphysique est la connaissance des principes d’ordre universel, dont toutes choses dépendent nécessairement, directement ou indirectement ; là où la métaphysique est absente, toute connaissance qui subsiste, dans quelque ordre que ce soit, manque donc véritablement de principe, et, si elle gagne par là quelque chose en indépendance (non de droit, mais de fait), elle perd bien davantage en portée et en profondeur. »

Orient et Occident, ch. 2 : La superstition de la science, éd. Guy Trédaniel.

« […] tout ce que les philosophes modernes désignent sous ce même nom de métaphysique, quand ils admettent quelque chose qu’ils appellent ainsi, n’a absolument rien de commun avec la métaphysique vraie : ce ne sont que constructions rationnelles ou hypothèses imaginatives, donc conceptions tout individuelles, et dont la plus grande partie, d’ailleurs, se rapporte simplement au domaine « physique », c’est-à-dire à la nature. Même s’il se rencontre là-dedans quelque question qui pourrait être rattachée effectivement à l’ordre métaphysique, la façon dont elle est envisagée et traitée la réduit encore à n’être que de la « pseudo-métaphysique », et rend du reste impossible toute solution réelle et valable […]. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 4 : L’individualisme, éd. Gallimard.

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MATHÉMATIQUES

« […] les mathématiques modernes ne représentent pour ainsi dire que l’écorce de la mathématique pythagoricienne, son côté purement « exotérique » ; l’idée ancienne des nombres est même devenue absolument inintelligible aux modernes, parce que, là aussi, la partie supérieure de la science, celle qui lui donnait, avec le caractère traditionnel, une valeur proprement intellectuelle, a totalement disparu ; et ce cas est assez comparable à celui de l’astrologie. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 3 : Science sacrée et science profane, éd. Gallimard.

 

MÉTEMPSYCHOSE

« […] la « métempsychose » […] n’est que le passage de certains éléments psychiques inférieurs d’un être à un autre […]. »

Articles et Comptes Rendus, Tome 1, éd. Editions Traditionnelles (compte rendu de L’Âme et le dogme de la transmigration dans les livres sacrés de l’Inde ancienne, par le Dr. Éric de Henseler).

« […] il y a dans l’homme des éléments psychiques qui se dissocient après la mort, et qui peuvent alors passer dans d’autres êtres vivants, hommes ou animaux, sans que cela ait beaucoup plus d’importance, au fond, que le fait que, après la dissolution du corps de ce même homme, les éléments qui le composaient peuvent servir à former d’autres corps ; dans les deux cas, il s’agit des éléments mortels de l’homme, et non point de la partie impérissable qui est son être réel, et qui n’est nullement affectée par ces mutations posthumes. »

L’Erreur Spirite, ch. 6 : La réincarnation, éd. Éditions Traditionnelles.

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 MOYENS DE RÉALISATION

« Ces moyens, en effet, doivent être à la portée de l’homme ; ils doivent, pour les premiers stades tout au moins, être adaptés aux conditions de l’état humain, puisque c’est dans cet état que se trouve actuellement l’être qui, partant de là, devra prendre possession des états supérieurs. C’est donc dans des formes appartenant à ce monde où se situe sa manifestation présente que l’être prendra un point d’appui pour s’élever au-dessus de ce monde même ; mots, signes, symboliques, rites ou procédés préparatoires quelconques n’ont pas d’autre raison d’être ni d’autre fonction : comme nous l’avons déjà dit, ce sont là des supports et rien de plus. »

La Métaphysique Orientale

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MYSTÈRES (Petits et grands)

« …De cette distinction, dans la connaissance sacrée ou traditionnelle, de deux ordres que l’on peut, d’une manière générale désigner comme celui des principes et celui des applications, ou encore, suivant ce que nous venons de dire, comme l’ordre « métaphysique » et l’ordre « physique », était dérivée, dans les mystères antiques, en Occident aussi bien qu’en Orient, la distinction de ce qu’on appelait les «  grands mystères » et les « petits mystères », ceux-ci comportant en effet essentiellement la connaissance de la nature, et ceux-là la connaissance de ce qui est au delà de la nature. ».

« A un point de vue un peu différent mais néanmoins étroitement lié à celui-là, on peut dire aussi que les « petits mystères » concernent seulement les possibilités de l’état humain, tandis que les « grands mystères » concernent les états supra-humains »

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chap. II

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MYSTICISME

« le mysticisme proprement dit, explique-t-il, est quelque chose d’exclusivement occidental et, au fond, de spécifiquement chrétien. »

Aperçus sur l’initiation, p. 15

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NATURALISME

« …c’est donc, dans tous les cas, la substitution de la « physique » à la « métaphysique », en entendant ces mots dans leur sens rigoureusement étymologique, ou, en d’autres termes, ce qu’on peut appeler le « naturalisme ». »

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, ch. II

«[…] nous rappellerons seulement que toute conception qui n’admet rien d’autre que le « devenir » est nécessairement, par là même, une conception « naturaliste », impliquant comme telle une négation formelle de ce qui est au-delà de la nature, c’est-à-dire du domaine métaphysique, qui est le domaine des principes immuables et éternels. »

« […] l’individualisme entraîne inévitablement le « naturalisme », puisque tout ce qui est au-delà de la nature est, par là même, hors de l’atteinte de l’individu comme tel ; « naturalisme » ou négation de la métaphysique, ce n’est d’ailleurs qu’une seule et même chose, et, dès lors que l’intuition intellectuelle est méconnue, il n’y a plus de métaphysique possible[…] »

«[…] un « naturalisme » conséquent avec lui-même ne peut donc être qu’une de ces « philosophies du devenir » dont nous avons déjà parlé, et dont le type spécifiquement moderne est l’« évolutionnisme » […] »

« Peu de temps après son origine, le Bouddhisme dans l’Inde devint associé à une des principales manifestations de la révolte des Kshatriyas contre l’autorité des Brâhmanes ; et, comme il est facile de le comprendre d’après les indications qui précèdent, il existe, d’une façon générale, un lien très direct entre la négation de tout principe immuable et celle de l’autorité spirituelle, entre la réduction de toute réalité au « devenir » et l’affirmation de la suprématie du pouvoir temporel, dont le domaine propre est le monde de l’action ; et l’on pourrait constater que l’apparition de doctrines « naturalistes » ou antimétaphysiques se produit toujours lorsque l’élément qui représente le pouvoir temporel prend, dans une civilisation, la prédominance sur celui qui représente l’autorité spirituelle. »

La crise du monde moderne, chap III et V.

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NOMINALISME

« Le « nominalisme », à ses divers degrés, est l’expression philosophique de cette négation de l’idée, à laquelle il prétend substituer le mot ou l’image ; confondant la conception avec la représentation sensible, il ne laisse réellement subsister que cette dernière ; et, sous une forme ou sous une autre, il est extrêmement répandu dans la philosophie moderne, alors qu’il n’était autrefois qu’une exception. Cela est très significatif ; et il faut encore ajouter que le nominalisme est presque toujours solidaire de l’empirisme, c’est-à-dire de la tendance à rapporter à l’expérience, et plus spécialement à l’expérience sensible, l’origine et le terme de toute connaissance : négation de tout ce qui est véritablement intellectuel, c’est toujours là ce que nous retrouvons, comme élément commun, au fond de toutes ces tendances et de toutes ces opinions, parce que c’est là, effectivement, la racine de toute déformation mentale, et que cette négation est impliquée, à titre de présupposition nécessaire, dans tout ce qui contribue à fausser les conceptions de l’Occident moderne. »

Orient et Occident, ch. 3 : La superstition de la vie, éd. Guy Trédaniel.

 

NON-AGIR

« Le « non d’agir » n’est point l’inertie, il est au contraire la plénitude de l’activité, mais c’est une activité transcendante et tout intérieure, non-manifestée, en union avec le Principe, donc au-delà de toutes les distinctions et de toutes les apparences que le vulgaire prend à tort pour la réalité même, alors qu’elles n’en sont qu’un reflet plus ou moins lointain ».

Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le Taoïsme, chap. X

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P


PAGANISME

« […] les anciennes doctrines sacrées, que presque personne ne comprenait plus, avaient dégénéré, du fait de cette incompréhension, en « paganisme » au vrai sens de ce mot, c’est-à-dire qu’elles n’étaient plus que des « superstitions », des choses qui, ayant perdu leur signification profonde, se survivent à elle-même par des manifestations tout extérieures. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 1 : L’âge sombre, éd. Gallimard.

 

PANISLAMISME

« Le vrai panislamisme est avant tout une affirmation de principe, d’un caractère essentiellement doctrinal ; pour qu’il prenne la forme d’une revendication politique, il faut que les Européens aient commis bien des maladresses ; en tout cas, il n’a rien de commun avec un « nationalisme » quelconque, qui est tout à fait incompatible avec les conceptions fondamentales de l’Islam. […] la civilisation islamique, dans tous ses éléments essentiels, est rigoureusement traditionnelle, comme le sont toutes les civilisations orientales ; cette raison est pleinement suffisante pour que le panislamisme, quelque forme qu’il revête, ne puisse jamais s’identifier avec un mouvement tel que le bolchevisme, comme semblent le redouter des gens mal informés. »

Orient et Occident, ch. 4 : Terreurs chimériques et dangers réels, éd. Guy Trédaniel.

 

PARADIS terrestre et céleste

«L’Empereur préside aux « petits mystères » qui concernent le « Paradis terrestre », c’est à dire la réalisation de la perfection de l’état humain ; le Souverain Pontife préside aux « grands mystères » qui concerne le Paradis céleste, c’est à dire la réalisation des états supra-humains, reliés ainsi à l’état humain par la fonction « pontificale » entendue en son sens strictement étymologique. L’homme, en tant qu’homme, ne peut évidemment atteindre par lui-même que la première de ces deux fins, qui peut être dite « naturelle » tandis qua seconde est proprement « surnaturelle », puisqu’elle réside au-delà du monde manifesté ; cette distinction est donc bien celle de l’ordre « physique » et de l’ordre « métaphysique » ».

