La Fête des Esprits (‘Îdu-l-Arwâh) : se réjouir par Allah et son Prophète ﷺ – Cheikh Mohammed Zoubayr al-Hassanî

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À E. né en cette nuit bénie

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Nous extrayons ce passage de l’ouvrage « La Fête des Esprits (‘Îdu-l-Arwâh) » rédigé par un jeune cheikh algérien, le Chérif Mohammed Zoubayr al-Hassanî dont les différentes contributions disponibles en ligne portent toutes la marque d’une orientation mohammédienne très forte. Ce petit livret constitue en quelque sorte un prolongement de son intéressant volume sur « Le Secret de la Foi circulant (Sirru-l-Îmâni-s-sârî) en Ramâdhan » . Ces deux publications sont publiées sous l’égide du Conseil soufi pour l’étude des « affaires » Mohammédiennes (Majliss es-sûfî li-d-dirâsati-sh-shu’ûni-l-Mohammediyyah) fondé par l’auteur et s’inscrivent dans le programme scientifique de cette institution qui a pour objectif l’étude de l’ensemble des sciences islamiques en tant qu’elles se rattachent à la Haqîqah Mohammediyyah1 .

Mostafâ MansûrLaylatu-l-Fitr 1429

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Si la fête est [ordinairement] un type de réjouissance lié à une occasion particulière, nos fêtes sont quant à elles reliées à notre sainte religion (dîninâ-l-muqaddas) sous réserve que le fondement (maçdar) de celles-ci ne nous soit pas voilé par leur manifestation extérieure (madhhar) conformément à la parole divine 2  :

« Dis : par la Grâce (fadhl) d’Allah et Sa Miséricorde, ainsi, par cela (bi-dhâlika), ils se réjouissent, il (huwa) est meilleur que ce qu’ils réunissent (yajma’ûn3 »

Ce noble verset nous ordonne de ne pas prendre appui sur les  supports (mawâtin) des grâces (nafahât) mais plutôt d’en faire un moyen d’intercession (wasîlah) vers Allah – Exalté soit-Il !

On y observe de plus une allusion subtile (ichârah) au fait de se réjouir par « la Source des grâces (Manba’ an-nafahât) » ; dans la parole divine « Dis » il y a en effet une indication qui se rapporte à la réalisation (tahaqquq) par la diction (al-maqûl), non selon le mot extérieur qu’on décompte, mais selon la langue de l’état (lissânu-l-hâl) et de la station spirituelle (maqâm4 .

La parole divine « par la Grâce d’Allah et Sa Miséricorde » renvoie à la Présence Prophétique car il est la Grâce d’Allah sur les élus (khawwâç) et Sa miséricorde pour le commun (‘umûm).

Ou dis : la Grâce d’Allah sur les croyants (mu’minîn) et Sa miséricorde pour les mécréants (kâfirîn).

Ou dis : la Grâce d’Allah sur sa communauté [celle du Prophète ] et Sa miséricorde pour les Univers 5 .

La parole divine « et ainsi, par cela (bi-dhâlika), ils se réjouissent » est une indication éloquente relative à un objet [grammatical] (maqçûd) déterminé en lui-même (dhât mu’ayyanah). Il n’a pas été dit en effet « ainsi, par ceci » (fa-bi-hâdhâ) [le terme hâdhâ impliquant une proximité forte, dans le temps, l’espace ou même dans la structure synthaxique] ou encore « par ces deux-ci » (fa-bi-hima), c’est à dire «  Grâce » et la «  Miséricorde » [qui viennent d’être mentionnées].  En réalité, ce qui est désigné par « cela » (dhâlika) [terme qui implique un éloignement] c’est lui [le Prophète] dont l’essence est la Grâce d’Allah et Sa miséricorde et ceci est renforcé par Sa parole « lui » (huwa) [qui est grammaticalement le pronom de l’ « absent » (dhamîr/ghayb) qui désigne celui qui est éloigné, c’est à dire ici le Prophète dont la présence est sous-entendue sans être explicitement nommée 6 ].

Quant à la parole divine : « meilleur que ce qu’ils réunissent » , ce discours (khitâb) est d’ordre général et [le bénéfice] de chacun dépend de ce qu’il a réuni. Ainsi parmi eux il y a celui qui réuni les altérités (aghyâr) [c’est à dire ce qui est autre qu’Allah], celui qui réuni les lumières (anwâr) et celui qui réuni les secrets (asrâr) mais la réjouissance à l’égard du fondement (maçdar) [évoquée plus haut], en tant qu’un acte de gratitude (shukr) et de bienfaisance (imtinân), est meilleur qu’une telle réunion (jam’).