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chap. VIII

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 PAUVRETÉ SPIRITUELLE

« l’être contingent peut être défini comme celui qui n’a pas en lui-même sa raison suffisante ; un tel être, par conséquent, n’est rien par lui-même, et rien de ce qu’il est ne lui appartient en propre. Tel est le cas de l’être humain, en tant qu’individu, ainsi que de tous les êtres manifestés, en quelque état que ce soit, car, quelle que soit la différence entre les degrés de l’Existence universelle, elle est toujours nulle au regard du Principe. Ces êtres, humains ou autres, sont donc, en tout ce qu’ils sont, dans une dépendance complète vis-à-vis du Principe, «hors duquel il n’y a rien, absolument rien qui existe » ; c’est dans la conscience de cette dépendance que consiste proprement ce que plusieurs traditions désignent comme la « pauvreté spirituelle ».

Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le Taoïsme, chap. IV

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 PERFECTION

« Nous avons parlé ici de la Perfection, et, à ce propos, une brève explication et nécessaire : quand ce terme est ainsi employé, il doit être entendu dans son sens absolu et total. Seulement, pour y penser, dans notre condition actuelle (en tant qu’êtres appartenant à l’état individuel humain), il faut bien rendre cette conception intelligible en mode distinctif ; et, cette conceptibilité est la « perfection active » (Khien), possibilité de la volonté dans la Perfection, et naturellement de toute-puissance, qui est identique à ce qui est désigné comme l’« Activité du Ciel ». Mais, pour en parler, il faut en outre sensibiliser cette conception (puisque le langage, comme toute expression extérieure, et n’est certes et nécessairement d’ordre sensible) ; c’est alors la « perfection passive » (Khouen), possibilité de l’action comme motif et comme but. Si elle n’est la volonté capable de se manifester, et Khouen est l’objet de cette manifestation : mais, d’ailleurs, dès lors qu’on dit « perfection active » ou « perfection passive », on ne dit plus Perfection au sens absolu, puisqu’il y a déjà là une distinction est une détermination, donc une limitation. On peut encore si l’on veut, dire que Khien est la faculté agissante (il serait plus exact de dire « influence »), correspondant au « Ciel » (Tien), et que Khouen est la faculté plastique, correspondant à la « Terre » (Ti) ; nous trouvons ici, dans la Perfection, l’analogue, mais encore plus universelle, de ce que nous avons désigné dans l’Être, comme l’« essence » et la « substance ». »

Le Symbolisme de la Croix, chap. XXIII

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PÉRIODE HISTORIQUE

« […] la période que l’on a coutume d’appeler « historique », […] est effectivement la seule qui soit vraiment accessible à l’histoire ordinaire ou « profane » […].

Il est un fait assez étrange, qu’on semble n’avoir jamais remarqué comme il mérite de l’être : c’est que la période proprement « historique », au sens que nous venons d’indiquer, remonte exactement au VIe siècle avant l’ère chrétienne, comme s’il y avait là, dans le temps, une barrière qu’il n’est pas possible de franchir à l’aide des moyens d’investigation dont disposent les chercheurs ordinaires. À partir de cette époque, en effet, on possède partout une chronologie assez précise et bien établie ; pour tout ce qui est antérieur, au contraire, on n’obtient en général qu’une très vague approximation, et les dates proposées pour les mêmes événements varient souvent de plusieurs siècles. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 1 : L’âge sombre, éd. Gallimard.

 

PERSONNALITE ET INDIVIDUALITE

« rappelons encore que la « personnalité » est pour nous le principe transcendant et permanent de l’être, tandis que l’« individualité » n’en est qu’une manifestation transitoire et contingente. »

Le Symbolisme de la Croix, chap. XXIII

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PHÉNOMÈNE

« Tout ce qui est phénomène est d’ordre physique ; »

La Métaphysique Orientale

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PHILOSOPHIE

« …Ce mot signifiant étymologiquement « amour de la sagesse », désigne tout d’abord une disposition préalable requise pour parvenir à la sagesse, et il peut désigner aussi par une extension toute naturelle, la recherche qui, naissant de cette disposition même, doit conduire à la véritable connaissance ; ce n’est donc qu’un stade préliminaire et préparatoire, un acheminement vers la sagesse, comme le « Paradis terrestre » est une étape qui mène au « Paradis céleste ».

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chap. VIII

« […] on a parfois voulu la définir comme la « sagesse humaine » ; cela est vrai, mais à la condition d’insister sur ce qu’elle n’est que cela, une sagesse purement humaine, dans l’acception la plus limitée de ce mot, ne faisant appel à aucun élément d’un ordre supérieur à la raison ; pour éviter toute équivoque, nous l’appellerions aussi « sagesse profane », mais cela revient à dire qu’elle n’est nullement une sagesse au fond qu’elle n’en est que l’apparence illusoire. »

Orient et Occident, ch. 2 : La superstition de la science, éd. Guy Trédaniel.

« Le mot « philosophie », […] comme on le prétend, c’est Pythagore qui l’employa le premier : étymologiquement, il ne signifie rien d’autre qu’« amour de la sagesse » ; il désigne donc tout d’abord une disposition préalable requise pour parvenir à la sagesse, et il peut désigner aussi, par une extension toute naturelle, la recherche qui, naissant de cette disposition même, doit conduire à la connaissance. Ce n’est donc qu’un stade préliminaire et préparatoire, un acheminement vers la sagesse, un degré correspondant à un état inférieur à celle-ci ; la déviation qui s’est produite ensuite a consisté à prendre ce degré transitoire pour le but même, à prétendre substituer la « philosophie » à la sagesse, ce qui implique l’oubli ou la méconnaissance de la véritable nature de cette dernière. C’est ainsi que prit naissance ce que nous pouvons appeler la philosophie « profane », c’est-à-dire une prétendue sagesse purement humaine, donc d’ordre simplement rationnel, prenant la place de la vraie sagesse traditionnelle, supra-rationnelle et « non-humaine ». Pourtant, il subsista encore quelque chose de celle-ci à travers toute l’antiquité ; ce qui le prouve, c’est d’abord la persistance des « mystères », dont le caractère essentiellement « initiatique » ne saurait être contesté, et c’est aussi le fait que l’enseignement des philosophes eux-mêmes avait à la fois, le plus souvent, un côté « exotérique » et un côté « ésotérique », ce dernier pouvant permettre le rattachement à un point de vue supérieur, qui se manifeste d’ailleurs d’une façon très nette, quoique peut-être incomplète à certains égards, quelques siècles plus tard, chez les Alexandrins. Pour que la philosophie « profane » fût définitivement constituée comme telle, il fallait que l’« exotérisme » seul demeurât et qu’on allât jusqu’à la négation pure et simple de tout « ésotérisme » […]. »

La Crise du Monde Moderne, ch. : 1 : L’âge sombre, éd. Gallimard.

« Une philosophie, même si elle est vraiment tout ce qu’elle peut être, n’a aucun droit à ce titre [de « philosophie traditionelle »], parce qu’elle se tient tout entière dans l’ordre rationnel, même si elle ne nie pas ce qui le dépasse, et parce qu’elle n’est qu’une construction édifiée par des individus humains, sans révélation ou inspiration d’aucune sorte, ou, pour résumer tout cela en un seul mot, parce qu’elle est quelque chose d’essentiellement « profane ». »

La Crise du Monde Moderne, ch. 2 : L’opposition de l’Orient et de l’Occident, éd. Gallimard.

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PHYSIQUE

« La physique est l’étude de tout ce qui appartient à la nature. »

La Métaphysique Orientale

« Le terme de « physique », dans son acception première et étymologique, ne signifie pas autre chose que « science de la nature », sans aucune restriction ; c’est donc la science qui concerne les lois les plus générales du « devenir », car « nature » et « devenir » sont au fond synonymes, et c’est bien ainsi que l’entendaient les Grecs, et notamment Aristote ; s’il existe des sciences plus particulières se rapportant au même ordre, elles ne sont alors que des « spécifications » de la physique pour tel ou tel domaine plus étroitement déterminé. Il y a donc déjà quelque chose d’assez significatif dans la déviation que les modernes ont fait subir à ce mot de « physique » en l’employant pour désigner exclusivement une science particulière parmi d’autres sciences qui, toutes, sont également des sciences de la nature ; ce fait se rattache à la fragmentation que nous avons déjà signalée comme un des caractères de la science moderne, à cette « spécialisation » engendrée par l’esprit d’analyse, et poussée au point de rendre véritablement inconcevable, pour ceux qui en subissent l’influence, une science portant sur la nature considérée dans son ensemble. On n’a pas été sans remarquer assez souvent quelques-uns des inconvénients de cette « spécialisation », et surtout l’étroitesse de vues qui en est une conséquence inévitable ; mais il semble que ceux mêmes qui s’en rendaient compte le plus nettement se soient cependant résignés à la regarder comme un mal nécessaire, en raison de l’accumulation des connaissances de détail que nul homme ne saurait embrasser d’un seul coup d’œil ; ils n’ont pas compris, d’une part, que ces connaissances de détail sont insignifiantes en elles-mêmes et ne valent pas qu’on leur sacrifie une connaissance synthétique qui, même en se bornant encore au relatif, est d’un ordre beaucoup plus élevé, et, d’autre part, que l’impossibilité où l’on se trouve d’unifier leur multiplicité vient seulement de ce qu’on s’est interdit de les rattacher à un principe supérieur, de ce qu’on s’est obstiné à procéder par en bas et de l’extérieur, alors qu’il aurait fallu faire tout le contraire pour avoir une science possédant une réelle valeur spéculative.

Si l’on veut comparer la physique ancienne, non pas à ce que les modernes désignent par le même mot, mais à l’ensemble des sciences de la nature telles qu’elles sont actuellement constituées, car c’est là ce qui devrait y correspondre en réalité, il y a donc lieu de noter, comme première différence, la division en multiples « spécialités » qui sont pour ainsi dire étrangères les unes aux autres. Pourtant, ce n’est là que le côté le plus extérieur de la question, et il ne faudrait pas penser que, en réunissant toutes ces sciences spéciales, on obtiendrait un équivalent de l’ancienne physique. La vérité est que le point de vue est tout autre, et c’est ici que nous voyons apparaître la différence essentielle entre les deux conceptions dont nous parlions tout à l’heure : la conception traditionnelle, disions-nous, rattache toutes les sciences aux principes comme autant d’applications particulières, et c’est ce rattachement que n’admet pas la conception moderne. Pour Aristote, la physique n’était que « seconde » par rapport à la métaphysique, c’est-à-dire qu’elle en était dépendante, qu’elle n’était au fond qu’une application, au domaine de la nature, des principes supérieurs à la nature et qui se reflètent dans ses lois ; et l’on peut en dire autant de la « cosmologie » du moyen âge. La conception moderne, au contraire, prétend rendre les sciences indépendantes, en niant tout ce qui les dépasse, ou tout au moins en le déclarant « inconnaissable » et en refusant d’en tenir compte, ce qui revient encore à le nier pratiquement ; cette négation existait en fait bien longtemps avant qu’on ait songé à l’ériger en théorie systématique sous des noms tels que ceux de « positivisme » et d’« agnosticisme », car on peut dire qu’elle est véritablement au point de départ de toute la science moderne. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 3 : Science sacrée et science profane, éd. Gallimard.

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POINT

«  Le point est effectivement le symbole de l’unité ; il est le principe de l’étendue, qui n’existe que par son rayonnement (le « vide » antérieur n’étant que pure virtualité », mais il ne devient compréhensible qu’en se situant lui-même dans cette étendue, dont il est alors le centre »

Le Symbolisme de la Croix, chap. IV

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PONTIFEX

« Le caractère « pontifical », au sens le plus vrai de ce mot, appartient bien réellement, et par excellence, au chef de la hiérarchie initiatique, et ceci appelle une explication : littéralement, le Pontifex est un « constructeur de ponts », et ce titre romain est en quelque sorte, par son origine, un titre « maçonnique » ; mais, symboliquement, c’est celui qui remplit la fonction de médiateur, établissant la communication entre ce monde et les mondes supérieurs. À ce titre, l’arc-en-ciel, le « pont céleste », est un symbole naturel du « pontificat » ; et toutes les traditions lui donnent des significations parfaitement concordantes : ainsi, chez les Hébreux, c’est le gage de l’alliance de Dieu avec son peuple ; en Chine, c’est le signe de l’union du Ciel et de la Terre ; en Grèce, il représente Iris, la « messagère des Dieux » ; un peu partout, chez les Scandinaves aussi bien que chez les Perses et les Arabes, en Afrique centrale et jusque chez certains peuples de l’Amérique du Nord, c’est le pont qui relie le monde sensible au suprasensible. »

Le Roi du monde, chapitre II, Royauté et Pontificat.

 

POUVOIR TEMPOREL

« En effet, ce mot de « pouvoir » évoque presque inévitablement l’idée de puissance ou de force, et surtout d’une force matérielle, d’une puissance qui se manifeste visiblement au dehors et s’affirme par l’emploi de moyens extérieurs ; et tel est bien, par définition même, le pouvoir temporel. »

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chap. II

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PRINCIPE (suprême)

« Il ne peut rien y avoir qui n’ait un principe ; mais quel est ce principe ? et n’y a-t-il en réalité qu’un Principe unique de toutes choses ? Si l’on envisage l’Univers total, il est bien évident qu’il contient toutes choses, car toutes les parties sont contenues dans le Tout ; d’autre part, le Tout est nécessairement illimité, car, s’il avait une limite, ce qui serait au-delà de cette limite ne serait pas compris dans le Tout, et cette supposition est absurde. Ce qui n’a pas de limite peut être appelé l’Infini, et, comme il contient tout, cet Infini est le principe de toutes choses. D’ailleurs, l’Infini est nécessairement un, car deux infinis qui ne seraient pas identiques s’excluraient l’un l’autre ; il résulte donc de là qu’il n’y a qu’un Principe unique de toutes choses, et ce Principe est le Parfait, car l’Infini ne peut être tel que s’il est le Parfait. Ainsi, le Parfait est le Principe suprême, la Cause première ; il contient toutes choses en puissance, et il a produit toutes choses […]. »

Mélanges, ch. 1 : Le Démiurge, éd. Gallimard.

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PRINCIPES UNIVERSELS

« Tout ce qui est, sous quelque mode que ce soit, participe nécessairement des principes universels, qui sont les essences éternelles et immuables contenues dans la permanente actualité de l’Intellect divin. »

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chap. I

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PROGRÈS

« Ce que les Occidentaux appellent progrès, ce n’est pour les Orientaux que changement et instabilité ; et le besoin de changement, si caractéristique de l’époque moderne, est à leurs yeux une marque d’infériorité manifeste : celui qui est parvenu à un état d’équilibre n’éprouve plus ce besoin, de même que celui qui sait ne cherche plus. »

Orient et Occident, ch. 1 : Civilisation et progrès, éd. Guy Trédaniel.

 

 

PROTESTANTISME

« Ce qui fait le Protestantisme, comme ce qui fait le monde moderne, ce n’est qu’une négation, cette négation des principes qui est l’essence même de l’individualisme […].

Qui dit individualisme dit nécessairement refus d’admettre une autorité supérieure à l’individu, aussi bien qu’une faculté de connaissance supérieure à la raison individuelle ; les deux choses sont inséparables l’une de l’autre. Par conséquent, l’esprit moderne devait rejeter toute autorité spirituelle au vrai sens du mot, prenant sa source dans l’ordre supra-humain, et toute organisation traditionnelle, qui se base essentiellement sur une telle autorité […]. C’est ce qui arriva en effet à l’autorité de l’organisation qualifiée pour interpréter légitimement la tradition religieuse de l’Occident, le Protestantisme prétendit substituer ce qu’il appela le « libre examen », c’est-à-dire l’interprétation laissée à l’arbitraire de chacun, même des ignorants et des incompétents, et fondée uniquement sur l’exercice de la raison humaine. C’était donc, dans le domaine religieux, l’analogue de ce qu’allait être le « rationalisme » en philosophie ; c’était la porte ouverte à toutes les discussions, à toutes les divergences, à toutes les déviations ; et le résultat fut ce qu’il devait être : la dispersion en une multitude toujours croissante de sectes, dont chacune ne représente que l’opinion particulière de quelques individus. Comme il était, dans ces conditions, impossible de s’entendre sur la doctrine, celle-ci passa vite au second plan, et c’est le côté secondaire de la religion, nous voulons dire la morale, qui prit la première place : de là cette dégénérescence en « moralisme » qui est si sensible dans le Protestantisme actuel. Il s’est produit là un phénomène parallèle à celui que nous avons signalé à l’égard de la philosophie ; la dissolution doctrinale, la disparition des éléments intellectuels de la religion, entraînait cette conséquence inévitable : partant du « rationalisme », on devait tomber au « sentimentalisme », et c’est dans les pays anglo-saxons qu’on en pourrait trouver les exemples les plus frappants. Ce dont il s’agit alors, ce n’est plus de religion, même amoindrie et déformée, c’est tout simplement de « religiosité », c’est-à-dire de vagues aspirations sentimentales qui ne se justifient par aucune connaissance réelle […].

[…] la morale protestante, éliminant de plus en plus toute base doctrinale, finit par dégénérer en ce qu’on appelle la « morale laïque », qui compte parmi ses partisans les représentants de toutes les variétés du « Protestantisme libéral », aussi bien que les adversaires déclarés de toute idée religieuse ; au fond, chez les uns et les autres, ce sont les mêmes tendances qui prédominent, et la seule différence est que tous ne vont pas aussi loin dans le développement logique de tout ce qui s’y trouve impliqué.

[…] Le Protestantisme est illogique en ce que, tout en s’efforçant d’« humaniser » la religion, il laisse encore subsister malgré tout, au moins en théorie, un élément supra-humain, qui est la révélation ; il n’ose pas pousser la négation jusqu’au bout, mais, en livrant cette révélation à toutes les discussions qui sont la conséquence d’interprétations purement humaines, il la réduit en fait à n’être bientôt plus rien ; et, quand on voit des gens qui, tout en persistant à se dire « chrétiens », n’admettent même plus la divinité du Christ, il est permis de penser que ceux-là, sans s’en douter peut-être, sont beaucoup plus près de la négation complète que du véritable Christianisme. […] D’autre part, il est naturel que le Protestantisme, avec l’esprit de négation qui l’anime, ait donné naissance à cette « critique » dissolvante qui, dans les mains des prétendus « historiens des religions », est devenue une arme de combat contre toute religion, et qu’ainsi, tout en prétendant ne reconnaître d’autre autorité que celle des Livres sacrés, il ait contribué pour une large part à la destruction de cette même autorité, c’est-à-dire du minimum de tradition qu’il conservait encore ; la révolte contre l’esprit traditionnel, une fois commencée, ne pouvait s’arrêter à mi-chemin.

On pourrait faire ici une objection : n’aurait il pas été possible que, tout en se séparant de l’organisation catholique, le Protestantisme, par là même qu’il admettait cependant les Livres sacrés, gardât la doctrine traditionnelle qui y est contenue ? C’est l’introduction du « libre examen » qui s’oppose absolument à une telle hypothèse, puisqu’elle permet toutes les fantaisies individuelles ; la conservation de la doctrine suppose d’ailleurs un enseignement traditionnel organisé, par lequel se maintient l’interprétation orthodoxe, et, en fait, cet enseignement, dans le monde occidental, s’identifiait au Catholicisme. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 5 : L’individualisme, éd. Gallimard.

 

PSYCHOLOGIE

« La psychologie, par la définition même, ne saurait avoir de prise que sur des états humains, et encore, tel qu’on l’entend aujourd’hui, elle n’atteint qu’une zone fort restreinte dans les possibilités de l’individu, qui s’étendent bien plus loin que les spécialistes de cette science ne peuvent le supposer. »

La Métaphysique Orientale

« […] la psychologie telle qu’on l’entend aujourd’hui, c’est-à-dire l’étude des phénomènes mentaux comme tels, est un produit naturel de l’empirisme anglo-saxon et de l’esprit du XVIIIe siècle, et que le point de vue auquel elle correspond était si négligeable pour les anciens que, s’il leur arrivait parfois de l’envisager incidemment, ils n’auraient en tout cas jamais songé à en faire une science spéciale ; tout ce qu’il peut y avoir de valable là-dedans se trouvait, pour eux, transformé et assimilé dans des points de vue supérieurs. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 3 : Science sacrée et science profane, éd. Gallimard.