En vérité, à considérer les choses sous ce rapport, cette réjouissance comporte trois aspects :

– la réjouissance par Allah-Exalté soit-Il en tant que Bienfaiteur véritable (Al-Mun’im al-Haqîqî)

– la réjouissance par le Bien-Aimé en temps qu’Intermédiaire suprême (Al-wâsitatu-l-’udhmah) de tous les flux spirituels (fuyudhât7

– la réjouissance dans les occasions, les dépenses et les préparatifs [des fêtes] pour lesquels le Généreux – Exalté soit-il – t’a favorisé.

Cependant il est prioritaire de te réjouir par Allah et Son Envoyé ﷺ […].

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Texte arabe

 

  1. Nous remercions chaleureusement sidi Abdul-’Aziz Surâqah (www.ibrizmedia.com) pour nous avoir présenté cet auteur et son travail. Le site du Chérif Al-Hassanî et du dit Conseil duquel nous avions tiré le texte traduit ci-dessous est malheureusement actuellement inactif, nous ne manquerons pas d’en signaler la réouverture le cas échéant wa bi-Llah et-Tawfîq []
  2. Nous traduisons assez littéralement le verset qui suit afin de suivre au plus près le commentaire donné ensuite par l’auteur. []
  3. Ce dernier terme est souvent rendu par la notion d' »amasser » dans les traductions courantes, conformément à l’interprétation traditionnelle oridnaire. []
  4. Cette diction parfaite du « coeur » , sous la dictée divine, est en effet – primordialement – celle réalisée par le Prophète lui-même . On rapprochera cet aspect de la récitation coranique originelle avec les notions évoquées par Guénon dans le passage suivant – que nous avons déjà évoqué en rapport avec la prière sur le Prophète ﷺ comme moyen de protection – auquel nous ajoutons un bref commentaire, entre crochets : « celui qui réalise véritablement ce qui est impliqué dans le rite [de la récitation du Coran] s’assimile les influences célestes et les ramène en quelque sorte en ce monde pour les y conjoindre aux influences terrestres, en lui-même d’abord, et ensuite, par participation et comme par « rayonnement », dans le milieu cosmique tout entier [établissant ainsi un « moyen de retour » pour les initiés non encore parvenus au « coeur du monde » et pour qui la récitation du Coran – incantation (dhikr) par excellence – n’est pas encore pleinement opérative] « . Ce point est bien évidemment à rattacher aux particularités du mois de Ramadhân, que clôt la nuit de la Fête de la rupture, en tant que mois du Coran qui contient la nuit de la Valeur dans laquelle il a été révélé et dans lequel sa récitation abondante est particulièrement recommandée. []
  5. Référence coranique []
  6. Il y a peut être là aussi une relation à envisager avec le nom de l’Essence divine « Huwa » , « Lui », dont la Réalité prophétique est la première manifestation/détermination (madhharu-dh-Dhât), w’Allahu a’lam. []
  7. On a ici une concordance parfaite avec l’enseignement de Guénon que nous avons rappelé dans une précédente note. Dans la même perspective, on notera que de nos jours encore en Orient est répandue la pratique du takbîr, c’est à dire la formule « Allahu akbar » qui est une tradition prophétique recommandée pendant les deux des fêtes,  de manière conjointe à la prière sur le Prophète ﷺ (par exemple voir cette vidéo) . Il y a là une expression particulièrement saisissante du Tawhîd dans sa forme la plus pure, qui coïncide avec la double formule d’attestation du premier pilier de l’islam, dans lequel on exprime à la fois la transcendance la plus totale du Principe – sur ce point nous renvoyons à la traduction de Michel Vâlsan d’un texte de Ibn Arabî du « sens métaphysique de la formule « Allâhu Akbar » paru dans les Études Traditionnelles en 1952 (n°300) – et en même temps le témoignage de gratitude à l’égard de l’Intermédiaire suprême que constitue la prière sur le Prophète ﷺ d’après les commentateurs traditionnels. []

par le 14 juin 2018, mis à jour le 15 juin 2018

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