 

Q


QUALIFICATION INITIATIQUE

« Il va de soi que la qualification [initiatique] essentielle, celle qui domine toutes les autres, est une question d’« horizon intellectuel » plus ou moins étendu

Aperçus sur l’Initiation, chap. XIV : Des qualifications initiatiques.

« Il n’y a pas d’autre mystère que l’inexprimable, qui est évidemment incommunicable par là même ; chacun pourra le pénétrer plus ou moins selon l’étendue de son horizon intellectuel ; mais, alors même qu’il l’aurait pénétré intégralement, il ne pourra jamais communiquer à un autre ce qu’il en aura compris lui-même ; tout au plus pourra-t-il aider à parvenir à cette compréhension ceux-là seuls qui y sont actuellement aptes.

Articles et compte-rendus, L’enseignement initiatique.

« Quoi qu’il en soit, tout ce qui peut être développé sans réserves, c’est-à-dire tout ce qu’il y a d’exprimable dans le côté purement théorique de la métaphysique, est encore plus que suffisant pour que, à ceux qui peuvent le comprendre, même s’ils ne vont pas au delà, les spéculations analytiques et fragmentaires de l’Occident moderne apparaissent telles qu’elles sont en réalité, c’est-à-dire comme une recherche vaine et illusoire, sans principe et sans but final, et dont les médiocres résultats ne valent ni le temps ni les efforts de quiconque à un horizon intellectuel assez étendu pour n’y point borner son activité. »

Introduction Générale à l’Étude des Doctrines hindoues, Conclusion.

« La propagande et la vulgarisation ne sont même possibles qu’au détriment de la vérité : prétendre mettre celle-ci « à la portée de tout le monde », la rendre accessible à tous indistinctement, c’est nécessairement l’amoindrir et la déformer, car il est impossible d’admettre que tous les hommes soient également capables de comprendre n’importe quoi : ce n’est pas une question d’instruction plus ou moins étendue, c’est une question d’« horizon intellectuel », et c’est là quelque chose qui ne peut se modifier, qui est inhérent à la nature même de chaque individu humain. »

Orient et Occident, chap. II. La superstition de la Science.

« Nous l’avons dit souvent, et nous ne saurions trop le répéter : tout véritable symbole porte ses multiples sens en lui-même, et cela dès l’origine, car il n’est pas constitué comme tel en vertu d’une convention humaine, mais en vertu de la « loi de correspondance » qui relie tous les mondes entre eux ; que, tandis que certains voient ces sens, d’autres ne les voient pas ou n’en voient qu’une partie, ils n’y sont pas moins réellement contenus, et « horizon intellectuel » de chacun fait toute la différence

Aperçus sur l’Ésotérisme chrétien, chap. VIII. Le Saint Graal.

« (…) il n’y a rien de tel que l’abus de l’érudition pour borner étroitement l’« horizon intellectuel » d’un homme et l’empêcher de voir clair en certaines choses ; cela ne permet-il pas de comprendre pourquoi les méthodes qui font de l’érudition une fin en elle-même sont rigoureusement imposées par les autorités universitaires ?

L’Erreur Spirite, Conclusion.

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R


RAISON

« La raison est une faculté proprement et spécifiquement humaine. »

La Métaphysique Orientale

« Il est assez étrange, dira-t-on, de mettre la raison au-dessus de tout, de professer pour elle un véritable culte, et de proclamer en même temps qu’elle est essentiellement limitée ; cela est quelque peu contradictoire […]. Nous aussi, nous disons que la raison est bornée et relative ; mais, bien loin d’en faire le tout de l’intelligence, nous ne la regardons que comme une de ses portions inférieures, et nous voyons dans l’intelligence d’autres possibilités qui dépassent immensément celles de la raison. En somme, les modernes, ou certains d’entre eux du moins, consentent bien à reconnaître leur ignorance […], mais ce n’est qu’à la condition que nul n’ait le droit de connaître ce qu’eux-mêmes ignorent […]. »

Orient et Occident, ch. 2 : La superstition de la science, éd. Guy Trédaniel.

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RATIONALISME

« […] attitude spécialement moderne qui consiste, non plus même simplement à ignorer, mais à nier expressément tout ce qui est d’ordre supra-rationnel […]. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 1 : L’âge sombre, éd. Gallimard.

« […] le rationalisme consiste, non pas à affirmer simplement que la raison vaut quelque chose, ce qui n’est contesté que par les seuls sceptiques, mais à soutenir qu’il n’y a rien au-dessus d’elle, donc pas de connaissance possible au delà de la connaissance scientifique ; ainsi, le rationalisme implique nécessairement la négation de la métaphysique. Presque tous les philosophes modernes sont rationalistes, d’une façon plus ou moins étroite, plus ou moins explicite ; chez ceux qui ne le sont pas, il n’y a que sentimentalisme et volontarisme, ce qui n’est pas moins antimétaphysique, parce que, si l’on admet alors quelque chose d’autre que la raison, c’est au-dessous d’elle qu’on le cherche, au lieu de le chercher au-dessus […]. »

Orient et Occident, ch. 2 : La superstition de la science, éd. Guy Trédaniel.

 

RÉALISATION MÉTAPHYSIQUE

« …nous ne regardons pas la réalisation métaphysique comme un effet de quoi que ce soit, parce qu’elle n’est pas la production de quelque chose qui n’existe pas encore, mais la prise de conscience de ce qui est, d’une façon permanente et immuable, en dehors de toute succession temporelle ou autre, car tous les états de l’être, envisagés dans leur principe, sont en parfaite simultanéité dans l’éternel présent. »

La Métaphysique Orientale

 

RENAISSANCE

« Ce qu’on appelle la Renaissance fut en réalité […] la mort de beaucoup de choses ; sous prétexte de revenir à la civilisation gréco-romaine, on n’en prit que ce qu’elle avait eu de plus extérieur, parce que cela seul avait pu s’exprimer clairement dans des textes écrits ; et cette restitution incomplète ne pouvait d’ailleurs avoir qu’un caractère fort artificiel, puisqu’il s’agissait de formes qui, depuis des siècles, avaient cessé de vivre de leur vie véritable. Quant aux sciences traditionnelles du moyen âge, après avoir eu encore quelques

dernières manifestations vers cette époque, elles disparurent aussi totalement que celles des civilisations lointaines qui furent jadis anéanties par quelque cataclysme ; et, cette fois, rien ne devait venir les remplacer. Il n’y eut plus désormais que la philosophie et la science « profanes », c’est-à-dire la négation de la véritable intellectualité, la limitation de la connaissance à l’ordre le plus inférieur, l’étude empirique et analytique de faits qui ne sont rattachés à aucun principe, la dispersion dans une multitude indéfinie de détails insignifiants, l’accumulation d’hypothèses sans fondement, qui se détruisent incessamment les unes les autres, et de vues fragmentaires qui ne peuvent conduire à rien, sauf à ces applications pratiques qui constituent la seule supériorité effective de la civilisation moderne ; supériorité peu enviable d’ailleurs, et qui, en se développant jusqu’à étouffer toute autre préoccupation, a donné à cette civilisation le caractère purement matériel qui en fait une véritable monstruosité. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 1 : L’âge sombre, éd. Gallimard.

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RÉVÉLATION

« … est une communication directe des états supérieurs… »

La Métaphysique Orientale

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ROYAUTÉ

« …la fonction royale comprend tout ce qui, dans l’ordre social, constitue le « gouvernement »… »

« La fonction dont il s’agit est double en quelque sorte : administrative et judiciaire d’une part, militaire de l’autre, car elle doit assurer le maintien de l’ordre à la fois au-dedans comme fonction régulatrice et équilibrante, et au dehors, comme fonction protectrice de l’organisation sociale »

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chap. II

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S


SACERDOCE

«… quant au sacerdoce, sa fonction essentielle est la conservation et la transmission de la doctrine traditionnelle, dans laquelle toute organisation sociale régulière trouve ses principes fondamentaux ; »

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chap. II

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SATAN

« Satan, en hébreu, c’est l’« adversaire », c’est-à-dire celui qui renverse toutes choses et les prend en quelque sorte à rebours ; c’est l’esprit de négation et de subversion, qui s’identifie à la tendance descendante ou « infériorisante », « infernale » au sens étymologique, celle même que suivent les êtres dans ce processus de matérialisation suivant lequel s’effectue tout le développement de la civilisation moderne. »

La crise du monde moderne, chap. 8 : L’envahissement occidental, p. 173, éd. Gallimard.

« […] en vertu de la loi de l’analogie, le point le plus bas est comme un reflet obscur ou une image inversée du point le plus haut, d’où résulte cette conséquence, paradoxale en apparence seulement, que l’absence la plus complète de tout principe implique une sorte de « contrefaçon » du principe même, ce que certains ont exprimé, sous une forme « théologique », en disant que « Satan est le singe de Dieu ». »

Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Avant propos, p. 9 et 10, éd. Gallimard.

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 SATANISME ET LUCIFERIANISME

« Le « luciférianisme » est le refus de reconnaissance d’une autorité supérieure ; le « satanisme », est le renversement des rapports normaux et de l’ordre hiérarchique ; et celui-ci est souvent une conséquence de celui-là, comme Lucifer est devenu Satan après sa chute. »

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chap. III

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 SCIENCE

« La science est la connaissance rationnelle, discursive, toujours indirecte, une connaissance par reflet. »

La Métaphysique Orientale

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 SCIENCE DES LETTRES

« Il résulte aussi de là que la « science des lettres » (‘ilmul-hurûf), entendue dans son sens supérieur, est la connaissance de toutes choses dans le principe même, en tant qu’essences éternelles ; dans un sens que l’on peut dire moyen, c’est la cosmogonie ; enfin, dans le sens inférieur, c’est la connaissance des vertus des noms et des nombres, en tant qu’ils expriment la nature de chaque être, connaissance permettant d’exercer par leurs moyens, en raison de cette correspondance, une action d’ordre « magique » sur les êtres eux-mêmes. »

Le Symbolisme de la Croix, chap, XVII

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SCIENCE PROFANE

« […] la « science profane », celle des modernes, peut à juste titre, ainsi que nous l’avons déjà dit ailleurs, être regardée comme un « savoir ignorant » : savoir d’ordre inférieur, qui se tient tout entier au niveau de la plus basse réalité, et savoir ignorant de tout ce qui le dépasse, ignorant de toute fin supérieure à lui-même, comme de tout principe qui pourrait lui assurer une place légitime, si humble soit-elle, parmi les divers ordres de la connaissance intégrale ; enfermée irrémédiablement dans le domaine relatif et borné où elle a voulu se proclamer indépendante, ayant ainsi coupé elle-même toute communication avec la vérité transcendante et avec le connaissance suprême, ce n’est plus qu’une science vaine et illusoire, qui, à vrai dire, ne vient de rien et ne conduit à rien. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 4 : Science sacrée et science profane, éd. Gallimard.

« […] dans l’ordre scientifique : c’est la recherche pour la recherche, beaucoup plus encore que pour les résultats partiels et fragmentaires auxquels elle aboutit ; c’est la succession de plus en plus rapide de théories et d’hypothèses sans fondement, qui, à peine édifiées, s’écroulent pour être remplacées par d’autres qui dureront moins encore, véritable chaos au milieu duquel il serait vain de chercher quelques éléments acquis, si ce n’est une monstrueuse accumulation de faits et de détails qui ne peuvent rien prouver ni rien signifier. Nous parlons ici, bien entendu, de ce qui concerne le point de vue spéculatif, dans la mesure où il subsiste encore ; pour ce qui est des applications pratiques, il y a au contraire des résultats incontestables, et cela ce comprend sans peine, puisque ces applications se rapportent immédiatement au domaine matériel, et que ce domaine est précisément le seul où l’homme moderne puisse se vanter d’une réelle supériorité. Il faut donc s’attendre à ce que les découvertes ou plutôt les inventions mécaniques et industrielles aillent encore en se développant et en se multipliant, de plus en plus vite elles aussi, jusqu’à la fin de l’âge actuel ; et qui sait si, avec les dangers de destruction qu’elles portent en elles-mêmes, elles ne seront pas un des principaux agents de l’ultime catastrophe, si les choses en viennent à un tel point que celle-ci ne puisse être évitée ? »

La Crise du Monde Moderne, ch. 3 : Connaissance et action, éd. Gallimard.

« La science, telle que la conçoivent nos contemporains, est uniquement l’étude des phénomènes du monde sensible, et cette étude est entreprise et menée de telle façon qu’elle ne peut, nous y insistons, être rattachée à aucun principe d’un ordre supérieur ; ignorant résolument tout ce qui la dépasse, elle se rend ainsi pleinement indépendante dans son domaine, cela est vrai, mais cette indépendance dont elle se glorifie n’est faite que de sa limitation même. Bien mieux, elle va jusqu’à nier ce qu’elle ignore, parce que c’est là le seul moyen de ne pas avouer cette ignorance ; ou, si elle n’ose pas nier formellement qu’il puisse exister quelque chose qui ne tombe pas sous son emprise, elle nie du moins que cela puisse être connu de quelque manière que ce soit, ce qui en fait revient au même, et elle prétend englober toute connaissance possible. Par un parti pris souvent inconscient, les « scientistes » s’imaginent comme Auguste Comte, que l’homme ne s’est jamais proposé d’autre objet de connaissance qu’une explication des phénomènes naturels ; parti pris inconscient, disons-nous, car ils sont évidemment incapables de comprendre qu’on puisse aller plus loin, et ce n’est pas là ce que nous leur reprochons, mais seulement leur prétention de refuser aux autres la possession ou l’usage de facultés qui leur manquent à eux-mêmes : on dirait des aveugles qui nient, sinon l’existence de la lumière, du moins celle du sens de la vue, pour l’unique raison qu’ils en sont privés.

[…] la science occidentale est, si l’on peut dire, toute en surface ; se dispersant dans la multiplicité indéfinie des connaissances fragmentaires, se perdant dans le détail innombrable des faits, elle n’apprend rien de la vraie nature des choses, qu’elle déclare inaccessible pour justifier son impuissance à cet égard ; aussi son intérêt est-il beaucoup plus pratique que spéculatif.

[…] la science, en méconnaissant les principes et en refusant de s’y rattacher, se prive à la fois de la plus haute garantie qu’elle puisse recevoir et de la plus sûre direction qui puisse lui être donnée ; il n’est plus de valable en elle que les connaissances de détail, et, dès qu’elle veut s’élever d’un degré, elle devient douteuse et chancelante. »

Orient et Occident, ch. 2 : La superstition de la science, éd. Guy Trédaniel.

 

SCIENCES TRADITIONNELLES

« […] nous ne craignons pas d’affirmer qu’il est des sciences, même expérimentales, dont l’Occident moderne n’a pas la moindre idée. Il existe de telles sciences en Orient, parmi celles auxquelles nous donnons le nom de « sciences traditionnelles » ; en Occident même, il y en avait aussi au moyen âge, et qui avaient des caractères tout à fait comparables ; et ces sciences, dont certaines donnent même lieu à des applications pratiques d’une incontestable efficacité, procèdent par des moyens d’investigation qui sont totalement étrangers aux savants européens de nos jours.

[…] Quand nous disons que les sciences, même expérimentales, ont en Orient une base traditionnelle, nous voulons dire que, contrairement à ce qui a lieu en Occident, elles sont toujours rattachées à certains principes ; ceux-ci ne sont jamais perdus de vue, et les choses contingentes elles-mêmes semblent ne valoir la peine d’être étudiées qu’en tant que conséquences et manifestations extérieures de quelque chose qui est d’un autre ordre. Assurément, connaissance métaphysique et connaissance scientifique n’en demeurent pas moins profondément distinctes ; mais il n’y a pas entre elles une discontinuité absolue, comme celle que l’on constate lorsqu’on envisage l’état présent de la connaissance scientifique chez les Occidentaux. Pour prendre un exemple en Occident même, que l’on considère toute la distance qui sépare le point de vue de la cosmologie de l’antiquité et du moyen âge, et celui de la physique telle que l’entendent les savants modernes : jamais, avant l’époque actuelle, l’étude du monde sensible n’avait été regardée comme se suffisant à elle-même ; jamais la science de cette multiplicité changeante et transitoire n’aurait été jugée vraiment digne du nom de connaissance si l’on n’avait trouvé le moyen de la relier, à un degré ou à un autre, à quelque chose de stable et de permanent. La conception ancienne, qui est toujours demeurée celle des Orientaux, tenait une science quelconque pour valable moins en elle-même que dans la mesure où elle exprimait à sa façon particulière et représentait dans un certain ordre de choses un reflet de la vérité supérieure, immuable, dont participe nécessairement tout ce qui possède quelque réalité ; et, comme les caractères de cette vérité s’incarnaient en quelque sorte dans l’idée de tradition, toute science apparaissait ainsi comme un prolongement de la doctrine traditionnelle elle-même, comme une de ses applications, secondaires et contingentes sans doute, accessoires et non essentielles, constituant une connaissance inférieure si l’on veut, mais pourtant encore une véritable connaissance, puisqu’elle conservait un lien avec la connaissance par excellence, celle de l’ordre intellectuel pur. »

Orient et Occident, ch. 2 : La superstition de la science, éd. Guy Trédaniel.

 

SECRET INITIATIQUE

« Le secret initiatique est tel parce qu’il ne peut pas ne pas l’être, puisqu’il consiste exclusivement dans l' » inexprimable « , lequel, par suite, est nécessairement aussi l' » incommunicable « . (…) À proprement parler, ce qui est transmis par l’initiation n’est pas le secret lui-même, puisqu’il est incommunicable, mais l’influence spirituelle qui a les rites pour véhicule, et qui rend possible le travail intérieur au moyen duquel, en prenant les symboles comme base et comme support, chacun atteindra ce secret et le pénétrera plus ou moins complètement, plus ou moins profondément, selon la mesure de ses propres possibilités de compréhension et de réalisation. »

Aperçus sur l’initiation – Chap. 13 – Du secret initiatique

 

SHRUTI et smriti

«  La shruti, qui comprend tous les textes vêdiques est le fruit de l’inspiration directe, et la smriti est l’ensemble des conséquences et des applications diverses qui en sont tirées par réflexion ; leur rapport est, à certains égards, celui de la connaissance intuitive et de la connaissance discursive ; en effet, de ces deux modes de connaissance, le premier est supra-humain, tandis que second est proprement humain. »

Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chap. VIII

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SIMPLICITÉ

« La simplicité », expression de l’unification de toutes les puissances de l’être, caractérise le retour à l’« état primordial » ; et l’on voit ici toute la différence qui sépare la connaissance transcendante du sage, du savoir ordinaire et « profane ». Cette « simplicité », c’est aussi ce qui est désigné ailleurs comme l’état d’« enfance » (en sanscrit bâlya), entendu naturellement au sens spirituel, et qui, dans la doctrine hindoue, est considéré comme une condition préalable pour l’acquisition de la connaissance par excellence. (…) La « simplicité » don il a été question plus haut correspond à l’unité « sans dimensions » du point primordial, auquel aboutit le mouvement de retour vers l’origine. « L’homme absolument simple réfléchit par sa simplicité tous les êtres,… si bien que rien ne s’oppose à lui dans les six régions de l’espace, que rien ne lui est hostile, que le feu et l’eau ne le blessent pas. » en effet, il se tient au centre, dont les six directions sont issues par rayonnement, et où elles viennent, dans le mouvement de retour, se neutraliser deux à deux, de sorte que, en ce point unique, leur triple opposition cesse entièrement, et que rien de ce qui en résulte ou s’y localise ne peut atteindre l’être qui demeure dans l’unité immuable. Celui-ci ne s’opposant à rien, rien non plus ne saurait s’opposer à lui, car l’opposition est nécessairement une relation réciproque, qui exige deux termes en présence, et qui, par conséquent, est incompatible avec l’unité principiel. »

Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le Taoïsme, chap. IV

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SOI et moi

« le « Soi », avons-nous dit, est le principe transcendant et permanent dont l’être manifesté, l’être humain par exemple, n’est qu’une modification transitoire et contingente, modification qui ne saurait d’ailleurs aucunement affecter le principe. Immuable en sa nature propre, il développe ses possibilités dans toutes les modalités de réalisation, en multitude indéfinie, qui sont pour l’être total autant d’états différents, état dont chacun a ses conditions d’existence limitatives et déterminantes, et dont un seul constitue la portion ou plutôt la détermination particulière de cet être qui est le « moi » ou l’individualité humaine. Du reste, ce développement n’en est un, à vrai dire, qu’autant qu’on l’envisage du côté de la manifestation, en dehors de laquelle tout doit nécessairement être en parfaite simultanéité dans l’« éternel présent » ; et c’est pourquoi la « permanente actualité » du « Soi » n’en est pas affectée. Le « Soi » est ainsi le principe par lequel existe, chacun dans son domaine propre, que nous pouvons appeler un degré d’existence, tous les états de l’être ; et ceci doit s’entendre, non seulement des états manifestés, individuels comme l’état humain ou supra individuels, c’est-à-dire, en d’autres termes, formels ou informels, mais aussi, bien que le mot « exister » devienne alors impropre, les états non manifestés, comprenant toutes les possibilités qui, par leur nature même, ne sont susceptibles d’aucune manifestation, en même temps que les possibilités de manifestation elle-même en mode principiel ; mais ce « Soi » lui-même n’est que par soi, n’ayant et ne pouvant avoir, dans l’unité totale et indivisible de sa nature intime, aucun principe qui lui soit extérieur. »

Le Symbolisme de la Croix, Chap. I

« […] l’individu ne représente en réalité qu’une manifestation transitoire et contingente de l’être véritable ; il n’est qu’un état spécial parmi une multitude indéfinie d’autres états du même être ; et cet être est, en soi, absolument indépendant de toutes ses manifestations, de même que, pour employer une comparaison qui revient a chaque instant dans les textes hindous, le soleil est absolument indépendant des multiples images dans lesquelles il se réfléchit. Telle est la distinction fondamentale du « Soi » et du « moi », de la personnalité et de l’individualité ; et, de même que les images sont reliées par les rayons lumineux à la source solaire sans laquelle elles n’auraient aucune existence et aucune réalité, de même l’individualité, qu’il s’agisse d’ailleurs de l’individualité humaine ou de tout autre état analogue de manifestation, est reliée à la personnalité, au centre principiel de l’être, par cet intellect transcendant dont il vient d’être question. »

La Métaphysique orientale, éd. Éditions Traditionnelles.

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SUPERSTITION

« Il y a une singulière ironie dans la conception courante qui représente les Anglais comme un peuple essentiellement attaché à la tradition, et ceux qui pensent ainsi confondent tout simplement tradition avec coutume. La facilité avec laquelle on abuse de certains mots est vraiment extraordinaire : il en est qui sont arrivés à appeler « traditions » des usages populaires, ou même des habitudes d’origine toute récente, sans portée et sans signification ; quant à nous, nous nous refusons à donner ce nom a ce qui n’est qu’un respect plus ou moins machinal de certaines formes extérieures, qui parfois ne sont plus que des « superstitions » au sens étymologique du mot ; la vraie tradition est dans l’esprit d’un peuple, d’une race on d’une civilisation, et elle a des raisons d’être autrement profondes. L’esprit anglo-saxon est antitraditionnel en réalité, au moins autant que l’esprit français et l’esprit germanique […]. Ce qu’on nomme parfois « idéologie », avec une nuance péjorative chez ceux qui n’en sont pas dupes (car il s’en rencontre encore quelques-uns malgré tout), ce n est proprement que du verbalisme ; et, à ce propos, nous pouvons reprendre le mot de « superstition », avec le sens étymologique auquel nous faisions allusion tout à l’heure, et qui désigne une chose qui se survit à elle-même, alors qu’elle a perdu sa véritable raison d’être. En effet, l’unique raison d’être des mots, c’est d’exprimer des idées ; attribuer une valeur aux mots par eux-mêmes, indépendamment des idées, ne mettre même aucune idée sous ces mots, et se laisser influencer par leur seule sonorité, cela est vraiment de la superstition. »

Orient et Occident, ch. 3 : La superstition de la vie, éd. Guy Trédaniel.

 

SURNATUREL

« Faisons-nous donc « métaphysique » synonyme de « surnaturel » ? Nous accepterions très volontiers une telle assimilation, puisque, tant qu’on ne dépasse pas la nature, c’est-à-dire le monde manifesté dans toute son extension […], on est encore dans le domaine de la physique ; ce qui est métaphysique, c’est, comme nous l’avons déjà dit, ce qui est au delà et au-dessus de la nature, c’est donc proprement le « surnaturel ». »

La Métaphysique orientale, éd. Éditions Traditionnelles.

 

SYNCRÉTISME

« Le syncrétisme consiste à rassembler du dehors des éléments plus ou moins disparates et qui, vus de cette façon, ne peuvent jamais être vraiment unifiés ; ce n’est en somme qu’une sorte d’éclectisme, avec tout ce que celui-ci comporte toujours de fragmentaire et d’incohérent. C’est là quelque chose de purement extérieur et superficiel ; les éléments pris de tous cotés et réunis ainsi artificiellement n’ont jamais que le caractère d’emprunts, incapables de s’intégrer effectivement dans une doctrine digne de ce nom. »

Le Symbolisme de la Croix, avant-propos

« Le « syncrétisme », entendu dans son vrai sens, n’est rien de plus qu’une simple juxtaposition d’éléments de provenances diverses, rassemblés « du dehors », pour ainsi dire, sans qu’aucun principe d’ordre plus profond vienne les unifier. »

Aperçus sur l’initiation, chap. VI

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SYMBOLISME

 » Une autre conséquence de la loi de correspondance, c’est la pluralité des sens inclus en tout symbole : une chose quelconque, en effet, peut être considérée comme représentant non seulement les principes métaphysiques, mais aussi les réalités de tous les ordres qui sont supérieurs au sien, bien qu’encore contingents, car ces réalités, dont elle dépend aussi plus ou moins directement, jouent par rapport à elle le rôle de « causes secondes » ; et l’effet peut toujours être pris comme un symbole de la cause, à quelque degré que ce soit, parce que tout ce qu’il est n’est que l’expression de quelque chose qui est inhérent à la nature de cette cause. Ces sens symboliques multiples et hiérarchiquement superposés ne s’excluent nullement les uns les autres, pas plus qu’ils n’excluent le sens littéral ; ils sont au contraire parfaitement concordants entre eux, parce qu’ils expriment en réalité les applications d’un même principe à des ordres divers ; et ainsi ils se complètent et se corroborent en s’intégrant dans l’harmonie de la synthèse totale. C’est d’ailleurs là ce qui fait du symbolisme un langage beaucoup moins étroitement limité que le langage ordinaire, et ce qui le rend seul apte à l’expression et à la communication de certaines vérités ; c’est par là qu’il ouvre des possibilités de conception vraiment illimitées ; c’est pourquoi il constitue le langage initiatique par excellence, le véhicule indispensable de tout enseignement traditionnel.  »

Le Symbolisme de la Croix – Avant propos p. 14

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 SYNTHÈSE

« La synthèse, au contraire, s’effectue essentiellement du dedans ; nous voulons dire par là qu’elle consiste proprement à envisager les choses dans l’unité de leur principe même, à voir comment elles dérivent et dépendent de ce principe, et à les unir ainsi, ou plutôt à prendre conscience de leur union réelle, en vertu d’un lien tout intérieur, inhérent à ce qu’il y a de plus profond dans leur nature. »

Le Symbolisme de la Croix, avant-propos

« […] l’idée occidentale d’après laquelle la synthèse est comme un aboutissement et une conclusion de l’analyse est radicalement fausse ; la vérité est que, par l’analyse, on ne peut jamais arriver à une synthèse digne de ce nom, parce que ce sont là des choses qui ne sont point du même ordre ; et il est de la nature de l’analyse de pouvoir se poursuivre indéfiniment, si le domaine dans lequel elle s’exerce est susceptible d’une telle extension, sans qu’on en soit plus avancé quant à l’acquisition d’une vue d’ensemble sur ce domaine ; à plus forte raison est-elle parfaitement inefficace pour obtenir un rattachement à des principes d’ordre supérieur.

[…] Les fausses synthèses, qui s’efforcent de tirer le supérieur de l’inférieur (curieuse transposition de la conception démocratique), ne peuvent jamais être qu’hypothétiques ; au contraire, la véritable synthèse, qui part des principes, participe de leur certitude ; mais, bien entendu, il faut pour cela partir de vrais principes, et non de simples hypothèses philosophiques à la manière de Descartes. »

Orient et Occident, ch. 2 : La superstition de la science, éd. Guy Trédaniel.

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T


TACAWWUF

« L’ésotérisme, considéré ainsi comme comprenant à la fois tarîqah et haqîqah, en tant que moyens et fin, est désigné en arabe par le terme général et-taçawwuf, qu’on ne peut traduire exactement que par «initiation» ; nous reviendrons d’ailleurs sur ce point par la suite. Les occidentaux ont forgé le mot «çûfisme» pour désigner spécialement l’ésotérisme islamique (alors que taçawwuf peut s’appliquer à toute doctrine ésotérique et initiatique, à quelque forme traditionnelle qu’elle appartienne) »

Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le Taoïsme, chap. I

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TAWHÎD

«  La doctrine de l’Unité, c’est-à-dire l’affirmation que le Principe de toute existence est essentiellement Un, est un point fondamental commun à toutes les traditions orthodoxes, et nous pouvons même dire que c’est sur ce point que leur identité de fond apparaît le plus nettement, se traduisant jusque dans l’expression même. En effet, lorsqu’il s’agit de l’Unité, toute diversité s’efface, et ce n’est que lorsqu’on descend vers la multiplicité que les différences de formes apparaissent, les modes d’expression étant alors multiples eux-mêmes comme ce à quoi ils se rapportent, et susceptibles de varier indéfiniment pour s’adapter aux circonstances de temps et de lieux. Mais « la doctrine de l’Unité est unique » (suivant la formule arabe : et-tawhîdu wâhidun), c’est-à-dire qu’elle est partout et toujours la même, invariable comme le Principe, indépendante de la multiplicité et du changement qui ne peuvent affecter que les applications d’ordre contingent. »

Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le Taoïsme, chap. III

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 THÉORIE

« Il faut ici faire une remarque au sujet de la façon dont nous employons ce mot de « théorie » : étymologiquement, son premier sens est celui de « contemplation », et, si on le prenait ainsi, on pourrait dire que la métaphysique tout entière, avec la réalisation qu’elle implique, est la « théorie » par excellence ; seulement, l’usage a donné à ce mot une acceptation quelque peu différente, et surtout beaucoup plus restreinte. Tout d’abord, on a pris l’habitude d’opposer « théorie » et « pratique », et, dans sa signification primitive, cette opposition, étant celle de la contemplation et de l’action, serait encore justifiée ici, puisque la métaphysique est essentiellement au-delà du domaine de l’action, qui est celui des contingences individuelles ; mais l’esprit occidental, étant tourné presque exclusivement du côté de l’action, et ne concevant point la réalisation en dehors de celle-ci, en est venu à opposer généralement théorie et réalisation. C’est donc cette dernière opposition que nous acceptons en fait, pour ne pas nous écarter de l’usage reçu, et pour éviter les confusions qui pourraient provenir des difficultés que l’on a à séparer les termes du sens qu’on est habitué à leur attribuer à tort ou à raison ; cependant nous n’irons pas jusqu’à qualifier de « pratique » la réalisation métaphysique, car ce mot est resté inséparable, dans le langage courant, de l’idée d’action qu’il exprimait primitivement, et qui ne saurait aucunement s’appliquer ici. »

Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, Chap. X : La réalisation métaphysique.

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TRADITION

« L’Oriental, même sorti des voies normales de son intellectualité, ne peut vivre sans une tradition ou quelque chose qui en tienne lieu, et nous essaierons de faire comprendre par la suite tout ce qu’est pour lui la tradition sous ses divers aspects ; il y a là, d’ailleurs, une des causes profondes de son mépris pour l’Occidental, qui se présente trop souvent à lui comme un être dépourvu de toute attache traditionnelle. »

Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues Difficultés linguistiques, pp. 48-49, Véga, 1976.

« […] ce que nous avons dit de l’unité ancienne de la « Chrétienté », unité de nature essentiellement traditionnelle, et d’ailleurs conçue suivant un mode spécial qui est le mode religieux, peut s’appliquer à peu de chose près à la conception de l’unité du monde musulman. La civilisation islamique est en effet, parmi les civilisations orientales, celle qui est la plus proche de l’Occident, et l’on pourrait même dire que, par ses caractères comme par sa situation géographique, elles est, à divers égards, intermédiaire entre l’Orient et l’Occident ; aussi la tradition nous apparaît-elle comme pouvant être envisagée sous deux modes profondément distinctes, dont l’un est purement oriental, mais dont l’autre, qui est le mode proprement religieux, lui est commun, avec la civilisation occidentale. »

Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, Difficultés linguistiques, pp. 60-61, Véga, 1976

« Dans ce qui précède, il nous est arrivé à chaque instant de parler de tradition, de doctrines ou de conceptions traditionnelles, et même de langues traditionnelles, et il est d’ailleurs impossible de faire autrement lorsqu’on veut désigner ce qui constitue vraiment tout l’essentiel de la pensée orientale sous ses divers modes ; mais qu’est-ce que, plus précisément, la tradition ? Disons tout de suite, pour écarter toute confusion qui pourrait se produire, que nous ne prenons pas ce mot au sens restreint où la pensée religieuse de l’Occident oppose parfois « tradition » et « écriture », entendant par le premier de ces deux termes, d’une façon exclusive, ce qui n’a été l’objet que d’une transmission orale. Au contraire, pour nous, la tradition, dans une acception beaucoup plus générale, peut être écrite aussi bien qu’orale, quoique, habituellement, sinon toujours, elle ait dû être avant out orale à son origine, comme nous l’avons expliqué ; mais, dans l’état actuel des choses, la partie écrite et la partie orale forment partout deux branches complémentaires d’une même tradition, qu’elle soit religieuse ou autre, et nous n’avons aucune hésitation à parler d’ « écritures traditionnelles », ce qui serait évidemment contradictoire si nous ne donnions au mot « tradition » que sa signification la plus spéciale ; du reste, étymologiquement, la tradition est simplement « ce qui se transmet » d’une manière ou d’une autre. En outre, il faut encore comprendre dans la tradition, à titre d’éléments secondaires et dérivés, mais néanmoins importants pour en avoir une notion complète, tout l’ensemble des institutions de différents ordres qui ont leur principe dans la doctrine traditionnelle elle-même.

Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, Que faut-il entendre par tradition ?, pp. 67-68, Véga, 1976.

« […] il n’en est pas moins vrai que, en ce qui concerne l’Orient, l’identification de la tradition et de la civilisation tout entière est au fond justifiées : toute civilisation orientale, prise dans son ensemble, nous apparaît comme essentiellement traditionnelle, et ceci résulte immédiatement des explications que nous avons données dans le chapitre précédent. Quant à la civilisation occidentale, nous avons dit qu’elle est au contraire dépourvue de tout caractère traditionnel, à l’exception de son élément religieux, qui est le seul à y avoir conservé ce caractère. C’est que les institutions sociales, pour pouvoir être dites traditionnelles, doivent être effectivement rattachées, comme à leur principe, à une doctrine qui le soit elle-même, que cette doctrine soit d’ailleurs métaphysique, ou religieuse, ou de tout autre sorte convenable. En d’autres termes, les institutions traditionnelles, qui communiquent ce caractère à tout l’ensemble d’une civilisation, sont celles qui ont leur raison d’être profonde dans leur dépendance plus ou moins directe, mais toujours voulue et consciente, par rapport à une doctrine dont la nature fondamentale est, dans tous les cas, d’ordre intellectuel ; mais l’intellectualité peut y être à l’état pur, et on a alors affaire à une doctrine proprement métaphysique, ou bien s’y trouver mélangée à divers éléments hétérogènes, ce qui donne naissance au mode religieux et aux autres modes dont peut être susceptibles une doctrine traditionnelle. »

Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, Que faut-il entendre par tradition ?, pp. 68-69, Véga, 1976.

« Dans la confusion mentale qui caractérise notre époque, on en est arrivé à appliquer indistinctement ce même mot de tradition à toutes sortes de choses, souvent fort insignifiantes, comme de simples coutumes sans aucune portée et parfois d’origine toute récente ; nous avons signalé ailleurs un abus du même genre en ce qui concerne le mot de « religion », Il faut se méfier de ces déviations du langage, qui traduisent une sorte de dégénérescence des idées correspondantes […]. Pour notre part, nous nous refusons absolument à donner ce nom à tout ce qui est d’ordre purement humain […]. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 2 : L’opposition de l’Orient et de l’Occident, éd. Gallimard.

 

TRADITION PRIMORDIALE

« […] on trouve partout l’affirmation formelle que la tradition primordiale du cycle actuel est venue des régions hyperboréennes ; il y eut ensuite plusieurs courants secondaires, correspondant à des périodes diverses, et dont un des plus importants, tout au moins parmi ceux dont les vestiges sont encore discernables, alla incontestablement de l’Occident vers l’Orient. Mais tout cela se rapporte à des époques fort lointaines, de celles qui sont communément dites « préhistoriques », et ce n’est pas là ce que nous avons en vue ; ce que nous disons, c’est d’abord que, depuis fort longtemps déjà, le dépôt de la tradition primordiale a été transféré en Orient et que c’est là que se trouvent maintenant les formes doctrinales qui en sont issues le plus directement ; c’est ensuite que, dans l’état actuel des choses, le véritable esprit traditionnel, avec tout ce qu’il implique, n’a plus de représentants authentiques qu’en Orient. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 2 : L’opposition de l’Orient et de l’Occident, éd. Gallimard.

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TRANSFORMATION

« (…) Nous prenons toujours le mot « transformation » dans son sens strictement étymologique, qui est celui de « passage au-delà de la forme », donc au-delà de tout ce qui appartient à l’ordre des existences individuelles »

Le Symbolisme de la Croix, chap. II

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 UBIQUITE

« l’« ubiquité » n’est en somme que le substitut sensible de l’omniprésence véritable. »

Le Symbolisme de la Croix, chap. XXIX

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UPAGURU (sanskrit)

« Il faut entendre par là tout être, quel qu’il soit, dont la rencontre est pour quelqu’un l’occasion ou le point de départ d’un certain développement spirituel ; et, d’une façon générale, il n’est aucunement nécessaire que cet être lui-même soit conscient du rôle qu’il joue ainsi. Du reste, si nous parlons ici d’un être, nous pourrions tout aussi bien parler également d’une chose ou même d’une circonstance quelconque qui provoque le même effet ; cela revient en somme à ce que nous avons déjà dit souvent, que n’importe quoi peut, suivant les cas, agir à cet égard comme une « cause occasionnelle » ; il va de soi que celle-ci n’est pas une cause au sens propre de ce mot, et qu’en réalité la cause véritable se trouve dans la nature même de celui sur qui s’exerce cette action, comme le montre le fait que ce qui a un tel effet pour lui peut fort bien n’en avoir aucun pour un autre individu. Ajoutons que les upagurus, ainsi entendus, peuvent naturellement être multiples au cours d’un même développement spirituel, car chacun d’eux n’a qu’un rôle transitoire et ne peut agir efficacement qu’à un certain moment déterminé, en dehors duquel son intervention n’aurait pas plus d’importance que n’en ont la plupart des choses qui se présentent à nous à chaque instant et que nous regardons comme plus ou moins indifférentes.

La désignation de l’upaguru indique qu’il n’a qu’un rôle accessoire et subordonné, qui, au fond, pourrait être considéré comme celui d’un auxiliaire du véritable Guru ; en effet, celui-ci doit savoir utiliser toutes les circonstances favorables au développement de ses disciples, conformément aux possibilités et aux aptitudes particulières de chacun d’eux, et même, s’il est réellement un Maître spirituel au sens complet de ce mot, il peut parfois en provoquer lui-même la manifestation au moment voulu. On pourrait donc dire que, d’une certaine façon, ce ne sont là que des « prolongements » du Guru, au même titre que les instruments et les moyens divers employés par un être pour exercer ou amplifier son action sont autant de prolongements de lui-même »

« Lorsque l’initiation proprement dite est conférée par quelqu’un qui ne possède pas les qualités requises pour remplir la fonction d’un Maître spirituel, et qui, par conséquent, agit uniquement comme « transmetteur » de l’influence attachée au rite qu’il accomplit, un tel initiateur peut aussi être assimilé proprement à un upaguru, qui a d’ailleurs comme tel une importance toute particulière et en quelque sorte unique en son genre, puisque c’est son intervention qui détermine réellement la « seconde naissance », et cela même si l’initiation doit demeurer simplement virtuelle. Ce cas est aussi le seul où l’upaguru doit forcément avoir conscience de son rôle, au moins à quelque degré »

« Cela dit, nous reviendrons à la considération des upagurus en général, dont il nous reste encore à préciser une signification plus profonde que celle que nous avons indiquée jusqu’ici, car le Guru humain lui-même n’est au fond que la représentation extériorisée et comme « matérialisée » du véritable « Guru intérieur », et sa nécessité est due à ce que l’initié, tant qu’il n’est pas parvenu à un certain degré de développement spirituel, est incapable d’entrer directement en communication consciente avec celui-ci. Qu’il y ait ou non un Guru humain, le Guru intérieur est, lui, toujours présent dans tous les cas, puisqu’il ne fait qu’un avec le « Soi » lui-même ; et, en définitive, c’est à ce point de vue qu’il faut se placer si l’on veut comprendre pleinement les réalités initiatiques ; sous ce rapport, il n’y a d’ailleurs plus d’exceptions comme celles auxquelles nous faisions allusion tout à l’heure, mais seulement des modalités diverses suivant lesquelles s’exerce l’action de ce Guru intérieur. Comme le Guru humain, mais à un moindre degré et plus « partiellement » si l’on peut s’exprimer ainsi, les upagurus sont ses manifestations ; comme tels, ils sont, pourrait-on dire, les apparences qu’il revêt pour communiquer, dans la mesure du possible, avec l’être qui ne peut encore se mettre en rapport direct avec lui, de sorte que la communication ne peut s’effectuer qu’au moyen de ces « supports » extérieurs. »

Initiation et Réalisation spirituelle, Guru et Upaguru

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VARNA

«  Le mot Varna, qui signifie proprement « couleur », et par généralisation « qualité », est employé analogiquement pour désigner la nature ou naissance d’un principe ou d’un être ; de là dérive aussi son usage dans le sens de « caste », parce que l’institution des castes, envisagés dans sa raison profonde, traduit essentiellement la diversité des natures propres aux différents individus humains (…). D’ailleurs, en ce qui concerne les trois gunas, ils sont effectivement représentés par des couleurs symboliques : tamas par le noir, rajas le rouge et sattwa par le blanc. »

Le Symbolisme de la Croix, chap. V

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VERBALISME

« […] la plupart des « idoles » modernes ne sont véritablement que des mots, car il se produit ici ce singulier phénomène connu sous le nom de « verbalisme », où la sonorité des mots suffit à donner l’illusion de la pensée ; l’influence que les orateurs exercent sur les foules est particulièrement caractéristique sous ce rapport, et il n’y a pas besoin de l’étudier de très près pour se rendre compte qu’il s’agit bien là d’un procédé de suggestion tout à fait comparable à ceux des hypnotiseurs. »

La Crise du Monde Moderne, ch. 6 : Le chaos social, éd. Gallimard.

 

VULGARISATION

« […] c’est là encore une chose tout à fait particulière à la civilisation moderne […].

C’est une des formes que revêt cet étrange besoin de propagande dont est animé l’esprit occidental, et qui ne peut s’expliquer que par l’influence prépondérante des éléments sentimentaux ; nulle considération intellectuelle ne justifie le prosélytisme, dans lequel les Orientaux ne voient qu’une preuve d’ignorance et d’incompréhension ; ce sont deux choses entièrement différentes que d’exposer simplement la vérité telle qu’on l’a comprise, en n’y apportant que l’unique préoccupation de ne pas la dénaturer, et de vouloir à toute force faire partager par d’autres sa propre conviction. La propagande et la vulgarisation ne sont même possibles qu’au détriment de la vérité : prétendre mettre celle-ci « à la portée de tout le monde », la rendre accessible à tous indistinctement, c’est nécessairement l’amoindrir et la déformer, car il est impossible d’admettre que tous les hommes soient également capables de comprendre n’importe quoi : ce n’est pas une question d’instruction plus ou moins étendue, c’est une question d’« horizon intellectuel », et c’est là quelque chose qui ne peut se modifier, qui est inhérent à la nature même de chaque individu humain. Le préjugé chimérique de l’« égalité » va à l’encontre des faits les mieux établis, dans l’ordre intellectuel aussi bien que dans l’ordre physique ; c’est la négation de toute hiérarchie naturelle, et c’est l’abaissement de toute connaissance au niveau de l’entendement borné du vulgaire. On ne veut plus admettre rien qui dépasse la compréhension commune, et, effectivement, les conceptions scientifiques et philosophiques de notre époque, quelles que soient leurs prétentions, sont au fond de la plus lamentable médiocrité ; on n’a que trop bien réussi à éliminer tout ce qui aurait pu être incompatible avec le souci de la vulgarisation. […] Les connaissances que le public occidental peut avoir à sa disposition ont beau n’avoir rien de transcendant, elles sont encore amoindries dans les ouvrages de vulgarisation, qui n’en exposent que les aspects les plus inférieurs, et en les faussant encore pour les simplifier ; et ces ouvrages insistent complaisamment sur les hypothèses les plus fantaisistes, les donnant audacieusement pour des vérités démontrées, et les accompagnant de ces ineptes déclamations qui plaisent tant à la foule. Une demi-science acquise par de telles lectures, ou par un enseignement dont tous les éléments sont puisés dans des manuels de même valeur, est autrement néfaste que l’ignorance pure et simple ; mieux vaut ne rien connaitre du tout que d’avoir l’esprit encombré d’idées fausses, souvent indéracinables, surtout lorsqu’elles ont été inculquées dès le plus jeune âge. L’ignorant garde du moins la possibilité d’apprendre s’il en trouve l’occasion ; il peut posséder un certain « bon sens » naturel, qui, joint à la conscience qu’il a ordinairement de son incompétence, suffit à lui éviter bien des sottises. L’homme qui a reçu une demi-instruction, au contraire, a presque toujours une mentalité déformée, et ce qu’il croit savoir lui donne une telle suffisance qu’il s’imagine pouvoir parler de tout indistinctement ; il le fait à tort et à travers, mais d’autant plus facilement qu’il est plus incompétent : toutes choses paraissent si simples à celui qui ne connaît rien ! »

Orient et Occident, ch. 2 : La superstition de la science, éd. Guy Trédaniel.

YOGA

« En réalité, ce mot « Yoga » est celui que nous avons traduit aussi littéralement que possible par « Union » ; ce qu’il désigne proprement, c’est donc le but suprême de la réalisation métaphysique ; et le « Yogi » si l’on veut l’entendre au sens le plus strict est uniquement celui qui a atteint ce but. Toutefois il est vrai que, par extension, ces termes sont, dans certains cas, appliqués à des stades préparatoires à l’ « Union » ou même à de simples moyens préliminaires, et à l’être qui est parvenu aux états correspondants à ces stades ou qui emploie ces termes pour y parvenir. »

La Métaphysique Orientale

 

YUGA (sanskrit)

« Nous envisagerons maintenant les divisions d’un Manvantara, c’est-à-dire les Yugas, qui sont au nombre de quatre ; et nous signalerons tout d’abord, sans y insister longuement, que cette division quaternaire d’un cycle est susceptible d’applications multiples, et qu’elle se retrouve en fait dans beaucoup de cycles d’ordre plus particulier : on peut citer comme exemples les quatre saisons de l’année, les quatre semaines du mois lunaire, les quatre âges de la vie humaine ; ici encore, il y a correspondance avec le symbolisme spatial, rapporté principalement en ce cas aux quatre points cardinaux. D’autre part, on a souvent remarqué l’équivalence manifeste des quatre Yugas avec les quatre âges d’or, d’argent, d’airain et de fer, tels qu’ils étaient connus de l’antiquité gréco-latine : de part et d’autre, chaque période est également marquée

par une dégénérescence par rapport à celle qui l’a précédée ; et ceci, qui s’oppose directement à l’idée de « progrès » telle que le conçoivent les modernes, s’explique très simplement par le fait que tout développement cyclique, c’est-à-dire en somme, tout processus de manifestation, impliquant nécessairement un éloignement graduel du principe, constitue bien véritablement en effet, une « descente », ce qui est d’ailleurs aussi le sens réel de la « chute » dans la tradition judéo-chrétienne. »

Formes traditionnelles et Cycles cosmiques, Quelques remarques sur la doctrine des cycles cosmiques, éd. Gallimard.

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  1. Dans la Taittirîya Upanishad, 2e Vallî, 8e Anuvâka, shruti 1, et 3e Vallî, 10e Anuvâka, shruti 5, les désignations des différentes enveloppes sont rapportées directement au « Soi », suivant qu’on le considère par rapport à tel ou tel état de manifestation []

par le 8 août 2010, mis à jour le 23 février 2018

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